Georges Marchais, membre du Comité Central et secrétaire à l’organisation, tient un discours parmi beaucoup d’autres.
Il pose cependant des choses centrales pour le Parti Communiste Français avec une assurance certaine ; c’est pour cela qu’il sera bientôt appelé à en prendre la tête.

On a, dans ses propos, une véritable synthèse de l’esprit régnant auprès des cadres ; toute la vision du monde, la sensibilité, l’orientation idéologique du Parti Communiste Français est ici adéquatement formulée.
Le Parti Communiste Français sait utiliser le prestige de l’URSS ; il est intégré à la société française par les élus et la CGT, ainsi qu’une très large base.
Il pense être un rouleau compresseur qui, lentement mais sûrement, sera appelé à prendre les commandes du pays.
« L’existence des Partis communistes répond aux nécessités objectives de l’évolution sociale et qu’ils expriment réellement les besoins, les intérêts, les aspirations de la classe ouvrière et des masses populaires.
Cette appréciation est d’ailleurs pleinement confirmée par le fait que « le mouvement communiste mondial est devenu la farce politique la plus influente de notre époque, le facteur fondamental du progrès social », ainsi que le souligne la déclaration des Partis communistes et ouvriers de 1960.
À ce moment-là, il pouvait être fait état de l’existence de Partis communistes dans 87 pays, groupant plus de 86 millions d’adhérents.
C’est là une grande victoire du marxisme-léninisme, une grande conquête de la classe ouvrière.
D’autant que c’est sous la conduite des partis animés par la doctrine et les principes marxistes-léninistes que se sont réalisés les changements profonds intervenus dans le monde et qui font que la caractéristique essentielle de notre époque, c’est que le système socialiste mondial devient le facteur décisif de l’évolution de la société humaine.
Cette modification dans la situation mondiale facilite incontestablement les luttes de la classe ouvrière et des peuples sur tous les plans.
Les victoires remportées par l’Union soviétique qui construit la société communiste et par les États socialistes dans le domaine économique, dans l’élévation du niveau de vie des travailleurs, sur le plan scientifique, technique et culturel, dans l’extension de la démocratie, élèvent la lutte consciente des travailleurs en faveur du socialisme.
Il y a moins de cinquante années, les combattants pour la cause du socialisme et du communisme puisaient leur foi et leur enthousiasme dans les prévisions géniales de Marx, Engels et Lénine.
Aujourd’hui, le socialisme est une réalité vivante qui démontre sa haute supériorité sur le système capitaliste qui n’a que mépris pour l’homme qui produit les richesses.
Comment les travailleurs français, qui subissent le poids de la politique malfaisante des grands monopoles, ne se sentiraient-ils pas de plus en plus attirés par la perspective du communisme avec tout ce qu’il apportera ?
Permettez-moi de rappeler ce qu’en disait le camarade Khrouchtchev dans son rapport au XXIIe Congrès du Parti communiste de l’Union Soviétique :
‘Notre XXIIe Congrès a adopté le programme d’édification de la société communiste qui porte sur son étendard des objectifs grandioses : paix, travail, liberté, égalité, fraternité et bonheur.
De nombreuses générations rêvaient de cette société de justice, de cet âge d’or.
La force des communistes, de leur théorie marxiste-léniniste consiste en ce qu’ils ont exprimé les plus beaux rêves de l’humanité, qu’ils ont frayé des voies sûres à la création de la société la plus équitable sur terre.
Maintenant, avec le programme de notre Parti, chacun peut voir clairement ce que représente le communisme et quels bienfaits il apporte aux populations.
Dès le début et jusqu’au bout, le programme est pénétré d’une seule idée : Tout pour l’Homme, pour le bien de l’Homme. »
C’est cela que les dirigeants chinois qualifient aujourd’hui d’ »embourgeoisement ».
Ils oublient que c’est là le rêve séculaire des hommes et que des millions d’entre eux ont donné leur vie pour atteindre cette société empreinte de bonheur, de justice et de liberté.
Certes, c’est essentiellement de la lutte de notre classe ouvrière avec ses alliés que dépend, chez nous comme ailleurs, le passage à la société socialiste, mais, incontestablement, les faits prouvent que cette lutte révolutionnaire est de plus en plus stimulée par les succès remportés par l’Union soviétique et l’ensemble des États socialistes dans la compétition pacifique avec les pays capitalistes.
D’autres aspects de la situation confirment bien qu’à l’époque actuelle le socialisme est déterminant dans la marche en avant du monde (…).
