Les représentations florales sont une partie intégrante de la peinture néerlandaise ; elles apparaissent souvent comme une fin en soi ou au contraire comme une tentative d’expression symbolique.
Dans ce dernier cas, cela tiendrait au principe des vanités : ce serait une allégorie du temps qui passe.
Il y a également que les fleurs représentent des choses en particulier, telle la richesse pour la tulipe, l’innocence pour le lys, l’amour pour la rose, etc.
Il y a également souvent des insectes qui sont présents, comme par exemple ici pour cette Nature morte avec fleurs dans un vase, de Christoffel van den Berghe, peinte en 1617.

On retrouve la fascination néerlandaise de l’époque pour la focalisation sur le particulier.
Les œuvres semblent d’ailleurs toujours plus un assemblage de fleurs qu’un réel bouquet, au sens strict.
La question du vase n’a jamais trop perturbé les commentateurs, et pourtant elle joue un grand rôle.
Il est vrai qu’on les remarque plus ou moins, mais ils jouent un grand rôle dans le dispositif général, au sens où ils donnent le ton, en fonction de leur transparence (comme ici), de la complexité de la forme, de leur couleur, etc.
C’est selon le vase, dans la pratique, qu’on perçoit la nature de l’arrière-plan s’il y en a un, qu’on tend vers une logique d’éparpillement ou au contraire de tentative d’aller dans un certain sens de l’harmonie.
Il faut ici, non pas chercher un sens caché, mais bien comprendre que le peintre a dû visualiser la composition florale avant de la peindre.
Cela exige de donner un énorme accent à la cohérence, comme ici avec Balthasar van der Ast, vers 1625-1630.
Il suffit de penser qu’un seul élément inadéquat peut ruiner l’ensemble de la démarche visant à établir une unité au-delà des différences.
La construction picturale est donc extrêmement difficile.

Toute la question est tout de même de savoir dans quelle mesure ces bouquets ne sont pas un marche-pied vers la mélancolie, car on remarquera qu’il y a toujours une dimension assez sombre.
On en revient au principe de la décoration, et de la décoration avec une visée à la fois esthétisante pour le logement, et visant à éveiller des choses dans la vie intérieure.
Ces peintures, où on ne sait où commencer le regard et où le terminer, comme ici dans la composition très réussie de Maria van Oosterwijk en 1685, sont en rapport direct avec l’état d’esprit.

Si on cherche un équivalent direct, on est obligé de les chercher par exemple dans la peinture tibétaine et ses représentations religieuses visant à « éveiller » le disciple spirituellement, en l’encadrant dans une certaine tonalité.
Un équivalent musical serait le râga en Inde, où l’on vise à exprimer un certain « mode ».
Le fait est que ces bouquets de fleurs néerlandais disent bien plus qu’ils ne le veulent en apparence, et qu’ils éveillent très fortement des sentiments.
Assumer une telle peinture chez soi se conjugue forcément avec un certain état d’âme et même une volonté de cultiver cet état d’âme.
Pour cette raison, ces bouquets de fleurs, de par leur logique compositionnelle surchargée – encore une fois comme dans la peinture tibétaine – représentent de très différent de ce que propose la peinture néerlandaise en général.
Naturellement, c’était imperceptible à l’époque et on voit ici comment, dans cette œuvre peinte par Cornelis Kick dans la seconde moitié du 17e siècle, il y a un formidable jeu avec le reflet du vase.

Ce type de peinture n’était pas considéré comme différent dans sa nature et on trouve les mêmes réflexes qu’ailleurs.
Il y a cependant une sorte de perspective ouverte ici pour l’avenir.
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la peinture néerlandaise