La huitième section du Capital est divisée comme suit :
XXVI. Le secret de l’accumulation primitive
XXVII. L’expropriation de la population campagnarde
XXVIII. La législation sanguinaire contre les expropriés à partir de la fin du XV° siècle. – Lois sur les salaires.
XXXIX. Genèse des fermiers capitalistes
XXX. Contrecoup de la révolution agricole sur l’industrie. Établissement du marché intérieur pour le capital industriel.
XXXI. Genèse du capitaliste industriel
XXXII. Tendance historique de l’accumulation capitaliste.
XXIII. La théorie moderne de la colonisation
Pour le matérialisme dialectique, il n’y a jamais de création ; la notion de création exige, en effet, qu’une chose naisse de rien, qu’elle apparaisse ex nihilo, à partir du néant.
Le principe opposé à celui de création est celui de production : chaque chose est produite par une autre, avec des sauts qualitatifs.
Karl Marx conclut le premier Livre du Capital en aboutissant à cette question de l’origine du capitalisme.
Il a remonté depuis l’objet-marchandise jusqu’au capitalisme, il est parvenu du particulier au tout.
Mais ce tout est un particulier, qui lui-même doit avoir une source.
Tout comme un marteau a été produit historiquement, le capitalisme est un produit historique.
Et on sait que chez Karl Marx, il y a la notion de mode de production : communisme primitif, esclavagisme, féodalisme, capitalisme, socialisme, Communisme.
Si on veut rendre les choses plus complexes, on peut formuler cela ainsi : Karl Marx est parti du fini pour aller à l’infini, mais l’infini est lui-même fini.
Il faut trouver ce fini pour retourner… à l’infini.
La difficulté qu’a Karl Marx, bien sûr, c’est qu’une fois qu’on a trouvé une contradiction, il est difficile d’en sortir pour relancer le processus.
On a des travailleurs isolés face au capital parce qu’on a le capitalisme, on a le capitalisme parce qu’on a des travailleurs isolés face au capital.
Comment se sortir de là ?
Tout simplement, en partant de la dernière contradiction trouvée.
On a vu que l’accumulation du capital était produite par la séparation du travailleur et de sa force de travail.
Pour arriver à la « préhistoire » du capitalisme, il faut donc trouver la genèse de cette séparation.
Ce que Karl Marx présente ainsi :
« Au fond du système capitaliste, il y a donc la séparation radicale du producteur d’avec les moyens de production.
Cette séparation se reproduit sur une échelle progressive dès que le système capitaliste s’est une fois établi; mais comme celle-là forme la base de celui-ci, il ne saurait s’établir sans elle.
Pour qu’il vienne au monde, il faut donc que, partiellement au moins, les moyens de production aient déjà été arrachés sans phrase aux producteurs, qui les employaient à réaliser leur propre travail, et qu’ils se trouvent déjà détenus par des producteurs marchands, qui eux les emploient à spéculer sur le travail d’autrui.
Le mouvement historique qui fait divorcer le travail d’avec ses conditions extérieures, voilà donc le fin mot de l’accumulation appelée « primitive » parce qu’elle appartient à l’âge préhistorique du monde bourgeois. »
Quel est l’aspect principal de cette séparation ?
C’est l’expropriation des masses dans les campagnes.
Karl Marx étudie donc le phénomène.
Il regarde ensuite comment les expropriés ont été traités : on s’en doute, extrêmement mal.
Il faut alors se tourner vers le contraire du phénomène et Karl Marx nous parle de la genèse du fermier capitaliste.
Celui-ci s’immisce dans les interstices de la grande propriété foncière issue de l’expropriation des terres.
Comme l’industrie domestique s’effondre également avec les expropriations, il y a un espace pour le capital devenant industriel, avec évidemment à l’arrière-plan le capital usuraire et le capital commercial.
Les prêteurs et les marchands entrent ainsi en scène en ayant transformé leur approche historique.
