Voici les extraits principaux, ou significatifs, de la résolution politique du XVIIe congrès du Parti Communiste Français de 1964.
« Les actes du pouvoir gaulliste, caractérisé par les XVe et XVIe Congrès comme le pouvoir renforcé des monopoles, ont pleinement justifié cette appréciation.
Entre 1958 et 1963, la production a augmenté de 30%, alors que le pouvoir d’achat des salaires horaires reste inférieur à celui de 1957, malgré les augmentations obtenues par la lutte des travailleurs.
Le travail devient plus intense et sa durée reste prolongée.
Les pensions, retraites, allocations familiales ont un retard plus grand encore.
Le Marché commun et la grande industrie sacrifient les intérêts des petits et moyens paysans en leur refusant un prix rémunérateur pour leurs produits, tout en leur imposant des prix industriels élevés et en réduisant les débouchés.
En moins de dix ans, la population agricole a diminué de 25%.
Dans la même période, le nombre des commerçants détaillants et des artisans a diminué au seul profit des magasins à succursales multiples dépendant du capital financier (…).
La mise en œuvre d’une telle politique contraire aux intérêts de la France est facilitée par la Constitution de 1958 et l’usage qu’en fait le président de la République, par les atteintes portées en permanence aux libertés politiques, syndicales et communales.
La Constitution de 1958, dans sa lettre comme dans son esprit, a institué un régime personnel, sorte de monarchie où les droits et prérogatives du Parlement sont réduits à leur plus simple expression.
De Gaulle, qui s’est attribué la qualité de « guide de la France », « clef de voûte des institutions », a défini lui-même les pouvoirs dont il dispose ; seul il guide, il oriente, il décide, il nomme, il négocie, il conclut les traités sans avoir de comptes à rendre.
Il peut même décider seul de déclencher une guerre atomique.
Le mode de scrutin injuste permet à l’U.N.R.-U.D.T. et autres candidats gaullistes d’assurer avec 35,5 % des suffrages exprimés aux élections législatives, une majorité inconditionnelle.
L’Assemblée nationale n’est plus qu’une caricature destinée à faire croire aux Français que le régime est encore parlementaire.
Le pouvoir a monopolisé à son profit exclusif les moyens modernes d’information que sont la télévision et la radio.
Bien que financée par les contribuables, la R.T.F. est devenue un instrument destiné à émousser le sens civique des citoyens.
La faction gaulliste au service des grandes sociétés capitalistes qui rançonnent le pays, investit l’État, place ses hommes aux postes essentiels de commande.
L’une des graves menaces actuelles est l’attaque qui se développe contre les libertés et droits des départements et des communes.
La réforme administrative tend à placer toute l’administration des départements, y compris l’Éducation nationale, sous l’autorité totale des préfets, agents directs du pouvoir dégagés de tout contrôle populaire.
Les comités d’expansion économique et sociétés d’économie mixte, les districts urbains, la « réorganisation de la région parisienne », le regroupement autoritaire des communes rurales, la modification dans un sens antidémocratique des organismes d’H.L.M., des caisses des écoles, des bureaux d’aide sociale, etc., ont pour but de réduire progressivement les droits et pouvoirs des assemblées élues, de leur imposer des charges financières incombant à l’État et de favoriser la mainmise des monopoles sur les 20 milliards de francs des budgets communaux (…).
La politique extérieure du général de Gaulle est dangereuse pour la France et pour la paix.
C’est une politique impérialiste.
Tout en défendant avec âpreté ses intérêts politiques et économiques face à ses rivaux américains, anglais, ouest-allemands et autres, tout en cherchant à jouer un rôle plus important en Europe et dans l’O.T.A.N., le capital monopoliste français favorise les investissements étrangers, notamment américains, fonde sa politique extérieure avant tout sur la coalition agressive de l’O.T.A.N. et sur l’alliance avec les militaristes revanchards de l’Allemagne de Bonn, qu’il encourage dans ses revendications territoriales et dans ses exigences de posséder les armes atomiques.
L’armée américaine possède toujours de nombreuses bases sur le sol de France.
Le traité militaire conclu avec l’Allemagne fédérale est une alliance contre la paix, une alliance des monopoles contre les peuples.
Il accélère la course aux armements, fait de la France une base stratégique de la Bundeswehr, aggrave la tension en Europe (…).
Les Français prennent de plus en plus conscience du danger que constituent la suppression des pouvoirs des institutions représentatives et la limitation systématique des libertés.
Le front commun des républicains et de leurs élus se réalise et se renforce dans le combat contre les projets gouvernementaux visant à réduire les prérogatives des conseils municipaux et généraux, pour la défense et l’élargissement des libertés communales (…).
Le changement considérable du rapport des forces dans l’arène internationale en faveur de la paix et du socialisme a contribué à l’essor du mouvement des masses en France.
Ainsi que l’ont souligné les XXe et XXIIe Congrès du Parti Communiste de l’Union soviétique, nous sommes à l’époque du passage du capitalisme au socialisme à l’échelle mondiale.
