Le XIIIe congrès du Parti Communiste Français qui s’était tenu en juin 1954, à Ivry-sur-Seine, en banlieue parisienne, avait consacré l’intégration de Louis Aragon au Comité Central.
Cela montrait surtout que la ligne majoritaire l’emportait toujours, car le thorézisme avait façonné ainsi la matrice du Parti Communiste Français.
Le mythe de l’unité, de l’union la plus large, justifiait l’existence d’un appareil bureaucratique et électoraliste, en pratique réformiste et syndicaliste.

Ceux prenant au sérieux le discours mis en avant basculaient toujours plus dans une logique sentimentale-identitaire, largement acceptable mais frappée du sceau de l’anathème si cela nuisait à la direction.
La ligne établie au XIIIe congrès est donc non seulement dans la continuité du thorézisme précédent, mais elle pose également la matrice du Parti Communiste Français pour toutes les décennies à venir – ce qu’on peut résumer, pour faire simple, par l’appel à « l’union de la gauche ».

La dimension sentimentale-identitaire ne se voit une existence reconnue qu’en tant que cela renforce le Parti Communiste Français et lui permet de souder les rangs ; dès que c’est un frein dans la quête de « l’union », la direction effectue par contre un rappel à l’ordre.
Tout cela au nom de l’urgence pour les intérêts de la nation, dans une logique d’énergie rassemblée.
Les propos de Maurice Thorez au XIIIe congrès synthétisent parfaitement ce qui est, ce qui sera, et ce qui a été au-delà des vicissitudes la ligne du Parti Communiste Français.
« En travaillant de toute son énergie à unir pour la défense de la paix et de l’indépendance nationale, pour le progrès et la liberté, les couches prolétariennes et non prolétariennes de la population, le Parti Communiste Français se montre fidèle à l’enseignement des maîtres du marxisme.
Lénine, tout particulièrement, a constamment insisté sur la nécessité pour la classe ouvrière et son Parti de s’intéresser à tout mouvement démocratique et de ne pas craindre les accords temporaires même avec des alliés instables, de ne pas se refuser aux compromis possibles avec d’autres couches sociales, à la seule condition que ces compromis et ces accords aident réellement la classe ouvrière à lutter pour le progrès, à entraîner en avant le mouvement démocratique général des masses.
Les communistes français, en s’inspirant de ces principes éprouvés, se refusent à porter des appréciations d’un caractère moral sur telle personnalité ou tel groupe qui changent actuellement d’attitude.
Ils savent que ces démarches nouvelles ont des raisons profondes, qu’elles s’expliquent par les conditions réelles du développement social, par les mouvements objectifs des classes et des couches diverses de la société.
En vue de rendre possible le changement d’orientation souhaité par le pays, le Congrès approuvant unanimement le rapport du Comité Central, présenté par Jacques Duclos, a réaffirmé avec force la résolution de notre Parti d’appuyer toute politique qui tiendrait compte des trois grandes nécessités nationales :
1° En politique extérieure, le refus de ratifier les accords de Bonn et de Paris, l’application d’un cessez-le-feu en Indochine, l’organisation de la sécurité collective en Europe et le règlement des différends entre les grandes puissances par voie de négociation ;
2° La satisfaction des revendications économiques pressantes de la classe ouvrière et de tous les travailleurs ;
3° La défense effective des libertés démocratiques. Le Congrès a confirmé que les communistes sont toujours prêts à soutenir, au Parlement et dans le pays, tout pas en avant effectif, toute disposition conforme à l’intérêt de la classe ouvrière, à l’intérêt du peuple, à l’intérêt de la paix.
Camarades,
Le rassemblement de toutes les énergies nationales et démocratiques a pour condition la réalisation du front unique de la classe ouvrière.
Les communistes doivent redoubler d’initiative, de persévérance, d’efforts fraternels pour gagner au front unique les travailleurs et les organisations socialistes, ainsi que les groupements placés sous l’influence socialiste.
Les communistes ne doivent pas oublier que la réalisation du front unique suppose une lutte acharnée de leur part, qu’ils doivent être unitaires pour deux.
L’expérience convaincante pour les travailleurs socialistes repose à la fois sur la lutte pratique à laquelle ils participent aux côtés de leurs frères communistes, et sur la lutte idéologique, sur l’argumentation continuelle et approfondie en faveur du front unique.
Lutter contre la politique néfaste du Parti Socialiste, c’est répondre à tous les arguments des dirigeants qui perpétuent la scission, c’est réfléchir attentivement à chaque prétexte avancé par eux pour faire obstacle à l’unité de la classe ouvrière, c’est ne laisser aucune objection sans y répondre, aucun doute sans l’éclaircir.
C’est trouver les paroles de vérité qui s’adressent à la raison et au cœur de l’ouvrier socialiste.
C’est ramener tout aux intérêts essentiels des travailleurs socialistes et communistes, de la classe ouvrière tout entière, dans la lutte contre leur ennemi commun : la réaction et ses agents.
Telle sera notre préoccupation si nous voulons faire rapidement des pas en avant sur la route du front unique. »
Le XIIIe congrès scelle le destin du Parti Communiste Français ; il n’y a plus rien à sauver.
On est passé d’une ligne opportuniste de droite dominant le Parti à une idéologie thoréziste, à la fois sociale-chauvine et opportuniste-bureaucratique.
Il n’est plus qu’un équivalent de la CGT, mais dans le domaine politique.