Il est impossible de parler de la peinture néerlandaise du siècle d’or sans mentionner les deux penseurs qui lui sont parallèles : Christian Huygens (1629-1695) et Baruch Spinoza (1632-1677).
Si tout le monde connaît Léonard de Vinci, sans que celui-ci ait concrètement fait d’apport scientifique au sens strict, absolument personne ne connaît Christian Huygens, pourtant une figure absolument immense de la science, ici représenté par Caspar Netscher en 1671.

Léonard de Vinci écrivait en toscan populaire et ne parlait ni le latin, ni le grec ; Christian Huygens maîtrisait le grec, le latin, l’italien et le français.
Avant même l’université, Christian Huygens joue du luth, de la viole de gambe et du clavecin ; il sait monter à cheval et faire de l’escrime.
Il fait progresser l’optique des télescopes ; il découvre Titan, satellite de Saturne, et comprend que cette dernière dispose d’un anneau.
Il fait une description alors inégalée concernant les dimensions relatives des planètes du système solaire et la position de la Terre ; il a formulé la théorie ondulatoire de la lumière et il a expliqué la réflexion et la réfraction.
Il a analysé la force centrifuge dans le mouvement circulaire et il a mis au point une horloge à pendule, faisant passer la précision de 15 minutes à 15 secondes par jour ; il a identifié les lois du choc élastique.
Il est également le précurseur du moteur à combustion et il a amélioré la navigation maritime par l’intermédiaire du calcul de la longitude ; il a écrit un des premiers traités modernes sur les probabilités.
Il fut notamment premier directeur scientifique de l’Académie royale des sciences mise en place en France par Colbert en 1666.
L’année suivante, le début de la construction de l’Observatoire de Paris est inauguré par des mathématiciens de l’Académie qui, sous la direction de Christian Huygens, tracent le méridien de Paris, le jour du solstice d’été, le 21 juin.
Ce parcours est immense et il s’avère que Christian Huygens connaissait Baruch Spinoza, qu’on voit ici sans doute représenté dans une peinture anonyme datant de vers 1665.

Celui-ci gagnait sa vie en taillant des lentilles optiques pour lunettes et microscopes, et forcément cela intéressait Christian Huygens.
On sait simplement qu’ils se sont vus et qu’ils avaient une correspondance ; il ne semble pas qu’il y ait eu une effervescence intellectuelle. L’idée semble absurde. Tous deux avaient, en effet, un intérêt fondamental pour la géométrie et la logique, qu’ils privilégiaient au calcul pur.
C’est d’autant plus vrai que Christian Huygens avait formé en mathématiques l’Allemand Gottfried Wilhelm Leibniz, qui a joué un rôle majeur dans la mise en place du calcul infinitésimal.
Un calcul infinitésimal qui a passionné Karl Marx (et Friedrich Engels), en raison de son rapport à la notion (de zéro) et d’infini. Un infini qui était justement le principe même de la vision du monde de Baruch Spinoza, qu’il formule dans l’Éthique.
On a ici une vraie question de fond dans l’Histoire des idées, mais si on s’intéresse à la peinture néerlandaise plus directement, tout cela rappelle qu’il existait dans les Pays-Bas de l’époque une obsession pour la chose elle-même.
C’est ce qui motive Christian Huygens dont toutes les activités sont fondées sur l’expérience, c’est ce qui motive Baruch Spinoza qui détermine les choses en disant ce qu’elles ne sont pas ; c’est ce que fait plus globalement le capitalisme néerlandais qui se développe grâce à l’idéologie calviniste.
C’est ce que fait la peinture néerlandaise dont l’objectif est de se confondre avec ce qui est représenté, pour le porter jusque dans la représentation.
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la peinture néerlandaise