Le XIXe congrès du PCUS(b) et le camp de la paix

La contre-tendance à la guerre au sein des pays capitalistes ne peut être saisie que si l’on voit la définition qu’accorde le XIXe congrès au camp démocratique, au camp de la paix.

Le Rapport du Comité central du PCUS (B) effectué par Gueorgui Malenkov expose les choses suivantes :

« Les États-Unis et l’Angleterre avec la France, ayant soumis l’URSS, la Chine et les pays démocratiques populaires européens à un « blocus » économique, ont pensé les étrangler.

En réalité, il ne s’agit pas d’une strangulation, mais du renforcement d’un nouveau marché démocratique mondial.

Ainsi, les impérialistes portèrent gravement atteinte à leurs propres exportations et intensifièrent encore la contradiction entre les capacités de production de leur industrie et les possibilités de commercialisation de ses produits (…).

En poursuivant sa politique de paix, l’Union soviétique est totalement unanime avec les autres États démocratiques épris de paix représentés par la République populaire de Chine, la Pologne, la Roumanie, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Bulgarie, l’Albanie, la République démocratique allemande, la République populaire démocratique de Corée et la République populaire mongole.

Les relations de l’URSS avec ces pays sont un exemple de relations complètement nouvelles entre des États, jamais rencontrées auparavant.

Elle sont construites sur la base de l’égalité, de la coopération économique et du respect de l’indépendance nationale. Fidèle aux accords d’assistance mutuelle, l’URSS continuera d’apporter son aide et son appui au renforcement et au développement de ces pays. (Applaudissements tempétueux).

Nous sommes confiants que dans une compétition pacifique avec le capitalisme, le système économique socialiste démontrera de plus en plus clairement sa supériorité sur le système économique capitaliste.

Mais nous n’allons pas imposer notre idéologie ou notre système économique à qui que ce soit.

« L’exportation de la révolution est un non-sens. Chaque pays, s’il le souhaite, fera sa propre révolution et s’il ne le souhaite pas, il n’y aura pas de révolution », déclare le camarade Staline.

L’Union soviétique, qui poursuit constamment sa politique de coopération pacifique avec tous les pays, prend en même temps en compte la menace d’une nouvelle agression de la part des présumés incendiaires de la guerre. Par conséquent, il renforce et renforcera ses défenses (…).

On ne peut pas ignorer les faits du passé. Mais ces faits indiquent qu’à la suite de la Première Guerre mondiale, la Russie s’est retirée du système capitaliste et que, à la suite de la Seconde Guerre mondiale, un certain nombre de pays d’Europe et d’Asie se sont éloignés du système capitaliste.

Il y a tout lieu de croire que la troisième guerre mondiale provoquera l’effondrement du système capitaliste mondial. (Applaudissements prolongés)

C’est, pour ainsi dire, la perspective d’une guerre et ses conséquences, si elle est imposée aux peuples par les incendiaires de la guerre, par les agresseurs.

Mais il existe une autre perspective, la perspective du maintien de la paix, la perspective de la paix entre les nations.

Cette perspective nécessite une interdiction de la propagande de guerre selon le décret des Nations unies, une interdiction des armes atomiques et bactériologiques, une réduction conséquente des forces armées des grandes puissances, la conclusion d’un pacte de paix entre les puissances, l’expansion du commerce entre pays, la restauration d’un marché international unique et d’autres événements similaires dans un esprit de consolidation de la paix.

L’application de ces mesures renforcera la paix, débarrassera les peuples de la peur de la menace de guerre, mettra un terme aux dépenses inouïes en ressources matérielles pour les armes et préparera une guerre d’extermination, et permettra de les transformer au profit des peuples.

L’Union soviétique est favorable à la mise en œuvre de ces mesures, à la perspective de la paix entre les peuples. »

On a exactement le même système d’équilibre entre deux thèses que pour l’évaluation des pays capitalistes. D’un côté il y a une tendance à la guerre – que Staline considère comme inéluctable, dans Les problèmes économiques du socialisme, ouvrage paru justement à l’occasion du XIX congrès. De l’autre, il y a la tendance prenant en compte un capitalisme qui serait « rationnel » et qu’on pourrait pousser dans le bon sens, ce qui est la thèse d’Eugen Varga, qui a provoqué la grande crise idéologique de l’après-guerre.

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Le XIXe congrès du PCUS(b) et la guerre impérialiste

La thèse des deux camps, clef du XIXe congrès, ne peut pas être interprétée correctement sans voir quelle analyse est faite de l’impérialisme. Dans Les problèmes économiques du socialisme en URSS, Staline démonte clairement les thèses d’Eugen Varga au sujet d’un capitalisme qui serait organisé, capitalisme monopoliste d’État, et rappelle que le capitalisme implique la guerre.

Que dit le Rapport du Comité central du PCUS (B) effectué par Gueorgui Malenkov ?

Il est déjà souligné que l’impérialisme américain est dorénavant le chef de file des pays impérialistes, qu’il écrase même les autres pays capitalistes :

« L’impérialisme américain apparaît maintenant non seulement comme un exploiteur et un esclavagiste international de peuples, mais aussi comme une force désorganisant les économies d’autres pays capitalistes.

Profitant de l’affaiblissement de ses concurrents, le capital monopoliste américain s’est emparé après la guerre d’une part importante du marché capitaliste mondial.

Il détruit les liens économiques multilatéraux historiquement établis entre les pays capitalistes et les remplace par les liens unilatéraux de ces pays avec les États-Unis.

Imposant leurs exportations par le biais du dumping le plus éhonté et en protégeant leur marché intérieur des importations de biens étrangers, le peuple américain suffoquant des prix élevés, les monopoles américains bouleversent de plus en plus le marché capitaliste mondial.

Une telle politique économique de l’impérialisme américain ne pouvait qu’aggraver les contradictions entre les États-Unis et les autres États capitalistes. Les principales sont les contradictions entre les États-Unis et l’Angleterre (…).

Les cercles dirigeants de la France, de l’Italie, de l’Angleterre, de l’Allemagne de l’Ouest et du Japon se sont attachés au char de l’impérialisme américain, abandonnant leur politique étrangère nationale et indépendante. »

Le bellicisme américain est cependant contrecarré par les forces soutenant le camp démocratique dans les pays capitalistes eux-mêmes :

« Face à la menace croissante de la guerre, un mouvement national de défense de la paix se développe, une coalition anti-guerre de différentes classes et couches sociales est créée dans le but de mettre fin aux tensions internationales et de prévenir une nouvelle guerre mondiale.

Les incendiaires ne sont pas en mesure de faire de ce mouvement non partisan, pacifique et démocratique un parti soi-disant communiste.

Le fait que 500 millions de signatures aient été faites dans le cadre de l’appel de Stockholm et que plus de 600 millions de personnes aient réclamé la conclusion d’un pacte de paix entre les cinq grandes puissances constitue la meilleure réfutation de cette déclaration des incendiaires bellicistes et est une indication de l’ampleur colossale de ce mouvement démocratique et non partisan de défense de la paix.

Ce mouvement pacifique ne poursuit pas l’objectif de l’élimination du capitalisme, car il n’est pas socialiste, mais un mouvement démocratique de centaines de millions de personnes.

Les partisans de la paix ont formulé de telles demandes et propositions qui devraient contribuer à préserver la paix et à prévenir une nouvelle guerre. Atteindre cet objectif serait, dans les conditions historiques modernes, une grande victoire pour la cause de la démocratie et de la paix (…).

Il s’agit maintenant d’augmenter encore l’activité des masses, de renforcer l’organisation des partisans de la paix, de dénoncer inlassablement les incendiaires de la guerre et de les empêcher de mentir aux nations.

C’est la tâche principale de toute l’humanité progressiste et pacifique que de réprimer et d’isoler les aventuriers du camp des agresseurs impérialistes qui cherchent à entraîner les peuples dans un massacre sanglant pour en tirer profit. »

Il est très clair que cette thèse est un compromis entre les partisans de la thèse de Staline sur le caractère inéluctable des guerres dans le capitalisme et les partisans d’Eugen Varga comme quoi le capitalisme a désormais atteint un stade organisé, rationnel.

D’un côté, il est expliqué que l’impérialisme américain est belliciste, de l’autre qu’il existe une contre-tendance suffisamment puissante. On est dans la présentation d’un équilibre qui, par manque d’analyse prospective, laisse beaucoup d’espace aux interprétations. Cela est d’autant plus vrai que cela s’accompagne d’une lecture particulière du camp de la paix et de l’URSS elle-même.

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La thèse fondamentale du XIXe congrès du PCUS(b)

Le contexte était le suivant, selon le XIXe congrès du PCUS(b). 13 années s’étaient déroulées depuis le dernier congrès et la période entre les deux congrès a été celle la plus mouvementée dans l’histoire mondiale. Les points mentionnés dans les matériaux pour le congrès sont les suivants :

– la construction du socialisme, avec le développement de l’économie et des capacités de défense ;

– la victoire dans la grande guerre patriotique ;

– l’agrandissement du territoire de l’URSS ;

– l’émergence du système socialiste mondial ;

– le caractère ancré et légal de partis communistes et ouvriers dans de nombreux pays du monde ;

– le début de l’effondrement du système colonial ;

– l’intégration de l’URSS au Conseil de sécurité de l’ONU ;

– l’acquisition de l’arme atomique par l’URSS.

Cela signifie que la thèse fondamentale du PCUS(b) est la suivante : l’URSS est devenue une forteresse inébranlable. Elle a une base suffisamment forte pour être le noyau d’un développement autonome au capitalisme et ce à grande échelle.

Dans le Rapport du Comité central du PCUS (B), Gueorgui Malenkov expose comme suit ce qui est à considérer comme la thèse fondamentale du XIXe congrès :

« Le résultat économique de la formation de deux camps opposés, comme le souligne le camarade Staline, est qu’un marché mondial complet et unique s’est effondré et que deux marchés mondiaux parallèles se sont formés : le marché des pays d’un camp démocratique pacifique et le marché des pays d’un camp impérialiste agressif.

L’effondrement du marché mondial unique est le résultat économique le plus important de la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences économiques.

Deux marchés mondiaux se développent dans des directions opposées.

Le nouveau marché mondial démocratique ignore les difficultés des ventes, car sa capacité augmente d’année en année, ce qui correspond à une croissance de la production sans crise dans les pays du camp de la démocratie, car la croissance continue de la production dans tous les pays du camp de la démocratie accroît la capacité du marché démocratique.

D’autre part, nous avons un autre marché impérialiste mondial, sans lien avec l’URSS ni avec d’autres pays démocratiques, qui s’est rétréci à cause de cela et qui souffre de difficultés de vente dues aux interruptions et aux crises de production, dues au chômage et à l’appauvrissement des masses, dues à la séparation des pays démocratiques. »

Gueorgui Malenkov

Il y a deux camps. Il suffit donc de pousser le développement et, par définition, le camp démocratique l’emportera sans coup férir, le camp réactionnaire s’effondrant sous le poids de ses contradictions, de ses faiblesses.

Cette thèse est dans le prolongement direct de celle de l’Internationale Communiste. Il est simplement considéré que, désormais, le bloc dont relève l’URSS est beaucoup plus massif.

Cette thèse est également commune à l’ensemble du PCUS(b), c’est-à-dire donc aux deux tendances de l’immense bataille idéologique qui s’est tenu dans l’immédiate après-guerre. La première tendance, c’est celle de Staline, qui considère que les impérialistes restent agressifs.

La seconde tendance, c’est celle d’Eugen Varga soutenu par une partie significative du Parti, qui considère que désormais c’est un « capitalisme monopoliste d’État » qui prédomine dans les pays capitalistes, c’est-à-dire un capitalisme rationalisé, exigeant une participation légale aux institutions pour prendre les commandes d’un État censé devenu neutre et arbitre du capitalisme.

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Le XIXe congrès du PCUS(b) et la victoire sur l’Allemagne nazie

Nikolaï Boulganine, dans un discours lors du congrès, expose le point de vue du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik) concernant la grande guerre patriotique face à l’Allemagne nazie.

Nikolaï Boulganine

En voici les principaux extraits :

« L’attaque soudaine et perfide des envahisseurs fascistes a immédiatement et radicalement changé la situation.

Des millions de citoyens soviétiques ont été contraints d’abandonner le travail pacifique et de prendre les armes pour défendre les grands acquis socialistes et débarrasser leur pays des menaces de l’esclavage fasciste.

Dans la Grande Guerre patriotique, il s’agissait de la vie et de la mort de notre État.

La question, comme vous le savez, était la suivante: ou l’Union soviétique maintenait son indépendance et les peuples de notre pays resteront libres, ou l’Union soviétique se transformait en une colonie et les peuples qui y vivront deviendront les esclaves des impérialistes allemands.

Il ne pouvait y avoir d’autre issue.

La Grande guerre patriotique n’était pas seulement une guerre entre deux armées, mais aussi une guerre de tout le peuple soviétique contre des envahisseurs étrangers.

C’était une guerre qui visait non seulement à éliminer le monstrueux danger qui guettait notre mère patrie, mais également à aider les peuples d’Europe languissant sous le joug du fascisme allemand.

C’était la plus dure de toutes les guerres de notre État et, par conséquent, elle exigeait des efforts incroyables de la part du peuple soviétique, de grandes difficultés et de lourdes pertes.

Il n’est pas nécessaire de parler en détail des difficultés exceptionnelles rencontrées par notre pays durant les années de guerre. Les épreuves difficiles de la guerre sont fraîches dans nos mémoires.

Il est important de noter encore une chose: si un État bourgeois avait rencontré de telles difficultés, il n’aurait pas pu résister au coup que les nazis ont infligé à notre pays. Seul l’État socialiste soviétique pouvait se tenir dans ces conditions, survivre à des difficultés sans précédent et remporter la victoire. (Applaudissements prolongés)

Qu’est-ce qui nous a aidé à surmonter l’assaut de l’ennemi et à remporter ensuite la plus grande victoire de l’histoire?

Le camarade Staline enseigne que la guerre moderne est un test complet de toutes les forces matérielles et spirituelles de chaque nation.

Seuls les États qui résistent à cette épreuve sont plus puissants que leur adversaire dans le développement et l’organisation de l’économie, dans l’expérience, le talent et le moral de leurs troupes, dans l’endurance et dans l’unité de la population tout au long de la guerre.

En bref, l’issue de la guerre dépend des capacités économiques, morales et militaires des parties belligérantes.

Dans tout cela, notre État soviétique s’est révélé beaucoup plus puissant que son adversaire – l’Allemagne nazie, bien que cette dernière, au moment de l’attaque contre notre pays, disposait de ressources économiques et humaines non seulement sur son territoire, mais aussi en France, en Tchécoslovaquie, en Autriche, en Belgique et en Hollande, en Hongrie, en Roumanie, en Espagne et dans plusieurs autres pays.

Au cours de la période d’avant-guerre, comme aujourd’hui, les principaux efforts de notre peuple visaient la construction pacifique.

L’Union soviétique a fermement et systématiquement poursuivi une politique étrangère pacifique.

En même temps, notre Parti n’a jamais oublié la menace de guerre, les machinations des impérialistes et, sous la sage direction stalinienne, a préparé le pays et l’armée à la défense active.

La préparation consistait tout d’abord à créer des capacités matérielles qui, en cas de guerre, pourraient assurer l’organisation rapide de la production militaire et la fourniture ininterrompue de produits alimentaires et industriels à l’armée et à la population, ainsi que des matières premières.

Notre Parti a résolu cette tâche difficile à l’aide d’une politique d’industrialisation du pays et de collectivisation de l’agriculture au cours des trois plans quinquennaux antérieurs. C’est pendant ces années que la transformation historique a eu lieu (…).

Le transfert de notre industrie vers la production militaire, qui a débuté dès les premiers jours de la guerre, a été pratiquement achevé en trois ou quatre mois et la restructuration complète de l’économie sur le plan militaire a duré environ un an.

Il convient de garder à l’esprit que la restructuration s’est déroulée dans des conditions incroyablement difficiles, alors qu’une partie importante de notre territoire était soumise à l’occupation ennemie et qu’un grand nombre d’entreprises devaient être déplacées à l’Est (…).

La parole du Parti, la parole du grand Staline, a armé le peuple soviétique avec des armes d’un pouvoir extraordinaire – une foi profonde dans le triomphe de notre juste cause.

Souvenez-vous, camarades, des jours difficiles de l’automne 1941, lorsque les nazis ont approché la capitale de notre pays, Moscou. Les ennemis se sont réjouis et étaient sur le point de célébrer la victoire (…).

Et en ces jours difficiles, le camarade Staline a rendu un rapport le 24 novembre sur le 24e anniversaire de la Grande Révolution d’Octobre et, le lendemain, il a prononcé un discours lors d’un défilé devant la tribune du mausolée de Lénine.

Malgré la situation critique qui régnait pour le pays et l’armée à cette époque, le camarade Staline a déclaré qu’il ne pouvait y avoir aucun doute sur notre victoire et a ouvert une telle perspective dans la guerre qui, par son audace, était inattendue pour beaucoup.

Il a déclaré que l’armée soviétique était capable non seulement de détruire les hordes prédatrices d’envahisseurs fascistes, mais aussi de libérer les peuples asservis de l’Europe (…).

À la suite des victoires historiques de l’Union soviétique pendant les années de guerre et des réalisations exceptionnelles de l’après-guerre, un tel renforcement de notre pays est survenu tel que nous n’avons jamais eu.

Sans aucune exagération, on peut affirmer qu’une situation interne aussi solide et inébranlable telle qu’elle existe actuellement en Union soviétique n’existe et ne peut exister dans aucun État bourgeois. (Applaudissements)

L’Union soviétique est aujourd’hui un État socialiste bien coordonné, doté d’une industrie de premier ordre, de transports bien développés et d’une agriculture très productive.

La vie économique de notre pays est déterminée par le plan économique national de l’État, qui vise à accroître la richesse sociale, à élever régulièrement le niveau matériel et culturel des travailleurs, à renforcer l’indépendance et à renforcer les capacités de défense de l’Union soviétique (…).

Les tâches définies dans le nouveau plan quinquennal imposent de lourdes contraintes aux organisations des partis, de l’Union soviétique, de l’économie, des syndicats, du Komsomol [la jeunesse communiste] et les obligent à mobiliser la masse des travailleurs pour mener à bien et surpasser le nouveau plan quinquennal.

« Il serait insensé de penser, dit le camarade Staline, que le plan de production se résume à une liste de chiffres et de tâches. En fait, le plan de production est une activité vivante et pratique de millions de personnes. La réalité de notre plan de production est que des millions de travailleurs créent une nouvelle vie. »

Dans le passé, le peuple soviétique a montré à plusieurs reprises sa ferme détermination non seulement à mettre en œuvre ses plans économiques nationaux, mais aussi à les remplir, ce qui a permis de les réaliser plus tôt que prévu.

Une telle détermination de notre peuple s’explique par le fait que, dans ses plans économiques, il reflète ses intérêts vitaux et voit de ses propres yeux que la réalisation de ces plans renforce notre État soviétique, augmente notre richesse sociale, améliore la vie de son peuple et rapproche notre pays à chaque nouvelle année, tous les cinq ans. de l’objectif chéri – le communisme. »

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Le discours d’ouverture de Molotov au XIXe congrès du PCUS(b)

C’est Viatcheslav Molotov qui fut chargé de faire le discours d’ouverture du XIXe congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique (Bolchevik). Il y traça les traits généraux de la situation telle qu’elle était alors considérée.

L’URSS est passée par l’épreuve de feu en étant victorieuse de l’Allemagne nazie ; il y a deux camps désormais dans le monde, en partant du principe que le camp de la paix, de la démocratie, est désormais particulièrement puissant.

Viatcheslav Molotov

Voici les points principaux de son discours :

« Camarades!

Au nom du Comité central du parti, je souhaite la bienvenue aux délégués du XIXe Congrès du parti, ainsi qu’à nos chers invités représentant les Partis Communistes étrangers et les autres partis frères de la classe ouvrière. (Applaudissements prolongés et tempétueux)

Notre première parole aujourd’hui devrait être consacrée à ceux qui, pendant les années de guerre contre l’Allemand et d’autres agresseurs, ont défendu héroïquement notre patrie soviétique et ont donné leur vie pour notre juste cause. Honorons le souvenir glorieux de ceux qui sont morts dans cette guerre, qui ont donné leur vie dans la lutte contre le fascisme, pour la cause de la liberté et de l’indépendance de l’Union soviétique. (Tout le monde se lève) (…)

Comme vous le savez, le travail pacifique de notre peuple a été violé par l’attaque perfide du fascisme allemand contre l’Union soviétique.

Nous avons été obligés d’interrompre les travaux du troisième plan quinquennal. Nous avons dû nous réorganiser complètement sur le pied de guerre, en subordonnant tout à l’intérêt de vaincre l’ennemi envahissant notre territoire.

La Seconde Guerre mondiale fut le plus grand test pour le jeune État multinational soviétique.

En même temps, c’était une vérification complète de la justesse de la politique de notre Parti. Pendant la guerre, le peuple soviétique a survécu à de nombreux jours difficiles et a consenti de lourds sacrifices.

Mais sous le feu de ces événements, l’Union soviétique ne s’est pas affaiblie et n’a pas hésité. Sous la direction de notre parti, elle s’est encore endurcie et renforcée, en tant qu’État socialiste, encore plus confiante dans ses capacités, dans l’invincibilité de sa grande cause.

La Seconde Guerre mondiale s’est terminée par la défaite des agresseurs fascistes, qui ont déchaîné à de nombreux égards les forces du mouvement de libération nationale en Europe et en Asie.

Dans les nouvelles conditions qui sont apparues, en particulier compte tenu du rôle décisif de l’Union soviétique dans cette guerre, l’après-guerre a vu un certain nombre de pays passer de la voie du développement capitaliste à une nouvelle voie, la voie de la création et du développement d’États démocratiques et populaires.

Cela a marqué le début d’une nouvelle étape dans le développement du socialisme international.

Tout cela explique pourquoi, de nos jours, l’influence idéologique dominante de notre Parti sur tous les aspects de la vie du pays a tellement augmenté, et l’amour de notre peuple pour son Parti – l’amour du Parti de Lénine et Staline – est si grand (…).

Nous n’oublions pas, bien sûr, que l’Union soviétique vit dans « un système d’États », qu’il existe un camp impérialiste qui a des projets aventuristes, qui s’arme de plus en plus, gonfle de toutes les manières possibles l’hystérie militaire et se prépare à déclencher une nouvelle guerre mondiale.

Ce camp agressif et antidémocratique est dirigé par les milieux réactionnaires au pouvoir aux États-Unis d’Amérique, conformément à la volonté des monopoles capitalistes, qui, dans la quête insatiable de profits croissants, cherchent à établir leur domination mondiale par la force.

Ce sont les milieux dirigeants des États-Unis qui assument la responsabilité principale de la guerre criminelle en Corée, de la capture de l’île chinoise de Taïwan, de la transformation de l’Allemagne de l’Ouest et du Japon en États dépendants, ainsi que de la création d’alliances militaires agressives à l’Ouest et à l’Est, comme le bloc de l’Atlantique Nord.

Rien ne peut masquer le grave affaiblissement du système capitaliste mondial survenu ces dernières années, en particulier après le retrait d’un certain nombre d’États comptant une population totale de 600 millions d’habitants au cours de la période d’après-guerre.

Rien ne cache l’incapacité des pays capitalistes à faire face au danger croissant d’une nouvelle crise économique et d’une nouvelle augmentation du chômage de masse, ce qui entraîne en même temps une augmentation des contradictions et des frictions entre ces États et une aggravation inévitable de la lutte de classe dans ces pays.

Aucun effort des incendiaires de guerre et de leurs employés de la presse, essayant de revêtir un masque de paix et en même temps d’enivrer les lecteurs de la presse bourgeoise en répandant des calomnies sur l’agressivité de l’Union soviétique, ne pourra occulter le fait que c’est précisément du côté des cercles d’agression du camp impérialiste que se posent de nouvelles menaces contre la liberté et l’indépendance nationale des peuples, toutes les nouvelles menaces contre la violation de la paix et de la sécurité internationales.

Plus sont révélée la précarité et l’insécurité des perspectives futures et les faiblesses internes du capitalisme moderne, qui est au stade de la crise générale et a intensifié son glissement vers le régime fasciste, plus les principales puissances du camp impérialiste et leur propagande perverse d’une nouvelle guerre sont agressives.

Un autre camp, le camp international de défense de la paix et de la démocratie, s’oppose au camp de la réaction et de l’agression (…).

Notre Parti est venu au 19e congrès aussi puissant et uni que jamais. (Applaudissements prolongés)

La bannière de notre Parti, couverte de batailles glorieuses et de nombreuses victoires, a été élevée et appelle notre peuple à la victoire du communisme. (Applaudissements prolongés)

Le nom du chef de notre parti, le nom de Staline, exprime les meilleurs espoirs et les aspirations de toute l’humanité progressiste (…).

Au nom du Comité central, je déclare le congrès du Parti ouvert. (Tout le monde se lève. Applaudissements tempétueux et prolongés. Les délégués du Congrès chantent l’hymne du parti L’Internationale). »

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La tenue du XIXe congrès du PCUS(b)

Le XIXe congrès se tint du 5 au 14 octobre 1952, dans le grand palais de la forteresse du Kremlin. Étaient présents 1359 délégués : 1192 avec un droit de vote, 167 avec un vote consultatif seulement.

Cinq questions étaient inscrites à l’ordre du jour :

Le rapport du Comité central ;

Le rapport de la Commission centrale de vérification des comptes ;

Le plan quinquennal ;

Les nouveaux statuts du parti ;

Les élections des organes centraux du parti

Le Rapport du Comité central du PCUS (B) fut, pour la première fois depuis la mort de Lénine, lu par quelqu’un d’autre que Staline. C’est Gueorgui Malenkov qui a pris sa place. Voici le plan de ce rapport :

I. La situation internationale de l’Union soviétique

1. Nouvel affaiblissement du système capitaliste mondial et de la situation économique dans les pays du capitalisme

2. Aggravation de la situation internationale. La menace d’une nouvelle guerre du bloc agressif américano-anglais. La lutte des peuples pour la paix.

3. L’Union soviétique dans la lutte pour la préservation et la consolidation de la paix

II. La situation interne de l’Union soviétique

1. Nouvelle progression de l’économie nationale de l’URSS

A. Industrie

B. agriculture

C. Chiffre d’affaires, transport, communications

D. Le régime économique est le levier le plus important pour la poursuite de la croissance de l’économie nationale

2. L’augmentation continue du bien-être matériel, des soins de santé et du niveau de vie culturel de la population

3. Renforcement du système social et étatique soviétique

III. Le Parti

Le rapport de la Commission centrale de vérification des comptes fut effectué par Piotr Gueorguievitch Moskatov. Le plan quinquennal et ses directives furent présentés par Maksim Saburov, le responsable du Gosplan. On notera ici qu’on allait déjà à la troisième année du plan en question. La question des nouveaux statuts du parti fut présentée par Nikita Khrouchtchev.

Joseph Staline tint un bref discours, à la fin, le 14 octobre 1952. Il a ensuite tenu un discours sans aucune note, bien plus long, lors du plénum du Comité Central du PCUS, deux jours plus tard. Il n’existe pas de retranscription de ce dernier discours.

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L’organisation du XIXe congrès du PCUS(b)

Au moment du nouveau congrès, les communistes de l’URSS s’appuient sur 15 Partis Communistes, 8 organisations régionales, 167 organisations régionales, 36 organisations de districts, 511 organisations de villes et 4 886 organisations de sous-districts. L’URSS compte également quatre républiques socialistes de plus : celles de Lituanie, de Moldavie, de Lettonie et d’Estonie.

En tout, il y a au congrès des délégués de 37 nationalités, les principales étant les suivantes : russe, ukrainienne, biélorusse, azérie, géorgienne, arménienne, kazakh, ouzbek, turkmène, kirghize, tadjik, karélienne, lituanienne, lettone, estonienne moldave, tatar, oudmourte, ossète, yakoute, etc.

Cette grande dimension joue un rôle d’autant plus important que le précédent congrès avait eu lieu plus d’une décennie auparavant. Le XVIIIe congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik) s’était déroulé en effet en mars 1939 et le XIXe congrès ne se tient qu’en octobre 1952 : c’est toute une longue période, particulièrement intense historiquement, qui les sépare.

Cela signifie que les membres et candidats du Comité Central ont été cooptés pour beaucoup d’entre eux, car il n’y a pas eu de congrès pour les nommer comme c’est normalement le cas.

Parallèlement à cela, les effectifs du Parti ont été multipliés par quatre. Cela signifie que le XIXe congrès est pour eux littéralement le premier où ils sont en tant que tel impliqués.

Il était donc d’autant plus important de ne pas se rater et cela fait que la mise en place du XIXe congrès fut très particulière. Celui-ci fut annoncé le 20 août 1952 comme devant se tenir le 5 octobre. C’est un délai d’autant plus court que le PCUS(b) parlait de ce congrès depuis 1949, sans le mettre en place pour autant.

Cela implique d’autant plus d’intensité. Voici ce qu’on lit dans la Pravda du 26 août 1952 :

« De la rédaction de la Pravda

Le Comité central du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik) a décidé d’appeler toutes les organisations dirigeantes du Parti à entamer des discussions sur les projets concernant le nouveau plan quinquennal et la charte du parti dans les principales organisations du Parti.

Tous les membres et candidats du parti devraient être impliqués dans la discussion, en garantissant une totale liberté de critique. La presse du parti doit fournir ses pages pour la publication d’articles à la fois positifs et critiques.

Le Comité central a ordonné au comité de rédaction de la Pravda de créer une section spéciale dans les pages de la Pravda sous la rubrique Matériel du XIXe Congrès du Parti, où les articles et les commentaires de camarades devraient être imprimés sur des questions à l’ordre du jour.

Le comité de rédaction de la Pravda appelle l’organisation du Parti et les camarades individuellement à prendre part à la discussion des questions du congrès et à envoyer les articles et commentaires correspondants à la Pravda. »

C’est encore plus quelque chose de très particulier quand on voit que Staline, le 2 octobre, publia dans l’organe théorique Bolchevik son très important document concernant Les problèmes économiques du socialisme en URSS.

Le numéro de Bolchevik – tiré normalement à 500 000 exemplaires – connut une impression additionnelle de 300 000 copies. Dès les 3 et 4 octobre, la Pravda en fit une version ouvragée tirée à 1,5 million d’exemplaires. Au 1er janvier 1953, l’ouvrage avait été publié à 20 millions d’exemplaires.

Des cadres du Parti – pas moins de 200 000 rien que pour Moscou – organisèrent des discussions dans les usines, les écoles et les bureaux, pendant tout le mois d’octobre 1952.

L’ouvrage avait comme mission d’encadrer idéologiquement le XIXe congrès.

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La signification historique du XIXe congrès du PCUS(b)

Le XIXe congrès du PCUS(b) a été un événement historique de la plus haute importance et cependant, jusqu’à présent, il n’y avait pas d’analyse profonde de sa signification. C’est un fait étrange quand on sait que le XXe congrès du PCUS établit la « déstalinisation ». Il est de fait d’autant plus essentiel de porter le regard sur le congrès précédent.

De fait, l’analyse matérialiste historique de celui-ci apporte un approfondissement de la plus haute valeur à l’interprétation correcte du révisionnisme en URSS, aboutissant à la formation du social-impérialisme soviétique.

On sait à quel point il était difficile de saisir comment des communistes éprouvés, en URSS et dans les autres pays, ont pu accepter la « déstalinisation » tout en se prétendant dans la continuité historique du Mouvement Communiste International.

On a compris leur nature opportuniste, leur louvoiement, leurs faiblesses idéologiques et culturelles, mais il manquait la saisie de ce qui les projetait historiquement. L’analyse matérialiste historique du XIXe congrès résout ce problème fondamental.

Il en découle, d’ailleurs, une correction nécessaire à la date avec laquelle on doit considérer que le révisionnisme a triomphé en URSS. L’usage voulait qu’on choisisse l’année 1953, à la suite directe de la mort de Staline. Il est en fait nécessaire de choisir 1952 et plus précisément le XIXe congrès.

En effet, c’est à ce congrès que des figures aussi importantes que Nikita Khrouchtchev, Léonid Brejnev et Mikhail Souslov accèdent aux plus hauts postes, parmi bien d’autres encore par ailleurs.

C’est à ce congrès que le Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchevik) modifie son nom et son identité, puisque l’organisation de sa direction est entièrement revue. Il n’y a notamment plus ni poste de secrétaire général du Parti, ni Bureau Politique du Comité Central.

C’est également à ce congrès que l’URSS change de perspective, et donc de nature, puisqu’il est désormais considéré qu’est commencée la construction du communisme, que le socialisme a été complété. La définition même du Parti est d’ailleurs modifiée, passant de celui de la classe ouvrière à celui des ouvriers, des paysans et des intellectuels, ce qui est fondamentalement erroné.

C’est exactement cette base idéologique – et de fait également économique, culturelle, politique, militaire, puisque le Parti est dirigeant en URSS – qui va permettre aux forces révisionnistes d’enclencher une séquence où ils apparaissent et qui les projettent dans l’histoire.

Il y a, dans le XIXe congrès, les principaux éléments qui seront ceux du révisionnisme par la suite. Naturellement, tel n’était pas du tout le projet de Staline, qui avait strictement encadré la définition du XIXe congrès par l’intermédiaire d’un ouvrage sorti au même moment, servant d’outil de protection essentielle du matérialisme historique et dialectique : Les problèmes économiques du socialisme en URSS.

Toutefois, le calibrage de cette séquence contenait trop d’éléments unilatéraux et métaphysiques – pour reprendre la critique des communistes de Chine – pour être à même de permettre une réussite.

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Conclusion du Précis d’histoire du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik)

Quels sont les enseignements essentiels à tirer de l’œuvre historique accomplie par le Parti bolchévik ?

Que nous apprend l’histoire du Parti communiste de l’U.R.S.S. ?

1. L’histoire du Parti nous apprend, tout d’abord, que la victoire de la révolution prolétarienne, la victoire de la dictature du prolétariat est impossible sans un parti révolutionnaire du prolétariat, exempt d’opportunisme, intransigeant vis-à-vis des con­ciliateurs et des capitulards, révolutionnaire vis-à-vis de la bour­geoisie et de son pouvoir d’État.

L’histoire du Parti nous apprend que laisser le prolétariat privé d’un tel parti équivaut à le laisser sans direction révolutionnaire ; or, le laisser sans direction révolutionnaire, c’est ruiner la cause de la révolution prolétarienne.

L’histoire du Parti nous apprend que ce parti/ne peut être un parti social-démocrate ordinaire, du type de ceux de l’Europe occidentale, qui ont été éduqués dans les conditions de la paix civile, se traînent à la remorque des opportunistes, rêvent de « réformes sociales » et ont peur de la révolution sociale.

L’histoire du Parti nous apprend que ce parti ne peut être qu’un parti de type nouveau, un parti marxiste-léniniste, un parti de révolution sociale, capable de préparer le prolétariat aux combats décisifs contre la bourgeoisie et d’organiser la victoire de la révolution prolétarienne.

Ce parti, en U.R.S.S., est le Parti bolchévik.

« Dans la période pré-révolutionnaire, dit le camarade Staline, dans la période de développement plus ou moins paisible, où les partis de la IIe Internationale étaient la force dominante dans le mouvement ouvrier, et où les formes par­lementaires de lutte étaient considérées comme les principales, — dans ces circonstances, le Parti n’avait pas et ne pouvait pas avoir l’importance sérieuse et décisive qu’il a acquise par la suite au cours des batailles révolutionnaires ouvertes.

Dans sa défense de la IIe Internationale contre les attaques dont elle est l’objet, Kautsky dit que les partis de la IIe Internatio­nale sont un instrument de paix, et non de guerre ; que pré­cisément pour cette raison, ils n’ont pas’ été à même d’entre­prendre quoi que ce fût de sérieux pendant la guerre, dans la période des actions révolutionnaires du prolétariat.

C’est tout à fait exact. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Cela signi­fie que les partis de la IIe Internationale ne sont pas bons pour la lutte révolutionnaire du prolétariat ; qu’ils ne sont pas des partis de combat du prolétariat, menant les ouvriers à la conquête du pouvoir, mais un appareil électoral, approprié aux élections parlementaires et à la lutte parlementaire.

Voilà ce qui explique justement le fait que, dans la période de domina­tion des opportunistes de la IIe Internationale, l’organisation politique fondamentale du prolétariat n’était pas le parti, mais la fraction parlementaire.

On sait qu’à cette époque, le parti était en fait un appendice de la fraction parlementaire et un élément destiné à la servir. Il est à peine besoin de démontrer que, dans ces conditions, avec un tel parti à la tête, il ne pou­vait être même question de préparer le prolétariat à la révolution. Mais la situation a radicalement changé avec l’avènement de la nouvelle période.

La nouvelle période est celle des colli­sions ouvertes entre les classes, la période des actions révolu­tionnaires du prolétariat, la période de la révolution proléta­rienne et de la préparation directe des forces au renversement de l’impérialisme, à la prise du pouvoir par le prolétariat.

Cette période pose devant le prolétariat des tâches nouvelles : réorganisation de l’ensemble du travail du Parti selon un mode nouveau, révolutionnaire ; éducation des ouvriers dans l’esprit de la lutte révolutionnaire pour le pouvoir ; préparation et rassemblement des réserves ; alliance avec les prolétaires des pays voisins ; établissement de liens solides avec le mouvement de libération des colonies et des pays dépendants, etc., etc.

Croire que ces nouvelles tâches peuvent être accomplies avec les forces des vieux partis social-démocrates, éduqués dans les conditions paisibles du parlementarisme, c’est se vouer à un désespoir sans fond, à une défaite inévitable. Demeurer avec de telles tâches sur les bras, avec les vieux partis en tête, c’est demeurer en état de désarmement complet. Il est à peine besoin de démontrer que le prolétariat ne pouvait admettre une pareille situation.

De là, la nécessité d’un nouveau parti, d’un parti combatif, révolutionnaire, suffisamment courageux pour mener les prolétaires à la lutte pour le pouvoir, suffisamment expéri­menté pour se retrouver dans les conditions complexes d’une situation révolutionnaire et suffisamment souple pour contour­ner les écueils de toute sorte sur le chemin conduisant au but.

Sans un tel parti, on ne saurait même songer à renverser l’impérialisme, à conquérir la dictature du prolétariat. Ce nouveau parti, c’est le Parti du léninisme. » (Staline : Des principes du léninisme.)

2. L’histoire du Parti nous apprend encore que le parti de la classe ouvrière ne peut pas remplir le rôle de dirigeant de sa classe, ne peut pas remplir le rôle d’organisateur et de dirigeant de la révolution prolétarienne, s’il ne s’est pas assimilé la théorie d’avant-garde du mouvement ouvrier, s’il ne s’est pas assimilé la théorie marxiste-léniniste.

Ce qui fait la force de la théorie marxiste-léniniste, c’est qu’elle permet au Parti de s’orienter dans une situation donnée, de com­prendre la liaison interne des événements au milieu desquels il se trouve, de prévoir la marche des événements et de discerner non seulement de quelle façon et dans quelle direction les événements évoluent aujourd’hui, mais aussi comment et de quel côté ils doivent évoluer demain.

Seul le parti qui s’est assimilé la théorie marxiste-léniniste peut avancer d’un pas assuré et conduire en avant la classe ouvrière. Et inversement, le parti qui ne s’est pas assimilé la théorie marxiste-léniniste, est obligé d’errer à tâtons ; il perd toute assuran­ce dans son action, il est incapable de conduire en avant la classe ouvrière.

Il peut sembler que s’assimiler la théorie marxiste-léniniste, c’est apprendre scrupuleusement par cœur certaines conclusions et thèses qui se trouvent dans les œuvres de Marx, d’Engels, de Lénine ; c’est apprendre à les citer en bonne place, et en rester là, dans l’espoir que les conclusions et les thèses apprises par cœur conviendront à toutes les situations, à toutes les occasions de la vie.

Mais une telle façon de concevoir la théorie marxiste-léniniste est absolument fausse.

On ne peut considérer la théorie mar­xiste-léniniste comme un recueil de dogmes, comme un catéchisme, comme un Credo, et les marxistes comme des pédants farcis de textes. La théorie marxiste-léniniste est la science du dévelop­pement de la société, la science du mouvement ouvrier, la science de ta révolution prolétarienne, la science de la construction de la société communiste.

En tant que science, elle ne reste pas et ne peut pas rester à un point mort ; elle se développe et se perfec­tionne.

On comprend bien que dans Je cours de son développement, elle s’enrichit forcément de l’expérience nouvelle, des connaissan­ces nouvelles et telles de ses thèses et de ses conclusions changent forcément avec le temps, sont forcément remplacées par des con­clusions et des thèses nouvelles, conformes aux conditions his­toriques nouvelles.

S’assimiler la théorie marxiste-léniniste, ce n’est nullement en apprendre par cœur toutes les formules et toutes les conclu­sions, et se cramponner à chaque lettre de ces formules et de ces conclusions. Pour s’assimiler la théorie marxiste-léniniste, il faut avant tout apprendre à distinguer entre la lettre et le fond.

S’assimiler la théorie marxiste-léniniste, c’est s’approprier la substance de cette théorie et apprendre à en tirer parti quand il s’agit de résoudre les problèmes pratiques du mouvement révo­lutionnaire dans les diverses conditions de la lutte de classe du prolétariat.

S’assimiler la théorie marxiste-léniniste, c’est savoir enrichir cette théorie de la nouvelle expérience du mouvement révolution­naire ; c’est savoir l’enrichir de thèses et de conclusions nouvelles ; c’est savoir la développer et la faire progresser, sans hésiter — en s’inspirant de la substance de la théorie — à remplacer certaines de ses thèses et de ses conclusions qui ont désormais vieilli, par des thèses et des conclusions nouvelles conformes à la situation historique nouvelle.

La théorie marxiste-léniniste n’est pas un dogme, mais un gui­de pour l’action.

Avant la deuxième révolution russe (février 1917), les mar­xistes de tous les pays partaient du point de vue que la républi­que démocratique parlementaire est la forme la plus indiquée pour l’organisation politique de la société en période de transition du capitalisme au socialisme.

Il est vrai que Marx avait signalé, dans les années 1870, que ce n’est pas la république parlementaire, mais l’organisation politique du type de la Commune de Paris qui est la forme la plus indiquée pour la dictature du prolétariat.

Mais mal­heureusement, cette indication de Marx n’avait pas été développée plus avant dans ses travaux, et elle était vouée à l’oubli. D’autre part, la déclaration autorisée faite par Engels dans sa critique au projet de programme d’Erfurt, en 1891, et disant que « la républi­que démocratique… est… une forme spécifique pour la dicta­ture du prolétariat », ne permettait pas de douter que les mar­xistes continuaient à considérer la république démocratique comme une forme politique pour la dictature du prolétariat.

Cette thè­se d’Engels devint par la suite un principe directeur pour tous les marxistes, y compris Lénine. Mais la révolution russe de 1905, et surtout la révolution de février 1917, mirent en avant une nou­velle forme d’organisation politique de la société, les Soviets des députés ouvriers et paysans.

Après une étude approfondie de l’ex­périence des deux révolutions russes, Lénine, s’inspirait de la théorie du marxisme, fut amené à conclure que la meilleure forme politique de dictature du prolétariat est, non pas la républi­que démocratique parlementaire, mais la République des Soviets.

