La peinture néerlandaise : Des perspectives nouvelles ouvertes

Puisque la peinture néerlandaise est vivante, elle ouvre de nombreuses voies pour l’avenir, et parfois même qui peuvent être surprenantes.

Cet étrange tableau de Lambert Doomer, Chardon, citrouille et chèvre, datant de 1675, anticipe toute une orientation « atmosphérique » qu’on trouvera plus tard dans l’expressionnisme.

On est à la limite du réalisme, néanmoins si on part du principe de l’illustration, on a quelque chose de très fort dans la composition.

On remarquera qu’il y a une atmosphère médiévale, typique de quand la peinture néerlandaise touche à une limite.

Dès que les choses se figent, se bloquent dans leur développement, alors on repasse dans une scène prolongée et glacée, un certain sens de la monumentalité avec une stylisation hiératique.

Ce détour par le passé peut ramener au futur, bien qu’il soit difficile de dire comment le réalisme peut appréhender cela sans se dénaturer.

On a peut-être une réponse avec La vision de Daniel, peint dans les années 1650-1660 par Willem Drost, qui travaillait dans l’atelier de Rembrandt.

On a ici à la fois de la grâce et du mystère, avec une focalisation qui rappelle inévitablement Rembrandt.

De fait, ce qui fait l’intérêt direct de cette œuvre, c’est que c’est du Rembrandt, même si ce n’en est a priori pas un réalisé par ce peintre.

Tout y ramène pourtant, tellement le moment est présenté avec une simplicité qui pourtant est capable de plénitude.

La scène biblique consiste en Daniel qui, après un long jeûne, reçoit un message divin. En théorie, il est censé être déjà âgé ; dans le tableau, il semble jeune, et il en va de même pour l’ange.

L’ange semble avoir des traits féminins par ailleurs, mais la qualité du tableau ne tient pas ici aux détails.

Ce n’est pas non plus la composition ou la technique qui produisent le résultat.

C’est véritablement la grâce de l’ange et la surprise de Daniel qui témoignent d’un moment, de ce fameux moment que cherche précisément la peinture néerlandaise.

La peinture néerlandaise est bien un sas : elle vient de l’émergence de la peinture comme forme esthétique, mais fait passer celle-ci sur un autre plan.

Désormais, la peinture a une nature en soi, son rapport au réel est direct.

C’est ce qui est un cauchemar pour les commentateurs bourgeois, qui veulent soit un rapport subordonné à des idées « pures », soit aucun rapport au réel.

La peinture néerlandaise est l’affirmation du réalisme et, pour cette raison, elle est inabordable pour une conception bourgeoise.

Seuls des artistes tournés vers le réalisme peuvent chercher et trouver dans la peinture néerlandaise, au-delà du réalisme, des prises d’initiatives nouvelles.

Le marché aux légumes, peint par Hendrik Martenszoon Sorgh en 1662, est exemplaire de comment il y a la recherche d’une avancée dans l’atmosphère, dans le positionnement des éléments.

S’il fallait le rapprocher d’aujourd’hui, cela serait dans une vidéo illustrant une chanson qu’il faudrait trouver une sorte d’équivalent.

La peinture néerlandaise n’est jamais statique ; son orientation vers la réalité permet de toujours chercher à cerner un aspect nouveau.

Il y a une vraie reconnaissance du caractère inépuisable de la matière.

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