Aux Pays-Bas, les protestants n’ont pas utilisé le terme de « temple » pour désigner leurs lieux de culte ; on parle tout simplement d’églises.
Au 17e siècle, les calvinistes ont l’hégémonie et leur protestantisme – de fait, le protestantisme « pur » – est ouvertement soutenu par l’État.
Ce n’est pas la religion officielle, au sens où elle serait imposée.
Néanmoins, tous les postes à responsabilité revenaient aux calvinistes, qui représentaient autour de 40-45 % de la population.
Voici l’intérieur d’une église calviniste, par Emanuel de Witte, en 1668.

On peut y voir que c’est la chaire qui compte, car le protestantisme se veut une religion de raison et c’est la parole qui compte.
Il n’y a pas de statues, pas d’ornements, pas d’images, pas de vitraux figuratifs, au nom encore une fois de la raison.
On est dans l’édification, pas dans l’apparat, et la dimension collective-communautaire est soulignée par la sobriété.
Le pasteur d’ailleurs, après avoir été formé académiquement, est choisi par la congrégation.
On notera ici que de nombreuses églises catholiques ont été récupérées pour le culte calviniste, comme ici l’église de Saint-Bavo à Haarlem, présentée ici par Job Berckheyde en 1668.

Il n’y a pas de culte des saints dans le calvinisme, le nom est simplement historique.
La disposition a été modifiée : les bancs sont tournés vers la prédication, avec une chaire surélevée.
Bien entendu, les éléments décoratifs ont été enlevés et il a été fait en sorte qu’un maximum de lumière puisse passer afin d’éclairer l’intérieur.
Il en va de même pour l’église Saint-Odulphe à Assendelft, présentée ici par Jan Saenredam en 1649.
On remarque ici la recherche d’une sorte de pureté architecturale dans la présentation.

Hormis les synagogues, les églises calvinistes – ici un intérieur présenté par Emanuel de Witte en 1669 – sont les seules à être visibles.
Les autres lieux de culte doivent être cachés des yeux du public, tout en étant tolérés.

Il n’y a pas de volonté de convertir de force et les membres des autres communautés peuvent librement participer à la société, du moment qu’ils restent à l’écart des décisions d’État.
Les calvinistes ne représentaient pourtant même pas la majorité de la population, seulement autour de 40-45 %, pour 30-35 % de catholiques, 10-15 % de membres des différentes variantes du protestantisme (luthériens, remonstrants, mennonites), 1-3 % de Juifs.
Néanmoins, la dynamique était de leur côté ; ils avaient porté l’indépendance face aux Espagnols, ils diffusaient un capitalisme efficace et captivant.
Leurs églises, comme ici une représentée par Job Berckheyde, n’étaient d’ailleurs pas des lieux de culte : il s’agissait de véritables centres de pouvoir, de cohésion communautaire, de lieux d’échanges.

Au fur et à mesure du développement du libéralisme, la mise à l’écart des non-calvinistes cessera toutefois. L’égalité juridique est effective à partir de 1815.
On a donc bien tort de considérer les églises calvinistes comme des endroits simplement austères.
Ils sont sobres et relèvent d’un dispositif concret, où les membres de la communauté se doivent d’être actifs dans un État qui leur appartient.
Chaque église – ici la Laurenskerk de Rotterdam représentée en 1664-1666 par Cornelis de Man – est un pôle d’attraction et un vecteur d’une intense activité rationnelle.

Il faut ici se rappeler que le calvinisme est né de manière militante et communautaire.
Les églises sont des lieux de rassemblement qui prolongent cette approche historique.
L’historien français Henri Hauser rappelle de la manière suivante la dynamique initiale :
« La bourgeoisie commerçante et industrielle, surtout à Anvers et dans les villes, alors moins actives, de Hollande et de Zélande, lisait volontiers l’Institution chrétienne [publié par Jean Calvin en 1536].
Le prolétariat des cités manufacturières et des ports passait au calvinisme, dont les progrès coïncident fréquemment avec ceux de la grande industrie et avec ceux d’une classe ouvrière déjà préparée par l’anabaptisme à recevoir l’enseignement d’une Réforme plus radicale que celle de Luther.
De la sorte, le calvinisme se renforçait d’éléments violents, révolutionnaires, au moment même où bourgeois et nobles allaient entrer en conflit avec un gouvernement mal disposé à respecter leurs franchises. »
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la peinture néerlandaise