Hendrick ter Brugghen

Hendrick ter Brugghen est un peintre très intéressant, car il pousse dans des directions particulièrement puissantes. On a là un véritable maître.

Son Sébastien soigné par Irène, peint en 1625 dans une perspective italo-espagnole pour le style, est magnifique.

On remarquera qu’on sort, au sens strict, de la peinture néerlandaise de par le choix direct d’un thème religieux (ce que n’apprécie pas le calvinisme), avec qui plus est un écho catholique, dans la mesure où c’est seulement à partir du début du 17e siècle que le sujet se répand très largement, avec le catholicisme romain à l’arrière-plan.

Néanmoins, au-delà du réalisme, il y a une personnalisation qui fait absolument écho au calvinisme. C’est d’ailleurs ce qui permet le succès de la réalisation de l’œuvre.

Sans cela, en effet, il y aurait eu un effet de dureté, de froideur, de rudesse qui aurait alourdi la démarche.

Là, par contre, on est dans une sorte de légèreté, incroyablement renforcée par le sens de la composition, avec le réalisme se combinant avec l’expression de la vie intérieure des figures représentées. C’est absolument formidable.

On a une approche très similaire, mais moins réussie, le contexte étant par contre essentiel pour saisir de quoi il en retourne.

Il s’agit de L’appel de Matthieu, peint en 1621 ; et la figure à gauche est Jésus.

L’apôtre Marc raconte ainsi l’épisode (2:14) : « En passant, il vit Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des péages. Il lui dit : Suis-moi. Lévi se leva, et le suivit. » 

Comme on le voit, à chaque fois, il n’y a ni grandiose, ni pathétique.

On reste dans la sobriété rationaliste calviniste, avec l’accent mis sur la vie intérieure.

On comprend tout à fait le sens de cette démarche chez Hendrick ter Brugghen si on regarde deux représentations non bibliques de 1624, avec un Joueur de flûte et un Joueur de cornemuse.

Deux tableaux de 1628 sont également marquants, avec les deux penseurs matérialistes de l’Antiquité grecque, Héraclite et Démocrite.

Ici, on voit comment le peintre réussit mieux quand il se dirige vers davantage de contenance des personnages. Il n’en réussit pas moins pour autant à personnaliser.

La libération de Pierre est une œuvre qui fonctionne sur le même principe et on notera ici qu’il n’y a pas le mot « saint » devant Pierre.

Ce mot est systématiquement ajouté dans les titres des œuvres dès qu’elles sont traduites : c’est bien sûr là l’influence néfaste du catholicisme, qui ne compte pas perdre de terrain, ne serait-ce que dans la peinture ou la musique, puisque la même mésaventure arrive à Bach notamment.

Au sujet de ce tableau, on peut noter qu’il y a, encore et toujours, une influence marquante de l’école italo-espagnole, principalement du Caravage, peintre qui a influencé toute une école dans la ville d’Utrecht, dont Hendrick ter Brugghen.

Mais il est indéniable qu’il y a également, dans la manière d’approcher la composition, une influence de la peinture allemande du Nord, au sens d’une certaine rigueur-froideur et d’un sens de l’imposition de la scène.

C’est peut-être cela qui fait que Rubens, le peintre belge, catholique et aristocratique par excellence, est connu pour avoir dit qu’il avait traversé tous les Pays-Bas, mais rencontré un seul peintre : Hendrick ter Brugghen.

Quant à l’épisode représenté ici, il est conté de la manière suivante dans les Actes des Apôtres du Nouveau Testament.

« 6 Et la nuit d’avant le jour où Hérode devait l’envoyer au supplice, Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes ; et des gardes devant la porte, gardaient la prison.

7 Et voici, un ange du Seigneur survint, une lumière resplendit dans la prison, et l’ange, poussant Pierre par le côté, l’éveilla, en disant : Lève-toi promptement. Et les chaînes tombèrent de ses mains.

8 Et l’ange lui dit : Ceins-toi, et chausse tes sandales ; et il le fit. Puis l’ange lui dit : Enveloppe-toi de ton manteau et suis-moi.

9 Et Pierre, étant sorti, le suivait, sans savoir que ce que l’ange faisait se fît réellement, mais il croyait qu’il avait une vision.

10 Et quand ils eurent passé la première et la seconde garde, ils vinrent à la porte de fer, qui conduit dans la ville, et elle s’ouvrit à eux d’elle-même. Et étant sortis, ils parcoururent une rue ; et aussitôt l’ange se retira d’avec lui.

11 Et Pierre, étant revenu à lui, dit : Maintenant je sais certainement que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a délivré de la main d’Hérode, et de tout ce que le peuple juif attendait. »

Le Reniement de Saint Pierre, peint entre 1626 et 1639, présente l’un des moments où Pierre nie connaître Jésus, alors qu’une des servantes le désigne ici comme Galiléen en raison de son accent.

La scène est extrêmement concrète, réaliste, mais on dirait aujourd’hui cinématographique de par sa mise en scène esthétique.

Le jeu sur la lumière est ici bien sûr l’outil essentiel pour cela.

La Crucifixion avec la Vierge et Jean, de 1625, mêle de son côté le réalisme néerlandais avec de manière évidente l’approche germanique liée à la culture médiévale.

On touche ici l’extrême complexité de la situation historique. Les peintures des différents pays sont portées par une dynamique historique, mais comme elles rejoignent l’art, elles peuvent être appréciées partout.

Cela fait que les influences techniques sont innombrables, que l’inspiration qu’on peut qualifier de spirituelle est notable chez les uns comme chez les autres.

Comme le véritable art, c’est le particulier qui rejoint l’universel, les frontières s’estompent tout en s’appuyant sur un socle historique bien déterminé.

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la peinture néerlandaise