La perspective possible d’un monde sans guerre et sans armes ne peut que stimuler la lutte indispensable des peuples en faveur de la paix, surtout chez nous, face à la politique néfaste menée par le pouvoir gaulliste, avec notamment la mise sur pied d’une force de frappe atomique, aussi ruineuse que dangereuse pour la sécurité de notre pays.
Enfin, c’est sur la base du rapport des forces établi en faveur du socialisme, que des conditions nouvelles plus favorables existent pour le passage pacifique au socialisme, ce qui serait conforme aux intérêts des travailleurs et de la nation.
Certes, nous savons que cette éventualité ne dépend pas seulement des forces révolutionnaires mais également de la résistance opposée par la grande bourgeoisie.
C’est pourquoi la possibilité du passage pacifique au socialisme est essentiellement fondée sur l’existence d’une puissante lutte de masse grâce à l’unité de la classe ouvrière, à l’union de toutes les couches sociales victimes des monopoles.
De cette situation nouvelle, des conditions nouvelles qui en découlent dans la lutte pour le progrès social, la démocratie, la paix, la libération des peuples encore opprimés et le socialisme, les dirigeants chinois n’entendent tenir aucun compte.
Faisant preuve de duplicité, ils en sont arrivés à renier entièrement les appréciations et conclusions qu’ils avaient adoptées avec l’ensemble des Partis communistes et ouvriers lors de la conférence de 1960.
Et pourtant l’expérience de la vie en a confirmé l’extrême justesse.
Alors que l’unité et la cohésion du mouvement communiste international restent plus que jamais une condition décisive pour sauvegarder la paix et infliger de nouvelles défaites à l’impérialisme, ils se livrent à un véritable travail de sape et de désagrégation.
Ils n’hésitent pas à utiliser pour leur mauvaise besogne les pires ennemis et renégats de la classe ouvrière.
Alors que la victoire sur le capitalisme dépend des efforts communs du système socialiste mondial, du mouvement ouvrier et démocratique, de la lutte de libération nationale des peuples, ils cherchent à opposer le mouvement de libération aux pays socialistes et à la classe ouvrière internationale.
Ils en méprisent d’ailleurs le rôle dans la lutte pour la démocratie, la paix, la libération des peuples et le socialisme.
Devant ces faits, quasi unanimement les communistes dans leurs assemblées de cellules, les délégués dans les conférences de section et fédérales ont fermement condamné les positions dogmatiques, sectaires et aventuristes des dirigeants du Parti communiste chinois.
Ils l’ont fait, étant profondément convaincus de par leur propre expérience de la justesse des appréciations et conclusions de la Conférence de Moscou auxquelles notre Parti se lie, d’autant plus fermement que nombre d’idées avancées nous étaient déjà familières.
Cette orientation favorise l’unité de la classe ouvrière, l’union des forces ouvrières, démocratiques et pacifiques, alors que la ligne suivie par les dirigeants chinois ne pourrait que nous isoler des masses et empêcher tout progrès dans la voie de la démocratie, de la paix et du socialisme.
Les communistes dans leur cellule, les délégués aux conférences ont approuvé toutes les positions prises par le Comité central depuis que se sont affirmées les divergences profondes des dirigeants chinois, et ils sont pour la convocation d’une nouvelle conférence internationale.
Ils ont affirmé leur volonté de se montrer vigilants afin de mettre en échec toutes tentatives qui, à l’inspiration des dirigeants du Parti communiste chinois, viseraient à nuire à l’unité de pensée et d’action du Parti.
Ils se sont indignés des calomnies honteuses diffusées par les dirigeants chinois à l’égard du glorieux Parti communiste de l’Union soviétique, de sa direction et particulièrement du camarade Khrouchtchev ainsi qu’à l’égard de notre Parti, de sa direction et d’autres partis frères.
Le peuple chinois ne manquerait sans doute pas de s’inquiéter s’il savait que les dirigeants du grand Parti communiste chinois se retrouvent avec les pires adversaires de la classe ouvrière et des communistes pour calomnier leurs frères de combat.
Avec notre Comité central, l’ensemble des adhérents et militants du Parti souhaitent que les profondes divergences qui opposent le Parti communiste chinois à la grande majorité des autres partis soient surmontées, que l’unité du mouvement communiste international se réalise, car elle constitue l’arme efficace et nécessaire dans le combat pour la paix, la démocratie, la libération nationale et sociale des peuples.
Ils ont approuvé tous les efforts faits en ce sens.