Comme en plus, on a un contexte colonial, avec l’Afrique, l’Amérique, mais également l’Asie, on a toute une accumulation de capital qui se met en place.
Cette accumulation du capital, qui se fonde sur une expropriation, est appelée à être expropriée, dialectiquement.
Karl Marx nous présente comme suit la négation de la négation :
« L’expropriation des producteurs immédiats s’exécute avec un vandalisme impitoyable qu’aiguillonnent les mobiles les plus infâmes, les passions les plus sordides et les plus haïssables dans leur petitesse.
La propriété privée, fondée sur le travail personnel, cette propriété qui soude pour ainsi dire le travailleur isolé et autonome aux conditions extérieures du travail, va être supplantée par la propriété privée capitaliste, fondée sur l’exploitation du travail d’autrui, sur le salariat.
Dès que ce procès de transformation a décomposé suffisamment et de fond en comble la vieille société, que les producteurs sont changés en prolétaires, et leurs conditions de travail, en capital, qu’enfin le régime capitaliste se soutient par la seule force économique des choses, alors la socialisation ultérieure du travail, ainsi que la métamorphose progressive du sol et des autres moyens de production en instruments socialement exploités, communs, en un mot, l’élimination ultérieure des propriétés privées, va revêtir une nouvelle forme.
Ce qui est maintenant à exproprier, ce n’est plus le travailleur indépendant, mais le capitaliste, le chef d’une armée ou d’une escouade de salariés.
Cette expropriation s’accomplit par le jeu des lois immanentes de la production capitaliste, lesquelles aboutissent à la concentration des capitaux.
Corrélativement à cette centralisation, à l’expropriation du grand nombre des capitalistes par le petit, se développent sur une échelle toujours croissante l’application de la science à la technique, l’exploitation de la terre avec méthode et ensemble, la transformation de l’outil en instruments puissants seulement par l’usage commun, partant l’économie des moyens de production, l’entrelacement de tous les peuples dans le réseau du marché universel, d’où le caractère international imprimé au régime capitaliste.
A mesure que diminue le nombre des potentats du capital qui usurpent et monopolisent tous les avantages de cette période d’évolution sociale, s’accroissent la misère, l’oppression, l’esclavage, la dégradation, l’exploitation, mais aussi la résistance de la classe ouvrière sans cesse grossissante et de plus en plus disciplinée, unie et organisée par le mécanisme même de la production capitaliste.
Le monopole du capital devient une entrave pour le mode de production qui a grandi et prospéré avec lui et sous ses auspices. La socialisation du travail et la centralisation de ses ressorts matériels arrivent à un point où elles ne peuvent plus tenir dans leur enveloppe capitaliste.
Cette enveloppe se brise en éclats.
L’heure de la propriété capitaliste a sonné.
Les expropriateurs sont à leur tour expropriés.
L’appropriation capitaliste, conforme au mode de production capitaliste, constitue la première négation de cette propriété privée qui n’est que le corollaire du travail indépendant et individuel.
Mais la production capitaliste engendre elle-même sa propre négation avec la fatalité qui préside aux métamorphoses de la nature.
C’est la négation de la négation.
Elle rétablit non la propriété privée, mais la propriété individuelle, fondée sur les acquêts [=tout ce qui a été acheté par un couple, ici le couple capitaliste-travailleur] de l’ère capitaliste, sur la coopération et la possession commune de tous les moyens de production, y compris le sol.
Pour transformer la propriété privée et morcelée, objet du travail individuel, en propriété capitaliste, il a naturellement fallu plus de temps, d’efforts et de peines que n’en exigera la métamorphose en propriété sociale de la propriété capitaliste, qui de fait repose déjà sur un mode de production collectif.
Là, il s’agissait de l’expropriation de la masse par quelques usurpateurs; ici, il s’agit de l’expropriation de quelques usurpateurs par la masse. »
Tel est l’appel au saut qualitatif fait par Karl Marx, après avoir exposé dialectiquement le développement du mode de production capitaliste.
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plan dialectique du Capital : le Livre premier