C’est sur cette base que Lénine formula en avril 1917, lors du passage de la révolution bourgeoise à la révolution socialiste, le mot d’ordre d organisation de la République des Soviets, comme étant la meilleure forme politique de dictature du prolétariat. Et les opportunistes de tous les pays de se cramponner à la répu­blique parlementaire, en accusant Lénine de s’écarter du marxisme, de détruire la démocratie !

Mais le vrai marxiste, celui qui s’était assimilé la théorie du marxisme, c’était évidemment Lénine, et non les opportunistes, puisque Lénine faisait progresser la théorie marxiste, en l’enrichissant de la nouvelle expérience acquise, tandis que les opportunistes la faisaient rétrograder, en transfor­mant une de ses thèses en dogme.

Que serait-il advenu du Parti, de notre révolution, du mar­xisme, si Lénine s’était incliné devant la lettre du marxisme et ne s’était pas décidé à substituer à l’une des vieilles thèses du marxisme, formulée par Engels, la nouvelle thèse de la Républi­que des Soviets, conforme à la nouvelle situation historique ? Le Parti aurait erré dans les ténèbres, 1es Soviets auraient été désor­ganisés, nous n’aurions pas le pouvoir des Soviets, la théorie mar­xiste aurait subi un sérieux préjudice. Le prolétariat y aurait perdu, les ennemis du prolétariat y auraient gagné.

Dans leur étude du capitalisme préimpérialiste, Engels et Marx en étaient arrivés à la conclusion que la révolution socialiste ne pouvait vaincre dans un seul pays pris à part ; qu’elle ne pou­vait vaincre que si l’explosion se produisait simultanément dans tous les pays, ou dans la plupart des pays civilisés.

C’était au milieu du XIXe siècle, cette conclusion devint plus tard un principe directeur pour tous les marxistes. Cependant, vers le début du XXesiècle, le capitalisme préimpérialiste s’est transformé en capitalis­me impérialiste, le capitalisme ascendant s’est transformé en ca­pitalisme agonisant. Après une étude approfondie du capitalisme impérialiste, Lénine, — s’inspirant de la théorie marxiste, — a été amené à conclure que l’ancienne formule d’Engels et de Marx ne correspondait plus à la nouvelle situation historique ; que la révolution socialiste pouvait parfaitement triompher dans un seul pays pris à part.

Et les opportunistes de tous les pays de se cram­ponner à l’ancienne formule d’Engels et de Marx, en accusant Lénine de s’écarter du marxisme ! Mais le vrai marxiste, celui qui s’était assimilé la théorie du marxisme, c’était évidemment Lénine et non les opportunistes, puisque Lénine faisait progresser la théo­rie marxiste, en l’enrichissant de la nouvelle expérience acquise, tandis que les opportunistes la faisaient rétrograder en la momi­fiant.

Que serait-il advenu du Parti, de notre révolution, du mar­xisme si Lénine s’était incliné devant la lettre du marxisme, s’il n’avait pas eu le courage théorique de rejeter une des vieilles con­clusions du marxisme en la remplaçant par une conclusion nou­velle, sur la possibilité de la victoire du socialisme dans un seul pays pris à part, conclusion conforme à la nouvelle situation his­torique ?

Le Parti aurait erré dans les ténèbres, la révolution prolétarienne aurait été privée de direction, la théorie marxiste se serait mise à dépérir. Le prolétariat y aurait perdu, les enne­mis du prolétariat y auraient gagné.

L’opportunisme ne signifie pas toujours la négation directe de la théorie marxiste ou de certaines de ses thèses et conclusions. L’opportunisme se manifeste parfois dans des tentatives pour se cramponner à telles thèses du marxisme, désormais vieillies, et les convertir en dogmes, en vue de freiner par là le développement ultérieur du marxisme, et, partant, de freiner aussi le progrès du mouvement révolutionnaire du prolétariat.

On peut dire sans exagération, que depuis la mort d’Engels, le plus grand théoricien Lénine, et après Lénine, Staline et les autres disciples de Lénine, ont été les seuls marxistes qui aient fait progresser la théorie marxiste et l’aient enrichie de la nou­velle expérience acquise dans les nouvelles conditions de la lutte de classe du prolétariat.

C’est précisément parce que Lénine et les léninistes ont fait progresser la théorie marxiste que le léninisme est le développe­ment continu du marxisme ; il est le marxisme dans les nouvelles conditions de la lutte de classe du prolétariat, le marxisme de l’époque de l’impérialisme et des révolutions prolétariennes, le marxisme de l’époque de la victoire du socialisme sur un sixième du globe.

Le Parti bolchévik n’aurait pas pu vaincre en octobre 1917, si ses cadres d’avant-garde ne s’étaient pas assimilé la théorie du marxisme, s’ils n’avaient pas appris à regarder cette théorie comme un guide pour l’action, s’ils n’avaient pas appris à faire progresser la théorie marxiste en l’enrichissant de la nouvelle expérience acquise dans la lutte de classe du prolétariat.

Dans sa critique des marxistes allemands d’Amérique, qui avaient pris sur eux de diriger le mouvement ouvrier américain, Engels a écrit :

« Les Allemands n’ont pas su faire de leur théorie le levier qui eût mis en mouvement les masses américaines ; cette théo­rie, ils ne la comprennent pas eux-mêmes la plupart du temps, et ils la traitent de façon doctrinaire et dogmatique, comme quelque chose que l’on doit apprendre par cœur et qui, dès lors, pourvoit à tous les besoins.

C’est pour eux un Credo, et non un guide pour l’action. » (Engels an Sorge, Marx-Engels, Ausgew. Briefe, Moscou 1934, p. 357.)

Dans sa critique de Kaménev et de certains vieux bolche­viks qui, en avril 1917, se cramponnaient à la vieille formule de dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie, alors que le mouvement révolutionnaire avait marché de l’avant et exigeait que l’on passât à la révolution socialiste, Lénine a écrit :

« Notre doctrine n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action, ont toujours dit Marx et Engels, se moquant à juste titre des « formules » apprises par cœur et répétées telles quelles, formules susceptibles dans le meilleur des cas d’indiquer, tout au plus, les tâches générales que modifie nécessaire­ment la situation économique et politique concrète à chaque phase particulière du processus historique…

Il faut s’assimi­ler celte vérité incontestable que le marxiste doit tenir compte de la vie même, des faits précis de la réalité, au lieu de conti­nuer à se cramponner à la théorie de la veille… » (Lénine, t. XX, pp. 100-101, éd. russe.)

3. L’histoire du Parti nous apprend encore que, si l’on n’écra­se pas les partis petits-bourgeois qui travaillent au sein de la classe ouvrière, qui poussent ses couches arriérées dans les bras de la bourgeoisie et détruisent de la sorte l’unité de in classe ouvrière, la victoire de la révolution prolétarienne est impossible.

L’histoire de notre Parti est l’histoire de la lutte et de l’écrase­ment des partis petits-bourgeois : socialistes-révolutionnaires, menchéviks, anarchistes, nationalistes. Sans avoir triomphé de ces partis, sans les avoir chassés du sein de la classe ouvrière, il eût été impossible de réaliser l’unité de la classe ouvrière ; or, sans l’uni­té de la classe ouvrière, il eût été impossible de faire triompher la révolution prolétarienne.

Sans avoir écrasé ces partis qui, d’abord, étaient pour le main­tien du capitalisme, et puis, après la Révolution d’Octobre, pour la restauration du capitalisme, il eût été impossible de sauvegarder la dictature du prolétariat, de vaincre l’intervention militaire de l’étranger, de construire le socialisme.

On ne saurait considérer comme un hasard le fait que tous les partis petits-bourgeois qui, pour tromper le peuple, s’intitulaient partis « révolutionnaires » et « socialistes » — socialistes-révolu­tionnaires, menchéviks, anarchistes, nationalistes,—sont devenus des partis contre-révolutionnaires avant même la Révolution so­cialiste d’Octobre, et plus tard, les agents des services de rensei­gnements de la bourgeoisie étrangère, une bande d’espions, de saboteurs, d’auteurs de diversions, d’assassins, de traîtres à la patrie.

« L’unité du prolétariat, dit Lénine, à l’époque de la ré­volution sociale, ne peut être réalisée que par le parti révo­lutionnaire extrême, le parti du marxisme, que par une lutte implacable contre tous les autres partis. » (Lénine, t. XXVI, p. 50, éd. russe.)

4. L’histoire du Parti nous apprend encore que sans une lutte intransigeante contre les opportunistes dans ses propres rangs, sans écraser les capitulards dans son propre milieu, le parti de la classe ouvrière ne peut pas sauvegarder l’unité et la discipline dans ses rangs, ne peut pas remplir son rôle d’organisateur et de dirigeant de la révolution prolétarienne, ne peut pas remplir son rôle de bâtisseur de la nouvelle société socialiste.

L’histoire du développement de la vie intérieure de notre Parti est l’histoire de la lutte et de l’écrasement des groupes opportunis­tes à l’intérieur du Parti, « économistes », menchéviks, trotskistes, boukhariniens, fauteurs des déviations nationalistes.

L’histoire du Parti nous apprend que tous les groupes de ca­pitulards ont été, au fond, les agents du menchévisme à l’intérieur de notre Parti, son appendice, son prolongement De même que le menchévisme, ils ont servi de véhicule à l’influence bourgeoise dans la classe ouvrière et dans le Parti. C’est pour­quoi la lutte pour la liquidation de ces groupes dans le Parti a été le prolongement de la lutte pour la liquidation du menché­visme.

Si nous n’avions pas battu les « économistes » et les menché­viks, nous n’aurions pas pu construire le Parti et conduire la clas­se ouvrière à la révolution prolétarienne. Si nous n’avions pas battu les trotskistes et les boukhariniens, nous n’aurions pas pu préparer les conditions requises pour cons­truire le socialisme.

Si nous n’avions pas battu les fauteurs des déviations natio­nalistes de tout genre et de tout acabit, nous n’aurions pas pu éduquer le peuple dans l’esprit de l’internationalisme, nous n’aurions pas pu sauvegarder le drapeau de la grande amitié des peuples de l’U.R.S.S., nous n’aurions pas pu bâtir l’Union des Républiques socialistes soviétiques.

Il peut sembler que les bolchéviks aient accordé trop de temps à la lutte contre les éléments opportunistes dans le Parti, qu’ils en aient surestimé l’importance. Mais cela est absolument faux.

On ne saurait pas plus tolérer l’opportunisme chez soi qu’on ne saurait tolérer un ulcère dans un organisme sain. Le Parti est le détachement dirigeant de la classe ouvrière, sa citadelle avancée, son état-major de combat. On ne saurait admettre qu’il y ait à l’état-major dirigeant de la classe ouvrière des sceptiques, des op­portunistes, des capitulards, des traîtres.

Mener une lutte à mort contre la bourgeoisie avec des capitulards et des traîtres dans son propre état-major, dans sa propre citadelle, c’est tomber dans la situation d’hommes pris entré deux feux.

Il n’est pas difficile de comprendre que dans ces conditions, la lutte ne peut aboutir qu’à la défaite. C’est de l’intérieur que les forteresses s’enlèvent le plus facilement.

Pour obtenir la victoire, il faut avant toute chose épurer le parti de la classe ouvrière, — son état-major dirigeant, sa citadelle avancée, — dès capitulards, des déserteurs, des félons et des traîtres.

On ne peut considérer comme un hasard le fait que les trots­kistes, les boukhariniens, les fauteurs des déviations nationalistes, en luttant contre Lénine, contre le Parti, ont fini comme avaient fini les partis menchévik et socialiste-révolutionnaire : ils sont devenus agents des services de renseignements fascistes, espions, saboteurs, assassins, auteurs de diversions, traîtres à la patrie.

« Si l’on compte dans ses rangs des réformistes, des menchéviks, dit Lénine, on ne saurait faire triompher la révolution prolétarienne, on ne saurait la sauvegarder. C’est un principe évident. L’expérience de la Russie et de la Hongrie l’a confirmé nettement…

En Russie, maintes fois se sont pré­sentées des situations difficiles dans lesquelles le régime sovié­tique eût certainement été renversé, si les menchéviks, les ré­formistes, les démocrates petits-bourgeois étaient demeurés dans notre Parti. .. » (Lénine, t. XXV, pp. 462-463, éd. russe.)

« Si notre Parti, dit le camarade Staline, a réussi à cons­tituer son unité intérieure et la cohésion sans précédent qui règne dans ses rangs, c’est avant tout parce qu’il a su se pu­rifier à temps de la souillure de l’opportunisme, parce qu’il a su chasser du Parti les liquidateurs et les menchéviks.

La voie du développement et du renforcement des partis prolé­tariens passe par leur épuration des opportunistes et des réfor­mistes, des social-impérialistes et des social-chauvins, des social-patriotes et des social-pacifistes. Le Parti se fortifie en s’épurant des éléments opportunistes. » (Staline : Des principes du léninisme.)

5. L’histoire du Parti nous apprend encore que le Parti ne peut remplir son rôle de dirigeant de la classe ouvrière si, grisé par ses succès, il se laisse aller à la présomption, s’il cesse de re­marquer les insuffisances de son travail, s’il craint de reconnaître ses erreurs, s’il craint de les corriger à temps, ouvertement et hon­nêtement.

Le Parti est invincible s’il ne craint pas la critique et l’auto­critique, s’il ne voile pas les erreurs et les insuffisances de son travail, s’il instruit et éduque les cadres en les éclairant sur les erreurs commises dans le travail, s’il sait corriger ces erreurs à temps.

Le Parti périt s’il cache ses erreurs, escamote les questions névralgiques, dissimule ses déficiences sous de fausses apparences de santé, s’il ne souffre pas la critique ni l’autocritique, s’il se pénètre d’un sentiment de suffisance, s’adonne au culte de soi-même et s’endort sur ses lauriers.

« L’attitude d’un parti politique en face de ses erreurs, dit Lénine, est un des critériums les plus importants et les plus sûrs pour juger si ce parti est sérieux et s’il remplit réel­lement ses obligations envers sa classe et envers les masses laborieuses.

Reconnaître ouvertement son erreur, en découvrir les causes, analyser la situation qui lui a donné naissance, exa­miner attentivement les moyens de corriger celte erreur, voilà la marque d’un parti sérieux, voilà ce qui s’appelle, pour lui, remplir ses obligations, éduquer et instruire la classe, et puis les masses. » (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p. 725.)

Et plus loin :

« Tous les partis révolutionnaires qui ont péri jusqu’ici, ont péri parce qu’ils se laissaient aller à la présomption, ne savaient pas voir ce qui faisait leur force, et craignaient de parler de leurs faiblesses. Mais nous, nous ne périrons pas, parce que nous ne craignons pas de parler de nos faiblesses, parce que nous apprendrons à les surmonter. » (Lénine, t. XXVII, pp. 260-261, éd. russe.)

6. Enfin l’histoire du Parti nous apprend que faute d’avoir d’amples liaisons avec les masses, faute de raffermir constam­ment ces liaisons, faute de savoir écouter la voix des masses et comprendre leurs besoins poignants, faute d’avoir la volonté non seulement d’instruire les masses, mais aussi de s’instruire auprès d’elles, le parti de la classe ouvrière ne peut pas être un véritable parti de masse, capable d’entraîner, avec leurs millions d’hom­mes, la classe ouvrière et l’ensemble des travailleurs.

Le Parti est invincible, s’il sait, comme dit Lénine, « se lier, se rapprocher et, si vous voulez, se fondre jusqu’à un certain point avec la masse des travailleurs la plus large, au premier chef avec la masse prolétarienne, mais aussi avec la masse des travailleurs non prolétarienne ». (Lénine, t. XXV, p. 174, éd. russe.)

Le Parti périt s’il se confine étroitement dans sa propre coquil­le, s’il se détache des masses, s’il se couvre d’un enduit de bureaucratisme.

« On peut reconnaître pour règle générale, dit le camarade Staline, qu’aussi longtemps que les bolchéviks conserveront leur liaison avec les grandes masses du peuple, ils seront in­vincibles.

Et au contraire, il suffit que les bolchéviks se dé­tachent des masses et rompent leur liaison avec elles, il suffit qu’ils se couvrent de la rouille bureaucratique, pour qu’ils per­dent toute leur force et se transforment en une nullité.

La mythologie des Grecs de l’antiquité comptait un héros célèbre, Antée, qui était, selon la mythologie, le fils de Po­séidon, dieu de la mer, et de Gê, déesse de la terre.

Il était particulièrement attaché à sa mère, qui lui avait donné le jour, qui l’avait nourri et élevé. Il n’y avait point de héros qu’Antée ne pût vaincre. Il passait pour un héros invincible. Qu’est-ce qui faisait sa force ? C’était que chaque fois qu’en combattant un adversaire il était en difficulté, il touchait la terre, sa mè­re, qui lui avait donné le jour et l’avait nourri, et il reprenait des forces.

Mais il avait pourtant un point faible : c’était le danger d’être d’une façon ou de l’autre détaché de la terre. Ses ennemis tenaient compte de cette faiblesse et guettaient Antée.

Et il se trouva un ennemi qui profita de cette faiblesse et vainquit Antée. Ce fut Hercule. Mais comment réussit-il à le vaincre ? Il l’arracha de terre, le souleva en l’air, et l’em­pêchant de prendre contact avec le sol, il l’étouffa.

Je pense que les bolchéviks nous rappellent le héros de la mythologie grecque, Antée. De même qu’Antée, ils sont forts parce qu’ils sont liés à leur mère, aux masses qui leur ont donné naissance, les ont nourris et les ont éduqués.

Et aussi longtemps qu’ils restent attachés à leur mère, au peuple, ils ont toutes les chances de rester invincibles. Là est le secret de l’invincibilité de la direction bolchevi­que. » (Staline : Des insuffisances du travail du Parti, éd. russe.)

Tels sont les enseignements essentiels de l’œuvre historique accomplie par le Parti bolchévik.

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Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik)

Le parti bolchévik en lutte pour achever la construction de la société socialiste. Application de la nouvelle Constitution (1935-1937)

Précis d’histoire du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik), 1938

1. La situation internationale en 1935-1937. Atténuation momentanée de la crise économique. Début d’une nouvelle crise économique. L’Italie s’empare de l’Éthiopie. Intervention germano-italienne en Espagne. Invasion japonaise en Chine centrale. Début de la deuxième guerre impérialiste.

La crise économique qui avait éclaté dans les pays capitalistes au cours du deuxième semestre de 1929, dura jusqu’à la fin 1933. À partir de ce moment, le déclin de l’industrie s’arrêta, la crise évolua en stagnation, et l’industrie connut une certaine reprise, un certain essor. Mais ce n’était pas là l’essor qui inaugure l’épanouissement de l’industrie sur une base nouvelle supérieure.

L’industrie capitaliste mondiale ne put s’élever même au niveau de 1929 ; elle n’atteignit, vers le milieu de 1937, que 95 à 96 % de ce niveau. Et dès le second semestre de 1937 survint une nouvelle crise économique qui étreint avant tout les États-Unis. Fin 1937, le nombre des sans-travail aux États-Unis remonte jusqu’à 10 millions de personnes. Et il augmente rapidement en Angleterre.

C’est ainsi qu’à peine remis des coups de la crise économique récente, les pays capitalistes se trouvaient placés devant une nouvelle crise.

En conséquence, on voit s’aggraver encore les antagonismes entre les pays impérialistes, de même qu’entre la bourgeoisie et le prolétariat. Aussi, les États agresseurs multiplient-ils leurs tentatives de récupérer, aux dépends des autres pays mal défendus, les pertes intérieures causées par la crise économique. Notons que cette fois, aux deux États agresseurs connus, l’Allemagne et le Japon, un troisième était venu se joindre : l’Italie.

En 1935, l’Italie fasciste attaqua et soumit l’Ethiopie. Cela sans aucune raison, sans aucun motif de « droit international ». L’attaque se fit sans déclaration de guerre, subrepticement, comme il est de mode aujourd’hui chez les fascistes. Le coup n’atteignit pas seulement l’Ethiopie.

Il était dirigé également contre l’Angleterre, contre ses routes maritimes d’Europe aux Indes, en Asie. Les tentatives de l’Angleterre pour empêcher l’Italie de prendre pied en Ethiopie demeurèrent sans résultat. Pour avoir les mains entièrement libres, l’Italie sortira bientôt de la Société des nations et s’armera vigoureusement.

C’est ainsi qu’un nouveau foyer de guerre est apparu sur la plus courte des voies maritimes d’Europe en Asie.

De son côté, l’Allemagne fasciste, par un acte unilatéral, rompit le traité de Versailles et dressa son plan pour imposer la révision des frontières des États européens. Les fascistes allemands ne cachaient pas qu’ils entendaient se soumettre les États voisins ou au moins s’emparer de ceux de leurs territoires qui sont peuplés d’allemands.

Leur plan comportait les points suivants : d’abord occuper l’Autriche ; ensuite, porter un coup à la Tchécoslovaquie, et puis, vraisemblablement à la Pologne, où l’on trouve aussi un territoire entièrement peuplé d’allemands et limitrophe de l’Allemagne, et puis… et puis « on verra ».

En été 1936, l’Allemagne et l’Italie intervinrent militairement contre le République d’Espagne. Sous prétexte de soutenir les fascistes espagnols, l’Italie et l’Allemagne eurent la possibilité d’introduire en sous-main leurs troupes en territoire espagnol sur les derrières de la France, en même temps que leur flotte navale dans les eaux espagnoles, dans les parages de Baléares et de Gibraltar au sud, dans la zone de l’océan Atlantique à l’ouest, dans celle du golfe de Biscaye au nord.

Au début de 1938, les fascistes allemands occupèrent l’Autriche, pénétrant ainsi dans la région du Moyen-Danube et gagnant le sud de l’Europe, plus près de l’Adriatique.

En développant leur intervention contre l’Espagne, les fascistes germano-italiens cherchèrent à persuader le monde qu’ils luttaient contre les « rouges » sans poursuivre aucune autre fin dans ce pays. Mais ce n’était là qu’un grossier et maladroit camouflage, destiné à donner le change aux naïfs. En réalité, leur coup visait l’Angleterre et la France, puisqu’ils interceptaient les routes maritimes de ces deux pays vers leurs immenses possessions coloniales d’Afrique et d’Asie.

En ce qui concerne l’annexion de l’Autriche, il était absolument impossible de prétendre que cette annexion rentrait dans le cadre de la lutte contre le traité de Versailles, dans le cadre de la protection des intérêts « nationaux » de l’Allemagne cherchant à récupérer les territoires perdus dans la première guerre impérialiste : l’Autriche n’a fait partie de l’Allemagne ni avant la guerre ni depuis.

Le rattachement de l’Autriche à l’Allemagne par la violence est une brutale annexion impérialiste de territoires étrangers. Il dévoile à n’en pas douter le désir de l’Allemagne fasciste de régner dans l’Ouest de l’Europe continentale.

Il porte atteinte avant tout aux intérêts de la France et de l’Angleterre.

C’est ainsi qu’au sud de l’Europe, dans la région de l’Autriche et de l’Adriatique, comme aussi à sa pointe occidentale, dans les parages de l’Espagne et dans les eaux qui la baignent, sont apparus de nouveaux foyers de guerre.

En 1937, les militaristes fascistes du Japon s’emparèrent de pékin, envahirent la Chine centrale et occupèrent Shangaï. L’intrusion des troupes nippones en Chine centrale s’opéra comme s’était opérée l’invasion de la Mandchourie, quelques années plus tôt, à la façon japonaise, c’est-à-dire subrepticement, sous le fallacieux prétexte d’ « incidents locaux » provoqués par les japonais eux-mêmes, en violant pratiquement toutes les « règles internationales », conventions, accords, etc.

L’occupation de Tien-Tsin et de Shangaï livre au Japon la clé des relations commerciales avec la Chine et son immense marché. Si bien que le Japon, tant qu’il tient Shangaï et Tien-Tsin, peut à tout instant déloger de la Chine centrale l’Angleterre et les États-Unis, qui y ont investi d’énormes capitaux.

Mais, bien entendu, la lutte héroïque du peuple chinois et de son armée contre les envahisseurs nippons ; le puissant essor du sentiment national en Chine ; les colossales réserves du pays en hommes et en territoires ; enfin la volonté qu’a le gouvernement national chinois de conduire la lutte pour la libération de la chine jusqu’à ce que les envahisseurs soient complètement chassés du pays, tous ces éléments attestent, sans nul doute possible, que les impérialistes japonais n’ont et ne peuvent avoir aucun avenir en Chine.

Il n’en est pas moins vrai que le Japon déteint momentanément la clé des relations commerciales avec la chine et que la guerre qu’il fait à ce pays constitue, au fond, une atteinte grave aux intérêts de l’Angleterre et des États-Unis.

C’est ainsi que dans le pacifique, dans les parages de la Chine, est apparu un autre foyer de guerre.

De tout cela il résulte que la deuxième guerre impérialiste a commencé en fait. Elle a commencé furtivement, sans déclaration de guerre. Les États et les peuples ont, en quelque sorte, glissé imperceptiblement dans l’orbite d’une deuxième guerre impérialiste. Cette guerre a été amorcée sur différents points du globe par trois États agresseurs : par les milieux dirigeants fascistes de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon.

Elle se poursuit sur une immense étendue, de Gibraltar à Shangaï. Elle a déjà entraîné dans son orbite plus d’un demi milliard d’êtres humains. Elle se poursuit, en définitive, contre les intérêts capitalistes de l’Angleterre, de la France et des États-Unis puisqu’elle a pour but de redistribuer le monde et les zones d’influence au profit des pays agresseurs et au détriment de ces états couramment appelés démocratiques.

La deuxième guerre impérialiste a pour l’instant ceci de particulier qu’elle est conduite et déployée par les puissances agressives, tandis que les autres puissances, les puissances « démocratiques », contre lesquelles elle est bel et bien dirigée, font mine de croire que cette guerre ne les concerne pas, s’en lavent les mains, reculent, exaltent leur amour de la paix, invectivent les agresseurs fascistes et… livrent tout doucement leurs positions aux agresseurs, non sans prétendre se préparer à la riposte.

Cette guerre, comme on le voit, ne laisse pas d’être une guerre assez singulière, une guerre à sens unique. Mais elle n’en est pas moins féroce et pas moins brutalement expansionniste, faite comme elle est sur le dos des peuples mal défendus d’Ethiopie, d’Espagne et de Chine.

On aurait tord d’expliquer le caractère unilatéral de la guerre par la faiblesse militaire ou économique des États « démocratiques ». Ces États « démocratiques sont, sans aucun doute, plus forts que les États fascistes.

Le caractère unilatéral de la guerre mondiale en marche s’explique par l’absence d’un front unique des États « démocratiques » contre les puissances fascistes. Certes, les États démocratiques n’approuvent pas les « extrémités » auxquelles se portent les États fascistes et ils craignent le renforcement de ces derniers.

Mais ils redoutent encore plus le mouvement ouvrier en Europe et le mouvement de libération nationale en Asie, et ils estiment que le fascisme est un « bon antidote » contre tous ces mouvements « dangereux ».

Voilà pourquoi les cercles dirigeants des États « démocratiques », et notamment les milieux anglais conservateurs, s’en tiennent à une politique qui veut persuader les manitous fascistes déchaînés « de ne pas pousser les choses à l’extrême » ; en même temps, ils leur donnent à entendre qu’ils ont une « compréhension parfaite » et, au fond, de la sympathie pour leur politique de réaction et de basse police contre le mouvement ouvrier et le mouvement de libération nationale.

En l’occurrence, les milieux dirigeants de l’Angleterre suivent à peu près la politique qu’observaient sous le tsarisme les bourgeois libéraux monarchistes de Russie qui, tout en redoutant les « extrémités » de la politique tsariste, craignaient encore davantage le peuple et avaient adopté, en conséquence, une politique de persuasion, envers le tsar, c’est-à-dire une politique decollusion avec le tsar contre le peuple.

On sait que la bourgeoisie libérale monarchiste de Russie paya cher cette double politique. Il y a tout lieu de croire que les milieux dirigeants d’Angleterre et leurs amis de France et des États-Unis paieront aussi leur rançon à l’histoire.

On conçoit que l’URSS, voyant le tour que prenaient les affaires internationales, ne pouvait passer outre à ces évènements gros de menaces. Toute guerre déclenchée par les agresseurs, même peu étendue, présente un danger pour les pays attachés à la paix.

À plus forte raison, la deuxième guerre impérialiste, qui est venue « imperceptiblement », à pas de loup, surprendre les peuples et entraîne déjà plus d’un demi-milliard d’êtres humains, est-elle forcément un grave danger pour les peuples et, en tout premier lieu, pour l’URSS. C’est ce qu’attestent éloquemment la création entre l’Allemagne, l’Italie et le Japon, d’un « bloc anticommuniste ».

Aussi notre pays, tout en pratiquant sa politique de paix, travaille-t-il à augmenter sans cesse la capacité de défense de nos frontières et la valeur militaire de l’Armée et de la Flotte rouges. Fin 1934, l’URSS est entrée dans la société des nations, estimant que, malgré la faiblesse de cette institution, elle peut néanmoins fournir un terrain pour démasquer les agresseurs, et servir dans une certaine mesure d’instrument de paix, fragile sans doute, pour entraver le déclenchement de la guerre.

L’URSS a estimé qu’en un temps comme celui-ci, il convient de ne pas dédaigner même une organisation internationale aussi faible que la Société des Nations. En mai 1935 a été conclu entre la France et l’URSS un pacte d’assistance mutuelle contre l’attaque éventuelle des agresseurs. Simultanément, un autre pacte a été conclu avec la Tchécoslovaquie. En mars 1936, l’URSS a conclu un pacte d’assistance mutuelle avec la République populaire de Mongolie. En août 1937, un pacte de non-agression a été signé entre l’URSS et la République de Chine.

2. L’essor de l’industrie et de l’agriculture se poursuit en U.R.S.S. Exécution avant terme du deuxième plan quinquennal. Reconstruction de l’agriculture et achèvement de la collectivisation. Importance des cadres. Le mouvement stakhanoviste. Essor du bien-être national. Essor de la culture nationale. Puissance de la Révolution soviétique.

Tandis que dans les pays capitalistes une nouvelle crise économique survenait, trois ans seulement après celle de 1930-1933, en U.R.S.S., durant toute cette période, l’essor de l’industrie se poursuivit irrésistiblement.

Alors que l’industrie capitaliste dans l’ensemble du monde atteignait à peine, vers le milieu de 1937, 95 à 96% du niveau de 1929 pour subir dès la seconde moitié de 1937 une nouvelle crise économique, l’in­dustrie de l’U.R.S.S., fin 1937, atteignit, au cours de sa pro­gression de plus en plus vigoureuse, 428% du niveau de 1929 ; en comparaison du niveau d’avant-guerre, elle avait plus que septuplé.

Ces succès étaient la conséquence directe de la politique de reconstruction pratiquée avec une absolue persévérance par le Parti et le gouvernement. Ils eurent pour résultat que le deuxième plan quinquennal de l’industrie se trouva exécuté avant terme, à la date du pre­mier avril 1937, c’est-à-dire en 4 ans et 3 mois.

C’était là une victoire éclatante du socialisme.

L’agriculture marquait un essor presque identique. La su­perficie ensemencée, pour l’ensemble des cultures, passa de 105 millions d’hectares en 1913 (période d’avant-guerre) à 135 millions en 1937.

La production des céréales augmenta de 4 milliards 800 millions de pouds en 1913 à 6 milliards 800 mil­lions en 1937 ; la production de coton brut, de 44 millions de pouds à 154 millions ; la production de lin (fibre), de 19 mil­lions de pouds à 31 millions ; la production de betterave, de 654 millions de pouds à 1 milliard 311 millions ; la production des plantes oléagineuses, de 129 millions de pouds à 306 millions. À noter qu’en 1937, les kolkhoz à eux seuls (sans les sov-khoz) donnèrent au pays plus d’un milliard 700 millions de ouds de blé marchand, c’est-à-dire au moins 400 millions de pouds de plus que n’en fournissaient tous ensemble, en 1913, grands propriétaires fonciers, koulaks et paysans. Une seule branche de l’agriculture, l’élevage, retardait en­core sur le niveau d’avant-guerre et progressait à une allure trop lente.

En ce qui concerne la collectivisation agricole, on pouvait, d’ores et déjà, la considérer comme achevée. En 1937, les kolkhoz groupèrent 18,5 millions de feux, soit 93% de la totalité. Quant aux champs kolkhoziens ensemencés en grains, ils repré­sentèrent 99% de toutes les emblavures paysannes en céréales. La reconstruction de l’agriculture et son approvisionne­ment intensif en tracteurs et en machines agricoles donnaient des résultats évidents.

Ainsi, l’achèvement de la reconstruction industrielle et agri­cole avait permis de pourvoir abondamment l’économie natio­nale en matériel technique de premier ordre. L’industrie et l’agriculture, les transports et l’armée, avaient été dotés d’une quantité immense de matériel technique moderne : nouvelles machines et machines-outils, tracteurs, machines agricoles, locomotives et bateaux à vapeur, artillerie et tanks, avions et navires de guerre.

Il s’agissait de lancer, par dizaines et cen­taines de milliers, des cadres spécialisés capables de dominer toute cette technique et d’en tirer le maximum. Faute d’y par­venir, faute d’un nombre suffisant de spécialistes, maîtres de la technique, cette technique risquait de se transformer en un amas de métal inerte, inutilisé. Il y avait là un danger sérieux, puisque la formation de cadres capables de maîtriser la tech­nique n’allait pas de pair avec le développement de la techni­que, mais restait bien en arrière ! Les choses se compliquaient encore du fait qu’une notable partie de nos militants n’avaient pas conscience de ce péril et qu’ils estimaient que la technique « ferait toute seule » sa besogne.

Si, auparavant, on avait sous-estimé la technique et pris à son égard une attitude de dédain, maintenant on la surestimait, on en faisait un fétiche. On ne comprenait pas que la technique, sans les hommes qui s’en rendent maîtres, est une chose morte. On ne comprenait pas que c’est seulement avec des hommes qui en ont acquis la maîtrise que la technique peut fournir un rendement supé­rieur.

La question des cadres techniques prenait donc une impor­tance primordiale.

De toute nécessité, nos militants devaient se défaire de leur engouement excessif pour la technique et de la sous-estimation du rôle des cadres, pour s’assimiler la technique, en prendre possession, intensifier dans toute la mesure du possible la for­mation de cadres capables de la dominer et d’en tirer le maxi­mum.

Auparavant, dans les débuts de la période de reconstruc­tion, au temps où te pays était affamé de technique, le Parti avait lancé le mot d’ordre « la technique en période de recons­truction décide de tout » ; mais maintenant que nous étions abondamment pourvus en moyens techniques depuis l’achève­ment, dans ses grandes lignes, de la période de reconstruction, et que le pays souffrait de la pénurie de cadres, le Parti avait à lancer un nouveau mot d’ordre pour appeler l’attention non plus sur la technique, mais sur les hommes, sur les cadres ca­pables de l’utiliser à plein.

L’intervention que fit le camarade Staline, en mai 1935, lors de la promotion des élèves des Ecoles supérieures de l’Ar­mée rouge, eut une grande importance à cet égard.

« Auparavant, déclara le camarade Staline, nous disions que « la technique décide de tout ». Ce mot d’ordre nous a aidés en ce sens que nous avons fait disparaître la pénurie tech­nique et créé la base technique la plus large dans toutes les branches d’activité, pour armer nos hommes d’une technique de premier ordre. C’est très bien. Mais c’est loin, bien loin de suffire.

Pour mettre la technique en mouvement et l’utiliser à fond, il faut des hommes, maîtres de la technique, il faut des cadres capables d’assimiler et d’utiliser cette technique selon toutes les règles de l’art. La technique sans les hommes qui en aient acquis la maîtrise est chose morte. La technique avec, en tête, des hommes qui en ont acquis la maîtrise, peut et doit faire des miracles.

Si dans nos usines et nos fabriques de pre­mier ordre, dans nos sovkhoz et nos kolkhoz, dans nos trans­ports, dans notre Armée rouge, il y avait en nombre suffisant des cadres capables de dominer cette technique, notre pays obtiendrait un rendement trois et quatre fois plus élevé qu’au­jourd’hui.

Voilà pourquoi le gros de notre effort doit porter maintenant sur les hommes, sur les cadres, sur les travail­leurs, maîtres de la technique. Voilà pourquoi l’ancien mot d’ordre : « la technique décide de tout », reflet d’une période déjà révolue, où la pénurie sévissait chez nous dans le domaine technique, doit être maintenant remplacé par un mot d’ordre nouveau : « les cadres décident de tout ».

C’est là aujourd’hui l’essentiel… Il faut comprendre enfin que de tous les capitaux précieux existant dans le monde, le plus précieux et le plus décisif, ce sont les hommes, les cadres. Il faut comprendre que, chez nous, dans les conditions actuelles, « les cadres décident de tout ». Si nous avons de bons et nombreux cadres dans l’in­dustrie, dans l’agriculture, dans les transports, dans l’armée, notre pays sera invincible. Si nous n’avons pas de tels cadres, nous boiterons des deux pieds. »

Ainsi, c’étaient la formation accélérée des cadres techniques et la prompte maîtrise de la technique nouvelle en vue d’assurer l’essor constant de la productivité du travail, qui étaient deve­nues la tâche primordiale.

Ce qui montra avec le plus d’éclat le développement de ces cadres, l’assimilation de la nouvelle technique par nos hommes et le relèvement sans cesse poursuivi de la productivité du travail, ce fut le mouvement stakhanoviste.

Ce mouvement prit naissan­ce et s’épanouit dans le bassin du Donetz, dans l’industrie houil­lère, pour s’étendre à d’autres industries, aux transports, et ga­gner ensuite l’agriculture. Il fut appelé mouvement stakhanoviste du nom de son promoteur, le piqueur Alexéï Stakhanov, du puits « Tsentralnaïa Irmino » (bassin du Donetz).

Avant Stakhanov, Nikita lzotov avait déjà établi des records sans précédent dans l’extraction du charbon. L’exemple de Stakhanov, qui abattit en un seul poste, le 31 août 1935, 102 tonnes de charbon, soit 14 fois plus que la norme courante, marqua le début d’un mouvement de masse des ouvriers et des kolkhoziens pour le relèvement des normes de rendement, pour un nouvel essor de la productivité du travail Boussyguine dans l’industrie automobile, Smétanine dans la chaussure, Krivonos dans les transports, Moussinski dans l’industrie forestière, Evdokia et Maria Vinogradova dans le tex­tile, Maria Demtchenko, Marina Gnatenko, P. Anguélina, Pola-goutine, Kolessov, Kovardak, Borine dans l’agriculture, tels furent les noms des pionniers du mouvement stakhanoviste.

D’autres les ont suivis, des détachements entiers de pionniers, qui ont porté encore plus haut que, leurs prédécesseurs la pro­ductivité du travail. La première Conférence des stakhanovistes de l’U.R.S.S., te­nue en novembre 1935, au Kremlin, ainsi que l’intervention du camarade Staline à cette conférence, eurent une portée immense pour le développement du mouvement stakhanoviste.

« Le mouvement stakhanoviste, dit le camarade Staline, exprime un nouvel essor de l’émulation socialiste, une étape nouvelle, supérieure, de l’émulation socialiste… Précédem­ment, il y a quelque trois ans, pendant la première étape de l’émulation socialiste, celle-ci n’était pas nécessairement liée à la technique nouvelle. D’ailleurs, à ce moment, nous n’a­vions presque pas, à proprement parler, de technique nouvelle.

Tandis que l’étape actuelle de l’émulation socialiste, le mouve­ment stakhanoviste est, au contraire, nécessairement liée à la technique moderne.

Le mouvement stakhanoviste ne serait pas concevable sans la technique nouvelle, supérieure. Voici devant vous des gens tels que les camarades Stakhanov, Bous­syguine, Smétanine, Krivonos, Pronine, les Vinogradova et beaucoup d’autres, des gens nouveaux, ouvriers et ouvrières, qui se sont rendus entièrement maîtres de la technique de leur métier, qui l’ont domptée et poussée en avant. Ces gens-là, nous n’en avions pas ou presque pas, il y a quelque trois ans…

La portée du mouvement stakhanoviste, c’est que ce mouvement renverse les anciennes normes techniques comme étant insuffisantes, dépasse en maintes occasions la producti­vité du travail des pays capitalistes avancés, et ouvre ainsi la possibilité pratique d’un renforcement sans cesse poursuivi du socialisme dans notre pays, la possibilité de faire de notre pays le pays le plus aisé. »

Définissant les méthodes de travail des stakhanovistes et ana­lysant le rôle énorme de ce mouvement pour l’avenir de notre pays, le camarade Staline poursuivait en ces termes :

« Observez de plus près les camarades stakhanovistes.

Que sont ces gens ? Ce sont surtout des ouvriers et des ouvrières, jeunes ou d’âge moyen, des gens développés, ferrés sur la technique, qui donnent l’exemple de la précision et de l’atten­tion au travail, qui savent apprécier le facteur temps dans le travail et qui ont appris à compter non seulement par minu­tes, mais par secondes. La plupart d’entre eux ont passé ce qu’on appelle le minimum technique [Niveau de connaissances techniques établi pour les ouvriers dans les entreprises socialistes. (N. des Trad.)] et continuent de compléter leur instruction technique.

Ils sont exempts du conserva­tisme et de la routine de certains ingénieurs, techniciens et di­rigeants d’entreprises ; ils vont hardiment de l’avant, renver­sent les normes techniques vieillies et en créent de nouvelles plus élevées ; ils apportent des rectifications aux capacités de rendement prévues et aux plans économiques établis par les dirigeants de notre industrie ; ils complètent et corri­gent constamment les ingénieurs et techniciens ; souvent ils leur en remontrent et les poussent en avant, car ce sont des hommes qui se sont rendus pleinement maîtres de la techni­que de leur métier el qui savent tirer de la technique le maxi­mum de ce qu’on en peut tirer.

Les stakhanovistes sont enco­re peu nombreux aujourd’hui, mais qui peut douter que de­main leur nombre ne soit décuplé ?

N’est-il pas clair que les stakhanovistes sont des novateurs dans notre industrie ; que le mouvement stakhanoviste représente l’avenir de notre in­dustrie ; qu’il contient en germe le futur essor technique et culturel de la classe ouvrière ; qu’il ouvre devant nous la voie qui seule nous permettra d’obtenir les indices plus élevés de la productivité du travail, indices nécessaires pour passer du socialisme au communisme et supprimer l’opposition entre le travail intellectuel et le travail manuel ? »

Ce sont le mouvement stakhanoviste largement déployé et l’exécution avant terme du deuxième plan quinquennal qui créèrent les conditions nécessaires pour un nouvel essor du bien-être et le développement culturel des travailleurs.

Le salaire réel des ouvriers et des employés fit plus que dou­bler au cours de la deuxième période quinquennale. Le fonds de salaires passa de 34 milliards de roubles en 1933 à 81 milliards en 1937. Le fonds des assurances sociales d’État passa de 4 mil­liards 000 millions de roubles en 1933 à 5 milliards 600 millions en 1937.

Dans la seule année 1937, 10 milliards environ furent dépensés au titre des assurances d’État pour les ouvriers et les employés, pour l’amélioration des conditions d’existence pour les œuvres culturelles, les sanatoria, les stations de cure, les mai­sons de repos et l’assistance médicale.

Le régime des kolkhoz se consolida définitivement à la cam­pagne. Deux facteurs y contribuèrent puissamment : les Statuts de l’artel agricole, adoptés au IIe congrès des kolkhoziens de choc, en février 1935, et la confirmation de la remise aux kolkhoz, en jouissance perpétuelle, de toutes les terres cultivées par eux. Grâce à la consolidation du régime kolkhozien, on vit disparaître à la campagne la pauvreté et l’insécurité du lendemain.