Mais ils rejettent fermement tout esprit de conciliation qui aboutirait à mettre en cause la juste orientation du mouvement communiste mondial dans les questions essentielles de notre temps.
C’est pourquoi ils ont approuvé le passage du projet de résolution qui dit :
« La conciliation envers la ligne gauchiste et nationaliste des dirigeants chinois serait un danger pour le mouvement communiste international, pour le peuple chinois lui-même, pour notre Parti et sa large politique d’union nécessaire à la lutte contre le pouvoir personnel. »
Naturellement, nos camarades ont exprimé leur inquiétude devant l’attitude des dirigeants du Parti communiste chinois.
C’est légitime. Comment ne serait-on pas préoccupé devant l’épreuve, les difficultés qu’il faudra surmonter ?
Cependant, ils sont conscients que cette situation ne remettra pas en cause la marche en avant du monde, les succès de l’Union soviétique et du camp socialiste, l’essor du mouvement ouvrier et de la lutte de libération nationale à travers le monde, les progrès de la détente, le développement général de la lutte générale pour la paix, pour la démocratie, pour le socialisme (…).
Le passage à la société socialiste correspond à la fois aux intérêts de la classe ouvrière et de l’immense majorité du peuple.
En effet, en même temps qu’elle se libérera de l’exploitation capitaliste, la classe ouvrière libérera l’ensemble des couches opprimées par le grand capital.
Elle assurera par là-même la véritable liberté pour l’ensemble de la nation.
Les communistes ont toujours considéré que le choix du régime social est le droit imprescriptible du peuple dans chaque pays.
La révolution socialiste ne saurait être importée, ni imposée du dehors. De la même façon, nous nous opposons à l’exportation de la contre-révolution.
La révolution socialiste découle du développement interne dans chaque pays, de l’aggravation des contradictions sociales.
C’est lorsque l’immense majorité de la classe ouvrière et ses alliés nécessaires en auront décidé que notre pays passera au socialisme (…).
C’est pourquoi notre Parti travaille à gagner la classe ouvrière et les masses laborieuses de France à la cause de la transformation socialiste de la société, ainsi que le rappelle le préambule du projet de statuts.
Le passage à la société socialiste s’effectuera en tenant compte des conditions spécifiques de la France et aussi du fait qu’il existe des lois générales valables pour tous les pays.
D’autant que de ce point de vue, l’édification pratique du socialisme dans différents pays a permis d’accumuler une riche expérience collective.
Parmi ces lois générales, il en est une qui revêt une très grande importance, c’est la nécessité de la dictature temporaire du prolétariat pour accomplir les tâches de la révolution socialiste.
À ce propos, le camarade Claude Schuttl, au nom de la cellule Rabelais (section d’Orsay, en Seine-et-Oise), a fait parvenir un amendement proposant « d’enlever l’expression dictature du prolétariat » dans le préambule du projet de statuts.
Deux raisons sont données pour motiver cette proposition.
La première est « qu’il apparaît aux camarades de cette cellule que, dans l’esprit du public, cette expression soit interprétée comme signifiant l’existence d’un seul parti ».
Deuxième raison avancée : « Lorsque l’expression a été utilisée par Lénine, il n’y avait pas eu l’expérience Hitler-Franco et l’expression de dictature dans la tête de tous les travailleurs est un peu liée à l’idée de dictature d’une minorité ».
En fait, renoncer au principe et au concept de la dictature du prolétariat dans le préambule du projet de statuts, comme le proposent les camarades de la cellule Rabelais, serait une grave erreur politique.
Pour ce qui concerne la première raison invoquée, il ne saurait y avoir d’équivoque sur notre position.
En effet, dans ses derniers congrès, notre Parti a réaffirmé avec force que l’entente entre communistes et socialistes est possible et nécessaire, non seulement pour résoudre les problèmes d’aujourd’hui, mais aussi demain, dans la lutte pour l’édification du socialisme.
D’ailleurs, le projet de résolution rappelle « que notre Parti a rejeté l’idée que l’existence d’un parti unique était une condition obligatoire du passage au socialisme ».
Mais nous sommes allés encore plus loin.
En effet, nous considérons qu’aux côtés d’un parti unifié de la classe ouvrière, au service du socialisme et de l’intérêt national, d’autres partis pourront exister et collaborer à l’édification du socialisme, permettant ainsi de réaliser celui-ci dans les meilleures conditions, grâce à une large alliance entre la classe ouvrière, la paysannerie laborieuse, les intellectuels et les classes moyennes.
