Pieter de Hooch et le décor

Pieter de Hooch est très intéressant pour sa présentation de la mise en place du décor par rapport à la vie quotidienne. L’Armoire à linge, un tableau réalisé en 1663, est exemplaire de cela.

On fait face à un minimalisme fonctionnel – on est seulement au 17e siècle et les forces productives sont ce qu’elles sont.

Il est pourtant possible de cerner comment il y a un décor qui est mis en place, un réel accompagnement de la vie quotidienne.

La réalité du logement fait écho au besoin spirituel de la vie intérieure ; le protestantisme est tourné vers l’intérieur de la conscience, mais cherche un écho.

Une femme buvant avec deux hommes, peinte en 1658, est tout à fait dans le même esprit. Là encore, une servante est présente par ailleurs, la distinction sociale est soulignée.

L’environnement est peu marqué par des objets, et pourtant on voit bien que tout est calculé, orchestré, qu’on a une propreté et un minimalisme qui s’associent à un goût du confort, de l’amplitude.

Le bourgeois néerlandais fait acte de présence, et c’est la raison pour laquelle les portraits sont toujours personnalisés. Avec le protestantisme, on existe personnellement et la peinture est là pour souligner ce fait.

On remarquera la grâce de la femme qui tient le verre.

C’est ce qu’on retrouve dans La Peseuse d’or, une œuvre peinte entre 1659 et 1662.

L’œuvre n’est pas sans rappeler Vermeer, bien évidemment, mais au-delà de cela, on a bien toute la tonalité typique du décor néerlandais.

On remarquera, à ce titre, bien sûr l’importance accordée aux étoffes, une des premières matières à participer à la mondialisation du capitalisme.

Toutefois, c’est surtout le choix des couleurs qui doit interpeller, et qui révèle qu’alors, celles-ci avaient leur importance.

C’est une mentalité nouvelle qui s’expose ici, qui veut que l’environnement soit en écho avec l’esprit.

C’est la nature de la peinture néerlandaise que d’à la fois refléter une réalité quotidienne et de nous y plonger ; dialectiquement, ce va-et-vient est la preuve du caractère vivant de cette peinture, qui sert de support historique à une prise de conscience.

On en revient au thème de l’image qui est chassée des églises, et qui se retrouve systématisée dans le pays, comme vecteur d’une manière de voir, de sentir les choses.

La peinture datant de vers 1660 connue sous le nom de Femme laçant son corsage près d’un berceau n’est pas forcément la plus aboutie, mais elle est de belle facture cependant.

La luminosité fournit une touche d’irréel, néanmoins on lit bien comment a été conçue l’architecture intérieure.

On remarquera la présence du chien ; chiens et chats sont omniprésents dans les représentations néerlandaises

Le caractère linéaire s’associe au drapé, les éléments sont placés de telle manière qu’on se repère facilement et qu’on se déplace aisément.

On retrouve précisément les mêmes principes dans Le Devoir d’une mère, une peinture datant des années 1660-1661.

Si on avait la mère à la suite d’une action dans le précédent tableau, cette fois elle est à l’œuvre en cherchant des poux dans les cheveux de son enfant.

Le logement est cette fois-ci moins bourgeois, ce qui ne change pas grand-chose fondamentalement.

On retrouve les mêmes éléments, surtout la même logique générale.

Il faut par contre vraiment remarquer que jamais on ne trouve dans le dispositif de choses pouvant rappeler un artisanat propre au Moyen Âge.

Tout est très bien fait, taillé sur mesure, bien placé, parfaitement structuré, etc.

Il faut bien avoir à l’esprit qu’on a là une révolution civilisationnelle.

C’est la première fois dans l’Histoire que l’humanité est capable de s’approprier un mode de vie développé et coordonné en profitant d’un mode de production en vaste expansion.

Les Pays-Bas se détachent alors des autres pays par sa capacité à proposer un développement qui touche de larges pans de la société et qui charrie toujours plus de marchandises.

Même si on n’en est qu’au début réel du capitalisme, la poussée ne pouvait être que bouleversante.

De manière très intéressante, voici deux mêmes scènes, mais avec de profondes nuances.

On a des Joueurs de cartes dans une pièce ensoleillée, de 1658, et des Joueurs de cartes dans un riche intérieur, de 1663.

La simplicité confortable fait face à une opulence maîtrisée, la différence est parlante.

Mais s’agit-il de nuances ou d’une différence ?

Si dans un cas les attitudes sont plus relâchées, dans l’autre cas les mœurs plus policées, l’état d’esprit n’est guère facile à distinguer.

D’ailleurs, l’opulence est relativisée par une certaine obscurité, tandis que la simplicité profite d’un éclairage prononcé pour lui accorder de la clarté, de la vigueur.

Il faut cependant profiter des nombreuses œuvres qu’il a consacrées aux logements eux-mêmes.

Voici La Cour d’une maison à Delft, de 1658, et Une femme et sa servante dans une cour, datant de vers 1660-1661.

On a ici des Personnages dans une arrière-cour, de 1663, ainsi que Deux hommes, femme et enfant dans une cour, datant des années 1658-1660.

La Maîtresse et la Servante au seau, datant de vers 1660, n’est guère réussie avec ses personnages par trop médiévaux.

Il a le mérite de poser un cadre, tout comme La Famille delftoise, de 1658-1660.

Voici, pour conclure, Une femme préparant du pain et du beurre pour un garçon, datant des années 1660.

On le voit, avec Pieter de Hooch, on a une peinture dont les limites sont flagrantes, sans pour autant que cela dévalue entièrement son travail.

Au sens strict, d’ailleurs, il faut considérer que son orientation ouvre la voie au cinéma et à la bande dessinée.

Il est quelqu’un qui contribue puissamment à reconnaître une réalité jusque-là refusée par la peinture.

Son travail est une immense avancée dans un domaine nouveau ; il ouvre la perspective de placer les gens dans le réel lorsqu’on les montre, avec la possibilité – par la suite, historiquement – de les faire se mouvoir !

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la peinture néerlandaise