Si quelque trois ans plus tôt on allouait dans les kolkhoz un ou deux kilogrammes de grains par journée de travail, maintenant, la plupart des kolkhoziens des régions productrices de céréales touchaient par journée de travail, de 5 à 12 kilogrammes, et beaucoup d’entre eux jusqu’à 20 kilogrammes de grains, sans compter les autres produits et le revenu en argent.

Il y a des millions de foyers kolkhoziens qui ont touché dans les régions céréalières de 500 à 1.500 pouds de grains pour un an, et des dizaines de milliers de roubles de revenu annuel dans les régions productrices de coton, de betterave, de lin, ou consacrées à l’éle­vage, à la culture de la vigne, des citrus, des fruits et légumes.

L’aisance s’est installée dans les kolkhoz. La construction de granges et de remises neuves est devenue la préoccupation essen­tielle du foyer kolkhozien, attendu que les vieux greniers calcu­lés pour de faibles provisions annuelles, ne suffisaient même pas pour un dixième aux nouveaux besoins des kolkhoziens.

Tenant compte du bien-être croissant des masses populaires, le gouvernement promulgua en 1936 une loi interdisant les avortements. En même temps, on dressa un vaste programme de construction de maternités, de crèches, de gouttes de lait, de jar­dins d’enfants.

Cette année-là, il fut assigné à ces œuvres sociales 2 milliards 174 millions de roubles contre 875 millions en 1935. Une loi spéciale prévoit des allocations considérables pour les familles nombreuses. En vertu de ces dispositions, il a été payé en 1937 plus d’un milliard de roubles.

Avec l’introduction de l’instruction générale obligatoire et la construction de nouvelles écoles, la culture des masses populaires marque un puissant essor. Une œuvre grandiose de développe­ment de l’enseignement se poursuit à travers l’U.R.S.S. Le nom­bre des élèves des écoles primaires et secondaires est passé de 8 millions en 1914 à 28 millions en 1936-1937. Le nombre des étudiants des établissements d’enseignement supérieur est passé de 112.000 en 1914 à 542.000 en 1936-1937.

Telle fut la révolution culturelle.

Dans cet essor du bien-être matériel et du développement culturel des masses populaires se révélèrent la force, la puissance, l’invincibilité de notre révolution soviétique. Les révolutions, dans le passé, périssaient parce qu’après avoir donné ta liberté au peuple, elles n’avaient pas la possibilité de lui donner en même temps une amélioration sérieuse de sa situation matérielle et culturelle. Là était leur principale faiblesse.

Notre révolution se distingue de toutes les autres en ce qu’elle a non seulement libéré le peuple du tsarisme, du capitalisme, mais encore foncièrement amélioré sa situation matérielle et culturelle. C’est ce qui fait sa force, c’est ce qui la rend invincible. Dans son intervention à la première Conférence des stakha­novistes de l’U.R.S.S., le camarade Staline a dit :

« Notre révolution prolétarienne est la seule révolution du monde à laquelle il ait été donné de montrer au peuple non seulement ses résultats politiques, mais aussi ses résultats matériels. De toutes les révolutions ouvrières, nous n’en con­naissons qu’une qui soit parvenue, tant bien que mal, au pouvoir. C’est la Commune de Paris.

Mais elle n’a pas vécu longtemps. Elle tenta, il est vrai, de rompre les chaînes du capitalisme, mais elle n’eut pas le temps de le faire ; encore moins eut-elle le temps de montrer au peuple les bienfaits matériels de la révolution.

Notre révolution est la seule qui ait non seulement rompu les chaînes du capitalisme et donné au peuple la liberté, mais qui, en outre, ait pu lui donner les conditions matérielles d’une vie aisée. C’est ce qui fait la force de notre révolution, c’est ce qui la rend invincible. »

3. Le VIIIe congrès des Soviets. Adoption de la nouvelle constitution de l’U.R.S.S.

En février 1935, le VIIe congrès des Soviets de l’Union des Républiques socialistes soviétiques avait décidé d’apporter des mo­difications à la Constitution de l’U.R.S.S., adoptée en 1924. La nécessité de ces modifications résultait des immenses changements qui s’étaient opérés dans la vie de l’U.R.S.S. depuis 1924, c’est-à-dire depuis l’adoption de la première Constitution de l’Union soviétique.

Durant les années écoulées, le rapport des forces de classes avait complètement changé en U.R.S.S. : on avait créé une nouvelle industrie, l’industrie socialiste ; les koulaks étaient écra­sés ; le régime des kolkhoz avait triomphé ; la propriété socialiste des moyens de production s’était affermie dans l’ensemble de l’économie nationale, comme base de la société soviétique. La victoire du socialisme permettait de poursuivre la démocratisation du système électoral, d’introduire le suffrage universel, égal et direct, avec scrutin secret.

Une commission de Constitution présidée par le camarade Staline, élabora le projet d’une nouvelle Constitution de l’U.R.S.S. Ce texte fut l’objet d’un examen populaire qui dura cinq mois et demi. Puis il fut soumis au VIIIecongrès, congrès extraordinaire, des Soviets.

Celui-ci, réuni en novembre 1936, était appelé à approuver ou rejeter le projet de nouvelle Constitution de l’U.R.S.S. Dans son rapport au VIIIe congrès sur le projet de nouvelle Constitution, le camarade Staline exposa les changements essen­tiels qui s’étaient produits dans le pays des Soviets depuis l’adop­tion de la Constitution de 1924.

La Constitution de 1924 avait été élaborée dans la première période de la Nep, alors que le pouvoir des Soviets tolérait encore le développement du capitalisme, à côté du développement du socialisme. En ce temps-là, il comptait, au cours de la compétition des deux systèmes, — capitaliste et socialiste, — organiser et assurer la victoire du socialisme sur le capitalisme dans le do­maine de l’économie.

A ce moment, la question « Qui l’empor­tera ? » n’était pas encore résolue. Basée sur une vieille et pauvre technique, l’industrie n’atteignait pas même le niveau d’avant-guerre.

L’agriculture offrait à ce moment un tableau encore plus lamentable ; les sovkhoz et les kolkhoz ne formaient que de petits îlots dans l’immense océan des exploitations paysannes indivi­duelles. Il ne s’agissait pas alors de liquider les koulaks, mais seu­lement de les limiter. Dans le domaine du commerce, le secteur socialiste ne comptait que pour 50% environ.

Tout autre était le tableau que l’U.R.S.S. offrait en 1936. À cette date, l’économie nationale avait complètement changé. Les éléments capitalistes avaient été entièrement liquidés : le système socialiste triomphait dans tous les domaines de l’économie natio­nale. La puissante industrie socialiste produisait sept fois plus que l’industrie d’avant-guerre, et elle avait entièrement supplanté l’industrie privée.

Dans l’agriculture, c’était le triomphe de la production socialiste, la plus grande production du monde, mé­canisée et armée d’une technique moderne, sous la forme du système des kolkhoz et des sovkhoz. Les koulaks, vers 1936, étaient entièrement liquidés en tant que classe et le secteur des paysans individuels avait cessé de jouer un rôle de quelque im­portance dans l’économie du pays.

Le commerce tout entier était concentré entre les mains de l’État et de la coopération L’exploi­tation de l’homme par l’homme était supprimée pour toujours. La propriété sociale, propriété socialiste, des moyens de production, s’affirmait comme la base inébranlable du régime nouveau, du régime socialiste, dans toutes les branches de l’économie nationale.

Dans la nouvelle société socialiste avaient disparu à jamais les crises, la misère, le chômage et la ruine. Les conditions étaient créées d’une vie d’aisance et de culture pour tous les mem­bres de la société soviétique.

Comme le déclara dans son rapport le camarade Staline, la composition de classe de la population de l’Union soviétique s’était modifiée en conséquence. La classe des grands proprié­taires fonciers et la grosse bourgeoisie impérialiste avaient été liquidées dès la guerre civile.

Tous les éléments exploiteurs, — capitalistes, négociants, koulaks, spéculateurs, — avaient été li­quidés dans les années de construction du socialisme. De toutes les classes exploiteuses liquidées, il ne subsistait que des restes insignifiants, dont la suppression complète n’était plus qu’une question de proche avenir.

Les travailleurs de l’U.R.S.S., — ouvriers, paysans, intellectuels, — avaient radicalement changé durant les années de construction du socialisme.

La classe ouvrière avait cessé d’être une classe exploitée, dépourvue des moyens de production, comme c’est le cas en régime capitaliste. Elle avait supprimé le capitalisme, elle avait enlevé aux capitalistes les moyens de production dont elle avait fait une propriété sociale. Elle avait cessé d’être un prolétariat dans le sens propre, dans le vieux sens du mot. Le prolétariat de l’U.R.S.S., maître du pouvoir d’État, était devenu une classe absolument nouvelle.

Il s’était transformé en une classe ouvrière libérée de l’exploitation, qui a anéanti le système capitaliste de l’économie et institué la propriété socialiste des moyens de production, c’est-à-dire en une classe ouvrière telle que l’histoire de l’humanité n’en avait encore jamais connu.

Non moins profonds étaient les changements survenus égale­ment dans la situation de la paysannerie de l’U.R.S.S. Dans le vieux temps, plus d’une vingtaine de millions d’exploitations paysannes isolées, petites et moyennes, avaient besogné séparé­ment sur leurs parcelles de terre.

Elles n’avaient alors qu’une technique arriérée ; elles subissaient alors l’exploitation des grands propriétaires fonciers, des koulaks, des marchands, des spécula­teurs, des usuriers, etc. Mais maintenant une paysannerie tout à fait nouvelle avait grandi en U.R.S.S. ; plus de grands proprié­taires fonciers ni de koulaks, plus de marchands ni d’usuriers qui puissent exploiter la paysannerie.

L’immense majorité des exploitations paysannes avaient rejoint les kolkhoz, qui sont fondés non sur la propriété privée des moyens de production, mais sur la propriété collective, née du travail collectif. C’est là un type nouveau de paysannerie, libérée de toute exploitation. L’histoire de l’humanité n’avait jamais connu non plus une telle paysan­nerie.

De même ont changé les intellectuels de l’U.R.S.S. Dans leur grande masse, ils sont devenus des intellectuels nouveaux, absolu­ment différents des anciens. Ils sont pour la plupart issus du mi­lieu ouvrier et paysan. Ils servent non pas le capitalisme, comme les anciens intellectuels, mais le socialisme. Les intellectuels sont devenus membres à droits égaux, de la société socialiste.

Avec les ouvriers et les paysans, ils construisent une nouvelle société, la société socialiste. Ce sont des intellectuels d’un type nouveau, au service du peuple et libérés de toute exploitation. L’histoire de l’humanité n’avait pas encore connu de tels intel­lectuels.

C’est ainsi que s’effacent les démarcations de classe entre les travailleurs de l’U.R.S.S., que disparaît le vieil exclusivisme de classe. Les contradictions économiques et politiques tombent et s’effacent entre les ouvriers, les paysans et les intellectuels. Il s’est créé une base pour l’unité morale et politique de la so­ciété.

Ce sont ces profonds changements intervenus dans la vie de l’U.R.S.S., ces succès décisifs du socialisme en ce pays, qui ont trouvé leur expression dans la nouvelle Constitution de l’U.R.S.S.

Aux termes de cette Constitution, la société soviétique est for­mée de deux classes amies, les ouvriers et les paysans, entre les­quelles subsistent encore des distinctions de classe. L’Union des Républiques socialistes soviétiques est un État socialiste des ou­vriers et des paysans.

La base politique de l’U.R.S.S. est constituée par les Soviets des députés des travailleurs, qui ont grandi et se sont affermis à la suite du renversement du pouvoir des grands propriétaires fonciers et des capitalistes et grâce à la conquête de la dictature du prolétariat. Tout le pouvoir en U.R.S.S. appartient aux travailleurs de la ville et de la campagne, représentés par les Soviets des députés des travailleurs. L’organisme supérieur du pouvoir d’État en U.R.S.S. est le Soviet suprême de l’U.R.S.S.

Celui-ci, composé de deux Chambres égales en droits, — le Soviet de l’Union et le Soviet des Nationalités, — est élu par les citoyens de l’U.R.S.S. pour une durée de quatre ans, sur la base du suffrage universel, direct et égal, avec scrutin secret.

Les élections au Soviet suprême de l’U.R.S.S., de même qu’à tous les Soviets des députés des travailleurs, se font au suffrage universel. C’est-à-dire que tous les citoyens de l’U.R.S.S. ayant atteint l’âge de 18 ans, indépendamment de la race ou de la na­tionalité à laquelle ils appartiennent, de leur religion, de leur de­gré d’instruction, du délai de résidence, de leur origine sociale, de leur situation matérielle et de leur activité passée, ont le droit de prendre part aux élections des députés et d’être élus, à l’exception des aliénés et des personnes condamnées par le tribunal à la pri­vation des droits électoraux. Les élections des députés se font au suffrage égal.

C’est-à-dire que chaque citoyen dispose d’une voix, et que tous les citoyens prennent part aux élections sur la base de l’égalité. Les élections des députés se font au suffrage direct. C’est-à-dire que les élections à tous les Soviets des députés des tra­vailleurs, depuis les Soviets des députés des travailleurs des agglomérations rurales et des villes, jusqu’au Soviet suprême de l’U.R.S.S. sont faites par les citoyens sans intermédiaire, au suffrage direct.

Le Soviet suprême de l’U.R.S.S. élit, en séance commune des deux Chambres, son Présidium, ainsi que le Conseil des commis­saires du peuple de l’U.R.S.S.

La base économique de l’Union soviétique est constituée par le système socialiste de l’économie et par la propriété socialiste des moyens de production. En U.R.S.S., est appliqué le principe du socialisme : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail. »

À tous les citoyens de l’U.R.S.S. sont garantis le droit au tra­vail, le droit au repos, le droit à l’instruction, le droit d’être assu­rés matériellement dans leur vieillesse, et aussi en cas de maladie et de perte de la capacité de travail. Des droits égaux à ceux de l’homme sont accordés à la femme, dans toutes les branches d’activité. L’égalité en droits des citoyens de l’U.R.S.S., sans distinction de nationalité et de race, est une loi imprescriptible.

La liberté de conscience et la liberté de propagande antireli­gieuse sont reconnues à tous les citoyens.

La Constitution garantit, — en vue d’affermir la société socia­liste, — la liberté de la parole, de la presse, des réunions et des meetings, le droit de se grouper au sein d’organisations so­ciales, l’inviolabilité de la personne, l’inviolabilité du domicile et le secret de la correspondance, le droit d’asile aux citoyens étrangers poursuivis pour la défense des intérêts des travailleurs, en raison de leur activité scientifique ou pour leur lutte de libération nationale.

La nouvelle Constitution impose en même temps de sérieux devoirs à tous les citoyens de l’U.R.S.S. : exécuter les lois, obser­ver la discipline du travail, remplir honnêtement le devoir social, respecter les règles de la vie en société socialiste, sauvegarder et affermir la propriété sociale, propriété socialiste, défendre la patrie socialiste.

« La défense de la patrie est le devoir sacré de tout citoyen de l’U.R.S.S. »

Au sujet du droit des citoyens à s’associer en organisations diverses, la Constitution a inscrit dans un de ses articles :

« … Les citoyens les plus actifs et les plus conscients de la classe ouvrière et des autres couches de travailleurs s’unissent dans le Parti communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S,, avant-garde des travailleurs dans leur lutte pour l’affermissement et le développement du régime socialiste et noyau dirigeant de toutes les organisations de travailleurs, aussi bien des organi­sations sociales que des organisations d’État. »

Le VIIIe congrès des Soviets approuva et ratifia à l’unanimité le projet de nouvelle Constitution de l’U.R.S.S. C’est ainsi que le pays des Soviets reçut une nouvelle Cons­titution : la Constitution de la victoire du socialisme et de la dé­mocratie ouvrière et paysanne.

Par là la Constitution consacra ce fait capital pour l’histoire de l’humanité que l’U.R.S.S. était entrée dans une nouvelle phase de développement : celle de l’achèvement de la construction de la société socialiste et du passage progressif à la société commu­niste, où le principe directeur de la vie sociale doit être le prin­cipe communiste : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. »

4. Liquidation des débris boukhariniens et trotskistes, espions, traîtres à la patrie. Préparatifs des élections au Soviet Suprême de l’U.R.S.S. Le parti s’oriente vers une large démocratie intérieure. Elections au Soviet Suprême de l’U.R.S.S.

L’année 1937 apporta de nouvelles révélations sur les mons­tres de la bande boukharinienne et trotskiste. Le procès de Piatakov, Radek et autres, celui de Toukhatchevski, Iakir, etc., enfin celui de Boukharine, Rykov, Krestinski, Rosengolz et autres, tous ces procès montrèrent que les boukhariniens et les trotskistes for­maient depuis longtemps déjà une seule bande d’ennemis du peuple, sous les espèces du « bloc des droitiers et des trotskistes ».

Les procès établirent que ces rebuts du genre humain avaient, dès les premiers jours de la Révolution socialiste d’Octobre, tramé avec les ennemis du peuple Trotski, Zinoviev et Kaménev, un complot contre Lénine, contre le Parti, contre l’État soviétique.

Tentatives provocatrices pour faire échouer la paix de Brest-Litovsk, au début de 1918 ; complot contre Lénine et collusion avec les socialistes-révolutionnaires « de gauche » en vue d’arrê­ter et d’assassiner Lénine, Staline, Sverdlov, au printemps de 1918 ; coup de feu scélérat tiré sur Lénine, qui est blessé, en été 1918 ; émeute des socialistes-révolutionnaires « de gauche » en été 1918  ; aggravation voulue des divergences au sein du Parti, en 1921, dans le but d’ébranler et de renverser du dedans la direction de Lénine, tentatives faites pour renverser la direction du Parti pendant la maladie de Lénine et après sa mort ; trahison des secrets d’État et livraison de renseignements aux services d’espionnage étrangers ; lâche assassinat de Kirov ; sabotage, actes de diversion, explosions ; lâche assassinat de Menjinski, de Koui-bychev, de Gorki : tous ces forfaits et ceux qui s’y rattachèrent avaient été perpétrés durant vingt années, comme on le sut plus tard, avec le concours ou sous la direction de Trotski, de Zino­viev, de Kaménev, de Boukharine, de Rykov et de leurs suppôts, sur les ordres des services d’espionnage bourgeois de l’étranger.

Les procès révélèrent que les monstres trotskistes et boukhariniens, sur l’ordre de leurs patrons des services d’espionnage bour­geois, s’étaient assigné pour but de détruire le Parti et l’État sovié­tique, de miner la défense du pays, de faciliter l’intervention mi­litaire de l’étranger, de préparer la défaite de !’Armée rouge, de démembrer l’U.R.S.S., de livrer aux Japonais la Province mari­time soviétique d’Extrême-Orient, de livrer aux Polonais la Biélorussie soviétique, de livrer aux Allemands l’Ukraine soviétique, d’anéantir les conquêtes des ouvriers et des kolkhoziens, de res­taurer l’esclavage capitaliste en U.R.S.S.

Sans doute, ces pygmées de gardes blancs, dont on ne saurait comparer la force qu’à celle d’un misérable moucheron, se consi­déraient-ils — quelle dérision ! — comme les maîtres du pays et s’imaginaient-ils pouvoir réellement distribuer et vendre en des mains étrangères l’Ukraine, la Biélorussie, la Province maritime ! Cette vermine de gardes blancs avait oublié que le maître du pays des Soviets est le peuple soviétique, tandis que messieurs Rykov, Boukharine, Zinoviev, Kaménev n’étaient rien que des serviteurs temporaires de l’État qui pouvait à tout instant les rejeter de ses administrations comme un fatras inutile ! Ces piteux laquais des fascistes avaient oublié qu’il suffisait au peuple soviétique de remuer le doigt pour qu’il ne restât d’eux aucune trace ! Le tribunal soviétique condamna les monstres boukhariniens et trotskistes à être fusillés.

Le Commissariat du peuple de l’Intérieur exécuta le verdict.

Le peuple soviétique approuva l’écrasement de la bande bou­kharinienne et trotskiste et passa aux affaires courantes. Et les affaires courantes consistaient à préparer les élections du Soviet suprême de l’U.R.S.S., et à y procéder sous des formes dûment organisées.

Le Parti déployait à pleine force l’action préparatoire aux élections. Il estimait que la mise en œuvre de la nouvelle Cons­titution de l’U.R.S.S. marquait un tournant dans la vie politique du pays. Il estimait que ce tournant consistait à démocratiser pleinement le système électoral, à passer du suffrage restreint au suffrage universel, du suffrage incomplètement égal au suffrage égal, des élections à plusieurs degrés au suffrage direct, du scru­tin public au scrutin secret.

Tandis qu’avant l’adoption de la nouvelle Constitution le droit électoral ne s’étendait pas aux serviteurs du culte, aux anciens gardes blancs, aux anciens koulaks et aux personnes ne faisant pas un travail d’utilité publique, la nouvelle Constitution rejette toutes les restrictions du droit électoral pour ces catégories de citoyens, en faisant élire les députés au suffrage universel.

Tandis qu’auparavant l’élection des députés ne se faisait pas au suffrage égal, puisqu’il existait des règles électorales différentes pour la population des villes et celle des campagnes, mainte­nant la nécessité de restreindre l’égalité du suffrage a disparu : tous les citoyens ont le droit de participer aux élections sur la base de l’égalité.

Tandis qu’auparavant l’élection des organes intermédiaires et supérieurs du pouvoir des Soviets se faisait à plusieurs degrés, maintenant, d’après la nouvelle Constitution, on doit procéder aux élections, pour tous les Soviets, depuis les Soviets ruraux et les Soviets de ville jusqu’au Soviet suprême, par le vote de tous les citoyens directement, au suffrage direct.

Tandis qu’auparavant l’élection des députés aux Soviets se faisait par vote public et au scrutin de liste, maintenant le vote est secret et l’électeur se prononce non sur une liste de candidats, mais sur des candidatures individuelles proposées par circonscrip­tions électorales.

Il y avait là un tournant indéniable dans la vie politique du pays.

Le nouveau système électoral devait provoquer, et il a réelle­ment provoqué, un redoublement d’activité politique des masses, le renforcement du contrôle des masses sur les organes du pou­voir soviétique, l’accentuation de la responsabilité des organes du pouvoir soviétique devant le peuple.

Pour faire face de toutes ses forces à ce tournant, le Parti devait se placer en tête de la nouvelle orientation et s’assurer entièrement le rôle dirigeant dans les élections prochaines.

Mais il fallait pour cela que les organisations du Parti obéissent elles-mêmes, dans leur fonctionnement pratique, à une démocratie absolue ; qu’elles appliquent pleinement à leur vie intérieure les principes du centralisme démocratique, comme le veulent les sta­tuts du Parti ; que tous les organismes du Parti soient électifs ; que la critique et l’autocritique se développent à plein dans le Parti ; que la responsabilité des organisations du Parti devant la masse môme des adhérents soit totale, et que cette masse déploie une activité intense.

Le rapport du camarade Jdanov à l’Assemblée plénière du Comité central, fin février 1937, sur les préparatifs des organi­sations du Parti aux élections du Soviet suprême de l’U.R.S.S., établit que certaines organisations du Parti ne se faisaient pas faute de violer, dans leur activité pratique, les statuts du Parti et les principes du centralisme démocratique ; qu’elles substituaient aux élections la cooptation ; au vote uninominal, le vote au scru­tin de liste ; au scrutin secret, le vote public, etc.

On conçoit que de pareilles organisations, avec une pareille pratique, eussent été incapables de s’acquitter de leur tâche lors des élections au Soviet suprême. Il fallait par conséquent mettre tout d’abord un terme à cette pratique antidémocratique des organisations du Parti et réorganiser leur travail sur la base d’une démocratie largement déployée.

C’est pourquoi l’Assemblée plénière du Comité central, après avoir entendu le rapport du camarade Jdanov, prit les décisions suivantes :

« a) Réorganiser le travail du Parti en appliquant entière­ment et sans réserve, à l’intérieur du Parti, les principes dé­mocratiques prescrits par les statuts.
b) Mettre un terme à la pratique de cooptation aux comités du Parti et rétablir, conformément aux statuts du Parti, l’élec­tion des organismes dirigeants par les organisations du Parti.
c) Interdire pour l’élection des organismes du Parti le vote au scrutin de liste ; procéder au vote par scrutin uninominal, en assurant à tous les membres du Parti le droit illimité de récuser les candidatures et d’en faire la critique. 
d) Instituer pour l’élection des organismes du Parti le vote au scrutin secret. 
e) Procéder dans foutes les organisations du Parti au renouvellement des organismes dirigeants, depuis les comités des organisations primaires jusqu’aux comités de territoire et de région et aux comités centraux des Partis communistes des Républiques nationales, cela de manière à achever les élections le 20 mai au plus tard. 
f) Faire un devoir à toutes les organisations du Parti d’ob­server strictement les délais établis par les statuts du Parti pour le renouvellement de ses organismes : un an dans les organisations primaires ; un en dans les organisations de rayon et de ville ; dix-huit mois dans les organisations de ré­gion, de territoire et de république. 
g) Assurer dans les organisations primaires du Parti la stricte observation du règlement relatif à l’élection des comités du Parti par les réunions plénières d’entreprise, sans admettre qu’elles soient remplacées par des conférences. 
h) Liquider la pratique de certaines organisations primaires du Parti, qui suppriment en fait les réunions plénières d’entre­prise et les remplacent par des réunions générales d’atelier et des conférences. »

C’est ainsi que commença la préparation du Parti aux élec­tions prochaines.

Cette décision du Comité central eut une énorme portée po­litique. Ce qui faisait son importance, ce n’était pas seulement qu’elle marquait pour le Parti le début de la campagne des élec­tions au Soviet suprême de l’U.R.S.S.

C’était avant tout le fait que cette décision aidait les organisations du Parti à prendre po­sition, à s’orienter vers la démocratie intérieure et à assurer la parfaite conduite des élections au Soviet suprême.

En ouvrant une large campagne électorale, le Parti avait décidé de faire reposer toute sa politique dans cette campagne sur l’idée d’un bloc électoral des communistes et des sans-parti. C’est ainsi que le Parti se présenta aux élections en un seul bloc avec les sans-parti, en alliance avec eux, après avoir pris la déci­sion de proposer dans les circonscriptions électorales des candida­tures communes avec les sans-parti. Fait sans précédent et absolu­ment impossible dans la pratique électorale des pays bourgeois.

Et pourtant, il s’avéra que le bloc des communistes et des sans-parti était un phénomène parfaitement naturel pour notre pays, où il n’y a plus de classes ennemies et où l’unité morale et poli­tique de toutes les couches du peuple est un fait incontestable. Le 7 décembre 1937, le Comité central du Parti adressa un message à tous les électeurs. On y lisait :

« Le 12 décembre 1937, les travailleurs de l’Union soviéti­que, forts de leur Constitution socialiste, vont élire leurs dépu­tés au Soviet suprême de l’U.R.S.S.

Le Parti bolchévik se présente aux élections en bloc, en alliance avec les sans-parti, ouvriers, paysans, employés, intellectuels… Le Parti bolche­vik n’élève pas de barrière entre lui et les sans-parti ; au contraire, il se présente aux élections en bloc, en alliance avec les sans-parti, il s’y présente en bloc avec les syndicats des ouvriers et des employés, avec les jeunesses communistes et les autres organisations et associations de sans-parti.

Par con­séquent, communistes et sans-parti auront des candidats com­muns ; chaque député sans-parti sera aussi le député des com­munistes, de même que chaque député communiste sera le dé­puté des sans-parti. »

Le message du Comité central s’achevait par l’appel suivant aux électeurs :

« Le Comité central du Parti communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S. appelle tous les communistes et sympathisants à voter pour les candidats sans-parti avec la même unanimité qu’ils sont tenus de voter pour les candidats communistes.

Le Comité central du Parti communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S. appelle tous les électeurs sans-parti à voter pour les candidats communistes avec la même unanimité qu’ils met­tront à voter pour les candidats sans-parti. Le Comité central du Parti communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S., appelle tous les électeurs à se présenter, comme un seul homme, le 12 décembre 1937, aux urnes électorales, pour élire les députés au Soviet de l’Union et au Soviet des Natio­nalités.

Pas un électeur qui ne tienne à honneur d’exercer son droit : élire les députés à l’organisme suprême de l’État sovié­tique ! Pas un citoyen militant qui ne considère de son devoir civique d’aider à faire participer tous les électeurs sans excep­tion aux élections au Soviet suprême ! Le 12 décembre 1937 doit devenir la grande fête du ral­liement des travailleurs de tous les peuples de l’U.R.S.S. autour du drapeau victorieux de Lénine et de Staline. »

Le 11 décembre 1937, la veille des élections, le camarade Staline, prenant la parole devant les électeurs de sa circonscrip­tion, examina ce que doivent être les élus du peuple, les députés au Soviet suprême de l’U.R.S.S. Le camarade Staline déclara :

« Les électeurs, le peuple, doivent exiger de leurs députés qu’ils restent à la hauteur de leurs tâches ; que dans leur travail ils ne descendent pas au niveau de petits bourgeois terre à terre ; qu’ils restent à leur poste d’hommes politiques de type léniniste ; qu’ils soient des hommes politiques aussi lucides et aussi déterminés que l’était Lénine ; qu’ils soient aussi intrépides dans le combat, aussi implacables pour les ennemis du peuple que l’était Lénine ; qu’ils soient exempts de toute panique, de toute ombre de panique, quand les choses commencent à se compliquer et qu’un danger quelconque se dessine à l’horizon, qu’ils soient aussi exempts de toute ombre de panique que l’était Lénine.

Qu’ils soient aussi sages et aussi étrangers à toute précipitation que l’était Lénine, quand il s’agira de résoudre des problèmes complexes, à propos des­quels il faut savoir s’orienter largement et tenir largement compte de tous les inconvénients et de tous les avantages. Qu’ils soient aussi droits et aussi honnêtes que l’était Lénine ; qu’ils aiment leur peuple comme l’aimait Lénine. »

C’est le 12 décembre que les élections au Soviet suprême de l’U.R.S.S. eurent lieu. Elles se déroulèrent dans un puissant élan. Ce ne fut pas simplement une élection, ce fut une fête grandiose, le triomphe du peuple soviétique, une démonstration de la grande amitié des peuples de l’U.R.S.S.

Sur 94 millions d’électeurs, plus de 91 millions, soit 96,8% prirent part aux élections. De ce nombre, 89.844.000 personnes, soit 98,6%) votèrent pour le bloc des communistes et des sans-parti. 632.000 personnes seulement, c’est-à-dire moins de 1%, votèrent contre les candidats du bloc des communistes et des sans-parti.

Tous les candidats du bloc des communistes et des sans-parti, sans exception, furent élus. C’est ainsi que 90 millions de personnes confirmèrent par leur vote unanime la victoire du socialisme en U.R.S.S.

Ce fut une victoire insigne du bloc des communistes et des sans-parti. Ce fut le triomphe du Parti bolchévik. L’unité morale et politique du peuple soviétique, unité évoquée par le camarade Molotov dans son magistral discours à l’occasion du XXe anniversaire de la Révolution d’Octobre, reçut en cette occasion une brillante consécration.

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Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik)

Le parti bolchévik en lutte pour la collectivisation agricole (1930-1934)

Précis d’histoire du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik), 1938

1. La situation internationale en 1930-1934. Crise économique dans les pays capitalistes. Occupation de la Mandchourie par le Japon. Arrivée des fascistes au pouvoir en Allemagne. Deux foyers de guerre.

Tandis que l’URSS enregistrait de sérieux succès dans l’industrialisation socialiste du pays et développait son industrie à une cadence accélérée, on vit éclater fin 1929 dans les pays du capitalisme, pour s’aggraver encore dans les trois années qui suivirent, une crise économique mondiale sans précédent par sa force de destruction. La crise industrielle se compliqua d’une crise agraire, ce qui aggrava encore la situation des pays capitalistes.

Alors qu’en ces trois années de crise (1930-1933), l’industrie de l’URSS avait plus que doublé, atteignant, en 1933, 201% par rapport au niveau de 1929, l’industrie des États-Unis d’Amérique tombait, en fin d’année 1933, à 65% du niveau de 1929 ; l’industrie d’Angleterre, à 86% ; celle de l’Allemagne, à 66%, celle de la France, à 77%.

Ainsi apparut une fois de plus la supériorité de l’organisation socialiste de l’économie sur l’organisation capitaliste. Ainsi il fut prouvé que le pays du socialisme est le seul pays du monde qui ignore les crises économiques.

En conséquence de la crise économique mondiale, 24 millions de chômeurs furent voués à la famine, à la misère, aux souffrances. Des dizaines de millions de paysans furent frappés par la crise agraire.

La crise économique mondiale aggrava encore les antagonismes entre les États impérialistes, entre pays vainqueurs et pays vaincus, entre États impérialistes et pays coloniaux et dépendants, entre ouvriers et capitalistes, entre paysans et grands propriétaires fonciers.

Le camarade Staline disait, dans le rapport du Comité central au XVIe congrès du Parti, que la bourgeoisie chercherait une issue à la crise économique, d’une part en matant la classe ouvrière par l’établissement de la dictature fasciste, c’est-à-dire des éléments capitalistes les plus réactionnaires, les plus chauvins, les plus impérialistes ; d’autre part en déclanchant la guerre pour la redistribution des colonies et des zones d’influence au détriment des pays mal défendus.

C’est bien ce qui se produisit.

En 1932, la menace de guerre s’accentua du côté du Japon. Les impérialistes japonais, voyant que les puissances d’Europe et les États-Unis étaient entièrement absorbés par leurs affaires intérieures en raison de la crise économique, décidèrent de profiter de l’occasion pour tenter de faire pression sur la chine mal défendue, pour la subjuguer et se rendre maîtres du pays.

Sans déclaration de guerre à la Chine, en utilisant hypocritement les « incidents locaux » qu’ils avaient eux-mêmes provoqués, les impérialistes japonais débarquèrent subrepticement des troupes en Mandchourie.

L’armée japonaise prit entièrement possession de la Mandchourie, se ménageant ainsi des positions avantageuses pour mettre la main sur la Chine du Nord et déclencher l’agression contre l’URSS. Pour avoir les coudées franches, le Japon se retira de la Société des Nations et s’arma fiévreusement.

Cette circonstance poussa les États-Unis, l’Angleterre et la France à renforcer leurs armements navals en Extrême-Orient. Le but du japon était clair : se soumettre la Chine et en déloger les puissances impérialistes d’Europe et d’Amérique. celles-ci ripostèrent en renforçant leurs armements.

Mais le Japon s’assignait encore un autre but : s’emparer de l’Extrême-Orient soviétique. On conçoit que l’URSS ne pouvait passer outre ce danger : elle renforça énergiquement la capacité de défense du Territoire d’Extrême-Orient.

C’est ainsi que, du fait des impérialistes japonais passés au fascisme, il se forma en Extrême-Orient un premier foyer de guerre.

La crise économique n’exaspéra pas seulement les contradictions du capitalisme en Extrême-Orient. Elle les aggrava aussi en Europe. La crise qui se prolongeait dans l’industrie et dans l’agriculture, le chômage massif et la situation de plus en plus précaire des classes non possédantes, avaient accru le mécontentement des ouvriers et des paysans. Ce mécontentement se transformait en une indignation révolutionnaire de la classe ouvrière.

Il s’accentuait particulièrement en Allemagne, pays économiquement épuisé par la guerre, par les contributions payées aux vainqueurs anglo-français et par la crise économique ; pays où la classe ouvrière gémissait sous le joug de sa propre bourgeoisie et de la bourgeoisie étrangère, anglo-française.

C’est ce qu’attestèrent les six millions de voies recueillies par le Parti communiste allemand, lors des élections au Reichstag qui précédèrent l’arrivée des fascistes au pouvoir. La bourgeoisie allemande voyait que les libertés démocratiques bourgeoises qui subsistaient dans le pays pouvaient lui jouer un mauvais tour ; que la classe ouvrière pouvait profiter de ces libertés pour développer le mouvement révolutionnaire.

Aussi avait-elle décidé que pour maintenir son pouvoir en Allemagne, il n’y avait qu’un seul moyen : anéantir les libertés bourgeoises, réduire à zéro le Parlement (le Reichstag) et instaurer une dictature terroriste de la bourgeoisie nationaliste, dictature qui pût écraser la classe ouvrière et prendre appui dans les masses petites-bourgeoises éprises de revanche.

La bourgeoisie allemande appela au pouvoir le parti fasciste qui, pour tromper le peuple, s’intitule parti national-socialiste : elle savait parfaitement que ce parti est d’abord une fraction de la bourgeoisie impérialiste, fraction la plus réactionnaire et la plus hostile à la classe ouvrière et, en second lieu, le parti le plus revanchard, capable d’entraîner derrière lui la grande masse de la petite bourgeoisie à tendance nationaliste.

En cela, la bourgeoisie fut secondée par les traîtres à la classe ouvrière, les leaders de la social-démocratie allemande qui, par leur politique de conciliation, avaient frayé la voie au fascisme.

Telles furent les conditions qui déterminèrent l’accession des fascistes allemands au pouvoir en 1933.

En analysant les évènements d’Allemagne, le camarade Staline a dit, dans le rapport du Comité central au XVIIe congrès du Parti :

« La victoire du fascisme en Allemagne, il ne faut pas la considérer simplement comme un signe de faiblesse de la classe ouvrière et comme le résultat des trahisons perpétrées contre elle par la social-démocratie qui a frayé la route au fascisme.

Il faut la considérer aussi comme un signe de faiblesse de la bourgeoisie, comme un signe montrant que la bourgeoisie n’est plus en mesure d’exercer le pouvoir par les vieilles méthodes du parlementarisme et de la démocratie bourgeoise, ce qui l’oblige à recourir, dans sa politique intérieure, aux méthodes terroristes de gouvernement… » (Staline : Les Questions du léninisme.)

Les fascistes allemands consacrèrent leur politique intérieure par l’incendie du Reichstag, par la répression sauvage de la classe ouvrière, par la destruction des organisations ouvrières, par l’anéantissement des libertés démocratiques bourgeoises. Quant à leur politique extérieure, ils la consacrèrent en se retirant de la Société des Nations et en préparant ouvertement la guerre pour imposer la révision des frontières des États européens au profit de l’Allemagne.

C’est ainsi que, du fait des fascistes allemands, il se forma au cœur de l’Europe un second foyer de guerre.

On conçoit que l’URSS ne pouvait passer outre à un fait aussi grave. et elle se mit à suivre avec vigilance le cours des évènements d’Occident, en renforçant sa capacité de défense sur ses frontières occidentales.

2. De la politique de limitation des éléments koulaks à la politique de liquidation des koulaks comme classe. lutte contre les déformations de la politique du Parti dans le mouvement kolkhozien. Offensive contre les éléments capitalistes sur toute la ligne du front. Le XVIe congrès du Parti.

L’adhésion massive des paysans aux kolkhoz en 1929-1930 fut le résultat de toute l’activité antérieure du Parti et du gouverne­ment.

L’essor de l’industrie socialiste, qui avait commencé la fa­brication en grand des tracteurs et des machines pour l’agricultu­re ; la lutte décisive contre les koulaks lors des campagnes de stockage en 1928-1929 ; le progrès de la coopération agricole, qui habituait peu à peu le paysan à l’économie collectivisée , l’expé­rience concluante des premiers kolkhoz et sovkhoz, tout cela avait préparé le passage à la collectivisation intégrale, l’adhésion des paysans aux kolkhoz, par villages, par rayons, par arrondisse­ments entiers.

Le passage à la collectivisation intégrale ne s’opérait pas par la simple et pacifique adhésion des masses essentielles de la pay­sannerie aux kolkhoz, mais à travers une lutte de masse des pay­sans contre les koulaks.

La collectivisation intégrale signifiait que toutes les terres du village devaient passer au kolkhoz ; or une partie notable de ces terres étaient détenues par les koulaks. C’est pourquoi les paysans les chassaient de la terre, les dépossédaient, leur enlevaient le bétail et les machines ; ils exigeaient du pouvoir soviétique que les koulaks fussent arrêtés et expulsés.

C’est ainsi que la collectivisation intégrale signifia la liquidation des koulaks. C’est ainsi que se réalisa la politique de liquidation des koulaks comme classe sur la base de la collectivisation intégrale. À cette époque, l’U.R.S.S. possédait déjà une base matérielle suffisante pour en finir avec les koulaks, pour briser leur résistan­ce, les liquider en tant que classe, et remplacer leur production par celle des kolkhoz et des sovkhoz.

En 1927, les koulaks produisaient encore plus de 600 millions de pouds de blé [1 poud = 16 kg, 38] dont environ 130 millions de pouds de blé marchand. Les kolkhoz et les sovkhoz, à la même date, ne pouvaient produire que 35 millions de pouds de blé mar­chand.

En 1929, grâce à la ferme orientation du Parti bolchévik dans le sens du développement des sovkhoz et des kolkhoz, et grâce aux succès de l’industrie socialiste qui approvisionnait la campagne en tracteurs et en machines agricoles, les kolkhoz et les sovkhoz étaient devenus une force sérieuse.

Dès celte année-là, les kolkhoz et les sovkhoz ne produisirent pas moins de 400 millions de ponds de blé, dont plus de 130 millions de pouds de blé mar­chand, c’est-à-dire plus que n’en avaient produit les koulaks en 1927. En 1930, les kolkhoz et tes sovkhoz devaient donner, et ils ont réellement donné, plus de 400 millions de pouds de blé marchand, c’est-à-dire une quantité de beaucoup supérieure à celle qu’avaient donnée les koulaks en 1927,

C’est ainsi que le regroupement des forces de classe dans l’économie du pays et l’existence de la base matérielle nécessaire pour pouvoir remplacer la production koulak du blé par celle des kolkhoz et des sovkhoz, permirent au Parti bolchévik de passer de la politique de limitation des koulaks à une politique nouvelle, à la politique de liquidation des koulaks comme classe, sur la base de la collectivisation intégrale.

Jusqu’en 1929, le pouvoir des Soviets avait appliqué une po­litique de limitation des koulaks. Il frappait le koulak d’un impôt majoré ; il l’obligeait à vendre à l’État son blé aux prix fermes ; il bornait la jouissance du sol pour le koulak à une superficie réduite par la loi sur l’affermage de la terre ; il imposait des li­mites à l’économie koulak par la loi sur l’emploi de la main-d’œu­vre salariée dans les exploitations paysannes individuelles.

Mais il n’appliquait pas encore la politique de liquidation des koulaks, puisque les lois sur l’affermage et l’emploi de la main-d’œuvre toléraient l’existence des koulaks, et que 1’interdiction de les déposséder, alors en vigueur, leur donnait certaines garanties à cet égard.

Cette politique entravait le développement des koulaks, dont Certaines couches avaient succombé aux mesures de limi­tation, avaient été évincées et ruinées.

Cependant, elle ne suppri­mait pas la base économique des koulaks comme classe. Elle ne conduisait pas à la liquidation des koulaks. C’était une politique de limitation, et non une politique de liquidation des koulaks. Mais elle avait été indispensable pendant une certaine période parce que les kolkhoz et les sovkhoz étaient encore faibles et ne pouvaient remplacer la production de blé des koulaks par leur propre production.

Fin 1929, en présence du développement des kolkhoz et des sovkhoz, le pouvoir des Soviets opéra un tournant vigoureux. Il passa à la politique de liquidation, à la politique de suppression des koulaks comme classe. II abolit les lois sur l’affermage du sol et l’emploi de la main-d’œuvre, retirant ainsi aux koulaks la terre et la main-d’œuvre salariée. Il leva l’interdiction de tes déposséder.