Les succès remportés par l’Union soviétique comme ceux de toute la communauté des États socialistes exercent une influence décisive sur le cours des affaires mondiales (…).
Le Marché commun, avec son orientation réactionnaire et agressive, n’en est pas moins le nœud des rivalités des pays d’Europe occidentale entre eux, avec l’Angleterre et les États-Unis.
Des contradictions apparaissent entre les pays adhérant au Pacte atlantique, concernant la possession des armes atomiques et la direction du bloc militaire agressif.
Dans chaque pays capitaliste les groupes les plus réactionnaires du capital monopoliste entrent en opposition avec la majorité de la population (…).
Grâce au combat idéologique mené par le mouvement communiste mondial et, d’une façon plus générale, par les partisans de la paix, des centaines de millions d’hommes se rendent compte qu’il n’est pas d’autre alternative que la coexistence pacifique ou la guerre thermonucléaire.
Les prises de positions positives du VIIIe Congrès de l’Internationale socialiste, comme celle de Jean XXIII dans l’encyclique Pacem in terris, sont un reflet de ces changements (…).
Pour édifier une véritable démocratie, et pour la garantir contre les forces de réaction et de division, l’expérience montre qu’il faut :
— Débarrasser la France du pouvoir personnel, établir un gouvernement républicain fort et stable, s’appuyant sur le peuple et sur l’entente des partis et organisations démocratiques pour un programme commun ;
— Favoriser la participation active des millions de Françaises et de Français aux affaires publiques en donnant toute leur importance aux assemblées élues et en attribuant aux travailleurs et à leurs organisations un pouvoir de contrôle et de gestion dans le domaine économique et social.
Cela exige une Constitution démocratique et des réformes profondes dans le domaine économique, social et culturel.
Le Parti communiste français considère que cette Constitution devrait comporter dans l’ordre politique :
— Une Assemblée nationale élue au suffrage universel ayant pour tâche essentielle de faire les lois et de contrôler le gouvernement ;
— Un gouvernement fort et stable, responsable devant l’Assemblée nationale et dont le rôle est de gouverner en appliquant le programme voulu par la majorité du peuple (…).
Soucieux de mettre un terme à la domination de ces grandes sociétés capitalistes, le Parti communiste français propose un programme de nationalisation, notamment la nationalisation des grandes entreprises de la sidérurgie et mines de fer, de l’industrie atomique, de l’industrie du pétrole et du gaz, de l’industrie chimique, de l’électronique, de la construction aéronautique et du transport aérien, des grandes banques d’affaires, des compagnies d’assurances.
Il propose, en même temps, la démocratisation du secteur nationalisé, ce qui suppose la participation des syndicats à la direction de la gestion des grands établissements publics et entreprises nationales.
Il réclame l’institution, à tous les échelons de la vie économique, d’un pouvoir de contrôle par les travailleurs, l’extension des attributions des comités d’entreprise, le libre fonctionnement des syndicats à l’intérieur des entreprises (…).
Un mouvement populaire d’une puissance inégalée est nécessaire pour venir à bout du pouvoir personnel et du parti gouvernemental — parti de la banque, des bénéficiaires de la course aux armements atomiques, du militarisme — qui se sont installés au moyen du chantage à la guerre civile et se maintiennent grâce aux lois antidémocratiques, au mensonge élevé à la hauteur d’une institution.
Unie, la classe ouvrière peut et doit devenir la force d’attraction de toutes les couches sociales non-monopolistes intéressées au progrès, à la démocratie, à la paix dans le monde.
Il est donc de la plus grande importance que se développe l’unité d’action entre les Partis communiste et socialiste et que cette unité aille au-delà de ce qu’elle fut en 1934 et en 1945 (…).
Le nouveau rapport des forces qui s’est établi dans le monde en faveur du socialisme crée des conditions nouvelles pour le passage au socialisme.
Alors qu’il y a cinquante ans, le passage pacifique était considéré par les marxistes comme une éventualité possible mais rare, aujourd’hui, en travaillant au rassemblement des forces ouvrières et démocratiques, dans la lutte pour éliminer le pouvoir personnel et pour des réformes démocratiques toujours plus poussées, on peut accroître considérablement les possibilités de passer au socialisme par la voie pacifique, grâce à la mobilisation des forces capables de faire céder la grande bourgeoisie monopoliste après l’avoir isolée.
De plus, l’existence du camp socialiste garantit les peuples en lutte pour le système social de leur choix contre l’intervention étrangère.
C’est précisément en vue de contribuer à la marche au socialisme par la voie pacifique que le Parti communiste a proposé et propose l’entente entre Parti communiste et Parti socialiste, non seulement pour aujourd’hui, mais pour demain (…).
L’emprise de l’État sur la presse, la radio et la télévision, le renforcement des censures et la concentration dans le cinéma, les systèmes de financement dans le théâtre aliènent de plus en plus la liberté d’expression des créateurs.
