La peinture néerlandaise : les images sortent des églises

La peinture néerlandaise est une expression directe du « siècle d’or », cette période occupant tout le 17e siècle. Elle est foncièrement positive, car les peintres appartiennent directement à cet environnement en transformation.

Il ne s’agit pas de travailleurs isolés et appelés par les religieux et les aristocrates. Ce sont des artisans qui vendent leurs œuvres, et ils sont extrêmement nombreux. Leur travail est apprécié, reconnu, acheté, revendu.

La Renaissance italienne a donné quelques centaines de milliers de peintures, le siècle d’or néerlandais quelques millions.

Ce chiffre indique bien la stupidité qu’il y a à se moquer des protestants pour le caractère neutre, minimaliste, sobre de leurs temples.

La vérité, c’est que les images sont sorties des églises pour rejoindre la société toute entière. La peinture était partout, car comprise comme une affirmation du réel.

Elle accepte la joie, l’enthousiasme, comme dans ce Joueur de luth de Frans Hals, datant de 1623.

Ce n’est pas tout : si la peinture va vers l’extérieur depuis les églises, on sait que le protestantisme calviniste accorde toute son importance à la conscience.

C’est pourquoi la peinture néerlandaise a un sens approfondi de l’introspection. Il ne s’agit pas d’êtres idéalisés jusqu’à être désincarnés.

On est en mesure de lire les âmes, de saisir les caractères. Les gens sont entiers : ils ne sont pas scindés en eux-mêmes comme dans le féodalisme et avec le catholicisme.

L’Autoportrait de Carel Fabritius, vers 1645, est ainsi directement révolutionnaire : il reconnaît la valeur en soi de la personne. Sa vie intérieure est non seulement admise, mais acceptée et valorisée.

C’est un bouleversement historique sur le plan de la conscience, sans retour en arrière possible.

Il faut bien saisir, en même temps, que la démarche étant authentique, on n’est pas dans le cosmopolitisme. On ne se cache pas derrière l’antiquité grecque, la philosophie idéaliste de Platon ou le catholicisme romain à prétention universelle.

La peinture néerlandaise retranscrit donc les traits nationaux néerlandais. On connaît très bien en Belgique, un peu moins en France mais tout de même, cette sensibilité mélancolique et mélodique, à la fois très organisée et très lâche (ce qui rattache ici la perspective aux mentalités germaniques).

Le Belge, prompt à vouloir l’agitation des éléments pour former un tout vivant, ainsi que le Français, épris du jeu de l’esprit à tout moment et en tout lieu, n’ont pas le goût néerlandais pour les choses lancinantes, avec comme un arrêt sur image.

Les Groseilles à maquereau d’Adriaen Coorte, une œuvre de 1701, peuvent ainsi laisser dubitatif, mais elles correspondent à toute une attitude mélancolique et appréciatrice typiquement néerlandaise.

On notera d’ailleurs qu’on les trouvait de manière sauvage et qu’elles faisaient ainsi partie de l’arrière-plan culturel du pays.

Les jardiniers néerlandais ont systématisé sa culture et on a là donc à la fois une posture mélancolique et un regard scientifique sur une baie.

Il faut donc savoir distinguer ce qui est spécifique à la culture nationale néerlandaise et ce qui relève du réalisme dans sa dimension universelle – tout en se rappelant que l’universel a besoin de se fonder sur le particulier.

Et c’est d’autant plus vrai que la peinture néerlandaise représente des personnalités, dans des moments personnels, profondément intimistes.

David Bailly, avec sa Vanité aux portraits (autoportrait) de 1651, met bien en abyme cette quête fondamentalement personnelle du protestantisme, avec la quête d’êtres vrais pour rencontrer d’autres êtres vrais, au-delà du temps qui passe.

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