Il autorisa les paysans à leur confisquer, au profit des kolkhoz, le bétail, les machines et autre matériel. Les koulaks furent expropriés comme les capitalistes l’avaient été en 1918 dans le domaine de l’industrie, avec cette différence pourtant que les moyens de production des koulaks passaient, cette fois, non plus à l’État, mais aux paysans associés, aux kolkhoz.

Ce fut là une transformation révolutionnaire des plus profon­des, un bond effectué de l’ancien état qualitatif de la société à un nouvel état qualitatif, équivalant par ses conséquences à la Révolution d’octobre 1917. Cette révolution avait ceci d’original qu’elle avait été accom­plie d’en haut, sur l’initiative du pouvoir d’État, soutenu directe­ment d’en bas, par des millions de paysans en lutte contre l’em­prise koulak, pour la libre vie kolkhozienne.

Cette révolution tranchait d’un seul coup trois problèmes fon­damentaux de la construction du socialisme :

a) Elle liquidait la classe d’exploiteurs la plus nombreuse dans notre pays, la classe des koulaks, rempart de la restauration du capitalisme.
b) Elle faisait passer de la voie de l’économie individuelle, qui engendre le capitalisme, à la voie de l’économie collective, kol­khozienne, socialiste, la classe laborieuse la plus nombreuse de notre pays, la classe des paysans.
c) Elle donnait au pouvoir des Soviets une base socialiste dans le domaine le plus vaste, le plus indispensable à l’existence, mais aussi le plus arriéré de l’économie nationale, dans l’agriculture.

C’est ainsi que furent supprimées, à l’intérieur du pays, les dernières sources de restauration du capitalisme ; et en même temps on créait les conditions nouvelles, les conditions décisives, qui étaient indispensables pour construire l’économie socialiste. En motivant la politique de liquidation des koulaks comme classe et en marquant les résultats du mouvement massif des paysans pour la collectivisation intégrale, le camarade Staline a écrit en 1929 :

« On voit s’écrouler et se réduire en poussière l’espoir ultime des capitalistes de tous les pays, qui rêvent de restau­rer en U.R.S.S. le capitalisme, le « principe sacré de la pro­priété privée ». Les paysans qu’ils considèrent comme un en­grais destiné à préparer le terrain pour le capitalisme, abandon­nent en masse le drapeau tant vanté de la « propriété privée » et s’engagent dans la voie du collectivisme, dans la voie du socialisme.

Il croule, l’espoir ultime de voir restaurer le capi­talisme. » (Staline : L’année du grand tournant. Voir Les Ques­tions du léninisme.)

La politique de liquidation des koulaks comme classe fut con­sacrée par la décision historique du Comité central du P. C. de l’U.R.S.S. en date du 5 janvier 1930 « Sur les rythmes de la collectivisation et les dispositions prises par l’État pour aider à la cons­truction des kolkhoz ».

Cette décision tint parfaitement compte de la diversité des conditions et du degré inégal de préparation à la collectivisation dans les différentes régions de l’U.R.S.S. On établit des rythmes différenciés de collectivisation. Le Comité central du P.C. de l’U.R.S.S. divisa les régions de l’Union soviétique en trois groupes, suivant les rythmes de collectivisation à pratiquer.

Le premier groupe comprenait les plus importantes régions productrices de céréales, celles qui étaient les mieux préparées à la collectivisation et qui disposaient du plus grand nombre de tracteurs, de sovkhoz ainsi que de la plus grande expérience dans la lutte contre les koulaks lors des campagnes de stockage de blé.

C’étaient le Caucase du Nord (régions du Kouban, du Don, du Térek), la Moyenne-Volga et la Basse-Volga. En ce qui con­cerne ce groupe de régions céréalières, le Comité central proposa de terminer la collectivisation, pour l’essentiel, au printemps de 1931.

Le deuxième groupe de régions à céréales, qui comprenait l’Ukraine, la Région centrale des Terres noires, la Sibérie, l’Oural, le Kazakhstan et les autres régions céréalières, pouvait achever la collectivisation, pour l’essentiel, au printemps de 1932. Les autres régions, territoires et républiques (région de Mos­cou, Transcaucasie, Républiques de l’Asie centrale, etc.) pouvaient échelonner les délais de collectivisation jusqu’à la fin de la période quinquennale, c’est-à-dire jusqu’à 1933.

Le Comité central du Parti estima nécessaire, en présence des rythmes de collectivisation de plus en plus élevés, d’accélérer encore la construction des usines produisant les tracteurs, les mois­sonneuses-batteuses et toutes les machines remorquées par les tracteurs, etc.

En même temps, le Comité central exigeait que fût donnée « une riposte décisive aux tendances à sous-estimer le rôle de la traction chevaline en ce stade du mouvement de collecti­visation, aux tendances à vendre, à bazarder les chevaux ».

Les crédits accordés aux kolkhoz furent doublés pour l’année 1929-1930 (ils atteignirent 500 millions de roubles). On proposa d’assurer aux frais de l’État la répartition des terres aux kolkhoz. La décision comportait cette indication précieuse entre toutes que la principale forme du mouvement kolkhozien, à l’étape donnée, était l’artel agricole, où seuls les principaux moyens de production sont collectivisés.

Le Comité central avait expressément mis en garde les orga­nisations du Parti « contre la tendance à décréter, sous quelque forme que ce fût, le mouvement kolkhozien par en haut ; car de là peut venir le danger qu’au lieu de réaliser une émulation véri­tablement socialiste dans l’organisation des kolkhoz, on ne joue à la collectivisation ». (Le P.C. de l’U.R.S.S. dans ses résolutions, IIe partie, p. 662, éd. russe.)

Cette décision du Comité central fit la clarté sur l’application de la nouvelle politique du Parti à la campagne. Un puissant mouvement kolkhozien se développa à la faveur de la politique de liquidation des koulaks et de collectivisation intégrale. Les paysans entraient dans les kolkhoz par villages et par rayons entiers ; ils balayaient de leur chemin les koulaks, dont ils rejetaient le joug.

Mais à côté des immenses succès remportés par la collectivisation, on vit bientôt apparaître des lacunes dans l’activité prati­que des militants du Parti, des déformations de la politique du Parti dans le domaine de la construction des kolkhoz.

Malgré l’avertissement du Comité central qui recommandait de ne pas se laisser griser par les succès de la collectivisation, nombreux furent les militants du Parti qui forçaient artificiellement la collectivi­sation, sans tenir compte des circonstances de lieu et de temps, ni du degré de préparation des paysans à leur adhésion au kolkhoz.

Il apparut que le principe du libre consentement était violé dans la construction des kolkhoz.

Dans certains rayons, au lieu de respecter le principe du libre consentement, on contraignait les paysans à entrer dans les kolkhoz en les menaçant de les « dé­posséder », de les priver de leurs droits électoraux, etc. Dans certaines régions, au travail préparatoire et à l’explica­tion patiente des principes de la politique du Parti en matière de collectivisation, on substituait la proclamation bureaucratique, à coups de décrets, de statistiques enflées sur les kolkhoz soi-disant organisés, le grossissement artificiel des pourcentages de collectivisation.

En dépit des indications du Comité central disant que le maillon essentiel du mouvement kolkhozien est l’artel agricole où ne sont collectivisés que les principaux moyens de production, dans certaines régions on sautait étourdiment par-dessus l’artel à la commune ; on collectivisait habitations, bétail à lait et menu bétail non destinés au marché, volaille, etc.

Les dirigeants de certaines régions, grisés par les premiers succès de la collectivisation, violaient les indications expresses du Comité central sur les rythmes et les délais de collectivisation. La région de Moscou, à la poursuite de statistiques enflées poussait ses militants à terminer la collectivisation au printemps de 1930, bien que cette région disposât d’une marge d’au moins trois ans (fin 1932).

Une violation encore plus flagrante des directives don­nées fut commise en Transcaucasie et en Asie centrale. Les koulaks et leurs sous-ordres, exploitant ces surenchères dans des buts de provocation, proposaient d’organiser des commu­nes à la place des artels agricoles, de collectiviser immédiatement les habitations, le menu bétail, la volaille.

En même temps les kou­laks poussaient les paysans à abattre leur bétail avant d’entrer au kolkhoz, en les persuadant qu’au moment de leur adhésion, le bétail leur serait «  retiré de toute façon ». L’ennemi de classe comptait que ces fautes et ces surenchères, commises par les or­ganisations locales lors de la collectivisation, exaspéreraient la paysannerie et provoqueraient des révoltes contre le pouvoir des Soviets.

Les erreurs commises par les organisations du Parti et les provocations directes de l’ennemi de classe eurent des conséquen­ces dans la seconde quinzaine de février 1930 ; alors que dans l’ensemble la collectivisation enregistrait des succès certains, on vit se manifester dans plusieurs régions les indices inquiétants d’un sérieux mécontentement de la paysannerie. Çà et là, les kou­laks et leurs agents réussirent même à provoquer parmi les pay­sans une action directe contre le pouvoir soviétique.

Le Comité central, averti des dangereuses déformations de la ligne du Parti qui menaçaient de compromettre la collectivisation, se mit aussitôt en devoir de remédier à la situation ; il orienta les cadres du Parti vers un prompt redressement des fautes commi­ses.

Le 2 mars 1930, sur décision du Comité central, parut l’article du camarade Staline « Le vertige du succès ». Dans cet article, un avertissement était adressé à tous ceux qui, grisés par les suc­cès de la collectivisation, étaient tombés dans de grossières erreurs et s’étaient écartés de la ligne du Parti ; à tous ceux qui cher­chaient à faire passer les paysans dans la voie des kolkhoz par des mesures de pression administrative.

L’article soulignait avec force le principe du libre consentement dans la construction des kolkhoz, il affirmait la nécessité de tenir compte de la variété des conditions dans les diverses régions de l’U.R.S.S. en fixant les rythmes et méthodes de collectivisation. Le camarade Staline rappelait que le maillon essentiel du mouvement kolkhozien est l’artel agricole où ne sont collectivisés que les principaux moyens de production, — dans la culture des céréales surtout, — et où ne sont pas collectivisés le terrain attenant à la maison, les habitations, une partie du bétail laitier, le menu bétail, la volaille, etc.

L’article du camarade Staline eut la plus haute importance politique. Il aida les organisations du Parti à corriger leurs fautes et porta un rude coup aux ennemis du pouvoir des Soviets, qui espéraient, à la faveur des exagérations, dresser la paysannerie contre lui.

Les grandes masses paysannes se convainquirent que la ligne du Parti bolchévik n’avait rien de commun avec les ab­surdes surenchères « gauchistes » commises en province. L’article apporta l’apaisement dans les masses paysannes. Pour achever de redresser les exagérations et les erreurs, tra­vail amorcé par l’article du camarade Staline, le Comité central du P.C. de l’U.R.S.S. décida de porter encore un coup contre ces fautes en publiant le 15 mars 1930 la décision « Sur la lutte con­tre les déformations de la ligne du Parti dans le mouvement de collectivisation ».

Cette décision analysait par le menu les erreurs commises du fait qu’on s’était écarté de la ligne léniniste-stalinienne du Parti, qu’on s’était livré à une violation flagrante des directives du Parti.

Le Comité central indiquait que la pratique des exagérations « gauchistes » était une aide directe à l’ennemi de classe. Il invitait « à relever de leurs postes et à remplacer par d’au­tres militants, ceux qui ne savent pas ou ne veulent pas mener résolument la lutte contre les déformations de la ligne du Par­ti ». (Le Parti communiste de l’UR.S.S. dans ses résolutions, IIe partie, p. 663, éd. russe.)

Le Comité central destitua les dirigeants de certaines organi­sations de région et de territoire (régions de Moscou, Transcaucasie) qui avaient commis des fautes politiques et n’avaient pas su les corriger.

Le 3 avril 1930 parut l’article du camarade Staline « Réponse aux camarades kolkhoziens ».

Il montrait l’origine des erreurs dans la question paysanne et les principales fautes commises dans le mouvement de collectivisation : attitude erronée envers le pay­san moyen ; violation du principe léniniste du libre consentement dans la construction des kolkhoz ; infraction au principe léninis­te qui veut que l’on tienne compte de la diversité des conditions dans les différentes régions de l’U.R.S.S. ; passage direct à la commune, en sautant par-dessus l’artel.

Toutes ces mesures permirent au Parti de liquider les exa­gérations commises dans une série de régions par les militants locaux. Le Comité central dut faire preuve de la plus grande fermeté ; il dut se montrer apte à marcher contre le courant, pour orien­ter à temps dans la voie juste une quantité considérable de ca­dres du Parti qui, grisés par les succès, roulaient précipitamment au bas de la côte, en s’écartant de la ligne du Parti.

Le Parti sut agir de telle sorte que les déformations de sa ligne dans le mouvement kolkhozien furent liquidées. C’est sur cette base que les succès du mouvement kolkhozien furent consolidés. C’est sur cette base que fut créé un terrain propice à un nouvel et puissant essor du mouvement kolkhozien.

Avant que le Parti n’eût adopté la politique de liquidation des koulaks comme classe, la grande offensive contre les éléments capitalistes, en vue de la liquidation de ces éléments, était menée principalement dans les villes, dans l’industrie. L’agriculture, le village, retardaient encore à cet égard sur l’industrie, sur la ville. C’est pourquoi l’offensive avait un caractère unilatéral, incomplet, non généralisé.

Mais maintenant que le retard du village com­mençait à disparaître, la lutte de la paysannerie pour la liquida­tion des koulaks se précisa très nettement et le Parti adopta la politique de liquidation des koulaks ; l’offensive contre les élé­ments capitalistes prit un caractère général ; d’unilatérale qu’elle était, elle devint une offensive sur l’ensemble du front. À la date de la convocation du XVIecongrès du Parti, l’offensive générale contre les éléments capitalistes était déployée sur toute la ligne.

Le XVIe congrès du Parti se réunit le 26 juin 1930. À ce con­grès assistèrent 1.268 délégués avec voix délibérative et 891 dé­légués avec voix consultative ; ils représentaient 1.260.874 mem­bres du Parti et 711.609 stagiaires.

Le XVIe congrès est entré dans l’histoire du Parti comme « le congrès de l’offensive développée du socialisme sur l’ensemble du front, le congrès de la liquidation des koulaks comme classe et de la mise en application de la collectivisation intégrale » (Staline).

Dans le rapport politique du Comité central, le camarade Staline montra les immenses victoires que le Parti bolchévik avait remportées en développant l’offensive socialiste. Dans le domaine de l’industrialisation socialiste, on avait ob­tenu que la part de l’industrie dans la production globale de l’économie nationale dominât la part de l’agriculture Au cours de l’exercice économique de 1929-1930, la part de l’industrie dans la production globale de l’économie nationale était déjà d’au moins 53%, et la part de l’agriculture, d’environ 47%.

À l’époque du XVecongrès, 1926-1927, la production de toute l’industrie atteignait un total de 102,5% du niveau d’avant-guer­re ; et à la date du XVIe congrès, c’est-à-dire en 1929-1930, envi­ron 180% de ce niveau. L’industrie lourde, — production des moyens de production et constructions mécaniques, — progressait sans cesse.

« … Nous sommes à la veille de nous transformer de pays agraire en pays industriel », déclara le camarade Staline aux ac­clamations enthousiastes du congrès tout entier.

Cependant, expliquait le camarade Staline, on ne doit pas confondre les rythmes élevés du développement industriel avec le niveau de développement de l’industrie. Malgré la cadence sans précédent du développement de l’industrie socialiste, nous étions encore bien en retard pour ce qui était du niveau de développe­ment industriel, sur les pays capitalistes avancés. Il en était ainsi de la production d’énergie électrique, malgré les succès prodigieux obtenus dans l’électrification de l’U.R.S.S. Il en était ainsi de la production des métaux.

La production de fonte en URSS devait, d’après te plan, s’élever en fin d’année 1929-1930, à 5,5 millions de tonnes, alors qu’en Allemagne, en 1929, la production de fonte se chiffrait par 13.4 millions de tonnes, et en France, par 10.45 millions de tonnes.

Pour liquider à bref délai notre retard écono­mique cl technique, il était nécessaire d’accélérer encore les ryth­mes de développement de notre industrie ; il fallait engager la lutte la plus résolue contre les opportunistes qui cherchaient à abaisser les rythmes de développement de l’industrie socialiste.

« …Les gens qui bavardent sur la nécessité d’abaisser le rythme de développement de notre industrie sont des ennemis du socialisme, les agents de nos ennemis de classe », indiqua le camarade Staline.

Lorsque le programme de la première année du plan quin­quennal eut été exécuté et dépassé, un mot d’ordre surgit dans les masses : « Exécuter le plan quinquennal en quatre ans. »

Pour certaines industries qui venaient en tête (pétrole, tourbe, constructions mécaniques générales, machines agricoles, industrie électrotechnique), l’exécution du plan accusait de tels succès que dans ces branches, on pouvait même réaliser le programme quin­quennal en 2 ans et demi ou 3 ans.

Ainsi se trouvait absolument confirmée la valeur pratique du mot d’ordre « Le plan quinquen­nal en quatre ans ! » Ainsi se trouvait démasqué l’opportunisme des sceptiques, qui doutaient que ce mot d’ordre pût être réalisé.

Le XVIe congrès mandata le Comité central du Parti pour « assurer à l’avenir également les rythmes bolchéviks impétueux dans la construction du socialisme et obtenir que le plan quin­quennal fût réellement exécuté en quatre ans ».

À la date du XVIe congrès, le Parti avait réalisé un tournant décisif dans le développement de l’agriculture de l’U.R.S.S. Les grandes masses paysannes s’étaient tournées vers le socialisme. Au Ier mai 1930, dans les principales régions productrices de céréales, la collectivisation s’étendait à 40-50% des exploitations paysannes (au lieu de 2 à 3% au printemps de 1928.) La super­ficie ensemencée des kolkhoz atteignait 36 millions d’hectares.

Ainsi, on avait dépassé le programme déjà élevé qui avait été établi par la décision du Comité central en date du 5 jan­vier 1930 (30 millions d’hectares). Quant au programme quin­quennal de construction des kolkhoz, il avait été exécuté en deux ans à plus de 150%. La production marchande des kolkhoz s’était multipliée, en trois ans, par plus de 40.

Dès 1930, l’État recevait des kolkhoz, sans parler des sovkhoz, plus de la moitié de toute la production nationale de céréales marchandes. Ces chiffres signifiaient que les destinées de l’agriculture se­raient désormais déterminées non par les exploitations paysannes individuelles, mais par les kolkhoz et 1es sovkhoz.

Si avant l’entrée en masse de la paysannerie dans les kolkhoz, le pouvoir des Soviets s’était appuyé principalement sur l’indus­trie socialiste, désormais il s’appuyait aussi sur le secteur socia­liste de l’agriculture en pleine progression, sur les kolkhoz et les sovkhoz. La paysannerie kolkhozienne, comme l’indiquait le XVIe con­grès du Parti dans une de ses décisions, était devenue « l’appui véritable et solide du pouvoir des Soviets ».

3. Orientation du Parti vers la reconstruction de toutes les branches de l’économie nationale. Rôle de la technique. Nouvel essor du mouvement kolkhozien. Les sections politiques près les stations de machines et de tracteurs. Bilan de l’exécution du plan quinquennal en quatre ans. Victoire du socialisme sur l’ensemble du front. Le XVIIe congrès du Parti.

Lorsqu’il apparut que l’industrie lourde et, surtout, les cons­tructions mécaniques n’avaient pas été seulement créées et conso­lidées, mais qu’elles continuaient de se développer à une cadence assez rapide, une tâche immédiate se posa devant le Parti : pro­céder à la reconstruction de toutes les branches de l’économie nationale sur la base de la technique moderne.

Il s’agissait de donner une technique moderne, de nouvelles machines-outils, un nouvel outillage à l’industrie du combustible, à la métallurgie, à l’industrie légère, à l’industrie de l’alimentation, à l’industrie fo­restière, aux industries de guerre, aux transports, à l’agriculture.

Devant la montée colossale de la demande de produits agricoles et d’articles manufacturés, la nécessité s’imposait de doubler, de tripler la production dans toutes les branches de l’économie na­tionale. Mais on ne pouvait y parvenir sans avoir doté les usines et les fabriques, les sovkhoz et les kolkhoz, d’un outillage moder­ne et en quantité suffisante, le vieux matériel ne pouvant pas permettre cette augmentation de la production.

Sans la reconstruction des principales branches de l’économie nationale, il eût été impossible de satisfaire les besoins nouveaux, les besoins de plus en plus développés du pays et de son écono­mie nationale.

Sans la reconstruction, il eût été impossible de mener jusqu’au bout l’offensive du socialisme sur toute la ligne du front, puis­qu’il fallait battre et achever les éléments capitalistes de la ville et de In campagne, non seulement par une nouvelle organisation du travail et de la propriété, mais aussi par une technique nouvel­le et supérieure.

Sans la reconstruction, il eût été impossible de rattraper et de dépasser au point de vue technique et économique les pay3 capitalistes avancés. Car, si l’U.R.S.S. dépassait les pays capitalis­tes par les rythmes du développement industriel, elle marquait encore un sérieux retard sur ces pays pour le niveau de dévelop­pement industriel, pour la quantité des produits fabriqués.

Afin de liquider ce retard, il fallait doter l’ensemble de notre économie nationale d’une nouvelle technique ; il fallait reconstrui­re toutes les branches de l’économie nationale sur la base de la technique moderne. La technique prenait de la sorte une importance décisive.

L’obstacle à surmonter, c’était moins le manque de nouvelles machines et machines-outils — l’industrie des constructions mé­caniques pouvant fournir ce nouvel équipement — que l’attitude de dédain, l’altitude erronée de nos dirigeants de l’industrie à l’égard de la technique, la sous-estimation du rôle qu’elle devait jouer dans la période de reconstruction.

Nos dirigeants de l’indus­trie estimaient que la technique était l’affaire des « spécialistes », une affaire de second ordre, confiée aux « spécialistes bour­geois » ; que les dirigeants communistes de l’industrie n’avaient pas à s’immiscer dans la technique de la production ; qu’ils’ ne devaient pas s’occuper de la technique, mais de choses plus im­portantes, à savoir : de la direction « générale » de la production.

On laissait donc aux « spécialistes » bourgeois le soin de con­duire la production, tandis que les dirigeants communistes de l’industrie se réservaient la direction « générale », la signature des papiers.

Inutile de démontrer qu’en conséquence de cette attitude, la direction « générale » devait se réduire à des bavardages sur la direction « en général », à signer des papiers sans plus, à se noyer dans la paperasse.

On conçoit qu’avec cette attitude de dédain envers la techni­que de la part des dirigeants communistes de l’industrie, nous n’aurions jamais pu non seulement dépasser, mais même rattraper les pays capitalistes avancés. Cette attitude envers la techni­que, surtout en période de reconstruction, vouait notre pays au retard, et nos rythmes de développement à la baisse.

Au fond, cette attitude envers la technique couvrait, masquait le désir secret d’une partie des dirigeants communistes de l’industrie de ralentir les rythmes de son développement, de les faire baisser et de créer pour soi une « atmosphère de calme », en rejetant sur les « spé­cialistes » la responsabilité de la production.

Il importait de tourner les dirigeants communistes de l’in­dustrie face à la technique, de leur en donner le goût, de leur montrer qu’assimiler la nouvelle technique était une chose vitale pour les cadres dirigeants bolchéviks de l’industrie, que faute d’avoir assimilé la nouvelle technique, nous risquions de vouer notre pays à végéter dans un état d’infériorité.

Il y avait là un problème qu’il fallait absolument résoudre si l’on voulait aller de l’avant. À cette œuvre, le camarade Staline contribua éminemment par son discours à la première conférence des cadres dirigeants de l’industrie, en février 1931 :

« On demande parfois, disait le camarade Staline dans son intervention, s’il ne serait pas possible de ralentir un peu les rythmes, de retenir le mouvement. Non, ce n’est pas possible, camarades ! Il n’est pas possible de réduire les rythmes !… Freiner les rythmes, cela signifie retarder. Mais les retardatai­res se font battre. Et nous, nous ne voulons pas être battus. Non, nous ne le voulons pas !

L’histoire de l’ancienne Russie consistait, entre autres, en ce que la Russie était continuellement battue à cause de son retard. Battue par les khans mongols. Battue par les beys turcs. Battue par les féodaux suédois. Battue par les seigneurs polono-lituaniens. Battue par les capitalistes anglo-français. Battue par les barons japonais. Battue par tout le monde, — pour son retard…

Nous retardons de cinquante à cent ans sur les pays avan­cés. Nous devons parcourir cette distance en dix ans. Ou nous le ferons, ou nous serons broyés…

En dix ans au maximum, nous devons parcourir la distan­ce dont nous retardons sur les pays avancés du capitalisme. Pour cela, nous avons toutes les possibilités « objectives ». Il ne nous manque que le savoir-faire pour tirer véritablement parti de ces possibilités.

Mais c’est une chose qui dépend de nous. Uniquement de nous ! Il est temps que nous apprenions à tirer parti de ces possibilités. Il est temps d’en finir avec cette tendance pernicieuse à ne pas s’ingérer dans la produc­tion.

Il est temps d’adopter une autre, une nouvelle attitude, conforme à la période actuelle : l’attitude qui consiste à se mê­ler de tout. Si tu es directeur d’usine, mêle-toi de toutes les affaires, pénètre au fond de toutes choses, ne laisse rien passer, apprends et apprends encore.

Les bolchéviks doivent se rendre maîtres de la technique. Il est temps que les bolchéviks devien­nent eux-mêmes des spécialistes. La technique en période de reconstruction décide de tout. » (Staline : Les Questions du léninisme.)

La portée historique de l’intervention du camarade Staline, c’est qu’elle a mis un terme à l’attitude de dédain envers la tech­nique de la part des dirigeants communistes de l’industrie ; c’est qu’elle les a orientés face à la technique ; qu’elle a ouvert une nouvelle période de lutte pour l’assimilation de la technique par les bolchéviks eux-mêmes, facilitant ainsi le développement de la reconstruction de l’économie nationale.

Dorénavant, de monopole des « spécialistes » bourgeois, la technique devint une chose vitale pour les cadres dirigeants bol­chéviks de l’industrie ; le surnom méprisant de « spécialiste » devint un litre d’honneur pour le bolchévik qui s’était assimilé la technique.

Dorénavant, devaient apparaître, — et sont effectivement ap­parus, — des détachements entiers, des milliers et des dizaines de milliers de spécialistes rouges qui, s’étant rendus maîtres de la technique, étaient capables de diriger la production. C’étaient là les nouveaux intellectuels, les intellectuels soviéti­ques, maîtres de la technique et de la production, qui sortaient de la classe ouvrière et de la paysannerie, et qui forment aujourd’hui la force essentielle de notre direction économique.

Tout cela devait favoriser — et a effectivement favorisé — l’essor de la reconstruction de l’économie nationale. Cette vaste reconstruction ne s’est pas seulement poursuivie dans l’industrie et les transports.

Elle s’est étendue avec encore plus d’intensité à l’agriculture. Et cela se conçoit : l’agriculture était moins bien fournie en machines que les autres branches de l’économie ; elle avait, plus que les autres branches, besoin de machines modernes. En outre, l’équipement renforcé de l’agricul­ture en nouvelles machines était particulièrement nécessaire maintenant que chaque mois, chaque semaine accusait un nouveau progrès de la construction des kolkhoz et, par suite, de nouvelles demandes portant sur des milliers et des milliers de tracteurs et de machines agricoles.

1931 marqua un nouveau progrès du mouvement kolkhozien. Dans les principales régions productrices de céréales, les kolkhoz groupaient déjà plus de 80% de la totalité des exploitations pay­sannes. La collectivisation intégrale, ici, était déjà achevée pour l’essentiel.

Dans les régions céréalières moins importantes et dans les régions de cultures industrielles, les kolkhoz groupaient plus de 50% des feux. 200.000 kolkhoz et 4.000 sovkhoz ensemençaient déjà les deux tiers de la superficie cultivable ; les paysans indivi­duels, un tiers seulement. Victoire immense du socialisme à la campagne !

Cependant, la construction des kolkhoz, pour le moment, ne se faisait pas en profondeur, mais en largeur ; elle s’opérait non dans le sens d’une amélioration en qualité du travail des kolkhoz et de leurs cadres, mais dans le sens de leur augmentation numé­rique et de leur rayonnement sur des régions toujours nouvelles.

La raison en était que les effectifs de kolkhoziens militants, les cadres kolkhoziens, retardaient sur le développement numérique des kolkhoz eux-mêmes. En conséquence, le travail dans les nou­veaux kolkhoz n’était pas toujours satisfaisant, et les kolkhoz eux-mêmes demeuraient faibles, encore fragiles.

Ce qui freinait aussi leur consolidation, c’était l’absence à la campagne d’hommes instruits dont ils avaient besoin (comptables, économes, secrétai­res) et le manque d’expérience chez les paysans pour gérer la grosse production kolkhozienne. Les kolkhoz groupaient les pay­sans individuels d’hier. S’ils avaient de l’expérience pour exploiter de petits lopins de terre, ils n’en avaient point encore pour con­duire de grandes exploitations, des exploitations kolkhoziennes. Et il fallait du temps pour acquérir cette expérience.

Toutes ces circonstances firent que de graves lacunes se révé­lèrent les premiers temps dans le travail des kolkhoz. Il apparut que ce travail était encore mal organisé et que la discipline en était faible. Dans beaucoup de kolkhoz, les revenus n’étaient pas répartis selon les journées de travail fournies, mais d’après le nombre des bouches à nourrir. Il arrivait souvent qu’un fainéant touchât plus de blé que le kolkhozien honnête et assidu.

Ces défauts dans la direction des kolkhoz diminuaient l’intérêt de leurs membres pour le travail : il y eut quantité d’absences, même au plus fort de la saison ; une partie des emblavures kolkhoziennes restaient non moissonnées jusqu’aux premières neiges ; la moisson elle-même était mal faite ; les pertes de grain énormes. L’absence de responsabilité personnelle pour les machines et pour les chevaux, l’exécution du travail en général, sans fixation de responsabilités individuelles, affaiblissaient les kolkhoz et dimi­nuaient leurs revenus.

La situation était particulièrement mauvaise dans les régions où les anciens koulaks et leurs sous-ordres avaient pu se faufiler dans les kolkhoz et y exercer telles ou telles fonctions. Souvent les koulaks dépossédés se transportaient dans une autre région, où on ne les connaissait pas et ils y pénétraient dans le kolkhoz pour y faire tout le tort possible.

Çà et là, les koulaks, faute de vigilance chez les militants, du Parti et dans l’administration so­viétique, pénétraient dans les kolkhoz de leur région. Ce qui faci­litait l’infiltration des anciens koulaks, c’était que dans leur lutte contre les kolkhoz ils avaient nettement changé de tactique. Autre­fois, les koulaks s’élevaient ouvertement contre les kolkhoz ; ils luttaient avec sauvagerie contre les militants et les kolkhoziens avancés ; ils les assassinaient traîtreusement, incendiaient leurs maisons et leurs granges, etc.

Ils voulaient ainsi terroriser la masse des paysans et les empêcher de rejoindre les kolkhoz. Maintenant que la lutte ouverte contre les kolkhoz avait échoué, ils changèrent de tactique. Ils n’usaient plus, comme auparavant, de vieux fusils dont ils avaient rogné le canon ; ils faisaient mine d’être des hommes dévoués au pouvoir des Soviets ; ils se montraient humbles, paisibles, apprivoisés.

Une fois qu’ils avaient pénétré dans les kolkhoz, ils y poussaient des sapes sour­noises. Partout, ils s’efforçaient de les décomposer du dedans, de ruiner la discipline du travail, de désorganiser le recensement des récoltes, la statistique du travail. Les koulaks visaient à détruire le troupeau de chevaux dans les kolkhoz ; ils parvinrent à en faire périr un grand nombre. Ils communiquaient sciemment aux chevaux la morve, la gale et autres maladies ; ils ne leur don­naient aucun soin, etc. Les koulaks détérioraient tracteurs et ma­chines.

Si les koulaks réussissaient à tromper les kolkhoziens et à saboter impunément, c’est que les kolkhoz étaient encore faibles et sans expérience, et que les cadres kolkhoziens n’avaient pas encore eu le temps de se consolider.

Pour mettre un terme au sabotage des koulaks et hâter la consolidation des kolkhoz, il fallait apporter à ceux-ci une aide prompte et sérieuse, en hommes, en conseils, en dirigeants. Cette aide, le Parti bolchévik la leur prêta.

En janvier 1933, le Comité central décida d’organiser des sections politiques près les stations de machines et de tracteurs qui des­servaient les kolkhoz. Pour aider les kolkhoz et faire le travail dans les sections politiques, 17.000 militants du Parti furent envoyés à la campagne. 

C’était là une aide précieuse. Les sections politiques des S.M.T. accomplirent en deux an­nées— 1933 et 1934—une énorme besogne pour remédier aux insuffisances du travail, pour former des cadres de kolkhoziens militants, pour raffermir les kolkhoz, pour les épurer des éléments hostiles, des koulaks, des saboteurs.

Les sections politiques s’acquittèrent avec honneur de la tâche qui leur avait été confiée ; elles renforcèrent les kolkhoz du point de vue de la gestion économique et de l’organisation ; elles éduquèrent de nouveaux cadres de kolkhoziens, mirent au point la direction économique des kolkhoz et élevèrent le niveau politique des masses kolkhoziennes.

Le Ier congrès des kolkhoziens de choc de l’U.R.S.S. (février 1933) et l’intervention qu’y fit le camarade Staline, jouèrent un rôle énorme ; ils stimulèrent l’activité des masses kolkhoziennes dans la lutte pour la consolidation des kolkhoz.

En établissant dans son discours un parallèle entre l’ancien régime où la campagne ignorait les kolkhoz et le régime nouveau, celui des kolkhoz, le camarade Staline déclara :

« Sous l’ancien régime, les paysans travaillaient séparé­ment ; ils travaillaient suivant les vieux procédés ancestraux, avec les vieux instruments de travail ; ils besognaient pour les grands propriétaires fonciers et les capitalistes, les koulaks et les spéculateurs ; ils peinaient, souffrant la faim et enrichis­sant les autres.

Sous le régime nouveau, sous le régime des kolkhoz, les paysans travaillent en commun, par artels, en employant de nouveaux instruments, tracteurs et machines agricoles ; ils travaillent pour eux-mêmes et pour leurs kol­khoz ; ils vivent sans capitalistes ni grands propriétaires fon­ciers, sans koulaks ni spéculateurs ; ils travaillent pour amélio­rer tous les jours leur situation matérielle et culturelle. » (Staline : Les Questions du léninisme.)

Dans son intervention, le camarade Staline montrait ce que la paysannerie avait obtenu en fait en s’engageant dans la voie des kolkhoz.

Le Parti bolchévik a aidé les millions de paysans pauvres à entrer dans les kolkhoz et à s’affranchir du joug des koulaks. Et c’est en rejoignant les kolkhoz, où ils jouissent de la meilleure terre et des meilleurs instruments de production, que les millions de paysans pauvres, autrefois sous-alimentés, se sont hausses jusqu’au niveau des paysans moyens ; ils sont désormais assurés du lendemain.

C’était là le premier pas, la première réalisation dans la voie de la construction des kolkhoz. Le second pas, disait le camarade Staline, consistait à élever encore davantage les kolkhoziens, — aussi bien les anciens pay­sans pauvres que les anciens paysans moyens, — à faire de tous les kolkhoziens des hommes aisés, et de tous les kolkhoz des kol­khoz bolchéviks.

« Aujourd’hui, pour que les kolkhoziens acquièrent l’aisan­ce, disait le camarade Staline, une chose suffit : travailler honnêtement dans le kolkhoz, utiliser rationnellement tracteurs et machines, utiliser rationnellement les bêtes de travail, cultiver rationnellement la terre, être ménager de la propriété du kolkhoz. » (Ibidem.)

Le discours du camarade Staline s’est profondément ancré dans la conscience des millions de kolkhoziens ; il est devenu un programme d’action, un programme de combat pour les kol­khoz. Vers la fin de 1934, les kolkhoz étaient devenus une force résistante, invincible. À cette époque, ils groupaient déjà près des trois quarts de toutes les exploitations paysannes de l’UR.S.S. ; ils disposaient d’environ 90% de toute la superficie ensemencée.

En 1931, l’agriculture de l’U.R.S.S. employait déjà 281.000 tracteurs et 32 000 moissonneuses-batteuses. Les semailles du prin­temps 1934 furent terminées 15 ou 20 jours plus tôt qu’en 1933, et 30 ou 40 jours plus tôt qu’en 1932. Le plan de stockage fut exécuté 3 mois plus tôt qu’en 1932. C’est ainsi qu’en deux ans, les kolkhoz se fortifièrent grâce à l’aide puissante qu’ils avaient reçue du Parti et de l’État ouvrier et paysan.

La victoire décisive du régime des kolkhoz et l’essor de l’agri­culture qui en résulta, permirent au pouvoir des Soviets d’abolir le système des cartes pour le pain et les autres produits, et de proclamer la liberté des achats pour les denrées alimentaires.Comme les sections politiques des S.M.T. créées à titre d’or­ganismes politiques provisoires, avaient rempli leur rôle, le Comité central décida de les réorganiser en rouages ordinaires du Parti, de les fusionner avec les comités de rayon.

Tous ces succès, tant dans le domaine de l’agriculture que dans celui de l’industrie, n’ont été rendus possibles que grâce à l’exécution victorieuse du plan quinquennal.

Dès le début de 1933, il apparut clairement que le premier plan quinquennal était exécuté, exécuté avant terme, exécuté en quatre ans et trois mois. C’était là pour la classe ouvrière et la paysannerie de I’U.R.S.S. une immense victoire, une victoire qui compte dans l’histoire de l’humanité.

Dans son rapport à l’Assemblée plénière du Comité central et de la Commission centrale de contrôle, tenue en janvier 1933, le camarade Staline dresse le bilan de la première période quinquen­nale. Comme le montre ce rapport, le Parti et le pouvoir des Soviets ont obtenu, au cours de la période écoulée, c’est-à-dire dans la période d’exécution du premier plan quinquennal, les principaux résultats que voici :

a) L’U.R.S.S., de pays agraire, est devenue un pays industriel, puisque la part de la production industrielle dans l’ensemble de la production de l’économie nationale atteint 70%.
b) Le système socialiste de l’économie a liquidé les éléments capitalistes dans le domaine de l’industrie ; il est devenu le seul système d’économie dans l’industrie.
c) Le système socialiste de l’économie a liquidé les koulaks comme classe et est devenu la force dominante dans l’agriculture.
d) Le régime des kolkhoz a supprimé la misère, la pauvreté à la campagne ; des dizaines de millions de paysans pauvres se sont élevés à la situation d’hommes assurés du lendemain.
e) Le système socialiste dans l’industrie a supprimé le chô­mage ; il a maintenu la journée de huit heures dans une série de branches de production, établi la journée de sept heures dans l’immense majorité des entreprises et la journée de six heures dans les entreprises insalubres.
f) La victoire du socialisme dans tous les domaines de l’écono­mie nationale a supprimé l’exploitation de l’homme par l’homme.

La portée de ces réalisations du premier plan quinquennal, c’est avant tout qu’elles ont définitivement libéré les ouvriers et les paysans du joug de l’exploitation, et ouvert à TOUS les travail­leurs de l’U.R.S.S. la route d’une vie d’aisance et de culture.

En janvier 1934 se réunit le XVIIe congrès du Parti. À ce con­grès assistèrent 1.225 délégués avec voix délibérative et 736 avec voix consultative ; ils représentaient 1.874.488 membres du Parti et 935.298 stagiaires.

Le congrès dressa le bilan de l’activité du Parti pour la période écoulée ; il constata les succès décisifs du socialisme dans toutes les branches de l’économie et de la culture, et établit que la ligne générale du Parti avait triomphé sur l’ensemble du front. Le XVIIe congrès du Parti est entré dans l’histoire comme le « congrès des vainqueurs ».

Dans le rapport du Comité central, le camarade Staline a évo­qué les transformations essentielles qui s’étaient produites en U.R.S.S. dans la période écoulée :

« Pendant cette période, l’U.R.S.S. s’est transformée à fond ; elle s’est débarrassée de son enveloppe arriérée et médiévale. De pays agraire, elle est devenue un pays industriel. De pays de petite culture individuelle, elle est devenue un pays de grande agriculture collectivisée et mécanisée. De pays ignorant, illettré et inculte, elle est devenue — ou plus exactement elle devient — un pays lettré et cultivé, couvert d’un immense réseau d’écoles supérieures, secondaires et primaires, où l’en­seignement se fait dans les langues des différentes nationali­tés de l’U.R.S.S. » (Staline : Les Questions du léninisme.)

L’industrie socialiste, vers ce temps, constituait déjà 99% de toute l’industrie du pays. L’agriculture socialiste — kolkhoz et sovkhoz — occupait environ 90% de toute la superficie en­semencée du pays. Quant au commerce, les éléments capitalistes en avaient été complètement évincés.

Lors de l’institution de la nouvelle politique économique, Lénine avait dit qu’il existait dans notre pays des éléments de cinq formations économiques et sociales.

Première formation : l’économie patriarcale, économie naturelle en grande partie, c’est-à-dire ne faisant presque aucun commerce.

Deuxième formation : la petite production marchande, c’est-à-dire la plupart des exploi­tations paysannes pratiquant la vente de produits agricoles, et d’un autre côté, l’artisanat ; cette formation économique englobait dans les premières années de la Nep la majorité de la population.

Troi­sième formation : le capitalisme privé, qui avait repris des forces au début de la Nep.

Quatrième formation : le capitalisme d’État, principalement les concessions, qui n’ont pas pris un développe­ment quelque peu considérable.

Cinquième formation : le socia­lisme, c’est-à-dire l’industrie socialiste encore Faible à l’époque ; les sovkhoz et les kolkhoz qui occupaient, au début de la Nep, une place Insignifiante dans l’économie nationale ; le commerce d’État et la coopération qui, au début de la Nep, étaient égale­ment faibles.

Lénine avait indiqué que de toutes ces formations, c’est la formation socialiste qui devait l’emporter. La nouvelle politique économique avait été instituée en vue rie faire triompher entièrement les formes socialistes de l’économie. Ce but, le Parti lavait déjà atteint à la date de son XVIIe con­grès.

Le camarade Staline y déclara :

« Aujourd’hui nous pouvons dire que les première, troi­sième et quatrième formations économiques et sociales n’exis­tent plus ; la deuxième formation économique et sociale est refoulée sur des positions de second plan, et la cinquième formation économique et sociale, la formation socialiste, do­mine sans partage ; elle est la seule force qui commande dans l’ensemble de l’économie nationale. » (Ibidem.)

Les problèmes de direction politique et idéologique occupaient une place importante dans le rapport du camarade Staline. Il avertissait le Parti que, bien que les ennemis du Parti — les opportunistes de toutes nuances, les fauteurs des déviations na­tionalistes de toute sorte — aient été battus, les vestiges de leur idéologie subsistent dans le cerveau de certains membres du Parti et se font sentir en mainte occasion.

Les survivances du capitalis­me dans l’économie et, surtout, dans la conscience des hommes, offrent un terrain propice pour faire renaître l’idéologie des grou­pes antiléninistes battus. Le développement de la conscience des hommes retarde sur leur situation économique.