Le pouvoir voudrait éliminer tout ce qui peut exalter l’homme, enrichir sa combativité pour un avenir meilleur, tout ce qui reflète la vie réelle de la Nation.
Le Parti communiste salue ceux qui dans de telles conditions parviennent à produire des œuvres inspirées d’un humanisme véritable.
Il propose aux intellectuels une conception du monde et une méthode de pensée, le marxisme-léninisme, qui enrichit tout l’acquis de millénaires de culture et de civilisation et ouvre la perspective d’un humanisme nouveau.
Il les appelle à puiser dans un contact vivifiant avec les masses populaires l’élan et la force qui permettent les œuvres durables.
Pour le Parti communiste, les intellectuels communistes et non-communistes ont un rôle irremplaçable de création scientifique et artistique.
Le Parti, tirant les leçons des erreurs passées, et considérant le dogmatisme comme le danger principal à l’heure actuelle, veille et veillera, au cours de discussions et de confrontations avec les intellectuels de toutes disciplines à ne pas laisser transformer en dogme l’instrument de combat politique, de recherche scientifique et de création artistique que constitue le marxisme-léninisme.
La lutte contre le dogmatisme ne saurait signifier la recherche du compromis idéologique et la renonciation au combat contre le révisionnisme.
Le Parti communiste appelle les écrivains et les artistes, les hommes de sciences et les universitaires communistes à se battre pour les positions idéologiques et politiques du marxisme-léninisme (…).
S’inspirant des thèses politiques de la conférence de 1960 et de sa recommandation de « défendre résolument l’unité du mouvement communiste international sur la base des principes du marxisme-léninisme, de l’internationalisme prolétarien, de n’admettre aucune action susceptible de saper cette unité », le XVIIe Congrès du Parti communiste français affirme sa résolution de poursuivre la lutte sur les deux fronts, contre l’opportunisme et le révisionnisme et contre le dogmatisme et l’étroitesse sectaire devenus le danger principal pour le mouvement ouvrier international.
Le XVIIe Congrès considère que la ligne élaborée par les dirigeants du Parti communiste chinois est dangereuse et en opposition à la ligne générale du mouvement communiste international.
En remettant en cause la thèse selon laquelle la contradiction fondamentale du monde contemporain est la contradiction entre le socialisme et le capitalisme, les dirigeants chinois cherchent à opposer la cause de la libération nationale à celle de la paix et du socialisme qui sont inséparables.
Ils aboutissent à nier la possibilité de conjurer dès à présent la guerre mondiale, d’imposer la coexistence pacifique et le désarmement, d’assurer dans certaines conditions le triomphe de la révolution socialiste par des voies pacifiques, de réaliser le front unique entre socialistes et communistes et l’union de toutes les forces antimonopolistes.
Ils défendent l’idéologie et la pratique du culte de la personnalité qui a fait tant de mal à la cause du socialisme scientifique, au mouvement ouvrier et communiste international.
Ils défigurent l’idéal du communisme.
Le XVIIe Congrès considère que le triomphe de la cause fondamentale du mouvement communiste mondial — la paix et le socialisme — rend nécessaire la lutte idéologique et politique contre les positions antiléninistes et néo-trotskistes des dirigeants chinois.
Toute conciliation à l’égard de leur ligne gauchiste, aventuriste et nationaliste serait nuisible au mouvement ouvrier international, au peuple chinois lui-même, à notre Parti, à sa large politique d’union contre le pouvoir personnel.
Pour essayer d’imposer leurs conceptions, les dirigeants chinois adoptent des méthodes fractionnelles de lutte contre les partis marxistes-léninistes, accordent un soutien matériel et moral aux groupes désagrégateurs dans différents partis, utilisent des méthodes outrageantes à l’égard des partis frères et de leurs dirigeants.
Le XVIIe Congrès condamne l’activité scissionniste des dirigeants chinois qui, en divisant les forces de la paix et du socialisme, causent un grave préjudice au mouvement tout entier et facilitent le jeu de l’impérialisme.
Le XVIIe Congrès estime indispensable de réaffirmer, en tenant compte des changements qui se sont produits dans la dernière période, la ligne générale du mouvement communiste international définie en 1957 et 1960 et de prendre toutes les décisions susceptibles de concourir à la défense de son unité.
Il se prononce en conséquence pour la convocation, dans un délai rapproché, d’une conférence de tous les partis communistes et ouvriers du monde.
Pour des raisons patriotiques inséparables de l’internationalisme prolétarien, les communistes français lutteront sans relâche pour l’unité du Mouvement communiste mondial, gage de la victoire de la paix, de la démocratie, du socialisme dans le monde entier.
Les communistes français sont engagés avec confiance et résolution dans le combat pour en finir avec le pouvoir personnel, établir une démocratie réelle.
Leur travail patient et persévérant, leur ténacité ont contribué aux changements intervenus.
Ils poursuivront sans relâche leur travail d’union de toutes les forces vives de la nation autour d’un programme de progrès, de démocratie et de paix. »
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Le Parti Communiste Français :
du thorézisme au boccarisme (1959-1966)