Les craintes exprimées par les camarades de la cellule Rabelais ne peuvent donc être retenues. Ce qu’il faut, c’est faire connaître notre position sur la question.
La deuxième raison invoquée ne saurait non plus justifier l’abandon du principe de la dictature du prolétariat dans nos statuts.
Sans doute, avec les régimes fascistes ayant un caractère dictatorial, le mot dictature a mauvaise consonance.
Mais il ne peut y avoir aucune assimilation possible avec la conception que nous avons de la dictature du prolétariat.
La dictature du prolétariat n’est pas celle d’une minorité sur la majorité, comme c’est le cas pour la dictature du capital — s’exprimant par l’État bourgeois — qui tient dans l’oppression les masses exploitées, c’est-à-dire l’immense majorité du peuple.
Au contraire, la dictature du prolétariat c’est la démocratie pour l’ensemble des travailleurs, c’est-à-dire l’immense majorité.
Elle est, comme l’indiquait le camarade Maurice Thorez à la Conférence des 81 Partis communistes et ouvriers, « l’expression de la vie politique authentique des masses, de l’alliance du prolétariat et de nombreuses couches non prolétariennes de travailleurs contre le capital ».
De plus, la dictature du prolétariat n’est pas seulement nécessaire pour contraindre les représentants des anciennes classes exploiteuses — l’infime minorité — mais pour construire victorieusement la société socialiste. C’est ce dont témoigne l’expérience de l’Union soviétique et des démocraties populaires.
Au fond, remettre en cause le concept de dictature du prolétariat pour le remplacer par « pouvoir politique », comme le propose la cellule Rabelais, ce serait glisser sur le terrain de la démocratie bourgeoise, car le contenu de classe de l’État chargé de construire le socialisme disparaîtrait.
« Le communiste, disait Lénine, c’est celui qui accepte non seulement l’idée de la lutte des classes, mais qui la conduit jusqu’à ses conséquences, jusqu’à la nécessaire dictature du prolétariat. »
Par conséquent, nous estimons que la partie du préambule du projet de statuts traitant cette question ne saurait être modifiée dans l’esprit demandé. J’en rappelle les termes :
« Le Parti communiste français considère que la libération du peuple français des chaînes de l’exploitation exige la destruction de toute forme de la dictature du capital et la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière en alliance étroite avec la paysannerie laborieuse et l’ensemble des masses populaires.
Ce pouvoir dont la forme peut varier est la dictature temporaire du prolétariat qui assure la démocratie la plus large pour tous les travailleurs.
Après la défaite définitive des anciennes classes exploiteuses, elle laisse la place à un État de tout le peuple, étape nouvelle sur la voie qui conduira progressivement, « du gouvernement des hommes à l’administration des choses ». » (…)
Le Parti agit pour défendre et élargir les libertés, les droits, les avantages même partiels conquis par le peuple de France au cours de ses luttes.
Pour imposer toute mesure, toute réforme démocratique améliorant les conditions d’existence des masses populaires.
Il lutte pour instaurer dans les conditions du système capitaliste le régime démocratique le plus avancé possible, conscient que la bataille pour la démocratie est inséparable de la lutte pour le socialisme.
Dans toute cette activité, le Parti place au centre de ses préoccupations l’unité d’action de la classe ouvrière et particulièrement des communistes et des socialistes, l’union de toutes les forces ouvrières et démocratiques.
C’est, en effet, la condition décisive pour faire triompher les intérêts de la classe ouvrière et des masses populaires, libérer la France de toute forme de pouvoir autoritaire, instaurer une démocratie nouvelle permettant à notre peuple d’aller de l’avant dans la voie du progrès social, de la démocratie et de la paix (…).
Les statuts qui seront adoptés par le XXIIe Congrès de notre Parti aideront chaque organisation, chaque communiste à s’acquitter de ces tâches avec honneur, avec un grand esprit de responsabilité et d’initiative, avec succès.
Ainsi, comme il n’a cessé de le faire tout au long de ces quarante-quatre années d’existence, notre Parti travaillera avec toujours plus d’efficacité au service de la classe ouvrière, au service du peuple, au service de la France.
Vive le marxisme-léninisme qui permet aux travailleurs de réaliser leurs rêves millénaires.
Vive le Parti communiste français, guide éprouvé de la classe ouvrière et du peuple dans le combat pour la démocratie, la paix et le socialisme !
Vive le communisme ! »
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Le Parti Communiste Français :
du thorézisme au boccarisme (1959-1966)