C’est pourquoi les survivances des conceptions bourgeoises restent et resteront enco­re un certain temps dans le cerveau des hommes, bien que le ca­pitalisme soit liquidé dans l’économie. Au surplus, il faut tenir compte que les États capitalistes qui encerclent l’U.R.S.S. et con­tre lesquels nous devons garder notre poudre sèche, s’appliquent à ranimer et à soutenir ces survivances.

Le camarade Staline insistait entre autres sur les survivan­ces du capitalisme dans la conscience des hommes en ce qui con­cerne la question nationale, domaine où elles sont particulière­ment vivaces. Le Parti bolchévik avait combattu sur les deux fronts : contre la déviation dans le sens du chauvinisme grand-russe et contre la déviation dans le sens du nationalisme local.

Dans certaines Républiques (Ukraine, Biélorussie, etc.) les organisations du Parti avaient relâché la lutte contre le nationalisme local ; elles lui avaient permis de se développer jusqu’au point de fusionner avec les forces hostiles, avec les interventionnistes, jus­qu’au point de devenir un danger pour l’État. En réponse a la ques­tion de savoir quelle est, dans le problème national, la dé­viation qui représente le principal danger, le camarade Staline disait :

« Le principal danger est représenté par la déviation que l’on a cessé de combattre et à laquelle on a ainsi permis de se développer jusqu’aux proportions d’un danger pour l’État. » (Ibidem.)

Le camarade Staline appelait le Parti à renforcer le travail sur le terrain politique et idéologique, à dénoncer méthodique­ment l’idéologie — et les survivances de l’idéologie — des clas­ses et courants hostiles au léninisme.

Le camarade Staline indiquait ensuite, dans son rapport, que l’adoption de décisions justes ne garantit pas encore, par elle-même, le succès. Pour assurer le succès, il faut répartir judicieuse­ment les hommes capables de faire appliquer les décisions des organismes dirigeants, et organiser le contrôle sur l’exécution de ces décisions.

Sans ces mesures d’organisation, les décisions ris­quent de rester sur le papier, détachées de la vie. Le camarade Staline invoquait la thèse bien connue de Lénine d’après laquelle le principal, dans le travail d’organisation, est le choix des hom­mes et le contrôle de l’exécution. En outre, le camarade Staline soulignait que la rupture entre les décisions prises et le travail d’organisation destiné à faire appliquer ces décisions, à en contrôler l’exécution, constitue le mal essentiel de notre travail pratique.

Pour améliorer le contrôle sur l’exécution des décisions du Parti et du Gouvernement, le XVIIe congrès du Parti, — à la place de la Commission centrale de contrôle et de l’Inspection ouvrière et paysanne qui avaient déjà, depuis l’époque du XIIe congrès, mené leur tâche a bien, — créa une Commission de contrôle du Parti près le Comité central du P.C. de l’U.R.S-S., et une Commis­sion du contrôle soviétique près le Conseil des Commissaires du peuple de l’U.R.S.S. Le camarade Staline formula comme suit les tâches d’orga­nisation qui s’imposaient au Parti durant la nouvelle étape :

1° Adapter notre travail d’organisation aux nécessités de la ligne politique du Parti ;

2° Elever la direction en matière d’organisation au ni­veau de la direction politique ;

3° Faire en sorte que la direction, en matière d’organisa­tion, assure pleinement l’application des mots d’ordre poli­tiques et des décisions du Parti.

Le camarade Staline termina son rapport par cet avertisse­ment : bien que les succès du socialisme soient grands et provo­quent un sentiment de fierté légitime, on ne doit pas se laisser griser par le succès, tomber dans la présomption, se bercer dans le contentement.

« … Il faut non pas bercer le Parti, mais développer sa vigilance ; non pas l’endormir, mais le tenir prêt au combat ; non pas le désarmer, mais l’armer ; non pas le démobiliser, mais le tenir sur le pied de mobilisation pour réaliser le deu­xième plan quinquennal. » (Ibidem.)

Le XVIIe congrès prit connaissance des rapports présentés par les camarades Molotov et Kouibychev sur le deuxième plan quinquennal de développement de l’économie nationale. Les ob­jectifs du deuxième plan étaient encore plus grandioses que ceux du premier.

Au terme de son exécution, en 1937, la production in­dustrielle devait être environ huit fois plus élevée par rapport au niveau d’avant-guerre.

Le volume des grands travaux à exécuter dans l’ensemble de l’économie nationale était évalué pour le deu­xième plan quinquennal à 133 milliards de roubles au lieu des 64 milliards de roubles et plus du premier plan. Donner une envergure pareille aux grands travaux, c’était as­surer le complet rééquipement technique de toutes les branches de l’économie nationale. Au cours de la deuxième période quinquennale, on achevait, pour l’essentiel, de mécaniser l’agriculture.

La puissance du parc de tracteurs devait passer de 2,25 millions de CV, en 1932, à plus de 8 millions de CV en 1937. On envisageait une large applica­tion des mesures agrotechniques {assolements rationnels, em­ploi de semences sélectionnées, labours d’automne, etc.).

D’énormes travaux furent prévus pour remettre technique­ment en état les transports et les P.T.T. On établit un vaste programme de relèvement ultérieur du ni­veau matériel et culturel des ouvriers et des paysans.

Le XVIIe congrès accorda une attention soutenue aux pro­blèmes d’organisation. Il adopta, sur le rapport du camarade Kaganovitch, des décisions spéciales touchant les problèmes d’or­ganisation du Parti et des institutions soviétiques.

Cette question prenait une importance encore plus grande, après que la ligne gé­nérale du Parti avait triomphé, que la politique du Parti avait été vérifiée dans la vie même par l’expérience de millions d’ouvriers et de paysans. Les tâches nouvelles et complexes du deuxième plan quinquennal imposaient le relèvement de la qualité du tra­vail dans toutes les branches.

« Les tâches essentielles du deuxième plan quinquennal, — liquidation définitive des éléments capitalistes, victoire sur les survivances du capitalisme dans l’économie et dans la cons­cience des hommes, achèvement de la reconstruction de l’en­semble de l’économie nationale sur une base technique moder­ne, assimilation de la nouvelle technique et mise en valeur des entreprises nouvelles, mécanisation de l’agriculture et aug­mentation de son rendement, — posent dans toute son acuité la question du relèvement de la qualité du travail dans tous les domaines, et d’abord en ce qui concerne les lâches prati­ques et d’organisation » : ainsi s’exprimaient les décisions du congrès sur les problèmes d’organisation. (Le P.C.(b) de l’U.R.S.S. dans ses résolutions, IIe partie, p. 591, éd. russe)

Le XVIIe congrès adopta de nouveaux statuts du Parti ; ils se distinguent des anciens d’abord par l’introduction qui a été ajoutée. Cette introduction donne une brève définition du Parti communiste, de son importance pour la lutte du prolétariat et de sa place dans l’ensemble des organes de la dictature prolé­tarienne. Les nouveaux statuts énumèrent dans le détail les de­voirs des membres du Parti.

On y a introduit des règles d’admis­sion plus sévères ainsi qu’un paragraphe relatif aux groupes de sympathisants.

La structure du Parti y est étudiée d’une façon plus minutieuse ; les paragraphes relatifs aux anciennes cellules du Parti, c’est-à-dire aux organisations primaires, comme on les appelle depuis le XVIIe congrès, ont été refondus. Il en va de même pour les paragraphes sur la démocratie intérieure et la discipline du Parti.

4. Les boukhariniens dégénèrent en politiciens à double face. Les trotskistes à double face dégénèrent en une bande de gardes blancs, assassins et espions. Lâche assassinat de S. Kirov. Le Parti prend des mesures pour renforcer la vigilance bolchévique.

Les succès du socialisme dans notre pays ne réjouissaient pas seulement le Parti, les ouvriers et les kolkhoziens. Ils réjouis­saient aussi tous nos intellectuels soviétiques, tous les citoyens honnêtes de l’U.R.S.S. Mais ils ne réjouissaient pas les résidus des classes exploi­teuses défaites ; ils les exaspéraient de plus en plus. Ils excitaient la fureur des sous-ordres des classes battues, des débris piteux des boukhariniens et des trotskistes.

Ces messieurs n’appréciaient pas les réalisations des ouvriers et des kolkhoziens du point de vue des intérêts du peuple, qui se félicitait de chacune de ces réalisations, mais du point de vue des intérêts de leur lamentable fraction, détachée de la vie et gan­grenée jusqu’à la moelle.

Comme les succès du socialisme dans notre pays signifiaient la victoire de la politique du Parti et l’ef­fondrement définitif de leur politique, ces messieurs, au lieu de re­connaître l’évidence des faits et de s’associer à l’œuvre commune, se vengèrent de leurs échecs, de leur faillite sur le Parti et sur le peuple ; ils se mirent à faire tout le mal et tout le tort possibles à l’œuvre des ouvriers et des kolkhoziens, à faire sauter les mines, à incendier les usines, à’ se livrer au sabotage dans les kolkhoz et les sovkhoz, pour réduire à néant les réalisations des ouvriers et des kolkhoziens et provoquer le mécontentement du peuple à l’égard du pouvoir des Soviets.

Cependant, pour empêcher leur la­mentable groupe d’être démasqué et écrasé, ils se camouflaient en hommes dévoués au Parti, devant lequel ils faisaient de plus en plus de courbettes ; ils exaltaient le Parti, rampaient devant lui, tout en continuant en fait à pousser leur sape sournoise contre les ouvriers et les paysans.

Au XVIIe congrès, Boukharine, Rykov et Tomski firent acte de contrition ; ils glorifiaient le Parti, portaient aux nues ses réalisations. Mais le congrès se rendait bien compte que leurs discours étaient marqués au sceau de l’insincérité et de la dupli­cité, car ce que le Parti demande à ses membres, ce n’est pas d’exalter et de glorifier ses réalisations, mais de travailler honnê­tement sur le front du socialisme, ce qui depuis bien longtemps n’était plus le fait des boukhariniens.

Le Parti voyait qu’en réalité ces messieurs, dans leurs discours hypocrites, parlaient pour leurs partisans en dehors du congrès, qu’ils leur donnaient une leçon de duplicité et les appelaient à ne pas déposer les armes.

Au XVIIe congrès, les trotskistes Zinoviev et Kaménev pri­rent également la parole pour flageller sans mesure leurs erreurs, et glorifier, — sans plus de mesure, — les réalisations du Parti. Mais le congrès ne pouvait pas ne pas s’apercevoir que cette auto-flagellalion écœurante ainsi que la mielleuse glorification du Par­ti n’étaient que l’envers de la conscience trouble et inquiète de ces messieurs.

Toutefois, le Parti ne savait pas encore, ne se doutait pas encore qu’au moment même où ils prononçaient au congrès des discours sucrés, ces messieurs préparaient le lâche assassinat de S. Kirov.

Le Ier décembre 1931, à Léningrad, à Smolny, S. Kirov était lâchement assassiné d’un coup de revolver. Arrêté sur le lieu du crime, l’assassin s’avéra adhérent d’un groupe contre-révolutionnaire clandestin, composé de membres du groupe antisoviétique Zinoviev, à Léningrad.

L’assassinat de S. Kirov, — tant aimé du Parti et de la classe ouvrière, — provoqua chez les travailleurs de notre pays une co­lère extrême et une profonde douleur.

L’instruction établit qu’en 1933-1934 s’était constitué, à Lénin­grad, un groupe terroriste contre-révolutionnaire clandestin, for­mé des anciens membres de l’opposition zinoviéviste, avec en tête ce qu’on appelait le « centre de Léningrad ». Ce groupe se don­nait pour but d’assassiner les dirigeants du Parti communiste. S. Kirov avait été désigné pour première victime. Les dépositions faites par tes membres de ce groupe contre-révolutionnaire mon­trèrent qu’ils étaient liés avec les représentants d’États capitalistes étrangers, qui les subventionnaient.

Les membres démasqués de cette organisation furent condam­nés par le Collège militaire du Tribunal suprême de l’U.R.S.S. à la peine capitale, à être fusillés. On établit bientôt l’existence d’un autre centre contre-révo­lutionnaire clandestin, le « centre de Moscou ».

L’instruction et le procès mirent en lumière le rôle abject de Zinoviev, de Kaménev, d’Evdokimov et des autres dirigeants de cette organisation, qui cultivaient chez leurs partisans l’esprit terroriste, qui prépa­raient l’assassinat des membres du Comité central et du gouver­nement soviétique.

Dans leur duplicité et leur lâcheté, ces hommes en étaient arrivés au point que Zinoviev, lui qui avait été un des organisateurs et des inspirateurs de l’assassinat de S. Kirov, lui qui avait pressé le meurtrier de consommer le crime au plus vite, écrivit une nécrologie élogieuse de Kirov et en exigea la publication. Même au moment où ils feignirent de se repentir devant le tribunal, les zinoviévistes continuaient en fait à jouer double. Ils ont dissimulé leur liaison avec Trotski.

Dissimulé qu ils s’é­taient vendus, avec les trotskistes, aux services d’espionnage fas­cistes ; dissimulé leur travail d’espions et de saboteurs. Les zino­viévistes ont dissimulé au tribunal leur liaison avec les boukhariniens, l’existence d’une bande de mercenaires du fascisme, grou­pant à la fois trotskistes et boukhariniens. L’assassinat du camarade Kirov, comme on le sut plus tard, avait été perpétré par cette bande de trotskistes et de boukhari­niens réunis.

Dès 1935, il apparut clairement que le groupe zinoviéviste était une organisation contre-révolutionnaire camouflée, qui méritait parfaitement que l’on traitât ses membres en gardes blancs.

Un an plus tard, on établit que les authentiques et véritables organisateurs directs de l’assassinat de Kirov et les organisateurs des préparatifs d’assassinats contre d’autres membres du Comité central étaient Trotski, Zinoviev, Kaménev et leurs complices. On déféra devant le tribunal Zinoviev, Kaménev, Bakaev, Evdokimov, Pikel, I. Smirnov, Mratchkovski, Ter-Vaganian, Reingold et autres.

Pris en flagrant délit, les criminels durent avouer publiquement, devant le tribunal, qu’ils avaient non seulement organisé l’assassi­nat de Kirov, mais qu’ils préparaient également celui de tous les autres dirigeants du Parti et du gouvernement.

L’instruction éta­blit ensuite que les scélérats s’étaient engagés dans la voie des actes de diversion, dans l’espionnage. La déchéance morale et po­litique la plus monstrueuse, la lâcheté et la traîtrise la plus vile, masquées sous des protestations hypocrites de fidélité au Parti, voi­là ce que le procès de Moscou en 1936 révéla chez ces hommes.

L’inspirateur et organisateur principal de toute cette bande d’assassins et d’espions était le judas Trotski. Il avait pour auxi­liaires et pour exécuteurs de ses directives contre-révolutionnaires Zinoviev, Kaménev et leurs suppôts trotskistes.

Ces gens prépa­raient la défaite de l’U.R.S.S. au cas où les impérialistes l’attaque­raient ; ils étaient devenus des défaitistes à l’égard de l’État ou­vrier et paysan ; ils étaient devenus les serviteurs et les agents mé­prisables des fascistes germano-japonais.

La leçon essentielle que les organisations du Parti eurent à tirer des procès rattachés au lâche assassinat de S. Kirov, ce fut de mettre un terme à leur propre myopie politique, en finir avec leur insouciance politique et d’élever leur vigilance, la vigilance de tous les membres du Parti.

Dans la lettre aux organisations du Parti qu’il publia à la suite de l’infâme assassinat de S. Kirov, le Comité central indiquait :

a) « Il faut en finir avec la placidité opportuniste qui part de cette supposition erronée qu’à mesure que nos forces gran­dissent, l’ennemi doit s’apprivoiser et devenir plus inoffensif. Cette supposition est radicalement fausse. C’est là un relent de la déviation de droite, qui assurait tout un chacun que les en­nemis s’intégreraient tout doucement dans le socialisme, qu’ils finiraient par devenir de vrais socialistes.

Il n’appartient pas aux bolchéviks de se reposer sur leurs lauriers et de bayer aux corneilles. Ce qu’il nous faut, ce n’est pas la placidité, mais la vigilance, la vraie vigilance révolutionnaire bolchevi­que. Il ne faut pas oublier que plus la situation des ennemis sera désespérée, plus ils se raccrocheront aux « moyens ex­trêmes » comme étant l’unique recours de gens voués à la perte dans leur lutte contre le pouvoir des Soviets. Il convient de ne jamais oublier cela et d’être vigilant. »

b) « Il faut porter au niveau requis l’enseignement de l’his­toire du Parti aux membres du Parti ; l’étude de toutes les espèces de groupements hostiles au Parti qui ont existé au cours de son histoire, l’étude de leurs procédés de lutte contre la ligne du Parti, l’étude de leur tactique et, à plus forte rai­son, celle de la tactique et des procédés de lutte de notre Parti contre les groupements qui lui étaient hostiles, l’étude de la tactique et des moyens qui ont permis à notre Parti de vain­cre, de battre à plate couture tous ces groupements.

Il faut que les membres du Parti sachent non seulement comment le Parti a combattu et vaincu les cadets, les socialistes-révo­lutionnaires, les menchéviks, les anarchistes, mais aussi com­ment il a combattu et vaincu les trotskistes, les tenants du « centralisme démocratique », l’ « opposition ouvrière », les zinoviévistes, les fauteurs des déviations de droite, les avortons droitiers-gauchistes, etc.

Il ne faut pas oublier que la connais­sance et la compréhension de l’histoire de notre Parti consti­tuent un moyen important entre tous, indispensable, pour as­surer pleinement la vigilance révolutionnaire des membres du Parti. »

Une importance énorme s’attache, en cette période, à l’épu­ration du Parti des intrus et des éléments étrangers — épuration commencée en 1933 — et en particulier à la vérification minu­tieuse des documents personnels de chaque membre du Parti, ainsi qu’au renouvellement des cartes d’adhérents, entrepris à la suite de l’infâme assassinat de S. Kirov.

Avant cette vérification, nombreuses étaient les organisations du Parti où l’arbitraire et l’incurie présidaient au maniement des cartes du Parti. Dans plusieurs organisations locales, on cons­tata un chaos absolument intolérable dans le recensement des communistes. Les ennemis en avaient profité dans un dessein in­fâme ; ils se servaient de la carte du Parti comme d’un masque pour pratiquer l’espionnage, le sabotage, etc.

De nombreux diri­geants d’organisations du Parti s’étaient déchargés du soin de procéder aux admissions dans le Parti et à la délivrance des car­tes d’adhérents sur des tiers, parfois même sur des membres non-vérifiés du Parti. Dans une lettre spéciale du 13 mai 1935, adressée à toutes les organisations et relative au recensement, à la délivrance et à la conservation des cartes d’adhérents, le Comité central invita à procéder, dans toutes les organisations, à une vérification soignée des cartes du Parti, « à faire régner l’ordre bolchévik dans la maison de notre propre Parti ».

Cette vérification des documents du Parti eut une grande por­tée politique. Dans la résolution qui fut adoptée le 25 décembre 1935 par l’Assemblée plénière du Comité central sur les résultats de la vérification des documents du Parti, il est dit que cette véri­fication a eu, du point de vue politique et du point de vue de l’or­ganisation, une énorme importance pour la consolidation des rangs du P.C. de l’U.R.S.S.

Une fois terminés la vérification et le renouvellement des car­tes, on reprit les admissions au Parti.

Ce faisant, le Comité cen­tral du P.C. de l’U.R.S.S. exigea que l’on fît entrer au Parti non pas en gros, mais par voie d’admissions rigoureusement indivi­duelles, « les meilleurs des hommes de notre pays, des hommes réellement avancés et réellement dévoués à la cause de la classe ouvrière, en les prenant avant tout parmi les ouvriers, mais aussi parmi les paysans et les intellectuels du monde du travail qui ont fait leurs preuves dans les différents secteurs de la lutte pour le socialisme ».

En reprenant les admissions au Parti, le Comité central fai­sait aux organisations du Parti un devoir de ne jamais oublier que les éléments hostiles tenteront à l’avenir encore de pénétrer dans les rangs du P,C de l’U.R.S.S. En conséquence : 

« La tâche de chaque organisation du Parti consiste, en intensifiant dans toute la mesure du possible la vigilance bol­chévique, à tenir haut le drapeau du Parti de Lénine et à prémunir le Parti contre la pénétration dans ses rangs d’élé­ments étrangers, hostiles et venus par hasard. » (Décision du Comité central du P.C. de l’U.R.S.S., en date du 29 septembre 1936, Pravda n° 270, 1936.)

En épurant ses rangs et les affermissant, en réduisant à néant les ennemis du Parti et en luttant impitoyablement contre les déformations de la ligne générale, le Parti bolchévik se res­serra encore plus étroitement autour de son Comité central, sous la direction duquel le Parti et le pays des Soviets passaient à l’étape nouvelle, à l’achèvement de la construction de la société socialiste sans classes.

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Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik)

Le parti bolchévik en lutte pour l’industrialisation socialiste du pays (1926-1929)

Précis d’histoire du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik), 1938

1. Les difficultés de la période d’industrialisation socialiste et la lutte contre ces difficultés. Constitution du bloc trotskiste-zinoviéviste de lutte contre le Parti. L’action antisoviétique du bloc. Défaite du bloc.

À la suite du XIVe congrès, le Parti déploya la lutte pour l’application de l’orientation générale du pouvoir soviétique vers l’industrialisation socialiste du pays.

Dans la période de rétablissement, la tâche avait consisté à ranimer tout d’abord l’agriculture, à en recevoir des matières premières, des produits agricoles, et à mettre en branle, à rétablir l’industrie, à restaurer les usines et les fabriques existantes.

Le pouvoir des Soviets s’était acquitté de cette tâche avec plus ou moins de facilité.

Mais dans la période de rétablissement on se heurta à trois graves défauts.

Premièrement, on avait affaire alors à de vieilles usines et de vieilles fabriques, à une technique ancienne et arriérée et qui, bientôt, pouvaient devenir inutilisables. La tâche consistait à les rééquiper sur la base d’une technique moderne.

Deuxièmement, dans la période de rétablissement, on avait affaire à une industrie dont la base était trop étroite ; parmi les usines et les fabriques existantes, il manquait des dizaines et des centaines d’usines de constructions mécaniques, qui étaient absolument nécessaires au pays et qu’il fallait construire, attendu qu’une industrie dépourvue d’usines de ce genre ne peut être regardée comme une industrie véritable. La tâche consistait à créer ces usines et à les pourvoir d’un outillage moderne.

Troisièmement, dans la période de rétablissement, on se préoccupait surtout de l’industrie légère, qui fut alors développée et mise en train. Mais par suite, le développement de l’industrie légère elle-même devait se heurter à la faiblesse de l’industrie lourde, sans parler des autres besoins du pays qui ne pouvaient être satisfaits qu’avec une industrie lourde évoluée. La tâche consistait maintenant à aiguiller l’effort sur l’industrie lourde.

Autant de problèmes nouveaux, que la politique d’industrialisation socialiste devait résoudre.

Il fallait créer de toutes pièces une série d’industries qui n’existaient pas dans la Russie tsariste : édifier des usines neuves de constructions mécaniques, de machines-outils, d’automobiles, de produits chimiques, des usines métallurgiques ; monter notre propre fabrication de moteurs et d’outillage pour centrales électriques ; augmenter l’extraction de minerais et de charbon, puisqu’on avait besoin de tout cela pour faire triompher le socialisme en URSS.

Il fallait créer une nouvelle industrie de la défense : construire des usines neuves d’artillerie, d’obus, d’aviation, de tanks, de mitrailleuses, puisque dans les conditions de l’encerclement capitaliste, l’intérêt de la défense de l’URSS le commandait ainsi.

Il fallait bâtir des usines de tracteurs, de machines agricoles modernes, et mettre leur production au service de l’agriculture, afin de permettre aux millions de petites exploitations paysannes individuelles de passer à la grande production collectivisée, puisque l’intérêt de la victoire du socialisme à la campagne le commandait ainsi.

Et tout cela, c’est la politique d’industrialisation qui devait le donner ; c’était là l’objet de l’industrialisation socialiste du pays.

On conçoit que des grands travaux d’une telle ampleur nécessitaient des milliards de roubles. Il était impossible de compter sur des emprunts extérieurs, les pays capitalistes nous ayant refusé ces emprunts. Il ne fallait compter que sur nos propres ressources, sans attendre d’aide du dehors. Or, à ce moment, notre pays n’était pas encore riche.

C’était là, maintenant, une des principales difficultés.

Généralement, les pays capitalistes ont monté leur industrie lourde avec des ressources tirées du dehors : en spoliant les colonies, en imposant des contributions aux peuples vaincus, en contractant des emprunts extérieurs. Par principe, le pays des Soviets, pour son industrialisation, ne pouvait recourir à ce sordide moyen de se procurer des fonds qu’est le pillage des peuples coloniaux ou vaincus.

L’URSS ne pouvait recourir aux emprunts extérieurs pour la simple raison que les pays capitalistes les lui refusaient. Il fallait chercher les ressources nécessaires à l’intérieur du pays.

Et on les trouva ! L’URSS possédait des sources d’accumulation inconnues des États capitalistes. L’État soviétique avait à sa disposition toutes les fabriques et toutes les usines, toutes les terres que la Révolution socialiste d’Octobre avait enlevées aux capitalistes et aux grands propriétaires fonciers, les transports, les banques, le commerce extérieur et le commerce intérieur.

Les bénéfices retirés des fabriques et des usines de l’État, des transports, du commerce, des banques, n’étaient plus absorbés par la classe parasitaire des capitalistes : ils étaient employés au développement de l’industrie.

Le pouvoir des Soviet avait annulé les dettes tsaristes, dont les intérêts seuls coûtaient au peuple des centaines de millions de roubles-or par an.

En supprimant la propriété seigneuriale de la terre, le pouvoir des Soviets avait libéré la paysannerie des annuités qu’elle payait en fermage aux grands propriétaires fonciers dans la proportion d’environ 500 millions de roubles-or. Libérée de cette charge, la paysannerie pouvait aider l’État à édifier une nouvelle, une puissante industrie. Les paysans avaient un intérêt vital à recevoir des tracteurs et des machines agricoles.

Toutes ces sources de revenus dont disposait l’État soviétique pouvaient fournir des centaines de millions et des milliards de roubles pour créer l’industrie lourde. Ce qu’il fallait, c’était conduire cette affaire en maître ménager de son bien et établir la plus stricte économie dans les dépenses, rationaliser la production, diminuer les prix de revient, supprimer les frais improductifs, etc.

Ainsi fit le pouvoir des Soviets.

Grâce au régime d’économie, des ressources plus importantes d’année en année s’accumulèrent pour les grands travaux d’édification. On put procéder à la création d’entreprises géantes comme la centrale hydroélectrique du Dniepr, le chemin de fer Turkestan-Sibérie, l’usine de tracteurs de Stalingrad, les usines de machines-outils, l’usine d’automobiles « AMO », actuellement « ZIS » [Usine Staline], etc.

Si en 1926-1927, on avait investi dans l’industrie près d’un milliard de roubles, trois ans plus tard cette somme s’élevait déjà à 5 milliards de roubles environ.

L’industrialisation progressait.

Les pays capitalistes voyaient dans l’affermissement de l’économie socialiste de l’URSS une menace pour l’existence du système capitaliste. Aussi, les gouvernements impérialistes prirent-ils toutes les mesures possibles pour exercer une nouvelle pression sur l’URSS, semer la confusion, ruiner ou du moins entraver l’industrialisation de ce pays.

En mai 1927, les conservateurs anglais (les « die-hards ») installés au gouvernement organisaient un raid de provocation au siège de l’ « Arcos » (Société soviétique pour le commerce avec l’Angleterre). Le 26 mai 1927, le gouvernement conservateur annonçait la rupture des relations diplomatiques et commerciales de l’Angleterre avec l’URSS.

Le 7 juin 1927, à Varsovie, un garde blanc ruse naturalisé Polonais assassinait le camarade Voïkov, ambassadeur de l’URSS.

En même temps, en territoire soviétique, des espions et des agents de diversion anglais jetaient des bombes dans le club du Parti à Léningrad. Trente personnes furent blessées, dont quelques-unes grièvement.

En été 1927, des raids furent accomplis, presque simultanément, sur les ambassades et les représentations commerciales soviétiques de Berlin, Pékin, Shangaï, Tien-Tsin.

D’où un supplément de difficultés pour le pouvoir des Soviets. Mais l’URSS ne céda pas à la pression et repoussa aisément les provocations des impérialistes et de leurs agents.

Il n’y eut pas moins de difficultés suscitées au Parti et à l’État soviétique par le travail de sape des trotskistes et autres membres de l’opposition. Le camarade Staline disait alors, non sans raison, que contre le pouvoir des Soviets « il se crée quelque chose comme un front unique allant de Chamberlain à Trotski ».

Malgré les décisions du XIVecongrès du Parti et le loyalisme proclamé par l’opposition, ses membres n’avaient pas déposé les armes. Bien au contraire : ils renforçaient encore leur travail de sape et de division.

En été 1926, les trotskistes et les zinoviévistes forment un bloc de lutte contre le Parti, rassemblent autour de ce bloc les débris de tous les groupes d’opposition battus et jettent les fondements de leur parti clandestin antiléniniste par une violation flagrante des statuts du Parti et des décisions de ses congrès, qui interdisent les fractions. Le Comité central du Parti lance un avertissement : si ce bloc hostile au Parti, qui rappelle le fameux bloc d’Août menchévik, n’est pas dissous, les choses peuvent mal tourner pour ses partisans. Mais les partisans du bloc persistent.

En automne de la même année, à la veille de la XVe conférence du Parti, ils font une tentative – lors des réunions du Parti tenues dans les usines de Moscou, de Léningrad et d’autres villes – pour imposer au Parti une nouvelle discussion.

Ils présentent leur plate-forme, la copie de l’habituelle plate-forme menchévico-trotskiste et antiléniniste. Les membres du Parti infligent à l’opposition une rude réplique et, par endroits, les chassent tout simplement des réunions. Le Comité central donne aux partisans du bloc un nouvel avertissement, en déclarant que le Parti ne tolèrera pas davantage leur travail de sape.

L’opposition adresse au Comité central une déclaration signée de Trotski, Zinoviev, Kaménev et Sokolnikov, dans laquelle elle désavoue son travail de fraction et promet d’observer à l’avenir une attitude de loyauté. Néanmoins, le bloc subsiste en fait et ses partisans poursuivent leur travail clandestin contre le Parti.

Ils continuent d’œuvrer au rassemblement d’un parti antiléniniste, montent une imprimerie illégale, fixent des cotisations pour leurs partisans, procèdent à la diffusion de leur plate-forme.

Devant cette conduite des trotskistes et des zinoviévistes, la XVe conférence du Parti (novembre 1926) et l’Assemblée plénière élargie du Comité exécutif de l’Internationale communiste (décembre 1926) posent la question du bloc troskiste-zinoviéviste et flétrissent dans leurs décisions les partisans du bloc, qu’elles qualifient de scissionnistes ayant glissé dans leur plate-forme vers les positions menchéviques.

Mais ce fut encore une leçon perdue pour les partisans du bloc. En 1927, au moment où les conservateurs anglais rompent les relations diplomatiques et commerciales avec l’URSS, le bloc accentue ses attaques contre le Parti. Il confectionne une nouvelle plate-forme antiléniniste dite « plate-forme des 83 » et se met en devoir de la diffuser parmi les membres du Parti, en exigeant du Comité central qu’il ouvre une nouvelle discussion générale.

De toutes les plate-formes d’opposition, c’est peut-être celle-ci qui fut la plus mensongère, la plus pharisaïque.

En paroles, c’est-à-dire dans leur plate-forme, les trotskistes et les zinoviévistes n’étaient pas contre la mise en pratique des décisions du Parti et ils se prononçaient pour une attitude de loyauté ; en fait, ils violaient de la façon la plus grossière les décisions du Parti, bafouant tout loyalisme à l’égard du Parti et de son Comité central.

En paroles, c’est-à-dire dans leur plate-forme, ils n’étaient pas contre l’unité du Parti et ils se prononçaient contre la scission ; en fait, ils violaient de la façon la plus grossière l’unité du Parti, suivaient une ligne de scission et possédaient déjà leur propre parti illégal antiléniniste, qui avait tout ce qu’il fallait pour devenir un parti antisoviétique, contre-révolutionnaire.

En paroles, c’est-à-dire dans leur plate-forme, ils étaient pour la politique d’industrialisation, ils accusaient même le Comité central de ne pas conduire l’industrialisation à un rythme suffisamment rapide ; en fait, ils déblatéraient contre la décision du Parti sur la victoire du socialisme en URSS ; ils dénigraient la politique d’industrialisation socialiste, exigeaient qu’une série d’usines et de fabriques fussent données en concession aux étrangers, mettaient leurs principaux espoirs sur les concessionnaires capitalistes étrangers en URSS.

En paroles, c’est-à-dire dans leur plate-forme, ils étaient pour le mouvement de collectivisation, ils accusaient même le Comité central de ne pas conduire la collectivisation à un rythme suffisamment rapide ; en fait, ils dénigraient la politique d’intégration des paysans à la construction socialiste ; ils prêchaient que des « conflits insolubles » se produiraient inévitablement entre la classe ouvrière et la paysannerie, et ils mettaient leurs espoirs sur les « fermiers civilisés » de la campagne, c’est-à-dire sur les exploitations koulaks.

Cette plate-forme était la plus hypocrite de toutes les plate-formes hypocrites de l’opposition.

Elle visait à tromper le Parti.

Le Comité central refusa d’ouvrir immédiatement la discussion, en déclarant à ‘opposition qu’elle ne pourrait être instituée que dans les délais statutaires, c’est-à-dire deux mois avant le congrès du Parti.

En octobre 1927, c’est-à-dire deux mois avant le XVe congrès, le Comité central du Parti ouvrit la discussion générale. La bataille commença. Les résultats de la discussion furent plus que lamentables pour le bloc trotskiste-zinoviéviste. 724 000 membres du Parti votèrent pour la politique du Comité central.

Pour le bloc des trotskistes et des zinoviévistes, 4 000, c’est-à-dire moins de 1%. Le bloc de lutte contre le Parti était battu à plate couture. Dans son immense majorité, le Parti repoussait d’un seul cœur la plate-forme du bloc.

Telle était la volonté nettement exprimée par le Parti, à l’opinion duquel les partisans du bloc avaient eux-mêmes appelé.

Mais ce fut encore une leçon perdue pour les partisans du bloc. Au lieu de se soumettre à la volonté du Parti, ils décidèrent d’y faire échec.

Avant même la clôture de la discussion, voyant que leur honteux échec était inévitable, ils avaient décidé de recourir à des formes de lutte plus aiguës contre le Parti et le gouvernement soviétique, à savoir d’organiser une manifestation publique de protestation à Moscou et Léningrad le 7 novembre, jour anniversaire de la Révolution d’Octobre, alors que tout le peuple travailleur d’URSS défile en d’imposantes démonstrations révolutionnaires.

Les trotskistes et les zinoviévistes entendaient ainsi organiser une manifestation parallèle. Comme il fallait s’y attendre, les partisans du bloc ne purent faire descendre dans la rue que la poignée lamentable de leurs rares thuriféraires. Ceux-ci, meneurs en tête, furent refoulés, rejetés par la manifestation du peuple entier.

Dès lors, on ne pouvait plus douter que trotskistes et zinoviévistes avaient roulé dans le marais antisoviétique. Si dans la discussion générale au sein du Parti, ils en avaient appelé à ce dernier contre le Comité central, maintenant, par leur piteuse manifestation, ils en appelaient aux classes ennemies contre le Parti et l’État soviétique.

Parce qu’ils s’étaient assignés pour but de saper le Parti bolchévik, ils devaient inévitablement en venir à vouloir la ruine de l’État soviétique, le Parti bolchévik et l’État étant inséparables au pays des Soviets.

C’est ainsi que les meneurs du bloc trotskiste-zinoviéviste se placèrent hors du Parti, puisqu’il n’était plus possible de tolérer dans ses rangs des hommes qui avaient roulé dans le bourbier antisoviétique.

Le 14 novembre 1927, l’Assemblée commune du Comité central et de la Commission centrale de contrôle exclut du Parti Trotski et Zinoviev.

2. Succès de l’industrialisation socialiste. Retard de l’agriculture. XVe congrès du Parti. Orientation vers la collectivisation de l’agriculture. Ecrasement du bloc trotskiste-zinoviéviste. Duplicité politique.

Déjà vers la fin de 1927, la politique d’industrialisation socia­liste enregistrait des succès décisifs. L’industrialisation dans les conditions de la Nep avait réalisé une sérieuse avance en un court espace de temps. La production globale de l’industrie et de l’agri­culture (y compris l’économie forestière et les pêcheries) n’avait pas seulement atteint le niveau d’avant-guerre ; elle dépassait ce niveau. L’industrie dont la part dans l’économie nationale était montée à 42%, atteignait un niveau correspondant à celui de l’avant-guerre.

L’extension du secteur socialiste de l’industrie se poursuivait rapidement aux dépens du secteur privé ; de 81% en 1924-1925, il passa à 86% en 1926-1927, la part du secteur privé tombant pour la même période de 19 à 14%.

Ces chiffres signifiaient que l’industrialisation de l’U.R.S.S. avait un caractère socialiste fortement prononcé ; que l’indus­trie de l’U.R.S.S. avait pris le chemin de la victoire du système de production socialiste ; que dans le domaine de l’industrie, la question « Qui remportera ? » était d’ores et déjà résolue en faveur du socialisme. L’éviction du commerce privé était non moins rapide : sa part était tombée, pour le commerce de détail, de 42% en 1924-1925 à 32% en 1926-1927, sans parler du commerce de gros, où la part de l’élément privé était tombée pour la même période de 9 à 5%.

Plus rapide encore est le développement de la grande indus­trie socialiste dont la production, en 1927, première année après la période de rétablissement, accuse une augmentation de 18% par rapport à l’année précédente. Chiffre-record d’augmentation, inaccessible à la grosse industrie des pays capitalistes les plus avancés. L’agriculture offrait un tout autre tableau, notamment la cul­ture des céréales.

Bien que dans son ensemble, l’agriculture eût dépassé le niveau d’avant-guerre, la production globale de sa branche maîtresse, — la culture des céréales, — n’atteignait que 91% de ce niveau ; la production du blé marchand, destiné au ra­vitaillement des villes, en atteignait à peine 37% ; au reste, tout portait à croire que la production marchande des céréales était menacée de nouvelles chutes.

C’était la preuve que le morcellement des grosses exploita­tions fournissant le marché, en petites exploitations, et celui des petites en minuscules propriétés, tel qu’il avait commencé depuis 1918, continuait toujours ; que la petite et la minuscule exploita­tion paysanne devenait une exploitation semi-naturelle, tout juste capable de fournir un minimum de céréales marchandes ; que la culture céréalière de la période de 1927, tout en produisant à peine un peu moins que la culture d’avant-guerre, ne pouvait ce­pendant donner à l’approvisionnement des villes qu’un peu plus du tiers de ce qu’avait pu fournir au marché la culture céréalière d’avant-guerre.

Il était hors de doute qu’avec une telle situation dans la cul­ture des céréales, l’armée et les villes de l’U.R.S.S. devaient se trouver en face d’une disette chronique. Et la crise de la culture céréalière allait être suivie d’une crise de l’élevage.

Pour remédier à cette situation, il fallait passer à la grosse production agricole, capable d’utiliser les tracteurs et les machines et susceptible d’élever de beaucoup la production marchande de céréales.

Deux possibilités s’offraient au pays : ou bien passer à la grosse production capitaliste, ce qui aurait signifié la ruine des masses paysannes, l’effondrement de l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie, le renforcement des koulaks et la défaite du socialisme à la campagne ; ou bien procéder au grou­pement des petites exploitations paysannes en de grandes exploi­tations socialistes, en kolkhoz, capables d’utiliser les tracteurs et autres machines modernes pour donner un élan à la culture céréalière et à sa production marchande.

On conçoit que le Parti bolchévik et l’État soviétique ne pou­vaient emprunter que la seconde voie, celle du développement de l’agriculture par les kolkhoz.

Le Parti s’inspira des indications données par Lénine sur la nécessité de passer des petites exploitations paysannes à la grande exploitation agricole, organisée par artels, collectivisée :

a) « Impossible de sortir de la misère par la petite ex­ploitation. » (Lénine, t. XXIV, p. 540, éd. russe.)

b) « Si nous nous confinons comme autrefois dans les pe­tites exploitations, fussions-nous citoyens libres sur une terre libre, nous n’en serons pas moins menacés d’une perte certai­ne. » (t. XX, p. 417, éd. russe.)

c) « Si l’économie paysanne peut continuer à se dévelop­per, il est nécessaire d’assurer solidement aussi la transition de l’avenir, et cette transition revient, infailliblement, à ce que les petites exploitations paysannes isolées, aussi peu avan­tageuses et aussi arriérées que possible, organisent, en s’unissant progressivement, la grande exploitation agricole en com­mun. » (t. XXVI, p. 299, éd. russe.)

d) « C’est seulement dans le cas où nous réussirons à montrer en fait aux paysans les avantages de la culture en commun, collective, par associations, par artels ; c’est seule­ment si nous réussissons à aider le paysan à s’organiser en associations, en artels, que la classe ouvrière, tenant en mains le pouvoir d’État, prouvera réellement au paysan qu’elle a raison, attirera réellement à ses côtés, de façon durable et ef­fective, la masse innombrable de paysans. » (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p. 651.)

Telle était la situation à la veille du XVe congrès du Parti.

Le XVe congrès du Parti s’ouvrit le 2 décembre 1927. On y comptait 898 délégués avec voix délibérative et 771 avec voix consultative ; ils représentaient 887.233 membres du Parti et 348.957 stagiaires.

Dans le rapport du Comité central, le camarade Staline cons­tata les succès de l’industrialisation et les progrès rapides de l’industrie socialiste ; il posa devant le Parti la tâche suivante :

« Etendre et consolider nos postes de commandement so­cialistes dans tons les domaines de l’économie nationale, à la ville comme à la campagne, en nous orientant vers la liquida­tion des éléments capitalistes dans l’économie nationale. »

En comparant l’agriculture à l’industrie et en marquant le retard de la première, surtout le retard de la culture des céréales dû au morcellement de l’agriculture qui ne permettait pas d’em­ployer la technique moderne, le camarade Staline souligna que cet état peu enviable de l’agriculture créait une situation menaçante pour l’ensemble de l’économie nationale.

« Où donc est l’issue ? » demandait le camarade Staline. « L’issue, c’est de passer des petites exploitations pay­sannes dispersées aux grandes exploitations centralisées, ba­sées sur le travail de la terre en commun ; c’est de passer à la culture collective de la terre, basée sur une technique nouvelle, supérieure.

L’issue, c’est de grouper les petites et minuscules exploitations paysannes, progressivement, mais d’une façon constante, — non pas en exerçant une pression, mais par l’enseignement des faits et la persuasion, — en de grandes exploitations basées sur le travail de la terre en commun, par associations, par collectivités, en employant des machines agri­coles et des tracteurs, en appliquant les procédés scientifiques d’intensification de l’agriculture. Il n’est point d’autre issue. »

Le XVe congrès adopta une décision sur la nécessité de dé­velopper dans toute la mesure du possible la collectivisation de l’agriculture. Le congrès dressa un plan d’extension et d’affer­missement du réseau des kolkhoz et des sovkhoz, et il fournit des indications précises sur les modalités de la lutte pour la col­lectivisation agricole.

En même temps, le congrès donnait cette directive :

« Pousser l’offensive contre les koulaks et prendre une série de nouvelles mesures qui limitent le développement du capitalisme à la campagne et orientent les exploitations pay­sannes vers le socialisme. » (Le P. C. de l’U.R.S.S. dans ses résolutions, IIe partie, p. 260, éd. russe.)

Enfin, s’inspirant de la nécessité de renforcer le rôle du plan dans l’économie nationale et en vue d’organiser l’offensive mé­thodique du socialisme contre les éléments capitalistes sur l’en­semble du front économique, le congrès donna aux organismes compétents la directive de dresser le premier plan quinquennal de l’économie de l’U.R.S.S.

Quand il eut réglé les problèmes de la construction socia­liste, le XVe congrès du Parti passa à la question de la liquidation du bloc trotskiste-zinoviéviste. Le congrès constata : « L’opposition a rompu idéologiquement avec le léninisme ; elle a dégénéré en un groupe menchévik, s’est engagée dans la voie de la capitulation devant les forces de la bour­geoisie internationale et intérieure et s’est transformée, objecti­vement, en un instrument d’une troisième force contre le régime de la dictature du prolétariat. » (Le P.C. de l’U.R.S.S. dans ses résolutions, IIe partie, p. 232, éd. russe.)

Le congrès estimait que les divergences entre le Parti et l’oppo­sition étaient devenues des divergences de programme ; que l’op­position trotskiste avait engagé la lutte contre les Soviets. Aussi le XVe congrès déclara-t-il l’affiliation à l’opposition trotskiste et la propagande de ses vues, incompatibles avec l’appartenance au Parti bolchévik.

Le congrès approuva la décision prise par l’Assemblée com­mune du Comité central et de la Commission centrale de contrôle sur l’exclusion de Trotski et de Zinoviev des rangs du Parti, et il décida en même temps de frapper d’exclusion tous les éléments actifs du bloc trotskiste-zinoviéviste, comme Radek, Préobrajen­ski, Rakovski, Piatakov, Sérébriakov, I. Smirnov, Kaménev, Sarkiss, Safarov, Lifchitz, Mdivani, Smilga, ainsi que tout le groupe du « centralisme démocratique » {Sapronov, V. Smirnov, Bogou-slavski, Drobnis, etc.).

Battus idéologiquement et défaits sur le terrain d’organisa­tion, les partisans du bloc trotskiste-zinoviéviste avaient perdu les derniers vestiges de leur influence sur le peuple. Exclus du Parti, les antiléninistes firent par écrit, peu après le XVe congrès, des déclarations de rupture avec le trotskisme ; ils demandèrent à être réintégrés dans le Parti.

À ce moment, le Parti ne pouvait certes pas savoir que Trotski, Rakovski Radek, Krestinski Sokolnikov et les autres étaient depuis longtemps des ennemis du peuple, agents des services d’espionnage étran­gers ; que Kaménev, Zinoviev, Piatakov et les autres organisaient des liaisons avec les ennemis de l’U.R.S.S. dans les pays capitalistes en vue de « collaborer » avec eux contre le peuple soviétique.

Mais le Parti était suffisamment Instruit par l’expérience pour sa­voir qu’on pouvait s’attendre aux pires vilenies de la part de ces gens qui, maintes fois dans les moments les plus graves, s’étaient élevés contre Lénine, contre le Parti de Lénine. Aussi bien ac­cueillit-il avec méfiance les déclarations des exclus. Au titre de pre­mière vérification de la sincérité de leurs auteurs il posa à leur réintégration dans le Parti un certain nombre de conditions. Les exclus devaient :

a) condamner ouvertement le trotskisme, comme une idéo­logie antibolchévique et antisoviétique ;
b) reconnaître ouvertement la politique du Parti comme la seule juste ;
c) se soumettre sans réserve aux décisions du Parti et de ses organismes ;
d) subir un temps d’épreuve pendant lequel le Parti véri­fierait les auteurs de la déclaration et à l’issue duquel, suivant les résultats de la vérification, il envisagerait la réadmission de chacun des exclus pris à part.

Le Parti comptait que la reconnaissance publique de tous ces points par les exclus devait, en tout état de cause, avoir une im­portance positive pour le Parti, puisqu’elle briserait l’unité des rangs trotskistes-zinoviévistes, jetterait la décomposition dans leur milieu, montrerait une fois de plus la puissance du Parti et le bien-fondé de sa cause, permettrait à ce dernier, au cas où les au­teurs des déclarations seraient de bonne foi, de réintégrer ses anciens adhérents, et en cas de mauvaise foi, de les dénoncer aux yeux de tous, non plus comme des hommes qui se trompent, mais comme des arrivistes sans principes, des hommes qui veulent duper la classe ouvrière, des fourbes avérés.

La plupart des exclus acceptèrent les conditions de réinté­gration formulées par le Parti et en firent la déclaration dans la presse. Le Parti, qui les ménageait et ne voulait pas les empêcher de redevenir des hommes du Parti et de la classe ouvrière, les rétablit dans leur qualité d’adhérents.

Toutefois, il apparut avec le temps que les déclarations des « éléments actifs » du bloc trotskiste-zinoviéviste, à peu d’ex­ceptions près, n’étaient que mensonge et duplicité.

Il apparut que ces messieurs, avant même d’avoir formulé leurs déclarations, avaient cessé de constituer un courant poli­tique prêt à défendre ses conceptions devant le peuple pour devenir une clique d’arrivistes dépourvue d’idées, prête à fouler aux pieds, aux yeux de tous, ce qui lui restait de ses conceptions, prête à exalter aux yeux de tous les conceptions du Parti qui lui étaient étrangères, prête à changer de couleur, comme font les ca­méléons, à seule fin de rester dans le Parti, dans la classe ouvrière, pour pouvoir nuire à la classe ouvrière et a son Parti.

Les « éléments actifs » trotskistes-zinoviévistes s’avérèrent des escrocs politiques, des fourbes politiques.

Les politiciens à double face commencent d’ordinaire par la tromperie ; ils s’acquittent de leur sinistre besogne en dupant le peuple, la classe ouvrière, son Parti.

Mais on ne doit pas consi­dérer les fourbes politiques uniquement comme des trompeurs. Ils représentent une clique d’arrivistes politiques sans idées, qui se sont aliéné depuis longtemps la confiance du peuple et cher­chent à la regagner par la duperie, par le caméléonisme, par l’escroquerie, par n’importe quel moyen, à seule fin de conser­ver le titre d’hommes politiques.

Les fourbes politiques, représen­tent une clique sans principes d’arrivistes politiques prêts à s’ap­puyer sur n’importe qui, fût-ce même sur les criminels de droit commun, fût-ce sur la lie de la société, fût-ce sur les ennemis ju­rés du peuple, pour réapparaître au « moment propice » sur la scène politique et s’installer sur l’échine du peuple en qualité de « gouvernants ».

Des fourbes politiques de cette espèce, voilà ce qu’étaient les « éléments actifs » trotskistes-zinoviévistes.

3. Offensive contre les koulaks. Le groupe Boukharine-Rykov de lutte contre le Parti. Adoption du premier plan quinquennal. Emulation socialiste. Début du mouvement kolkhozien de masse.

L’agitation du bloc trotskiste-zinoviéviste contre la politique du Parti, contre la construction du socialisme, contre la collectivisation, et de même l’agitation des boukhariniens disant que l’entreprise des kolkhoz ne réussirait pas, qu’il ne fallait pas toucher aux koulaks attendu qu’ils « s’intégreraient » d’eux-mêmes au socialisme, que l’enrichissement de la bourgeoisie ne consti­tuait pas un danger pour le socialisme, toute cette agitation avait eu du retentissement parmi les éléments capitalistes du pays et, avant tout, parmi les koulaks.

Ceux-ci savaient maintenant par les réactions de la presse qu’ils n’étaient pas isolés, qu’ils avaient des défenseurs et des intercesseurs en la personne de Trotski, Zinoviev, Kaménev, Boukharine, Rykov et autres. On comprend que cette circonstance ne pouvait manquer de stimuler la résistance des koulaks à la politique du gouvernement des Soviets.

Et en effet, les koulaks opposaient une résistance de plus en plus éner­gique. Ils refusaient en masse de vendre à l’État soviétique les ex­cédents de blé qu’ils avaient accumules en quantité. Ils prati­quaient la terreur contre les kolkhoziens, contre les militants du Parti et des institutions soviétiques à la campagne ; ils incendiaient les kolkhoz ainsi que les centres publics de stockage.

Le Parti comprit que tant qu’on n’aurait pas brisé la résis­tance des koulaks, tant qu’ils n’auraient pas été battus dans un combat ouvertement affronté, sous les yeux de la paysannerie, la classe ouvrière et l’Armée rouge auraient à souffrir du manque de blé, et le mouvement kolkhozien ne pourrait pas prendre un caractère de masse.

En application des directives du XVe congrès, le Parti entreprit une offensive résolue contre les koulaks sous le mot d’ordre : s’appuyer solidement sur les paysans pauvres et consolider l’al­liance avec les paysans moyens pour engager la lutte décisive contre les koulaks.

En réponse au refus des koulaks de vendre à l’État leurs excédents de blé aux prix fermes, le Parti et le gouver­nement prirent contre eux une série de mesures d’exception ; ils firent jouer l’article 107 du Code criminel, portant confiscation par autorité de justice des excédents de blé des koulaks et des spéculateurs en cas de refus de vendre à l’État ces excédents aux prix fermes.

D’autre part, on accorda aux paysans pauvres des avantages en vertu desquels ils purent disposer de 25% du blé confisqué aux koulaks. Ces mesures d’exception produisirent leur effet : les paysans pauvres et moyens se joignirent à la lutte décisive contre les kou­laks. Ceux-ci se trouvèrent isolés.

La résistance des koulaks et des spéculateurs fut brisée. Dès la fin de 1928 l’État soviétique dispo­sa de réserves de blé suffisantes et le mouvement de collectivisation progressa avec plus d’assurance.

La même année, on découvrit une importante organisation de saboteurs parmi les spécialistes bourgeois de Chakhty, dans le bassin du Donetz. Les saboteurs étaient étroitement liés aux anciens propriétaires des entreprises, — capitalistes russes et étran­gers, — et aux services d’espionnage militaires de l’étranger. Leur but était de faire échec au développement de l’industrie so­cialiste et de favoriser la restauration du capitalisme en U.R.S.S.

Les saboteurs conduisaient de façon anormale l’exploitation des mines, en s’employant à diminuer les extractions de charbon. Ils détérioraient l’outillage et la ventilation, ils organisaient des éboulements et des explosions ; ils incendiaient les mines, les usines, les centrales électriques. Ils freinaient à dessein l’amélioration des conditions matérielles des ouvriers et ils violaient les lois sovié­tiques sur la protection du travail. Les saboteurs furent déférés en justice et châtiés comme ils le méritaient.

Le Comité central du Parti invita toutes ses organisations à tirer de l’affaire de Chakhty les enseignements qui s’imposaient. Le camarade Staline indiqua que les bolchéviks dirigeant les entreprises devaient eux-mêmes s’assimiler la technique de la pro­duction pour que les saboteurs figurant parmi les anciens spécia­listes bourgeois ne pussent plus les tromper ; qu’il fallait hâter la formation de nouveaux cadres techniques recrutés au sein de la classe ouvrière.

Par décision du Comité central, on perfectionna la forma­tion des jeunes spécialistes dans les écoles supérieures d’ensei­gnement technique. On mobilisa pour les études des milliers de membres du Parti, d’adhérents des Jeunesses communistes et de sans-parti dévoués à la cause de la classe ouvrière.

Avant l’offensive du Parti contre les koulaks, tant que le Parti était occupé à liquider le bloc trotskiste-zinoviéviste, le grou­pe Boukharine-Rykov, formant la réserve des forces hostiles au Parti, s’était tenu plus ou moins tranquille. Il n’avait pas osé soutenir ouvertement les trotskistes ; parfois même, il s’était éle­vé avec le Parti contre les trotskistes.

Mais une fois l’offensive engagée par le Parti contre les koulaks et les mesures d’excep­tion prises contre eux, le groupe Boukharine-Rykov, jetant le masque, s’attaqua ouvertement à la politique du Parti. L’âme koulak du groupe Boukharine-Rykov n’y tint plus ; désormais ses partisans prenaient ouvertement la défense des koulaks.

Ils exi­geaient l’abolition des mesures d’exception ; dans le cas contraire, disaient-ils pour faire peur aux naïfs, la « dégradation » de l’agri­culture pouvait commencer, elle avait déjà commencé. Ils ne remarquaient pas la montée des kolkhoz et des sovkhoz, ces for­mes supérieures de l’agriculture ; voyant s’effondrer l’économie koulak, ils voulaient faire passer la dégradation de celle-ci pour la dégradation de l’agriculture.

Afin de se donner un appui théori­que, ils confectionnèrent une théorie ridicule dite « théorie de l’ex­tinction de la lutte de classes ».

En vertu de cette théorie, ils affirmaient que plus le socialisme enregistrerait de succès dans sa lutte contre les éléments capitalistes, et plus s’atténuerait la lutte de classes ; que la lutte de classes s’éteindrait bientôt tout à fait et que l’ennemi de classe livrerait toutes ses positions sans résistan­ce ; que, par conséquent, il était inutile d’entreprendre une offen­sive contre les koulaks.

C’est ainsi qu’ils cherchaient à restaurer leur théorie bourgeoise passablement rebattue sur l’intégration pacifique des koulaks dans le socialisme et foulaient aux pieds la thèse célèbre du léninisme selon laquelle la résistance de l’en­nemi de classe prend des formes d’autant plus aiguës qu’il sent davantage le terrain se dérober sous ses pieds et que le socialisme remporte plus de succès, thèse selon laquelle la lutte de classes ne peut « s’éteindre » qu’après l’anéantissement de l’ennemi de classe.

Il n’était pas difficile de comprendre que le groupe Boukharine-Rykov était un groupe opportuniste de droite, qui ne se dis­tinguait du bloc trotskiste-zinoviéviste que par la forme, par le seul fait que les trotskistes et les zinoviévistes avaient eu quelque possibilité de masquer leur fond capitulard avec des phrases gau­chistes, avec de tapageuses phrases faussement révolutionnaires sur la « révolution permanente » ; au contraire, le groupe Boukharine-Rykov, qui se dressait contre le Parti au moment où ce­lui-ci passait à l’offensive contre les koulaks, ne pouvait plus masquer son visage de capitulard ; il se voyait donc obligé de défendre les forces réactionnaires de notre pays et avant tout les koulaks, ouvertement, sans fard, sans masque.

Le Parti comprenait que le groupe Boukharine-Rykov devait tôt ou tard tendre la main aux débris du bloc trotskiste-zinovié­viste, en vue d’engager la lutte en commun contre le Parti.

Parallèlement à son action politique, le groupe Boukharine-Rykov faisait un « travail » d’organisation, en vue de rassem­bler ses partisans.

Par l’intermédiaire de Boukharine, il ramas­sait la jeunesse bourgeoise dans le genre de Slepkov, Maretski, Eichenwald, Goldenberg et autres ; par l’intermédiaire de Tomski, les dirigeants bureaucratisés des syndicats (Melnitchanski, Dogadov, d’autres encore) ; par l’intermédiaire de Rykov, les chefs dégénérés d’administrations soviétiques (A. Smirnov, Eismont, V. Schmidt, etc.). On voyait se rallier volontiers à ce groupe les gens qui étaient politiquement décomposés et ne faisaient pas mys­tère de leur esprit de capitulation.

Vers ce temps, le groupe Boukharine-Rykov recevait l’ap­pui du sommet de l’organisation de Moscou du Parti (Ouglanov, Kotov, Oukhanov, Rioutine, Iagoda, Polonski et autres). Notons qu’une partie de la droite restait camouflée, sans s’élever ouver­tement contre la ligne du Parti.

À Moscou, dans la presse du Parti et dans les réunions du Parti, on prêchait la nécessité de faire des concessions aux koulaks ; on disait qu’il n’était pas indiqué d’im­poser les koulaks ; que l’industrialisation était un fardeau trop lourd pour le peuple ; qu’il était trop tôt pour édifier l’industrie lourde.

Ouglanov s’éleva contre la construction de la centrale hy­droélectrique du Dniepr ; il demandait que les ressources finan­cières fussent transférées de l’industrie lourde à l’industrie légère. Ouglanov et les autres capitulards de droite assuraient que Moscou avait été et resterait la cité des cotonnades, qu’il était inutile d’y élever des usines de constructions mécaniques.

L’organisation de Moscou du Parti dénonça Ouglanov et ses partisans ; elle leur adressa une dernière mise en garde et se serra encore davantage autour du Comité central du Parti. En 1928, à l’Assemblée plénière du Comité de Moscou du P. C. de l’U.R S.S., le camarade Staline affirma la nécessité de mener la lutte sur les deux fronts en concentrant le feu sur la déviation de droite. Les droitiers, dit le camarade Staline, sont les agents des koulaks dans le Parti.

« … La victoire de la déviation de droite dans notre Parti donnerait libre cours aux forces du capitalisme, minerait les positions révolutionnaires du prolétariat et augmenterait les chances de restauration du capitalisme dans notre pays », dé­clara le camarade Staline. (Les Questions du léninisme.)

Au début de 1929, on apprend que Boukharine, mandaté par le groupe des capitulards de droite, a noué contact avec les trots­kistes par l’intermédiaire de Kaménev et élabore un projet d’en­tente avec eux pour engager la lutte en commun contre le Parti. Le Comité central dénonce l’activité criminelle des capitulards de droite et avertit que cette affaire peut finir lamentablement pour Boukharine, Rykov, Tomski et les autres.

Mais les capitulards de droite persistent. Ils interviennent au Comité central, ils y formu­lent une nouvelle plate-forme-déclaration, dirigée contre le Parti, et qui est condamnée par le Comité central. Celui-ci leur donne un nouvel avertissement, en leur rappelant le sort du bloc trotskiste-zinoviéviste.

Malgré cela, le groupe Boukharine-Rykov pour­suit son activité contre le Parti, Rykov, Tomski et Boukharine re­mettent au Comité central leur démission, pensant ainsi faire peur au Parti. Le Comité central condamne cette politique de démission, politique de sabotage.

Enfin l’Assemblée plénière du Co­mité central de novembre 1929 proclame que la propagande des idées des opportunistes de droite est incompatible avec la qualité de membre du Parti ; elle propose d’exclure du Bureau politique du Comité central Boukharine, promoteur et dirigeant du groupe des capitulards de droite ; à Rykov, à Tomski et aux autres membres de l’opposition de droite, on adresse une sérieuse mise en garde.

Les meneurs des capitulards de droite, voyant que les choses prennent une fâcheuse tournure, reconnaissent, dans une décla­ration écrite, leurs erreurs ainsi que la justesse de la ligne po­litique du Parti. Les capitulards de droite ont décidé de reculer momentané­ment, pour sauver leurs cadres de l’écrasement. Là se termine la première étape de la lutte du Parti contre les capitulards de droite.

Les nouveaux désaccords dans le Parti n’échappent pas aux ennemis extérieurs de l’U.R.S.S. Persuadés que ces « nouvelles dis­sensions » sont autant d’indices de l’affaiblissement du Parti, ils tentent à nouveau d’entraîner l’U.R.S.S. à la guerre, afin de faire échec à l’œuvre encore fragile de l’industrialisation du pays.

En été 1929, les impérialistes organisent le conflit de la Chine avec l’UR.S.S., l’occupation par les militaristes chinois du chemin de fer de l’Est-chinois (qui appartenait à l’U.R.S.S.) et l’agression des troupes de la réaction chinoise sur les frontières extrême-orienta­les de notre patrie.

Mais le raid des militaristes chinois fut liquidé rapidement ; les militaristes battus par l’Armée rouge se replièrent, et le conflit se termina par un accord avec les autorités mand­choues.

La politique de paix de l’U.R.S.S. triomphait une fois de plus, malgré tout, malgré les menées des ennemis extérieurs et les « dis­sensions » à l’intérieur du Parti. Bientôt les relations diplomatiques et commerciales, rompues dans le passé par les conservateurs anglais, reprenaient entre l’U.R.S.S. et l’Angleterre.

Tout en repoussant avec succès les attaques des ennemis ex­térieurs et intérieurs, le Parti faisait un important travail pour déployer la construction de l’industrie lourde, pour organiser l’émulation socialiste, pour fonder sovkhoz et kolkhoz, enfin pour préparer les conditions nécessaires à l’adoption et à l’exécution du premier plan quinquennal de l’économie soviétique.

En avril 1929 se réunit la XVIe conférence du Parti. La question essentielle de son ordre du jour était le premier plan quin­quennal. La conférence repoussa la variante « minima » défendue par les capitulards de droite, et adopta la variante « optima » du plan quinquennal comme obligatoire dans toutes les conditions. C’est ainsi que le Parti adopta le célèbre premier plan quin­quennal de construction du socialisme.

D’après ce plan, les investissements dans les grands travaux de l’économie nationale pour 1928-1933 étaient fixés à 64,6 mil­liards de roubles. Sur cette somme, on prévoyait pour l’indus­trie et l’électrification 19,5 milliards de roubles ; pour les trans­ports, 10 milliards de roubles ; pour l’agriculture, 23,2 milliards de roubles. C’était là un plan grandiose qui allait doter l’industrie et l’agriculture de l’U.R.S.S. d’une technique moderne.

« La tâche essentielle du plan quinquennal, a dit le ca­marade Staline, était de créer dans notre pays une industrie capable de ré-outiller et de réorganiser sur la base du socia­lisme, non seulement l’industrie dans son ensemble, mais aussi les transports, mais aussi l’agriculture. » (Staline : Le bilan du premier plan quinquennal. Voir Les Questions du lé­ninisme.)

Ce plan, tout grandiose qu’il fût, n’avait cependant rien d’inat­tendu ni de vertigineux pour les bolchéviks.

Il avait été préparé par le cours du développement de l’industrialisation et de la collectivisation, préparé par l’élan de travail qui s’était emparé des ouvriers et des paysans et qui se traduisait dans l’émulation so­cialiste. La XVIe conférence du Parti adressa à tous les travailleurs un appel sur le développement de ce mouvement.

L’émulation socialiste fournit d’admirables exemples de tra­vail et de comportement nouveau à l’égard du travail.

Dans un grand nombre d’entreprises, de kolkhoz et de sovkhoz, les ouvriers et les kolkhoziens établirent des contre-plans. On fit des prodiges d’héroïsme dans le travail. Non contents d’exécuter les plans d’édi­fication socialiste arrêtés par le Parti et le gouvernement, on les dépassait.

L’attitude des hommes envers le travail se modifiait. De labeur servile et écrasant qu’il était sous le capitalisme, le travail devenait « une affaire de dignité, une affaire de gloire, une affaire de vaillance et d’héroïsme » (Staline).

L’édification industrielle se poursuivait, immense, à travers le pays. Les travaux de construction de la centrale hydroélectrique du Dniepr battaient leur plein. Dans le bassin du Donetz, on édifiait les usines de Kramatorsk et de Gorlovka ; on reconstrui­sait l’usine de locomotives de Lougansk.

Des hauts fourneaux neufs et de nouvelles mines apparaissaient. Dans l’Oural, on édi­fiait une usine de constructions mécaniques, des groupes d’usines chimiques à Bérezniki et Solikamsk. On élevait l’usine métallurgi­que de Magnitogorsk. La construction de grandes usines d’auto­mobiles à Moscou et à Gorki était en train. On édifiait de géantes usines de tracteurs et de moissonneuses-batteuses, une usine mons­tre de machines agricoles à Rostov-sur-Don.

La deuxième base houillère de l’Union soviétique, le bassin de Kouznetsk, prenait de l’extension. En onze mois, on avait vu surgir en pleine steppe, près de Stalingrad, une colossale usine de tracteurs. Sur les chan­tiers du Dnieproguès et de l’usine de tracteurs de Stalingrad, les ouvriers avaient battu les records mondiaux de productivité du travail.

L’Histoire n’avait jamais vu encore une construction indus­trielle d’une envergure aussi gigantesque, un pareil enthousiasme pour bâtir une œuvre nouvelle, un tel héroïsme au travail de la part des masses innombrables de la classe ouvrière. C’était, dans la classe ouvrière, un véritable élan de travail, qui se déployait sur la base de l’émulation socialiste.

Les paysans, cette fois, emboîtaient le pas aux ouvriers. À la campagne aussi, l’élan de travail avait gagné les masses paysan­nes qui édifiaient les kolkhoz. La masse de la paysannerie s’orien­tait nettement vers les kolkhoz. Un rôle important revint ici aux sovkhoz et aux stations de tracteurs et de machines agricoles (S.M.T.), bien pourvues de matériel.

Les paysans venaient en foule visiter les sovkhoz et les S.M.T. ; ils s’intéressaient au fonction­nement des tracteurs, des machines agricoles, ils exprimaient leur enthousiasme et, séance tenante, décidaient d’ « aller au kolkhoz ».

Divisés en petites et en minuscules exploitations individuelles, dé­pourvus d’un outillage et d’une force de traction tant soit peu convenables, privés de la possibilité de défricher les immenses étendues de terre vierge, privés de toute perspective d’améliorer leurs exploitations, écrasés par le besoin et l’isolement abandon­nés à eux-mêmes, les paysans avaient enfin trouvé l’issue, le che­min d’une vie meilleure, grâce à l’union des petites exploitations en associations, en kolkhoz ; grâce aux tracteurs capables de la­bourer n’importe quelle « terre dure », n’importe quelle friche ; grâce à l’aide que leur apportait l’État en machines, en argent, en hommes, en conseils ; grâce à la possibilité de se libérer du joug des koulaks que le gouvernement soviétique venait juste de battre, de terrasser à la grande joie des innombrables masses de paysans.

C’est sur cette base que commença et que se déploya ensuite le mouvement kolkhozien de masse ; devenu particulièrement vigou­reux à la fin de 1929, il fut marqué par des rythmes d’augmenta­tion des kolkhoz, rythmes inconnus même de notre industrie so­cialiste.

En 1928, la superficie ensemencée appartenant aux kolkhoz avait été de 1.390.000 hectares ; en 1929, elle fut de 4.262.000 hectares ; en 1930, les kolkhoz pouvaient déjà prévoir la mise en culture de 15.000.000 d’hectares.

« Il faut reconnaître, disait le camarade Staline dans son article « L’année du grand tournant » (1929) à propos des rythmes d’augmentation des kolkhoz, que des rythmes de dé­veloppement aussi impétueux sont inconnus même de notre grande industrie socialisée, dont les rythmes do développement se distinguent en général par une grande envergure. » (Staline : Les Questions du léninisme.)

Tel fut le tournant dans le développement du mouvement kol­khozien. Tel fut le début du mouvement kolkhozien de masse.

« Qu’y a-t-il de nouveau dans l’actuel mouvement des kolkhoz ? » demandait le camarade Staline dans « L’année du grand tournant ».

Et il répondait :

« Ce qu’il y a de nouveau et de décisif dans le mouvement actuel des kolkhoz, c’est que les paysans y entrent non par groupes isolés, comme cela se faisait auparavant, mais par vil­lages, par cantons, par rayons, voire par arrondissements en­tiers.

Qu’est-ce à dire ? C’est que le paysan moyen a pris le chemin des kolkhoz. Là est la base du tournant radical qui s est opéré dans le développement de l’agriculture et qui cons­titue une réalisation capitale entre toutes du pouvoir des Soviets… »

En d’autres termes, la question de la liquidation des koulaks comme classe sur la base de la collectivisation intégrale venait à maturité ou était déjà mûre.

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Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik)

Le parti bolchévik dans la période de transition à l’œuvre pacifique de rétablissement de l’économie nationale (1921-1925)

Précis d’histoire du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik), 1938

1. Le pays des Soviets après la liquidation de l’intervention et de la guerre civile. Les difficultés de la période de rétablissement.

Après en avoir fini avec la guerre, le pays des Soviets s’en­gagea dans la voie d’une œuvre de paix : la construction de l’économie. Il fallait guérir les plaies de la guerre. Il fallait réta­blir l’économie nationale délabrée, mettre de l’ordre dans l’in­dustrie, les transports, l’agriculture.

Mais ce passage à la construction pacifique devait s’effectuer dans des conditions extrêmement dures. La victoire remportée dans la guerre civile avait coûté cher. Le pays était ruiné par quatre années de guerre impérialiste et trois années de guerre contre l’intervention. La production globale de l’agriculture, en 1920, ne représentait qu’environ la moitié de celle d’avant-guerre. Or, il ne faut pas oublier que le niveau d’avant-guerre était celui de la misérable campagne des temps tsaristes. Au surplus, en 1920, nombre de provinces avaient souffert d’une mauvaise récolte. L’économie paysanne se trouvait dans une situation pénible.

Plus difficile encore était la situation de l’industrie en pleine ruine. La production de la grande industrie, en 1920, n’atteignait qu’un septième environ de la production d’avant-guerre. La plu­part des fabriques et des usines étaient arrêtées ; les mines détruites, inondées. La métallurgie était dans un état lamentable. La production de fonte pour toute l’année 1921 ne fut que de 116.300 tonnes, c’est-à-dire environ 3% de la production d’avant-guerre.

On n’avait pas assez de combustible. Les transports étaient désorganisés. Les réserves de métaux et de tissus étaient presque épuisées. Le pays manquait du strict nécessaire : pain, graisses, viande, chaussures, vêtements, allumettes, sel, pétrole, savon.

Pendant la guerre, on avait pris son parti de ces manques et de ces insuffisances, parfois même on avait cessé d’y faire atten­tion. Mais, maintenant qu’il n’y avait plus de guerre, les gens sentirent tout à coup ce que ces privations avaient d’intolérable et demandèrent qu’il y fût remédié sans délai. Du mécontentement apparut chez les paysans. Dans le feu de la guerre civile, on avait vu se créer et se fortifier l’alliance politique et militaire de la classe ouvrière et de la paysannerie.

Cette alliance reposait sur une base déterminée : au paysan, le pouvoir des Soviets assurait la terre ainsi que la défense contre le grand propriétaire foncier, contre le koulak ; les ouvriers recevaient de la paysannerie les denrées provenant du prélève­ment des excédents.

Maintenant cette base s’avérait insuffisante. L’État soviétique s’était vu obligé de prendre au paysan, par voie de prélèvement, tous ses excédents, afin de pourvoir aux besoins de la défense. La victoire dans la guerre civile eût été impossible sans les prélèvements, sans la politique du commu­nisme de guerre. Cette politique avait été imposée par la guerre, par l’intervention. La paysannerie l’acceptait alors ; elle ne fai­sait pas attention au manque de marchandises ; mais lorsque la guerre fut terminée et que la menace du retour du grand pro­priétaire foncier eut disparu, le paysan commença à manifester son mécontentement du prélèvement de tous les excédents et demanda à être pourvu d’une quantité suffisante de marchan­dises.

Tout le système du communisme de guerre, comme l’indi­quait Lénine, était entré en collision avec les intérêts de la pay­sannerie. La vague de mécontentement avait gagné aussi la classe ou­vrière. Le prolétariat avait supporté le fardeau principal de la guerre civile, en luttant héroïquement, avec abnégation, contre les cohortes de gardes blancs et d’envahisseurs, contre la ruine et la famine.

Les meilleurs ouvriers, les plus conscients, les plus dévoués et les plus disciplinés brûlaient du feu de l’enthousias­me socialiste. Mais le profond délabrement économique influait aussi sur la classe ouvrière.

Les rares fabriques et usines qui marchaient encore, ne fonctionnaient qu’avec de graves à-coups. Les ouvriers étaient réduits à bricoler, à confectionner des bri­quets, à mettre sac au dos pour aller chercher à la campagne des produits alimentaires. La base de classe de la dictature du prolétariat commençait à faiblir ; la classe ouvrière s’émiettait ; on voyait des ouvriers partir à la campagne, cesser d’être ou­vriers, se déclasser. La famine et la fatigue provoquaient le mécontentement d’une partie des ouvriers.

Le Parti dut envisager, pour tous les problèmes de la vie économique du pays, une nouvelle orientation conforme à la situation nouvelle. Et le Parti se mit à la tâche.

Cependant, l’ennemi de classe ne dormait pas. Il cherchait à exploiter la pénible situation économique et le mécontentement des paysans. Des émeutes de koulaks, organisées par les gardes blancs et les socialistes-révolutionnaires, éclatèrent en Sibérie, en Ukraine, dons la province de Tambov (rébellion d’Antonov). On assista a une recrudescence d’activité de tous les éléments contre-révolutionnaires : menchéviks, socialistes-révolutionnaires, anar­chistes, gardes blancs, nationalistes bourgeois. L’ennemi recourut à une nouvelle tactique de lutte contre le pouvoir des Soviets. Il se camoufla en empruntant les couleurs soviétiques ; au lieu du vieux mot d’ordre avorté « À bas les Soviets ! » il lança un mot d’ordre nouveau : « Pour les Soviets, mais sans les commu­nistes ».

L’émeute contre-révolutionnaire de Cronstadt fut un exemple patent de la nouvelle tactique de l’ennemi de classe Elle com­mença huit jours avant l’ouverture du Xe congrès du Parti, en mats 1921. À la tête de l’émeute se trouvaient des gardes blancs liés aux socialistes-révolutionnaires, aux menchéviks et à des représentants d”États étrangers. La volonté des émeutiers de rétablir le pouvoir et la propriété des capitalistes et des grands propriétaires fonciers, ils cherchèrent à la dissimuler au début sous une enseigne « soviétique » ; ils formulèrent le mot d’ordre : « Les Soviets sans les communistes ».

La contre-révolution enten­dait exploiter le mécontentement des masses petites-bourgeoises et tout en se couvrant d’un mot d’ordre pseudosoviélique, ren­verser le pouvoir des Soviets.

Deux circonstances avaient facilité l’émeute de Cronstadt : la composition, qui avait empiré, des équipages des navires de guerre et la faiblesse de l’organisation bolchévique de Cronstadt. Les vieux matelots qui avaient pris part à la Révolution d’Octo­bre étaient presque tous partis au front, où ils combattaient héroïquement dans les rangs de l’Armée rouge. De nouveaux contingents étaient venus s’incorporer dans la flotte, qui n’a­vaient pas été aguerris au feu de la révolution.

Ces contingents étaient formés d’une masse encore parfaitement fruste de paysans, qui reflétait le mécontentement de la paysannerie à l’égard des prélèvements. Quant à l’organisation bolchévique de Cron­stadt en cette période, elle avait été gravement affaiblie par une série de mobilisations pour le front. C’est ce qui avait permis aux menchéviks, aux socialistes-révolutionnaires et aux gardes blancs de s’infiltrer dans Cronstadt et d’en prendre pos­session.

Les émeutiers s’étaient emparés d’une forteresse de premier ordre, de la flotte, d’une immense quantité d’armements et d’obus. La contre-révolution internationale chantait victoire. Mais c’était trop tôt pour se réjouir. L’émeute fut promptement écrasée par les troupes soviétiques.

Le Parti envoya contre les émeutiers de Cronstadt ses meilleurs fils, les délégués du Xe congrès, Vorochilov en tête. Les soldats rouges marchèrent sur Cronstadt en avançant sur la mince couche de glace du golfe. La glace cédant, beaucoup se noyèrent. Il fallut prendre d’assaut les forts presque inexpugnables de Cronstadt.

Le dévouement à la révolution, la bravoure et la volonté de sacrifier sa vie pour le pouvoir des Soviets eurent le dessus. La forteresse de Cron­stadt fut prise d’assaut par les troupes rouges. L’émeute fut liquidée.

2. La discussion dans le Parti sur les syndicats. Le Xe congrès du parti. Défaite de l’opposition. Nouvelle politique économique (Nep).

Le Comité central du Parti, sa majorité léniniste, se rendait nettement compte qu’après la liquidation de la guerre et le pas­sage à l’œuvre pacifique de construction de l’économie, il n’y avait plus de raison de maintenir le dur régime du communisme de guerre, imposé par la guerre et le blocus. Il se rendait compte que la nécessité des prélèvements ne s’imposait plus ; qu’il fallait les remplacer par l’impôt en nature, pour permettre aux paysans d’employer à leur guise la majeure partie des excédents de leur production. Le Comité central com­prenait qu’une telle mesure permettrait de ranimer l’agriculture, d’élargir la production des céréales et des cultures nécessaires au développement de l’industrie, de stimuler dans le pays la circu­lation des marchandises, d’améliorer le ravitaillement des villes, de donner une base nouvelle, une base économique, à l’alliance des ouvriers et des paysans.

Le Comité central se rendait également compte que la reprise de l’industrie était une tâche primordiale ; mais il estimait im­possible de ranimer l’industrie sans le concours de la classe ou­vrière et de ses syndicats ; il estimait que l’on pouvait y intéres­ser les ouvriers en leur faisant comprendre que la ruine écono­mique était, pour le peuple, un ennemi aussi dangereux que l’in­tervention et le blocus ; que le Parti et les syndicats sauraient certainement s’acquitter de cette tâche s’ils agissaient à l’égard de la classe ouvrière, non par des ordres militaires, comme cela avait été le cas sur le front, où de pareils ordres sont réellement nécessaires, mais par la persuasion.

Or tous les membres du Parti ne pensaient pas comme le Comité central. Les petits groupes d’opposition : trotskistes, « oppo­sition ouvrière », « communistes de gauche », « centralistes démo­crates », etc., étaient désorientés ; ils hésitaient devant les difficultés qui allaient surgir au seuil de la construction pacifique de l’éco­nomie. Il y avait dans le Parti bon nombre d’anciens menchéviks, d’anciens socialistes-révolutionnaires, d’anciens bundistes, d’anciens borotbistes [Aile gauche du parti national-chauvin des socialistes-révolutionnaires ukrainiens.

Publia jusqu’en 1918 son organe central Borotba (Lutte) N. des Trad.] et toute sorte de semi-nationalistes des régions périphériques de la Russie. Ils appartenaient pour la plupart à tel ou tel groupuscule d’opposition. Faute d’être des marxistes véritables, de connaître les lois du développement économique, d’avoir une trempe léniniste, ces gens ne faisaient qu’aggraver le désarroi et les hésitations de ces petits groupes d’opposition. Parmi eux, les uns pensaient qu’il ne fallait pas affaiblir le dur régime du communisme de guerre : qu’au con­traire, il fallait « serrer encore la vis ».

D’autres pensaient que le Parti et l’État devaient se tenir a l’écart de l’œuvre de rétablis­sement de l’économie nationale ; que ce travail devait être entiè­rement confié aux syndicats.

Il était clair que devant ce désarroi dans certains milieux du Parti, il se trouverait des gens, des amateurs de discussion, des « leaders » d’opposition de toute sorte qui s’efforceraient d’imposer une discussion au Parti. C’est en effet ce qui se produisit. La discussion s’engagea d’abord à propos du rôle des syndi­cats, encore que la question des syndicats ne fût pas alors la question essentielle dans la politique du Parti.

Le promoteur de la discussion et de la lutte contre Lénine, contre la majorité léniniste du Comité central, fut Trotski, Dé­sireux d’aggraver la situation, il prit la parole à une séance des délégués communistes de la Veconférence des syndicats de Rus­sie, au début de novembre 1920, et formula des mots d’ordre douteux qui parlaient de « serrer la vis » et de « secouer les syndicats ». Trotski exigeait qu’il fût immédiatement procédé à l’ « étatisation des syndicats ».

Il était contre la méthode de per­suasion envers les masses ouvrières. Il entendait transposer la méthode militaire dans les syndicats. Trotski était contre le dé­veloppement de’ la démocratie dans les syndicats, contre l’élec­tion des organismes syndicaux.

Au lieu de la méthode de persuasion sans laquelle l’activité des organisations ouvrières ne saurait se concevoir, les trotskis­tes offraient la méthode de contrainte pure et simple, de com­mandement tout court. Par leur politique, là où ils arrivaient à la direction du travail syndical, les trotskistes apportaient dans les syndicats conflits, scission et décomposition. Par leur politi­que, ils dressaient la masse des ouvriers sans-parti contre le Parti, ils scindaient la classe ouvrière.

En réalité, la discussion sur les syndicats dépassait de beau­coup le cadre de la question syndicale. Ainsi que l’a montré plus tard la résolution de l’Assemblée plénière du Comité central du Parti communiste russe (17 janvier 1925), le débat s’était insti­tué en fait « sur l’attitude envers la paysannerie qui se dressait contre le communisme de guerre ; sur l’attitude envers la masse des ouvriers sans-parti ; en général, sur l’attitude du Parti envers la masse dans la période où la guerre civile touchait à sa fin ». (Le Parti communiste de l’U.R.S.S. dans ses résolutions, premiè­re partie, p. 651, éd. russe.)

À la suite de Trotski, on vit se manifester aussi les autres groupes de lutte contre le Parti : l’ « opposition ouvrière » (Chliapnikov, Medvédev, Kollontaï, d’autres encore), les « cen­tralistes démocrates » (Sapronov, Drobnis, Bogousiavski, Ossinski, V. Smirnov, d’autres encore), les « communistes de gauche » (Boukharine, Préobrajenski).

L’ « opposition ouvrière » formula le mot d’ordre de remise de la gestion de toute l’économie nationale au « congrès des produc­teurs de Russie ». Elle réduisait à rien le rôle du Parti, niait l’im­portance de la dictature du prolétariat dans la construction de l’économie. L’ « opposition ouvrière » opposait les syndicats à l’État soviétique et au Parti communiste. Elle considérait comme forme suprême de l’organisation de la classe ouvrière, non pas le Parti, mais les syndicats.

L’ « opposition ouvrière » était en fait un groupe anarcho-syndicaliste de lutte contre le Parti. Le groupe du « centralisme démocratique » réclamait la liberté complète des fractions et des groupements. Ces gens, tout comme les trotskistes, cherchaient à compromettre, le rôle dirigeant du Parti dans les Soviets et les syndicats. Lénine les qualifia de fraction des « plus forts braillards », et leur plate-forme, de plate-for­me menchévico-socialiste-révolutionnaire.

Dans sa lutte contre Lénine et le Parti, Trotski était secondé par Boukharine. Boukharine, Préobrajenski, Sérébriakov et Sokoluikov avaient créé un groupe « tampon ». Ce groupe défendait et couvrait les pires fractionnistes, les trotskistes. Lénine qualifia la conduite de Boukharine de « comble de la déchéance idéologi­que ». Bientôt les boukhariniens s’allièrent ouvertement aux trots­kistes contre Lénine.

Lénine et les léninistes dirigèrent leur coup principal contre les trotskistes, force essentielle des groupements de lutte contre le Parti.

Ils convainquirent les trotskistes d’avoir confondu les syndicats avec des organisations militaires ; ils leur montrèrent qu’on ne saurait transplanter les méthodes des organisations mili­taires dans les syndicats. En contre-partie aux plates-formes des groupes d’opposition, Lénine et les léninistes formulèrent leur propre plate-forme. Celle-ci indiquait que les syndicats sont une école d’administration, une école de gestion économique, l’école du communisme.

Tout leur travail doit reposer sur la méthode de persuasion. C’est à cette condition seulement qu’ils sauront mobi­liser tous les ouvriers pour la lutte contre la ruine économique, qu’ils sauront les entraîner à l’édification socialiste.

Dans la lutte contre las groupes d’opposition, les organisations du Parti se rallièrent autour de Lénine. La bataille fut particuliè­rement ardente à Moscou. C’est là que l’opposition avait concentré le gros de ses forces, en visant à conquérir l’organisation commu­niste de la capitale.

Mais les bolchéviks de Moscou repoussèrent résolument les menées des fractionnistes. Une lutte aiguë se déve­loppa également dans les organisations ukrainiennes du Parti. Sous la direction du camarade Molotov, alors secrétaire du Comi­té central du Parti communiste d’Ukraine, les bolchéviks d’Ukrai­ne battirent les trotskistes et les partisans de Chliapnikov. Le Parti communiste d’Ukraine demeura le sûr rempart du Parti de Léni­ne.

À Bakou, l’écrasement de l’opposition fut organisé sous la direction du camarade Ordjonikidze. En Asie centrale, c’est le camarade L. Kaganovitch qui dirigea la lutte contre les groupes ennemis du Parti. Toutes les principales organisations locales du Parti se ralliè­rent à la plate-forme de Lénine.

Le 8 mars 1921 s’ouvrait le Xe congrès du Parti. À ce congrès assistaient 694 délégués avec voix délibérative, et ils représentaient 732.521 membres du Parti. Il y avait 296 délégués avec voix consultative. Le congrès dressa le bilan de la discussion sur les syndicats et approuva, à une écrasante majorité, la plate-forme de Lénine. En ouvrant le congrès, Lénine déclara que la discussion avait été un luxe inadmissible. Il montra que les ennemis misaient sur la lutte intérieure et sur la scission dans le Parti communiste.

Devant le danger immense que représentait pour le Parti bol­chévik et pour la dictature du prolétariat, l’existence de groupes de fraction, le Xe congrès accorda une attention spéciale au pro­blème de l’unité du Parti. Lénine fit un rapport à ce sujet. Le congrès condamna tous les groupes d’opposition et indiqua qu’ « en fait, ils aidaient les ennemis de classe de la révolution proléta­rienne ».

Le congrès prescrivit la dissolution immédiate do toutes les fractions et chargea toutes les organisations de veiller strictement à ce qu’il n’y eût aucune action fractionnelle ; l’inexécution de la décision du congrès entraînait absolument l’exclusion immé­diate du Parti. Pour le cas où la discipline serait violée, où l’ac­tion fractionnelle serait reprise ou tolérée par des membres du Comité central, le congrès mandatait le Comité central pour pren­dre toutes les sanctions qui s’imposeraient, jusques et y compris leur exclusion du Comité central et du Parti.

Toutes ces décisions ont été consignées dans une résolution spéciale proposée par Lénine et adoptée par le Congrès « Sur l’unité, du Parti ». Dans cette résolution, le congrès attirait l’attention de tous les membres du Parti sur la nécessité de réaliser l’unité et la cohésion des rangs du Parti, l’unité de volonté de l’avant-garde du prolétariat, surtout dans un moment comme la période du Xe congrès, où un concours de circonstances avait renforcé les hési­tations au sein de la population petite-bourgeoise du pays.

« Cependant, était-il dit dans la résolution, dès avant la discussion générale du Parti sur les syndicats, il s’est mani­festé dans le Parti certains indices d’activité de fraction, c’est-à-dire qu’on a vu apparaître des groupes avec leurs plates-for­mes particulières et avec une tendance à se replier jusqu’à un certain point sur eux-mêmes et à créer leur propre discipline de groupe.

Il est nécessaire que tous les ouvriers conscients se rendent nettement compte de ce qu’il y a de nuisible et d’inadmissible dans quelque activité de fraction que ce soit, car cette activité, en fait, conduit inévitablement à affaiblir la bonne entente dans le travail et à renforcer de la part des ennemis qui se raccrochent au Parti gouvernemental, les tenta­tives réitérées d’approfondir la division [du Parti] et de l’ex­ploiter aux lins de contre-révolution. »

Le congrès poursuivait :

« L’exploitation par les ennemis du prolétariat de toute espèce de déviations de la stricte ligne communiste a été illus­trée de la façon la plus saisissante par l’émeute de Cronstadt, dans les circonstances où la contre-révolution bourgeoise et les gardes blancs de tous les pays du monde se sont aussitôt montrés prêts à accepter jusqu’aux mots d’ordre du régime soviétique, pourvu que fût renversée la dictature du proléta­riat en Russie ; où les socialistes-révolutionnaires et, d’une façon générale, la contre-révolution bourgeoise ont utilisé à Cronstadt les mots d’ordre d’insurrection soi-disant au nom du pouvoir des Soviets contre le gouvernement soviétique en Russie.

De tels faits prouvent suffisamment que les gardes blancs veulent et savent se camoufler en communistes, et mê­me « plus à gauche » qu’eux, à seule fin d’affaiblir et de ren­verser le rempart de la révolution prolétarienne en Russie.

Les tracts menchéviks de Pétrograd, à la veille de l’émeute de Cronstadt, montrent également que les menchéviks ont exploi­té les divergences à l’intérieur du Parti communiste russe pour pousser et soutenir en fait les émeutiers de Cronstadt, socialistes-révolutionnaires et gardes blancs, en se donnant en paroles pour des adversaires des émeutes et pour des parti­sans du pouvoir des Soviets sauf quelques petites réserves, disaient-ils. »

La résolution indiquait que la propagande du Parti doit expli­quer à fond ce qu’il y a de nuisible et de dangereux dans l’activi­té de fraction du point de vue de l’unité du Parti et de la réalisa­tion de la volonté unique de l’avant-garde du prolétariat, condition essentielle du succès de la dictature du prolétariat.

D’autre part, était-il dit dans la résolution du congrès, la pro­pagande du Parti doit expliquer ce qu’il y a de particulier dans les derniers procédés tactiques des ennemis du pouvoir des Soviets.

« Ces ennemis, disait la résolution, convaincus désormais que la contre-révolution tentée ouvertement sous le drapeau des gardes blancs est condamnée, font tous leurs efforts pour exploiter les divergences à l’intérieur du P.C.R. et ainsi pous­ser en avant la contre-révolution, d’une façon ou d’une autre, en remettant le pouvoir à des groupements politiques qui, d’ap­parence, sont le plus près de reconnaître le pouvoir des So­viets. ». (Le Parti communiste de l’U.R.S.S. dans ses résolu­tions, première partie, pp. 373-374, éd. russe.)

La résolution indiquait ensuite que la propagande du Parti « doit mettre aussi en lumière l’expérience des révolutions précé­dentes, où la contre-révolution appuyait les groupements petits-bourgeois les plus proches du parti révolutionnaire extrême afin d’ébranler et de renverser la dictature révolutionnaire, en frayant ainsi le chemin pour plus tard à la victoire complète de la contre-révolution, des capitalistes et des grands propriétaires fon­ciers ».

À la résolution « Sur l’unité du Parti » se trouva étroitement liée une autre : « Sur la déviation syndicaliste et anarchiste dans notre Parti », également proposée par Lénine et adoptée par le congrès. Dans cette résolution, le Xe congrès condamna l’opposi­tion dite « opposition ouvrière ». Il déclara la propagande des idées à tendance anarcho-syndicaliste, incompatible avec l’appar­tenance au Parti communiste et il appela le Parti à combattre résolument cette déviation.

Le Xe congrès adopta une décision fort importante sur l’aban­don du système des prélèvements et l’institution de l’impôt en nature, sur le passage à la nouvelle politique économique (Nep). Dans ce tournant du communisme de guerre à la Nep s’est révélée toute la sagesse, toute la clairvoyance de la politique de Lénine.

La résolution du congrès parlait du remplacement des prélè­vements par l’impôt en nature.

L’impôt alimentaire en nature était moins élevé que les prélèvements. Le montant de l’impôt devait être rendu public dès avant les semailles de printemps. Les délais de livraison étaient exactement fixés. Une fois l’impôt livré, le paysan disposait de tout ce qui lui restait en plus ; il était libre de vendre ses excédents. La liberté du commerce, indiquait Lénine dans son rapport, aboutira au début à une certaine reprise du capitalisme dans le pays. Il nous faudra admettre le commerce privé et autoriser les patrons privés à ouvrir de petites entreprises.

Mais il ne faut pas que cela nous fasse peur. Lénine estimait qu’une certaine liberté du commerce stimulerait l’intérêt du pay­san pour son exploitation, relèverait la productivité de son travail et déterminerait un essor rapide de l’agriculture ; que sur cette base, l’industrie de l’État se rétablirait et le capital privé serait évincé ; qu’après avoir accumulé des forces et des ressources, on pourrait créer une industrie puissante, base économique du so­cialisme, et entreprendre ensuite une offensive énergique afin de détruire les vestiges du capitalisme dans le pays.

Le communisme de guerre avait été une tentative de prendre d’assaut, par une attaque de front, la forteresse des éléments capi­talistes à la ville et à la campagne. Dans cette offensive le Parti s’était poussé loin en avant, risquant de se détacher de sa base. Maintenant, Lénine proposait de recoller un peu, de se replier pour un temps plus près de l’arrière, de passer de l’assaut à un siège plus prolongé de la forteresse, pour accumuler des forces et ensuite, reprendre l’offensive.

Les trotskistes et autres membres de l’opposition estimaient que la Nep était simplement un recul.

Une pareille interprétation leur était avantageuse, puisqu’ils visaient à la restauration du ca­pitalisme. C’était là une interprétation profondément pernicieuse, antiléniniste, de la Nep. En réalité, un an seulement après l’insti­tution de la Nep, au XIecongrès du Parti, Lénine déclara que la retraite était terminée et lança le mot d’ordre : «  Préparation de l’offensive contre le capital privé dans l’économie. » (Lénine, t. XXVII, p. 213, éd. russe.)

Les membres de l’opposition, qui étaient de mauvais marxis­tes et de fieffés ignorants en matière de politique bolchévique, ne comprenaient ni la nature de la Nep, ni le caractère du recul en­trepris au début de la Nep. De la nature de la Nep, nous avons déjà parlé plus haut. Quant au caractère du recul, il convient de dire que les reculs diffèrent. Il est des moments où le parti ou bien l’armée doivent se replier parce qu’ils ont subi une défaite.

Dans ces cas-là, le parti ou l’armée recule pour rester sauf et sauvegarder ses cadres en vue de nouvelles batailles. Ce n’était point ce genre de recul que proposait Lénine lors de l’institution de la Nep, attendu que le Parti, loin d’essuyer une défaite et d’avoir été battu, avait lui-même battu les envahisseurs et les gardes blancs pendant la guerre civile. Mais il est des moments où le parti victorieux, ou l’armée, dans son offensive, prend trop les devants, sans s’assurer une base à l’arrière.

De là résulte un sé­rieux danger. Dans ces cas-là, un parti expérimenté, ou une armée expérimentée, estime généralement nécessaire, pour ne pas se cou­per de sa base, de se replier un peu, en se rapprochant de son arrière, afin de se lier plus solidement avec sa base de l’arrière, de se munir de tout le nécessaire et de reprendre ensuite l’offensive avec plus d’assurance, avec les garanties du succès. C’est justement ce genre de recul momentané que réalisa Lénine sous la Nep.

En exposant devant le IVe congrès de l’Internationale communiste les causes qui avaient déterminé l’institution de la Nep, Lénine décla­ra expressément : « Dans notre offensive économique nous avons trop pris les devants, sans nous être assuré une base suffisante » ; c’est pourquoi il était indispensable d’opérer un recul momentané vers un arrière sûr.

Le malheur de l’opposition fut que son ignorance ne lui per­mettait pas et ne lui a jamais permis de comprendre cette parti­cularité du recul sous la Nep. La décision du Xe congrès sur la Nep assurait une solide allian­ce économique de la classe ouvrière et de la paysannerie pour la construction du socialisme. Cette tâche essentielle était servie encore par une autre déci­sion du congrès, sur la question nationale.

Le rapport fut présenté par le camarade Staline. Nous avons supprimé l’oppression natio­nale, dit le camarade Staline, mais cela ne suffit pas. La tâche consiste à supprimer le lourd héritage du passé, le retard écono­mique, politique et culturel des peuples autrefois opprimés. Il faut les aider à rattraper à cet égard la Russie centrale.

Le camarade Staline signala ensuite deux déviations hostiles au Parti dans la question nationale : le chauvinisme impérialiste (grand-russe) et le nationalisme local. Le congrès condamna les deux déviations comme nuisibles et dangereuses pour le commu­nisme et l’internationalisme prolétarien. Ce faisant, le congrès dirigea le coup le plus fort contre le chauvinisme grand-russe, qui constituait le danger principal, c’est-à-dire contre les restes et les survivances de l’attitude envers les nationalités analogue à celle que les chauvins grands-russes, au temps du tsarisme, adoptaient vis-à-vis des peuples non russes.

3. Premiers résultats de la Nep. XIe congrès du Parti. Formation de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques. Maladie de Lénine. Le plan coopératif de Lénine. XIIe congrès du Parti.

La mise en application de la Nep rencontrait la résistance des éléments instables du Parti. Cette résistance se manifestait de deux côtés. D’une part s’élevaient les braillards « de gauche », les avortons politiques du genre Lominadzé, Chattskine et autres, qui « démontraient » que la Nep, c’était l’abandon des conquêtes de la Révolution d’Octobre, le retour au capitalisme, la mort du pouvoir des Soviets.

Ces gens-là, par ignorance politique et par méconnaissance des lois du développement économique, ne comprenaient pas la politique du Parti, tombaient dans la panique et semaient autour d’eux la démoralisation.

D’autre part, on avait les francs capitulards, genre Trotski, Radek, Zinoviev, Sokolnikov, Kaménev, Chlianikov, Boukharine, Rykov, d’autres encore, qui ne croyaient pas à la possibilité du développement socialiste de notre pays ; ils s’inclinaient devant la « puissance » du capitalisme et, visant à affermir les positions du capitalisme dans le pays des Soviets, réclamaient que des concessions importantes fussent faites au capital privé, tant à l’intérieur du pays qu’au dehors ; ils demandaient que fussent livrés au capital privé une série de postes de commandement du pouvoir soviétique dans l’économie nationale sous la forme de concessions ou de sociétés mixtes par actions, auxquelles participerait le capital privé.

Les uns comme les autres étaient étrangers au marxisme, au léninisme.

Le Parti dénonça et isola les premiers et les seconds. Il infligea une riposte décisive aux paniquards et aux capitulards.

Une telle résistance à la politique du Parti rappelait une fois de plus la nécessité de l’épurer de ses éléments instables. C’est dans ces conditions que le Comité central accomplit un important travail de renforcement du Parti, en organisant son épuration en 1921. L’épuration se fit avec la participation des sans-parti, dans des réunions publiques. Lénine avait recommandé de chasser du Parti « … les filous, les communistes bureaucratisés, malhonnêtes, mous, et les menchéviks qui ont ‘‘repeint façade’’ mais qui, dans l’âme, sont restés des menchéviks ». (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p. 908.)

Au total, on exclut par l’épuration jusqu’à 170 000 personnes, soit environ 25% de tout l’effectif du Parti.

L’épuration fortifia considérablement le Parti, en améliora la composition sociale, renforça la confiance des masses à son égard, éleva son autorité. La cohésion et l’esprit de discipline augmentèrent.

La première année de la nouvelle politique économique prouva la justesse de cette politique. Le passage à la Nep avait sensiblement fortifié l’alliance des ouvriers et des paysans sur une base nouvelle. La puissance et la solidité de la dictature du prolétariat s’étaient accrues. Le banditisme des koulaks avait été presque entièrement liquidé. Les paysans moyens, depuis la suppression du système des prélèvements, aidaient le pouvoir soviétique à lutter contre les bandes koulaks. Le pouvoir des Soviets conservait en mains tous les postes de commandement de l’économie nationale : la grande industrie, les transports, les banques, la terre, le commerce intérieur, le commerce extérieur. Le Parti avait opéré un tournant sur le front économique.

L’agriculture fit bientôt des progrès. L’industrie et les transports enregistrèrent leurs premiers succès. On assista à un essor économique encore très lent, mais certain. Les ouvriers et les paysans se rendirent compte que le Parti était dans la bonne voie.

En mars 1922 se réunit le XIe congrès du Parti. Il comptait 522 délégués avec voix délibérative, représentant 532 000 membres du Parti, c’est-à-dire moins qu’au congrès précédent. Il y avait 165 délégués avec voix consultative. Cette diminution du nombre des adhérents s’expliquait par l’épuration qui avait commencé dans les rangs du Parti.

Au congrès, le Parti dressa le bilan de la première année de la nouvelle politique économique, bilan qui permit à Lénine de déclarer :

« Nous avons reculé pendant un an. Nous devons maintenant dire au nom du Parti : Assez ! Le but que visait le recul est atteint. Cette période se termine ou est terminée. Maintenant un autre objectif s’impose : regrouper les forces. » (Lénine, t. XXVII, p. 238, éd. russe.)

Lénine indiquait que la Nep signifiait une lutte acharnée, une lutte à mort entre le capitalisme et le socialisme. « Qui l’emportera ? » voilà comment se pose la question. Pour vaincre, il faut assurer l’alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie de l’industrie socialiste et de l’économie paysanne, en développant par tous les moyens les échanges entre la ville et la campagne. Pour cela, il est nécessaire d’apprendre à bien gérer notre économie, d’apprendre à faire le commerce sous des formes cultivées.

Le commerce, en cette période, apparaissait comme le maillon essentiel dans la chaîne des problèmes qui se posaient au Parti. Avant d’avoir résolu ce problème, on ne pouvait développer les échanges entre la ville et la campagne, on ne pouvait renforcer l’alliance économique des ouvriers et des paysans, on ne pouvait relever l’agriculture, tirer l’industrie de la ruine.

Le commerce soviétique, à ce moment, était encore très faible. Très faible l’appareil commercial. Les communistes n’avaient pas encore les habitudes du commerce ; ils n’avaient pas encore appris à reconnaître l’ennemi, le nepman [Employeur privé, marchand, spéculateur dans la première période de la nouvelle politique économique. (N. des Trad.)] ; ils n’avaient pas encore appris à le combattre. Les commerçants privés, — les nepmans, — mettaient à profit la faiblesse du commerce soviétique et accaparaient le commerce des tissus et autres marchandises d’usage courant. Le problème de l’organisation du commerce de l’État et du commerce coopératif prenait une importance considérable.

À la suite du XIe congrès, l’activité économique redoubla de vigueur. On mit heureusement fin aux conséquences de la mauvaise récolte qui avait frappé le pays. L’économie paysanne se redressa rapidement. Les chemins de fer fonctionnèrent mieux. On vit se multiplier le nombre des fabriques et des usines qui reprenaient le travail.

En octobre 1922, la République soviétique célébra une grande victoire : l’Armée rouge et les partisans d’Extrême-Orient avaient libéré de l’intervention japonaise Vladivostok, le dernier secteur de la terre soviétique qui se trouvait encore entre les mains de l’envahisseur.

Maintenant que tout le territoire du pays était libéré de l’intervention et que les tâches de la construction socialiste et de la défense exigeaient que fût encore renforcée l’alliance des peuples du pays des Soviets, une question se posait : grouper encore plus étroitement les Républiques soviétiques en une seule union, en un seul État. Il s’agissait de réunir toutes les forces populaires en vue de construire le socialisme.

Il s’agissait d’organiser une défense vigoureuse du pays. Il s’agissait d’assurer le développement harmonieux et complet de toutes les nationalités de notre patrie. Et c’est pourquoi il fallait rapprocher encore davantage, entre eux, tous les peuples du pays des Soviets.

En décembre 1922 se tint le Ier congrès de Soviets de l’URSS. À ce congrès, sur la proposition de Lénine et de Staline fut réalisée l’union librement consentie des peuples soviétiques en un seul État : l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS).

Au début firent partie de l’URSS : la République socialiste fédérative de Russie (RSFSR), la République socialiste fédérative de Transcaucasie (RSFST), la République socialiste soviétique d’Ukraine (RSSU) et la République socialiste soviétique de Biélorussie (RSSB). À quelque temps de là se constituèrent en Asie centrale trois Républiques soviétiques fédérées indépendantes : la République d’Ouzbékie, la république de Turkménie et la république de Tadjikie. Maintenant, toutes ces Républiques sont également rentrées dans l’Union des États soviétiques, dans l’URSS, sur la base du libre consentement et de l’égalité en droits, chacune d’elles conservant le droit de sortir librement de l’Union soviétique.

Créer l’Union des Républiques socialistes soviétiques, c’était renforcer le pouvoir des Soviets ; c’était, pour la politique léniniste stalinienne du Parti bolchévik, remporter une grande victoire dans la question nationale.

En novembre 1922, Lénine prit la parole à l’Assemblée plénière du Soviet de Moscou.

Dressant le bilan des cinq années d’existence du pouvoir des Soviets, Lénine dit sa conviction ferme que « de la Russie de la Nep sortirait la Russie socialiste ». Ce fut son dernier discours devant le pays. En automne 1922, un grand malheur frappa le Parti : Lénine tomba gravement malade. Tout le parti, tous les travailleurs ressentirent la maladie de Lénine comme une grande douleur personnelle. Tous vivaient dans l’angoisse, craignant pour les jours de Lénine tant aimé.

Mais, même pendant sa maladie, Lénine continuait son travail. Alors qu’il était déjà gravement atteint, il écrivit une série d’articles de grande portée. C’étaient ses derniers articles ; il y dressait le bilan du travail accompli et y traçait un plan pour construire le socialisme dans notre pays en entraînant la paysannerie à cette œuvre : pour l’y associer, Lénine présenta son plan de coopération dans le cadre du plan général qu’il donnait.

C’était la coopération en général, et la coopération agricole en particulier, qui constituait aux yeux de Lénine le moyen accessible et compréhensible aux millions de paysans qui permettrait de passer des petites exploitations individuelles aux grandes associations de production, aux kolkhoz. Lénine indiquait que le développement de l’agriculture de notre pays devait passer par la participation des paysans à la construction socialiste sous la forme de la coopération, par une introduction graduelle des principes du collectivisme dans l’agriculture, d’abord dans le domaine de l’écoulement des produits agricoles, puis dans celui de leur production. Lénine indiquait que, quand on a la dictature du prolétariat et l’alliance de la classe ouvrière avec la paysannerie, quand on a la direction assurée au prolétariat, à l’égard de la paysannerie, quand on dispose d’une industrie socialiste, la coopération de production judicieusement organisée et englobant des millions de paysans constitue le moyen qui permet de construire dans notre pays la société socialiste intégrale.

En avril 1923 se tint le XIIe congrès du Parti. Ce fut le premier congrès depuis la prise du pouvoir par les bolchéviks, auquel Lénine ne put assister. Le congrès réunit 408 délégués avec voix délibérative, représentant 386 000 membres du Parti, c’est-à-dire moins qu’au congrès précédent. C’était le résultat de l’épuration qui se poursuivait et qui avait entraîné l’exclusion d’une portion considérable d’adhérents. Les délégués avec voix consultative étaient au nombre de 417.

Dans ses décisions, le XIIe congrès du Parti tint compte de toutes les indications que Lénine avait données dans ses derniers articles et ses dernières lettres.

Le congrès infligea une riposte vigoureuse à tous ceux qui concevaient la Nep comme un abandon des positions socialistes, comme une reddition de nos positions au capitalisme, à ceux qui proposaient de se laisser asservir par le capitalisme. Ces propositions furent faites au congrès par Radek et Krassine, partisans de Trotski. Ils proposèrent de rendre à la merci des capitalistes étrangers, de leur livrer sous forme de concessions les industries qui offraient un intérêt vital pour l’État soviétique. Il proposèrent de payer les dettes contractées par le gouvernement tsariste et annulées par la Révolution d’Octobre. Ces propositions de capitulation furent stigmatisées par le Parti comme une trahison. Le Parti ne se refusa pas à utiliser la politique des contrats de concession, mais il l’accepta seulement pour des branches d’industries déterminées et dans des proportions avantageuses à l’État soviétique.

Dès avant le congrès, Boukharine et Sokolnikov avaient proposé de supprimer le monopole du commerce extérieur. Cette proposition était également due à leur façon de comprendre la Nep comme une reddition de nos positions au capitalisme. Lénine stigmatisa à ce moment Boukharine qu’il qualifia de défenseur des spéculateurs, des nepmans, des koulaks. Le XIIe congrès du Parti repoussa résolument ces attaques contre le monopole intangible du commerce extérieur.

Il battit également Trotski, qui tentait d’imposer au Parti une politique néfaste à l’égard de la paysannerie. Le congrès indiqua qu’on ne pouvait pas oublier un fait comme la prédominance de la petite exploitation paysanne dans le pays. Il souligna que le développement de l’industrie, — y compris celui de l’industrie lourde, — ne devait pas aller à l’encontre des intérêts des masses paysannes, mais en alliance avec elles, au profit de la population travailleuse toute entière. Ces décisions étaient dirigées contre Trotski qui entendait monter l’industrie en exploitant l’économie paysanne, et désavouait en fait la politique d’alliance du prolétariat avec la paysannerie.

Trotski proposait en même temps que l’on fermât des entreprises aussi grandes, aussi importantes pour la défense que les usines Poutilov, celles de Briansk et autres, lesquelles, à ce qu’il disait, ne rapportaient pas. Le congrès, indigné, repoussa ses propositions.

Conformément à une proposition écrite que Lénine lui avait adressée, le XIIe congrès constitua un organisme unifié : la Commission centrale de contrôle de l’Inspection ouvrière et paysanne. Une tâche lourde de responsabilité incombait à cet organisme : veiller à l’unité de notre Parti, renforcer la discipline dans le Parti et dans l’État, perfectionner par tous les moyens l’appareil de l’État soviétique.

Le congrès accorda une attention sérieuse à la question nationale. Le rapporteur de cette question était le camarade Staline. Il souligna l’importance internationale de notre politique dans la question nationale. Les peuples opprimés d’Occident et d’Orient voient dans l’Union soviétique un parfait exemple de la façon dont il convient de résoudre la question nationale et de supprimer l’oppression des nationalités.

Le camarade Staline affirma la nécessité de travailler énergiquement à faire disparaître l’inégalité économique et culturelle entre les peuples de l’Union soviétique. Il appela l’ensemble du Parti à lutter résolument contre les déviations dans la question nationale : le chauvinisme grand-russe et le nationalisme local bourgeois.

Le congrès démasqua les tenants des déviations nationalistes et leur politique à prétentions impérialistes à l’égard des minorités nationales. En ce temps-là s’élevaient contre le Parti les nationalistes géorgiens, Mdivani et autres. Ils étaient contre la création d’une fédération transcaucasienne, contre le raffermissement des liens d’amitié entre les peuples de Transcaucasie.

Ils se comportaient envers les autres nationalités de Géorgie comme de vrais chauvins impérialistes. Ils expulsaient de Tiflis tous les non-Géorgiens, les Arméniens surtout ; ils avaient édicté une loi aux termes de laquelle toute Géorgienne qui se mariait avec un non-Géorgien, perdait la citoyenneté géorgienne. Les nationalistes géorgiens étaient soutenus par Trotski, Radek, Boukharine, Skrypnik, rakovski.

Peu après le congrès, on convoqua une conférence des militants des Républiques nationales pour étudier spécialement la question nationale. C’est là que fut démasqué le groupe des nationalistes bourgeois tatars : Soultan-Galiev et autres, de même que le groupe des nationalistes ouzbeks : Faïzoulla khodjaev et autres.

Le XIIe congrès du Parti dressa le bilan des deux années de nouvelle politique économique. Ce bilan inspirait l’optimisme et la certitude dans la victoire finale.

« Notre Parti est resté soudé, cohérent ; il a su opérer un tournant prodigieux, et il va de l’avant, drapeaux largement déployés », déclara au congrès le camarade Staline.

4. Lutte contre les difficultés du rétablissement de l’économie nationale. Recrudescence de l’activité trotskiste en rapport avec la maladie de Lénine. Nouvelle discussion dans le Parti. Défaite des trotskistes. Mort de lénine. Promotion lénine. XIIIe congrès du Parti.

Les premières années de lutte pour le rétablissement de l’éco­nomie nationale furent marquées par des succès considérables. Vers 1924, on observait un essor dans tous les domaines. La super­ficie ensemencée s’était accrue sensiblement depuis 1921, l’écono­mie paysanne se fortifiait de plus en plus. L’industrie socialiste était en progression. Les effectifs de la classe ouvrière s’étaient notablement accrus. Les salaires avaient augmenté. Les ouvriers et les paysans vivaient mieux, plus à l’aise que dans les années 1920-1921.

Mais les conséquences de la ruine économique se faisaient toujours sentir. L’industrie retardait encore sur le niveau d’avant-guerre ; son développement retardait sur le développement des besoins du pays.

Fin 1923, on comptait près d’un million de chô­meurs : la lenteur du progrès de l’économie nationale ne permet­tait pas de résorber le chômage. Le commerce se développait avec des à-coups, en raison des prix démesurément élevés des articles fabriqués en ville, prix qui étaient imposés au pays par les nep­mans proprement dits et par les éléments nepmans de nos organi­sations commerciales. De ce l’ait, le rouble soviétique subissait de fortes fluctuations, il se dépréciait. Tout cela freinait l’améliora­tion de la situation des ouvriers et des paysans.

Vers l’automne 1923, les difficultés économiques se trouvèrent quelque peu aggravées en raison des infractions à la politique so­viétique des prix qu’avaient commises nos organismes industriels et commerciaux.

On constata un écart marqué entre les prix des marchandises industrielles et ceux des produits agricoles. Les prix du blé étaient bas ; ceux des articles industriels, exorbitants. Les frais généraux étaient énormes dans l’industrie, d’où le renché­rissement des marchandises. L’argent que la paysannerie tirait de la vente de son blé se dépréciait rapidement.

Au surplus, le trot­skiste Piatakov, alors installé au Conseil supérieur de l’économie nationale, avait donné une directive criminelle aux dirigeants de l’industrie : drainer le plus de profits possible de la vente des marchandises manufacturées, hausser sans retenue les prix soi-disant pour développer l’industrie.

En réalité, ce mot d’ordre nepman ne pouvait aboutir qu’à un rétrécissement de la base de la production industrielle et à la ruine de l’industrie. Dans ces conditions, la paysannerie n’avait pas intérêt à acquérir les mar­chandises de la ville ; elle cessa de les acheter. Et ce fut la crise des débouchés, qui se répercuta dans l’industrie. Des difficultés surgirent pour le paiement des salaires, ce qui provoqua le mécon­tentement des ouvriers. Dans certaines fabriques, les ouvriers les moins conscients abandonnaient le travail.

Le Comité central du Parti envisagea les moyens d’éliminer ces difficultés et ces défauts. Des mesures turent prises pour liqui­der la crise des débouchés. On réduisit les prix des articles de grande consommation. Une réforme monétaire fut décidée : l’a­doption d’une devise ferme et stable, le tschervonetz. On fit ré­gner l’ordre dans le paiement des salaires aux ouvriers. Des me­sures furent envisagées pour développer le commerce par les or­ganismes soviétiques et coopératifs et évincer du commerce les commerçants privés et les spéculateurs de toute sorte.

Il fallait se mettre à la besogne avec ensemble, les manches retroussées. Ainsi pensaient et agissaient les hommes dévoués au Parti. Mais telle n’était pas la conduite des trotskistes. Pro­fitant de l’absence de Lénine, à qui une grave maladie avait fait quitter les rangs, ils déclenchèrent une nouvelle offensive contre le Parti et se direction. Ils jugeaient le moment favorable pour battre le Parti et renverser sa direction.

Tout était bon pour eux dans leur lutte contre le Parti : et la défaite de la révolution en Allemagne et en Bulgarie à l’automne de 1923, et les difficultés économiques dans le pays, et la maladie de Lénine. C’est juste­ment dans celle période difficile pour l’État soviétique, au mo­ment où le chef du Parti était cloué sur son lit, que Trotski entre­prit son attaque contre le Parti bolchévik. Après avoir groupé au­tour de lui tous les éléments antiléninistes du Parti, il confection­na une plate-forme de l’opposition, dirigée contre le Parti, contre sa direction, contre sa politique.

Cette plate-forme s’appela : décla­ration des 46. Dans la lutte contre le Parti de Lénine s’étaient unis tous les groupes d’opposition : trotskistes, partisans du « centralis­me démocratique », et ce qui restait des « communistes de gau­che » et de l’ « opposition ouvrière ». Dans leur déclaration, ils pronostiquaient une grave crise économique et l’effondrement du pouvoir dos Soviets ; ils réclamaient la liberté des fractions et des groupes comme étant la seule issue à la situation.

C’était donc une lutte pour la reconstitution des fractions interdites, sur la proposition de Lénine, par le Xecongrès du Parti.

Les Trotskistes ne soulevèrent aucun problème concret en vue d’améliorer l’industrie ou l’agriculture, le commerce national, la situation des travailleurs. Au reste, ils s’y intéressaient fort peu. Une seule chose les intéressait : profiter de l’absence de Lénine pour reconstituer les fractions au sein du Parti et ébranler les fon­dements du Parti, ébranler son Comité central.

À la suite de la plate-forme des 46, Trotski lança une lettre dans laquelle il couvrait de boue les cadres du Parti et formulait une série de nouvelles accusations calomnieuses contre le Parti. Il reprenait dans cette lettre les vieux refrains menchéviks que le Parti lui avait entendu répéter maintes fois.

Avant tout, les trotskistes s’attaquaient à l’appareil du Parti. Ils comprenaient que ce dernier ne pouvait vivre ni travailler sans un appareil solidement charpenté. L’opposition s’employa à ébranler, à détruire cet appareil, à opposer les membres du Parti à son appareil et à opposer les jeunes aux vieux cadres du Parti. Dans sa lettre, Trotski misait sur la jeunesse des écoles, sur les jeunes membres du Parti, qui ne connaissaient pas l’histoire de la lutte du Parti contre le trotskisme.

Pour conquérir la jeunesse stu­dieuse Trotski la flattait en l’appelant « le plus sûr baromètre du Parti » : il déclarait en même temps que la vieille garde léniniste était en dégénérescence. Faisant allusion aux chefs tarés de la IIe Internationale, i1 insinuait bassement que la vieille garde bolche­vique suivait leurs traces. Il criait à la dégénérescence du Parti pour mieux masquer sa propre dégénérescence et ses desseins di­rigés contre le Parti.

Les deux documents de l’opposition, — la plate-forme des 46 et la lettre de Trotski, — furent expédiés par les trotskistes dans les rayons et les cellules, et proposés à l’examen des mem­bres du Parti. On provoquait le Parti à la bataille.

Ainsi, tout comme au moment de la discussion syndicale avant le Xe congrès, on imposait maintenant au Parti une discussion gé­nérale. Bien que le Parti fût préoccupé par des problèmes économi­ques autrement graves, il releva le défi et ouvrit la discussion.

Elle s’étendit à l’ensemble du Parti. La lutte prit un caractère acharné. Elle fut particulièrement âpre à Moscou. Les trotskistes visaient à s’emparer tout d’abord de l’organisation bolchévique de la capitale. Mais la discussion ne leur fut d’aucune aide. Elle les confondit. Ils furent battus à plate couture tant à Moscou que dans l’ensemble de l’Union soviétique. Seules quelques cellules d’écoles supérieures et d’administrations votèrent en leur faveur.

En janvier 1924 se réunit la XIIIe conférence du Parti. Elle entendit le rapport du camarade Staline, qui tirait les enseigne­ments de la discussion. La conférence condamna l’opposition trot­skiste en déclarant qu’en l’espèce le Parti avait affaire à une dé­viation petite-bourgeoise du marxisme. Les décisions de la confé­rence furent confirmées plus tard par le XIIIe congrès du Parti et le Ve congrès de l’Internationale communiste. Le prolétariat communiste international soutint le Parti bolchévik dans sa lutte contre le trotskisme.

Mais les trotskistes ne cessèrent point leur travail de sape. En automne 1924, Trotski publia un article « Les leçons d’Oc­tobre », dans lequel il tentait de substituer le trotskisme au léni­nisme. Cet article n’était qu’un tissu de calomnies contre notre Parti, contre son chef Lénine. Tous les ennemis du communis­me et du pouvoir des Soviets se saisirent de cette méchante pla­quette de diffamation.

Le Parti repoussa avec indignation la ca­lomnie de Trotski contre l’histoire héroïque du bolchévisme. Le camarade Staline dénonça la tentative de Trotski de substituer le trotskisme au léninisme. Dans ses interventions, le camarade Staline déclara : « La tâche du Parti consiste à enterrer le trot­skisme en tant que courant idéologique. »

L’ouvrage théorique du camarade Staline : Des principes du léninisme, paru en 1924, eut une importance considérable pour l’écrasement idéologique du trotskisme et la défense du léninisme. Cette brochure est un exposé magistral et une importante justifi­cation théorique du léninisme. Elle fournit alors et continue de fournir aujourd’hui aux bolchéviks du monde entier l’arme acérée de la théorie marxiste-léniniste.

Dans les batailles contre le trotskisme, le camarade Staline rallia le Parti autour de son Comité central et le mobilisa en vue de la lutte nouvelle pour la victoire du socialisme dans notre pays. Le camarade Staline sut prouver que l’écrasement idéologique du trotskisme est une condition nécessaire pour assurer la marche victorieuse au socialisme.

En dressant le bilan de cette période de lutte contre le trots­kisme, le camarade Staline a dit :

« Sans avoir battu le trotskisme, il est impossible de vain­cre dans les conditions de la Nep, impossible de transformer la Russie d’aujourd’hui en Russie socialiste. »

Mais les succès de la politique léniniste du Parti furent en­deuillés par le malheur immense qui frappa le Parti et la classe ouvrière. Le 21 janvier 1924, à Gorki, près de Moscou, mou­rut notre chef et notre éducateur, Lénine, le fondateur du Parti bolchévik. La classe ouvrière du monde entier accueillit la nou­velle de la mort de Lénine comme la perte la plus douloureuse.

Le jour des obsèques, le prolétariat international proclama un arrêt du travail de cinq minutes. Les chemins de fer s’immobilisèrent, le travail fut interrompu dans les usines et les fabriques. C’est ainsi que les travailleurs du monde entier, dans leur suprême af­fliction, rendirent hommage à leur père et à leur éducateur, à leur meilleur ami et défenseur, à Lénine.

La classe ouvrière de l’Union soviétique répondit à la mort de Lénine en se ralliant encore plus étroitement autour du Parti léniniste. En ces jours de deuil, chaque ouvrier conscient médita sur l’attitude qu’il devait prendre à l’égard du Parti communiste, qui appliquait les préceptes de Lénine. Des milliers et des milliers de demandes d’adhésion, émanant d’ouvriers, affluèrent au Co­mité central.

Le Comité central alla au-devant de ce mouvement et proclama l’admission en masse des ouvriers d’avant-garde dans le Parti ; il proclama la promotion Lénine. Par dizaines de mil­liers, on vit adhérer de nouveaux ouvriers au Parti, on vit adhérer tous ceux qui étaient prêts à sacrifier leur vie pour la cause du Parti, pour la cause de Lénine En un court espace de temps, plus de 240.000 ouvriers rejoignirent les rangs du Parti bolchévik. Celui-ci vit affluer dans son sein la partie avancée de la classe ouvrière, la plus consciente et la plus révolutionnaire, la plus cou­rageuse et la plus disciplinée. C’était la promotion Lénine.

La mort de Lénine montra combien notre Parti était proche des masses ouvrières, combien leur était cher le Parti de Lénine. En ces jours de deuil, au IIe congrès des Soviets de l’U.R.S.S., le camarade Staline fit un serment solennel au nom du Parti, il dit :

« Nous sommes, nous, communistes, des gens d’une fac­ture à part. Nous sommes taillés dans une étoffe à part. Nous formons l’armée du grand stratège prolétarien, l’armée du camarade Lénine. Il n’est rien de plus haut que l’honneur d’appartenir à cette armée. Il n’est rien de plus haut que le titre de membre du Parti qui a pour fondateur et pour diri­geant le camarade Lénine…

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recom­mandé de tenir haut et de garder dans sa pureté le glorieux titre de membre du Parti. Nous te jurons, camarade Lénine, d’accomplir avec honneur ta volonté ! …

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé de garder l’unité de notre Parti comme la prunelle de nos yeux. Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous ac­complirons avec honneur ta volonté ! …

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recomman­dé de sauvegarder et d’affermir la dictature du prolétariat. Nous te jurons, camarade Lénine, de ne pas épargner nos for­ces pour, là encore, accomplir avec honneur ta volonté !…

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recomman­dé de consolider de toutes nos forces l’alliance des ouvriers et des paysans. Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous accomplirons avec honneur ta volonté !…

Le camarade Lénine nous a toujours parlé de la néces­sité d’une alliance librement consentie des peuples de notre pays, de la nécessité de leur collaboration fraternelle dans le cadre de l’Union des Républiques. En nous quittant, le cama­rade Lénine nous a recommandé de consolider et détendre l’Union des Républiques Nous te jurons, camarade Lénine, que là encore nous accomplirons avec honneur ta volonté !…

Maintes fois Lénine nous a indiqué que le renforcement de l’Armée rouge et son perfectionnement sont une des tâches les plus importantes de notre Parti… Jurons donc, ca­marades, de ne pas épargner nos efforts pour renforcer notre Armée rouge, notre Flotte rouge…

En nous quittant, le camarade Lénine nous a recommandé la fidélité aux principes de l’Internationale communiste. Nous te jurons, camarade Lénine, que nous n’épargnerons pas notre vie pour consolider et étendre l’union des travailleurs du mon­de entier, l’Internationale communiste ! »

Tel fut le serment du Parti bolchévik à son chef Lénine, qui vivra dans les siècles.

En mai 1924 se tint le XIII” congrès du Parti. À ce congrès assistèrent 748 délégués avec voix délibérative, représentant 735.881 membres du Parti. Cette forte augmentation des effec­tifs par rapport au congrès précédent s’explique par l’adhésion au Parti d’environ 250.000 nouveaux membres de la promotion Lénine. Les délégués avec voix consultative étaient au nombre de 416.

Le congrès condamna unanimement la plate-forme de l’opposition trotskiste en la qualifiant de déviation petite-bourgeoise du marxisme, de révision du léninisme ; il confirma les résolu­tions de la XIIIe conférence du Parti « Sur la construction du Par­ti » et « Sur le bilan de la discussion » Mû par la volonté de renforcer l’alliance de la ville et de la campagne, le congrès donna la directive de développer encore l’in­dustrie, en premier lieu l’industrie légère ; il affirma en même temps la nécessité de hâter le développement de la métallurgie.

Le congrès ratifia la création d’un Commissariat du peuple du Commerce intérieur ; il fixa pour tâche à tous les organis­mes commerciaux de prendre possession du marché et d’évincer du commerce le capital privé.

Le congrès fixa la tâche d’élargir le crédit à bon marché ac­cordé par l’État à la paysannerie et d’éliminer de la campagne les usuriers. Le congrès indiqua que le mot d’ordre principal à la cam­pagne était de mettre tout en œuvre pour rassembler les mas­ses paysannes dans les coopératives. Enfin, le congrès montra l’importance extraordinaire de la promotion Lénine, et attira l’attention du Parti sur la nécessité d’instruire des principes du léninisme les jeunes adhérents du Par­ti, avant tout ceux de la promotion Lénine.

5. L’Union Soviétique à la fin de la période de rétablissement. Le problème de la construction socialiste et de la victoire du socialisme dans notre pays. La « nouvelle opposition » Zinoviev-Kaménev. XIVe congrès du Parti. Orientation vers l’industrialisation socialiste du pays.

Il s’était écoulé plus de quatre années de travail tenace du Parti bolchévik et de la classe ouvrière dans la voie de la nou­velle politique économique. Le travail héroïque accompli en vue de rétablir l’économie nationale touchait à sa fin. On voyait gran­dir de plus en plus la puissance économique et politique de l’U.R.S.S.

La situation internationale s’était modifiée vers cette époque. Le capitalisme avait résisté au premier assaut révolutionnaire des masses après la guerre impérialiste. Le mouvement révolutionnaire d’Allemagne, d’Italie, de Bulgarie, de Pologne et d’une série d’au­tres pays avait été écrasé. Dans cette besogne, la bourgeoisie avait été secondée par les chefs des partis conciliateurs social-démocra­tes.

On assistait à un reflux momentané de la révolution. Et ce fut la stabilisation temporaire, partielle, du capitalisme en Europe occidentale, la consolidation partielle de ses positions.

Mais la sta­bilisation du capitalisme n’avait pas supprimé les contradictions fondamentales qui déchirent la société capitaliste. Au contraire : la stabilisation partielle aggrava les antagonismes entre les ou­vriers et les capitalistes, entre l’impérialisme et les peuples colo­niaux, entre les groupes impérialistes des divers pays. La stabili­sation prépara une nouvelle explosion d’antagonismes, des crises nouvelles dans les pays du capitalisme.

Parallèlement à la stabilisation du capitalisme s’opérait la sta­bilisation de l’Union soviétique. Toutefois, ces deux stabilisations se distinguaient foncièrement l’une de l’autre. La stabilisation ca­pitaliste annonçait une nouvelle crise du capitalisme. La stabilisa­tion de l’Union soviétique signifiait un nouveau progrès de la puis­sance économique et politique du pays du socialisme.

Malgré la défaite de la révolution en Occident, la situation internationale de l’Union soviétique continuait de se consolider, à un rythme moins rapide il est vrai. En 1922, l’Union soviétique fut invitée à une conférence éco­nomique internationale tenue à Gênes, en Italie.

À cette confé­rence, les gouvernements impérialistes encouragés par la défaite de la révolution dans les pays du capitalisme, essayèrent d’exercer une nouvelle pression sur la République des Soviets, cette fois sous la forme diplomatique.

Les impérialistes présentèrent au pays des Soviets des exigences scandaleuses. Ils demandaient que les fabriques et les usines nationalisées par la Révolution d’Octobre fussent restituées aux capitalistes étrangers et que fussent payées toutes les dettes du gouvernement tsariste. C’est à ces conditions que les États impérialistes promettaient à l’État soviétique des emprunts, insignifiants d’ailleurs.

L’Union soviétique repoussa ces exigences. Les résultats de la conférence de Gênes furent nuls. La menace d’une nouvelle intervention armée, sous la for­me d’un ultimatum du ministre des Affaires étrangères anglais Curzon, en 1923, fait de même repoussée comme elle le méritait.

Après avoir éprouvé la solidité du pouvoir des Soviets et s’être convaincus de sa stabilité, les États capitalistes commencèrent à rétablir, l’un après l’autre, les relations diplomatiques avec notre pays. Au cours de l’année 1924, les relations diplomatiques furent rétablies avec l’Angleterre, la France, le Japon et l’Italie.

Il fut évident que le pays des Soviets était parvenu à s’as­surer toute une période de trêve.

La situation intérieure du pays avait changé, elle aussi. Le travail plein d’abnégation des ouvriers et des paysans dirigés par le Parti bolchévik portait ses fruits.

On assistait au déve­loppement rapide de l’économie nationale. Pendant l’exercice 1924-1925, l’agriculture approchait du niveau d’avant-guerre, dont elle atteignait déjà 87%. La grande industrie de l’U.R.S.S. fournit en 1925 près des trois quarts de la production industrielle d’avant-guerre. En 1924-1925, le pays des Soviets put déjà investir dans les grands travaux 385 000.000 de roubles.

On exécutait avec suc­cès le plan d’électrification du pays. Les postes de commandement du socialisme dans l’économie nationale se fortifiaient. De sérieux succès furent remportés au cours de la lutte contre le capital privé dans l’industrie et le commerce. L’essor de l’économie entraînait une nouvelle amélioration de la situation des ouvriers et des paysans. Les effectifs de la classe ouvrière grandissaient à un rythme accéléré. Les salaires augmentaient, de même que la productivité du travail La situation matérielle des paysans accusait une amélioration sensible.

L’État ouvrier et paysan put en 1924-1925, assigner jusqu’à 290.000.000 de roubles pour l’aide aux petits paysans. A la faveur du mieux-être des ouvriers et des paysans, l’activité politique des masses se développe fortement. La dictature du prolétariat se raffermit. Le Parti bolchévik voit grandir son autorité et son influence. Le rétablissement de l’économie nationale allait être achevé.

Mais il ne suffisait pas au pays des Soviets, au pays du socia­lisme en construction, de rétablir simplement l’économie, d’at­teindre simplement le niveau d’avant-guerre, qui était celui d’un pays arriéré. II fallait aller de l’avant. La trêve prolongée conqui­se par l’État soviétique assurait la possibilité de poursuivre l’œuvre constructive.

Mais ici se posait dans toute son ampleur la question des pers­pectives du caractère de notre développement, de notre construc­tion, le problème des destinées du socialisme en Union soviétique. Dans quelle direction fallait-il orienter la construction économique en U.R.S.S. ?

Dans le sens du socialisme ou dans quelque autre sens ? Devions-nous et pouvions-nous construire l’économie socia­liste, ou bien le sort nous réservait-il le soin d’engraisser le ter­rain pour une autre économie, pour l’économie capitaliste ? Etait-il possible d’une façon générale de construire l’économie so­cialiste en U.R.S.S. et si oui, était-il possible de la construire alors que la révolution tardait dans les pays capitalistes et que le ca­pitalisme se stabilisait ?

Etait-il possible de construire l’économie socialiste en suivant la voie de la nouvelle politique économique qui, multipliant et étendant dans toute la mesure du possible les forces du socialisme dans le pays, accusait du même coup un pro­grès momentané du capitalisme ? Comment fallait-il construire, l’économie socialiste, et par quel bout commencer ?

Toutes ces questions se posaient au Parti à l’issue de la pé­riode de rétablissement, non plus comme des problèmes de théo­rie, mais comme des problèmes de pratique, des problèmes de la construction quotidienne de l’économie.

À toutes ces questions, il importait de donner des réponses claires et nettes, pour que les militants de notre Parti travaillant dans l’économie nationale où ils édifiaient l’industrie et l’agricul­ture, de même que le peuple tout entier, sachent de quel côté s’orien­ter, vers le socialisme ou vers le capitalisme.

Sans réponse claire à ces questions, tout notre travail pratique de construction aurait été privé de perspectives ; c’eût été travail­ler à l’aveuglette, travailler à vide. À toutes ces questions, le Parti répondit de façon claire et précise.

Oui, répondit le Parti, on peut et on doit construire une éco­nomie socialiste dans notre pays, puisque nous avons tout ce qui est nécessaire pour construire cette économie, pour construire la société socialiste intégrale.

En octobre 1917, la classe ouvrière a triomphé du capitalisme politiquement, en instaurant sa dictature politique. Depuis lors, le pouvoir des Soviets a pris toutes mesures utiles afin de briser la puissance économique du capitalisme et de créer les conditions nécessaires pour construire l’économie socia­liste.

L’expropriation des capitalistes et des grands propriétaires fonciers ; la transformation de la terre, des fabriques, des usines, des voies de communication, des banques en propriété nationale ; l’institution de la nouvelle politique économique ; la construction d’une industrie socialiste d’État ; la mise en application du plan de coopération établi par Lénine, telles ont été les mesures en ques­tion.

Maintenant la tâche essentielle consiste à déployer à travers le pays la construction d’une économie nouvelle, socialiste, et à donner par là le coup de grâce au capitalisme sur le terrain éco­nomique également. Tout notre travail pratique, tous nos actes doi­vent être subordonnés à l’exécution de cette tâche primordiale. La classe ouvrière peut s’acquitter de cette tâche, et elle s’en ac­quittera. Il faut commencer l’exécution de cette tâche grandiose par l’industrialisation du pays.

L’industrialisation socialiste du pays, tel est le maillon essentiel dont il faut partir pour déployer la construction de l’économie socialiste. Ni le retard de la révolu­tion en Occident, ni la stabilisation partielle du capitalisme dans les pays non soviétiques ne peuvent arrêter notre marche en avant vers le socialisme. La nouvelle politique économique ne peut que faciliter notre tâche, puisqu’elle a été instituée par le Parti juste­ment pour faciliter la construction des fondements socialistes de notre économie nationale.

Telle fut la réponse faite par le Parti à la question de la- vic­toire de la construction socialiste dans notre pays.

Mais le Parti savait bien que ce n’était pas là épuiser le pro­blème de la victoire du socialisme dans un seul pays.

La construc­tion du socialisme en U.R.S.S. marque un tournant prodigieux dans l’histoire de l’humanité ; elle marque de la part de la classe ouvrière et de la paysannerie de ce pays une victoire d’une portée historique universelle. Mais cette construction représente toutefois une œuvre intérieure de l’U.R.S.S., elle ne constitue qu’une partie du problème de la victoire du socialisme. L’autre partie du pro­blème, c’est son côté international.

En soutenant la thèse de la vic­toire du socialisme dans un seul pays, le camarade Staline a main­tes fois indiqué qu’il convient de distinguer deux aspects de cette question, le côté intérieur et le côté international. En ce qui con­cerne le côté intérieur du problème, c’est-à-dire les rapports des classes à l’intérieur du pays, la classe ouvrière et la paysannerie de l’U.R.S.S. peuvent parfaitement vaincre économiquement leur propre bourgeoisie et construire une société socialiste intégrale.

Mais il y a aussi le côté international du problème, c’est-à-dire le domaine des rapports extérieurs, celui des rapports entre le pays des Soviets et les pays capitalistes, entre le peuple soviétique et la bourgeoisie internationale qui exècre le régime soviétique et cher­che une occasion d’entreprendre une nouvelle intervention armée contre le pays des Soviets, de faire de nouvelles tentatives de res­tauration du capitalisme en U.R.S.S.

Etant donné que l’U.R.S.S, est pour le moment le seul pays du socialisme et que les autres pays demeurent capitalistes, l’encerclement capitaliste existe tou­jours autour de l’U.R.S.S. et crée le danger d’une intervention ca­pitaliste.

Il est évident que tant que subsistera l’encerclement capitaliste, subsistera le danger d’une intervention capitaliste. Le peuple soviétique peut-il, par ses seules forces, écarter ce danger extérieur, le danger dune intervention capitaliste contre l’U.R.S.S. ? Evidemment non. Parce que pour supprimer le dan­ger d’une intervention capitaliste, il faut supprimer l’encerclement capitaliste.

Or, on ne peut supprimer l’encerclement capitaliste qu’à la suite d’une révolution prolétarienne victorieuse au moins, dans plusieurs pays. Il s’ensuit donc que la victoire du socialisme en U.R.S.S., qui se traduit par la liquidation du système capitaliste de l’économie et par la construction du système socialiste de l’économie ne peut toutefois pas être considérée comme une victoire définitive, pour autant que le danger d’une intervention armée de l’étranger et de tentatives de restauration du capitalisme demeure entier ; pour autant que le pays du socialisme n’est pas garanti contre un tel danger. Pour supprimer le danger d’une intervention capitaliste étrangère, il faut supprimer l’encerclement capitaliste.

Certes, le peuple soviétique et son Armée rouge, — étant donné la politique juste du pouvoir des Soviets, — sauront infliger la riposte méritée à une nouvelle intervention capitaliste de l’étran­ger, de même qu’ils l’ont fait pour la première intervention ca­pitaliste en 1918-1920. Mais le danger de nouvelles interventions capitalistes n’en sera pas écarté pour autant. La défaite de la pre­mière intervention n’a pas écarté le danger d’une nouvelle inter­vention, puisque la source du danger d’intervention, — l’encercle­ment capitaliste, — existe toujours La défaite d’une nouvelle in­tervention n’écarterait pas non plus le danger d’intervention, si l’encerclement capitaliste demeure.

Il suit de là que les travailleurs de l’U.R.S.S. ont un intérêt vital à la victoire de la révolution prolétarienne dans les pays ca­pitalistes. Tel était le point de vue du Parti en ce qui concerne la victoi­re du socialisme dans notre pays.

Le Comité central insista pour que ce point de vue fût discuté à la XIVe conférence du Parti à la veille de laquelle on se trouvait, pour qu’il fût approuvé et adopté comme l’orien­tation du Parti, comme la loi du Parti,obligatoire pour tous ses membres. Cette orientation eut un effet ahurissant sur l’opposition. Avant tout parce que le Parti conterait à cette orientation un caractère pratique et concret, la rattachait au plan pratique d’industrialisa­tion socialiste du pays et demandait qu’elle fût revêtue de la forme d’une loi du Parti, de la forme d’une résolution de la XIVe con­férence, résolution qui serait obligatoire pour tous les membres du Parti.

Les trotskistes s’élevèrent contre cette orientation, en lui op­posant une théorie menchévique dite « théorie de la révolution permanente », qui ne pouvait être que par dérision appelée théorie marxiste et qui niait la possibilité de la victoire de la construction socialiste en U.R.S.S.

Les boukhariniens n avaient pas osé se dresser ouvertement contre l’orientation du Parti. Mais ils ne lui en opposèrent pas moins, sournoisement, leur « théorie » de l’intégration pacifique de la bourgeoisie dans le socialisme, en la complétant d’un mot d’ordre « nouveau » : « Enrichissez-vous ! » Selon les boukhari­niens, la victoire du socialisme signifiait non pas liquider la bour­geoisie, mais stimuler son développement et l’enrichir.

Zinoviev et Kaménev s’étaient hasardés, pendant un temps, à déclarer que la victoire du socialisme dans l’U.R.S.S. était im­possible pas suite de son retard économique et technique ; mais ils durent par la suite rentrer dans leur trou.

La XIVe conférence du Parti (avril 1925) condamna toutes ces « théories » de capitulation, formulées par les membres, dé­clarés ou masqués de (opposition, et elle confirma par une résolu­tion appropriée l’orientation du Parti vers la victoire du socialisme en U.R.S.S. Mis au pied du mur, Zinoviev et Kaménev préférèrent voter pour la résolution. Mais le Parti savait qu’ils n’avaient fait qu ajourner leur lutte, en se réservant de « livrer bataille au Parti » à son XIVe congrès. Ils rassemblèrent leurs partisans à Léningrad et formèrent ce qu’on appela la « nouvelle opposition ».

En décembre 1925 s’ouvrit le XIVe congrès.

L’atmosphère était tendue au sein du Parti. Depuis qu’il exis­tait, on n’avait jamais vu une délégation d’un grand centre du Parti, comme Léningrad, se préparer à intervenir contre son Comité central. Au congrès assistaient 665 délégués avec voix délibérative et 641 avec voix consultative ; ils représentaient 643.000 membres du Parti et 445.000 stagiaires, c’est-à-dire un peu moins qu’au congrès précédent : résultat de l’épuration partielle des cellules des écoles supérieures et des administrations, qui s’étaient révélées encom­brées d’éléments hostiles au Parti.

Le rapport politique du Comité central fut présenté par le camarade Staline. Il brossa un tableau saisissant du progrès de la puissance politique et économique de l’U.R.S.S. L’industrie comme l’agriculture, grâce aux avantages du système soviétique de l’économie, avaient été restaurées dans un délai relativement court et elles approchaient du niveau d’avant-guerre.

Mais le ca­marade Staline invitait à ne pas s’en tenir là, les succès réalisés ne pouvant supprimer cette vérité que notre pays restait encore un pays arriéré, un pays agraire. Les deux tiers de la production glo­bale étaient fournis par l’agriculture, un tiers seulement par l’in­dustrie.

Devant le Parti, disait le camarade Staline, se pose dans toute son ampleur le problème de la transformation de notre pays en un pays industriel, économiquement indépendant des pays ca­pitalistes. On peut atteindre ce but, et il faut l’atteindre. La tâche centrale du Parti devient la lutte pour l’industrialisation socialiste du pays, la lutte pour la victoire du socialisme.

« Transformer notre pays de pays agraire en pays indus­triel, capable de produire par ses propres forces l’outillage nécessaire voilà le fond, la base de notre ligne générale », indiqua le camarade Staline.

L’industrialisation du pays assurait son indépendance écono­mique, renforçait sa capacité de défense et créait les conditions nécessaires pour la victoire du socialisme en U.R.S.S. Contre la ligne générale du Parti s’élevèrent les zinoviévistes. Au plan d’industrialisation socialiste de Staline, le zinoviéviste Sokolnikov opposa le plan bourgeois qui avait cours parmi les requins de l’impérialisme.

D’après ce plan, l’U.R.S S. devait rester un pays agraire, produisant principalement des matières premières et des produits agricoles, les exportant à l’étranger et important en échange les machines qu’elle ne fabriquait pas ni ne fabriquerait. Dans les conditions de Tannée 1925, ce plan apparaissait comme un plan d’asservissement économique de l’U.R.S.S. par les pays étrangers industriellement évolués, comme un plan de consé­cration du retard industriel de l’Union soviétique, bien fait pour plaire aux requins impérialistes des pays du capital.

Adopter ce plan revenait à transformer notre pays en un ap­pendice agraire, appendice impuissant du monde capitaliste, à le laisser désarmé et débile face à l’encerclement capitaliste et, en dernière analyse, à enterrer la cause du socialisme en U.R.S.S. Le congrès condamna le « plan » économique des zinovièvistes comme un plan d’asservissement de l’U.R.S.S.

La « nouvelle opposition » échoua également dans ses manœu­vres telles que l’affirmation (à l’encontre de Lénine !) que notre industrie d’État n’était pas une industrie socialiste, ou la déclara­tion (également à l’encontre de Lénine !) que le paysan moyen ne pouvait pas être l’allié de la classe ouvrière dans l’œuvre de cons­truction socialiste. Le congrès condamna ces manœuvres de la « nouvelle opposi­tion » comme antiléninistes.

Le camarade Staline dénonça la nature menchévico-trotskiste de la « nouvelle opposition ». Il montra que Zinoviev et Kaménev ne faisaient que reprendre les refrains des ennemis du Parti contre lesquels Lénine avait engagé en son temps une lutte impla­cable. Il apparaissait de toute évidence que les zinoviévistes n’étaient que des trotskistes mal camouflés.

Le camarade Staline souligna que la tâche la plus importante du Parti consistait à assurer l’alliance solide de la classe ouvrière avec le paysan moyen dans l’œuvre de construction du socialisme. Il signala les deux déviations qui existaient alors dans le Parti sur la question paysanne et qui représentaient un danger pour cette alliance. La première déviation consistait à sous-estimer et à di­minuer le danger koulak ; la seconde, c’était la panique la peur du koulak et la sous-estimation du rôle du paysan moyen.

À la question de savoir laquelle de ces déviations était la pire le ca­marade Staline répondit : « Elles sont pires toutes les deux, la première comme la seconde. Et si elles prennent de l’extension, elles sont capables de décomposer et de perdre le Parti. Par bon­heur, nous avons dans le Parti des forces qui peuvent amputer la première déviation comme la seconde. »

En effet, le Parti a écrasé et amputé aussi bien la déviation « de gauche » que celle de droite.

En dressant le bilan des débats sur la construction de l’éco­nomie, le XIVe congrès du Parti repoussa à l’unanimité les plans de capitulation formulés par l’opposition et il écrivit dans sa célèbre résolution :

« Dans le domaine de la construction de l’économie, le congrès part de ce fait que notre pays, pays de la dictature du prolétariat, possède « tout ce qui est nécessaire pour construire la société socialiste intégrale » (Lénine). Le congrès estime que la lutte pour la victoire de la construction socialiste en URS.S. est la tâche fondamentale de notre Parti. »

Le XIVe congrès adopta les nouveaux statuts du Parti. C’est à dater de ce congrès que notre Parti s’est appelé Parti communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S. : P.C.(b) de l’U.R.S.S.

Les zinovièvistes, battus au congrès, refusèrent de se sou­mettre au Parti. Ils engagèrent la lutte contre les décisions du XIVe congrès. Aussitôt après, Zinoviev réunit le Comité des Jeu­nesses communistes de la région de Léningrad, dont la direction avait été éduquée par Zinoviev, Zaloutski, Bakaev, Evdokimov, Koukline, Safarov ainsi que par d’autres hommes à double face, dans la haine du Comité central léniniste du Parti.

À cette réu­nion, le Comité des Jeunesses communistes de la région de Lénin­grad adopta une décision sans précédent dans l’histoire des J. C. léninistes de l’U.R.S.S. : celle de ne pas se conformer aux ré­solutions du XIVe congrès du Parti.

Mais la direction zinoviéviste des J. C. de Léningrad ne tradui­sait nullement l’état d’esprit des masses des Jeunesses communis­tes de cette ville. Aussi fut-elle facilement défaite ; et bientôt l’organisation des J. C. de Léningrad reprenait la place qui lui revenait dans les J. C.

Vers la fin des travaux du XIVe congrès, un groupe de dé­légués, les camarades Molotov, Kirov, Vorochilov, Kalinine, Andréev d’autres encore, furent envoyés à Léningrad. Il fallait éclairer les membres de l’organisation du Parti sur le caractère criminel, antibolchévik, de la position adoptée au congrès par la délégation de Léningrad, qui n’avait dû ses mandats qu’à la frau­de. Les réunions de compte rendu du congrès furent orageuses.

On réunit une conférence extraordinaire de l’organisation de Léningrad du Parti. La masse écrasante des membres de cette organisation (plus de 97%) approuva entièrement et sans réserve les décisions du XIVe congrès du Parti ; elle condamna la « nouvelle opposition » zinoviéviste ennemie du Parti. Cette dernière ne représentait dès ce moment que des généraux sans armée !

Les bolchéviks de Leningrad demeuraient au premier rang du Parti de Lénine et de Staline. En dressant le bilan des travaux du XIVe congrès du Parti, le camarade Staline écrivait :

« L’importance historique du XIVe congrès du Parti com­muniste de l’U.R.S.S., c’est qu’il a su mettre à nu jusqu’à la racine les erreurs de la nouvelle opposition ; il a rejeté bien loin de lui le scepticisme et les lamentations de cette opposi­tion ; il a tracé, claire et nette, la voie où la lutte se poursuivra pour le socialisme ; il a donné au Parti la perspective de la victoire et armé par là même le prolétariat d’une foi inébran­lable en la victoire de la construction socialiste. » (Staline : Questions du léninisme, chapitre VII.)

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Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik)

Le parti bolchévik pendant l’intervention militaire de l’étranger et la guerre civile (1918-1920

Précis d’histoire du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik), 1938

1. Début de l’intervention militaire de l’étranger. Première période de la guerre civile.

Ainsi la paix avait été conclue à Brest-Litovsk et le pouvoir des Soviets s’était consolidé à la suite des mesures économiques révolutionnaires qu’il avait prises. Ces deux faits s’étaient produits à un moment où, en Occident, la guerre battait encore son plein, et ils avaient provoqué la plus vive alarme parmi les impérialistes d’Occident, et surtout parmi les impérialistes de l’Entente.

Ils craignaient que la signature de la paix entre l’Allemagne et la Russie pût alléger la situation militaire de l’Allemagne et aggra­ver en conséquence celle des armées de l’Entente. Ils craignaient ensuite que la conclusion de la paix entre la Russie et l’Allemagne pût renforcer l’élan vers la paix dans tous les pays, sur tous les fronts, et compromettre ainsi la cause de la guerre, la cause des impérialistes.

Ils redoutaient enfin que l’existence du pouvoir des Soviets sur le territoire d’un immense pays et ses succès intérieurs, consécutifs au renversement du pouvoir de la bourgeoisie, ne fus­sent un exemple contagieux pour les ouvriers et les soldats d’Oc­cident : profondément mécontents d’une guerre qui traînait en longueur, ceux-ci ne pouvaient-ils, à l’exemple des Russes, tourner leurs baïonnettes contre leurs maîtres et oppresseurs ? Pour tou­tes ces raisons, les gouvernements de l’Entente décidèrent une intervention militaire en Russie, pour renverser le pouvoir des So­viets et mettre sur pied un pouvoir bourgeois qui restaurerait le régime capitaliste dans le pays, annulerait le traité de paix avec l’Allemagne et rétablirait le front militaire contre l’Allemagne et l’Autriche.

Les impérialistes de l’Entente entreprirent d’autant plus volon­tiers cette infâme besogne qu’ils étaient convaincus de la précarité du pouvoir des Soviets et ne doutaient pas que, si ses ennemis s’y employaient, il ne tarderait pas à succomber.

Les succès du pouvoir des Soviets et sa consolidation avaient semé encore plus d’alarme dans les rangs des classes renversées, grands propriétaires fonciers et capitalistes, dans les rangs des partis battus, cadets, menchéviks, socialistes-révolutionnaires, anarchistes, nationalistes bourgeois de toute sorte, dans les rangs des généraux gardes-blancs, des officiers cosaques, etc.

Dès les premiers jours de la victoire de la Révolution d’Octobre, ces éléments hostiles avaient crié sur tous les toits que le pouvoir soviétique n’avait pas de terrain propice en Russie, qu’il était condamné, qu’il s’effondrerait dans une ou deux semaines, dans un mois, ou tout au plus dans deux ou trois mois.

Mais comme le pouvoir soviétique, en dépit des exorcismes de ses ennemis, con­tinuait à exister et à se consolider, les ennemis du pouvoir des Soviets à l’intérieur de la Russie se virent obligés de reconnaître que ce pouvoir était beaucoup plus fort qu’ils ne l’auraient cru, que pour le renverser il fallait un sérieux effort, une lutte acharnée de toutes les forces de la contre-révolution. Aussi décidèrent-ils de faire un vaste travail de rébellion pour rassembler les forces de contre-révolution, pour racoler des cadres militaires, pour or­ganiser des émeutes, avant tout dans les régions cosaques et dans celles où les koulaks étaient en force.

C’est ainsi que dès la première moitié de 1918, deux forces déterminées apparurent, qui étaient prêtes à renverser le pou­voir des Soviets : les impérialistes de l’Entente et la contre-ré­volution intérieure de Russie.

Aucune de ces forces ne réunissait des moyens suffisants pour entreprendre à elle seule de renverser le pouvoir des Soviets. La contre-révolution de Russie disposait de certains cadres mili­taires, ainsi que de certaines ressources en hommes, principale­ment parmi les couches supérieures des cosaques et chez les koulaks, ressources nécessaires pour déclencher un soulèvement contre le pouvoir des Soviets.

Mais elle n’avait ni argent ni armes. Les impérialistes étrangers, au contraire, avaient de l’argent et des armes, mais ils ne pouvaient « assigner » pour l’intervention des forces militaires suffisantes, non seulement parce que ces forces étaient indispensables pour la guerre contre l’Allemagne et l’Autriche, mais encore parce qu’elles pouvaient s’avérer trop peu sûres pour la lutte contre le pouvoir des Soviets.

Les circonstances de la lutte contre le pouvoir des Soviets imposaient la fusion des deux forces antisoviétiques, celle de l’étranger et celle de l’intérieur. Et cette fusion s’opéra dans la première moitié de 1918. C’est ainsi que prit forme l’intervention militaire de l’étran­ger contre le pouvoir des Soviets, appuyée par les rébellions contre-révolutionnaires des ennemis de ce pouvoir à l’intérieur de la Russie. C’est ainsi que finit la trêve et que la guerre civile commença en Russie, c’est-à-dire la guerre des ouvriers et des paysans des peuples de Russie contre les ennemis extérieurs et intérieurs du pouvoir des Soviets.

Les impérialistes d’Angleterre, de France, du Japon, des États-Unis déclenchent l’intervention sans déclaration de guerre, bien que cette intervention fût une guerre contre la Russie, et une guerre de la pire espèce. Ces brigands « civilisés » se glissent, su­brepticement, en voleurs, et débarquent leurs troupes en territoire russe.

Les Anglo-Français opèrent un débarquement dans le nord de la Russie ; ils occupent Arkhangelsk et Mourmansk, et ils y épau­lent l’émeute des gardes blancs ; ils renversent le pouvoir des Soviets et forment un gouvernement garde-blanc, le « gouverne­ment du Nord de la Russie ».

Les Japonais débarquent leurs troupes à Vladivostok, s’em­parent de la Province maritime, dispersent les Soviets et épaulent les rebelles gardes-blancs, qui rétabliront plus tard le régime bourgeois. Dans le Caucase du Nord, les généraux Kornilov, Alexéev, Dénikine, secondés par les Anglo-Français, organisent une « armée volontaire » de gardes blancs, provoquent une émeute parmi les couches supérieures des cosaques et partent en campagne contre les Soviets. Dans la région du Don, les généraux Krasnov et Mamontov, secrètement aidés des impérialistes allemands (qui n’osaient les soutenir ouvertement, en raison du traité de paix avec la Russie), soulèvent une révolte parmi les cosaques du Don, occupent la ré­gion et partent en campagne contre les Soviets.

Dans la région de la Moyenne-Volga et en Sibérie, les menées anglo-françaises aboutissent à l’organisation de la révolte du corps d’armée tchécoslovaque. Le gouvernement soviétique avait autorisé ce corps d’armée composé de prisonniers de guerre à rentrer dans sa patrie par la Sibérie et l’Extrême-Orient. Mais il fut utilisé en cours de route par les socialistes-révolutionnaires et les Anglo-Fran­çais qui le poussèrent à se soulever contre le pouvoir des Soviets.

L’émeute du corps d’armée tchécoslovaque fut le signal de la ré­volte des koulaks dans le bassin de la Volga et en Sibérie, et de celle des ouvriers des usines de Volkinsk et d’Ijevsk qui suivaient les socialistes-révolutionnaires. Dans la région de la Volga se cons­titua le gouvernement garde-blanc et socialiste-révolutionnaire de Samara ; à Omsk, le gouvernement garde-blanc de Sibérie.

L’Allemagne ne participait pas et ne pouvait pas participer à cette intervention du bloc anglo-franco-nippo-américain. D’abord parce qu’elle était en guerre contre ce bloc. Mais malgré cela, et en dépit du traité de paix qui existait entre la Russie et l’Allemagne, personne parmi les bolchéviks ne doutait que le gouvernement de l’empereur Guillaume ne fût, pour le pays des Soviets, un ennemi tout aussi féroce que les interventionnistes anglo-franco-nippo-américains. Et en effet, les impérialistes allemands faisaient l’im­possible pour isoler, affaiblir et perdre le pays des Soviets.

De la Russie soviétique, ils détachèrent l’Ukraine, en vertu, il est vrai, d’un « traité » passé avec la Rada d’Ukraine ; ils introduisirent leurs troupes dans ce pays à la demande de la Rada ukrainienne contre-révolutionnaire, et se mirent en devoir de piller et d’oppri­mer inhumainement le peuple ukrainien, en lui interdisant le moindre contact avec la Russie soviétique. Ils amputèrent la Rus­sie soviétique de la Transcaucasie où, à la demande des nationa­listes géorgiens et azerbaïdjanais, ils introduisirent des troupes alle­mandes et turques et s’installèrent en maîtres à Tiflis et à Bakou. Ils soutenaient contre le pouvoir des Soviets, — secrètement il est vrai, — mais par tous les moyens, en lui fournissant munitions et vivres, le général Krasnov, révolté dans la région du Don.

La Russie soviétique se trouvait ainsi coupée de ses principales sources de vivres, de matières premières et de combustible.

La situation de la Russie soviétique fut difficile, à l’époque. On manquait de pain. On manquait de viande. Les ouvriers étaient tenaillés par la faim. Aux ouvriers de Moscou et de Pétrograd, on distribuait cinquante grammes de pain pour deux jours. Et il arri­vait qu’on ne distribuât pas de pain du tout. Les usines chômaient, ou presque ; elles manquaient de matières premières et de com­bustible. Mais la classe ouvrière ne connut pas le découragement. Le découragement n’atteignit pas le Parti bolchévik. Les difficultés inouïes de cette période et la lutte acharnée contre les difficultés montrèrent quelle énergie inépuisable la classe ouvrière recèle et de quelle force d’autorité, grande et infinie, le Parti bolchévik dispose.

Le Parti proclama que le pays était un camp retranché, et ré­organisa la vie économique, politique et culturelle sur le pied de guerre. Le gouvernement soviétique déclara : « La patrie socialiste est en danger », et appela le peuple à la résistance. Lénine lança le mot d’ordre : « Tout pour le front. » Et des centaines de milliers d’engagés volontaires, ouvriers et paysans, rejoignirent l’Armée rou­ge.

Près de la moitié des effectifs du Parti et des Jeunesses communistes étaient au front. Le Parti soulevait le peuple pour la guerre de salut de la patrie, contre l’invasion des troupes étrangè­res, contre les rébellions des classes exploiteuses renversées par la révolution. Le Conseil de la défense ouvrière et paysanne, orga­nisé par Lénine dirigeait le ravitaillement du front en hommes, en vivres, en équipements, en munitions. L’abandon du principe du volontariat et l’introduction du service militaire obligatoire firent affluer dans l’Armée rouge de nouveaux contingents, forts de cen­taines de milliers d’hommes ; en un court espace de temps, les effectifs de l’Armée rouge avaient atteint un million d’hommes.

Bien que la situation du pays fût difficile et que l’Armée rouge, encore jeune, n’eût pas eu le temps de prendre toute sa force, les mesures prises pour la défense aboutirent à de premiers succès.

Le général Krasnov fut repoussé de Tsaritsyne dont il considérait la prise comme certaine, et rejeté au delà du Don. L’action du général Dénikine fut localisée dans une zone peu étendue du Cau­case du Nord, et le général Kornilov fut tué dans une bataille con­tre l’Armée rouge. Les Tchécoslovaques et les bandes de socialistes-révolutionnaires et de gardes blancs furent chassés de Kazan, de Simbirsk, de Samara et refoulés vers l’Oural. L’émeute du garde blanc Savinkov, à Iaroslavl, qui avait été organisée par Lockhart, chef de la mission anglaise à Moscou, fut écrasée, et Lockhart arrêté. Pour avoir exercé la terreur blanche contre les bolchéviks, les socialistes-révolutionnaires qui avaient assassiné les camarades Ouritski et Volodarski et perpétré un lâche attentat contre Lénine, furent soumis à la terreur rouge et écrasés sur tous les points quelque peu importants de la Russie centrale.

La jeune Armée rouge se trempait, s’aguerrissait dans les ba­tailles contre l’ennemi. Les commissaires communistes qui travaillaient alors dans l’Armée rouge, jouèrent un rôle décisif pour la consolidation de l’Armée, pour son éducation politique, pour le renforcement de sa valeur militaire et de sa discipline.

Le Parti bolchévik comprit que ces succès de l’Armée rouge ne pouvaient décider de l’issue des opérations, que ce n’étaient là que des coups d’essai. Il se Tendit compte que de nouvelles batail­les, encore plus graves, étaient imminentes ; que le pays ne pour­rait récupérer ses bases de ravitaillement en vivres, en matières premières et en combustible qu’au prix de batailles sérieuses, acharnées, contre l’ennemi. Aussi les bolchéviks entreprirent-ils de se préparer énergiquement à une guerre de longue haleine  ; ils résolurent de mettre l’arrière tout entier au service du front.

Le gouvernement soviétique instaura le communisme de guerre Il plaça sous son contrôle, outre la grande industrie, la petite et la moyenne, afin d’accumuler des réserves de marchandises de gran­de consommation et d’en pourvoir l’armée et la campagne. Il éta­blit le monopole du blé, en interdit le commerce privé et établit un régime de prélèvements pour recenser tous les excédents de pro­duits alimentaires détenus par les paysans, afin d’amasser des réserves de blé et de ravitailler l’armée et les ouvriers. Enfin, il introduisit le travail obligatoire pour toutes les classes. En con­traignant la bourgeoisie au travail manuel et en libérant de la sor­te les ouvriers, qui purent ainsi exécuter un autre travail, plus im­portant pour le front, le Parti réalisait le principe : « Qui ne tra­vaille pas, ne mange pas. »

Tout cet ensemble de mesures, qui étaient imposées par les conditions exceptionnellement difficiles de la défense du pays et qui avaient un caractère provisoire, s’appela communisme de guerre. Le pays se prépara à une longue et âpre guerre civile contre les ennemis extérieurs et intérieurs du pouvoir des Soviets. Il lui fallut tripler les effectifs de l’armée vers la fin de 1918. Il lui fallut accumuler des ressources pour ravitailler cette armée.

Lénine indiquait à l’époque :

« Nous avions décidé d’avoir une armée d’un million d’hommes au printemps ; et il nous faut maintenant une armée de trois millions d’hommes. Nous pouvons l’avoir. Et nous l’aurons. »

2. Défaite militaire de l’Allemagne. Révolution allemande. Fondation de la IIIe Internationale. VIIIe congrès du Parti.

Tandis que le pays des Soviets se préparait aux nouvelles batailles contre l’intervention étrangère, des évènements décisifs se déroulaient en Occident, à l’arrière et sur les fronts des pays belligérants. L’Allemagne et l’Autriche étouffaient dans l’étau de la guerre et de la crise de subsistances. Alors que l’Angleterre, la France te les États-Unis engageaient des réserves toujours nouvelles, les faibles réserves de l’Allemagne et de l’Autriche touchaient à leur fin. Il était évident que les deux pays, épuisés à l’extrême seraient incessamment vaincus.

Simultanément, l’indignation populaire montait en Allemagne et en Autriche contre l’interminable et funeste guerre, contre les gouvernements impérialistes de ces pays, qui vouaient le peuple à l’épuisement, à la famine.

À cet état d’esprit contribuait également la puissante action révolutionnaire de la Révolution d’Octobre, la fraternisation des soldats soviétiques avec les soldats austro-allemands sur le front, dès avant la paix de Brest-Litovsk, enfin, l’influence de la cessation de la guerre avec la Russie soviétique, l’influence de la paix signée avec elle. L’exemple de la Russie, dont le peuple avait mis un terme à la guerre exécrée en renversant son gouvernement impérialiste, ne pouvait pas ne pas servir de leçon aux ouvriers austro-allemands.

Quant aux soldats allemands qui avaient été sur le front est et qui, plus tard, après la paix de Brest-Litovsk, avaient été envoyés au front ouest, ils ne pouvaient manquer de décomposer l’armée allemande en racontant leur fraternisation avec les soldats soviétiques et comment ceux-ci s’étaient libérés de la guerre. En ce qui concerne l’armée autrichienne, elle avait commencé à se décomposer bien plus tôt, pour les mêmes raisons.

Toutes ces circonstances renforcèrent l’aspiration à la paix des troupes allemandes ; elles avaient perdu leur ancienne valeur combative et elles reculaient sous la poussée des armées de l’Entente. En Allemagne même, une révolution éclata en novembre 1918, qui renversa Guillaume et son gouvernement.

Force fut à l’Allemagne de s’avouer vaincue et de demander la paix à l’Entente.

C’est ainsi que l’Allemagne, puissance de premier rang, fut réduite d’un seul coup à l’état de puissance de second ordre.

Pour le pouvoir des Soviets, cette circonstance avait une certaine portée négative, puisqu’elle faisait des pays de l’Entente, organisateurs de l’intervention militaire contre le pouvoir soviétique, la force dominante de l’Europe et de l’Asie ; elle leur permettait de renforcer l’intervention et d’organiser le blocus du pays des Soviets, de serrer encore le nœud coulant qui étranglait ce pays. C’est bien ce qu’ils firent, comme nous le verrons plus tard.

Mais d’un autre côté, cette circonstance avait une portée positive encore plus grande, puisqu’elle allégeait radicalement la situation du pays des Soviets. Premièrement, le pouvoir soviétique pouvait annuler la paix spoliatrice de Brest-Litovsk, arrêter les paiements au titre de la contribution de guerre et engager ouvertement la lutte militaire et politique pour libérer l’Estonie, la Lettonie, la Biélorussie, la Lituanie, l’Ukraine, la Transcaucasie, pour les arracher au joug de l’impérialisme allemand.

En second lieu, et c’est là l’essentiel, l’existence au centre de l’Europe, en Allemagne, d’un régime républicain et de Soviets de députés ouvriers et soldats devait exercer une influence révolutionnaire, — et elle exerça réellement cette influence, — sur les autres pays d’Europe, ce qui ne pouvait manquer de raffermir la situation du pouvoir des Soviets en Russie. La révolution allemande était, il est vrai, une révolution bourgeoise, et non socialiste ; les Soviets y étaient un instrument docile du parlement bourgeois, car en son sein dominaient les social-démocrates, des conciliateurs dans le genre des menchéviks russes, ce qui explique proprement la faiblesse de la révolution.

À quel point elle était faible, c’est ce qu’atteste, par exemple, le fait qu’elle laissa impuni l’assassinat par les gardes blancs de révolutionnaires en vue comme R. Luxembourg et K. Liebknecht. Mais c’était quand même une révolution. Guillaume avait été renversé. Les ouvriers avaient secoué leurs chaînes ; ce fait seul devait forcément donner libre cours à la révolution en Occident, susciter un essor de la révolution dans les pays d’Europe.

La révolution montait en Europe. En Autriche, le mouvement révolutionnaire prenait de l’extension. La République des Soviets avait été proclamée en Hongrie. À la faveur de la vague révolutionnaire, les partis communistes, en Europe, étaient remontés à la surface.

Un terrain réel se trouvait crée pour l’unification des partis communistes dans la IIIe Internationale, dans l’Internationale communiste.

En mars 1919, à Moscou, au Ier congrès des partis communistes de différents pays, l’Internationale communiste fut fondée sur l’initiative de Lénine et des bolchéviks. Le blocus et les persécutions des impérialistes avaient empêché beaucoup de délégués de se rendre à Moscou ; le Ier congrès réunit néanmoins les délégués des principaux pays d’Europe et d’Amérique. C’est Lénine qui dirigea les travaux du congrès.

Dans son rapport sur la démocratie bourgeoise et la dictature du prolétariat, Lénine montra la signification du pouvoir des Soviets, en tant que démocratie authentique pour les travailleurs. Le congrès adopta un Manifeste au prolétariat international, qui appelait à la lutte décisive pour la dictature prolétarienne, pour la victoire des Soviets dans tous les pays.

Le congrès constitua un Comité exécutif de la IIIe Internationale, de l’Internationale communiste (C.E. de l’I.C.).

C’est ainsi que fut crée une organisation internationale du prolétariat révolutionnaire d’un type nouveau, l’Internationale marxiste-léniniste.

D’une part se renforçait donc le bloc réactionnaire des États de l’Entente contre le pouvoir des Soviets, mais d’autre part, l’essor révolutionnaire s’affirmait en Europe, principalement dans les pays vaincus et cet essor avait puissamment allégé la situation du pays des Soviets, telles étaient les circonstances contradictoires au milieu desquelles le VIIIe congrès de notre Parti se réunit en mars 1919.

Il comptait 301 délégués avec voix délibérative, représentant 313 766 membres du Parti. Les délégués avec voix consultative étaient au nombre de 102.

En ouvrant le congrès, Lénine évoqua d’abord la mémoire d’un des meilleurs organisateurs du Parti bolchévik, J. Sverdlov, qui était mort la veille.

Le congrès adopta le nouveau programme du Parti. Ce programme donnait la caractéristique du capitalisme et de son stade suprême, l’impérialisme ; deux systèmes d’États y étaient mis en regard : le système de la démocratie bourgeoise et le système soviétique.

Il exposait en détail les tâches concrètes du Parti en lutte pour le socialisme : mener jusqu’au bout l’expropriation de la bourgeoisie, gérer l’économie du pays d’après un plan socialiste unique, faire participer les syndicats à l’organisation de l’économie nationale ; appliquer la discipline socialiste du travail ; utiliser les spécialistes dans l’économie nationale sous le contrôle des organismes soviétiques ; entraîner graduellement et méthodiquement la paysannerie moyenne à l’œuvre de la construction socialiste.

Le congrès adopta la proposition de Lénine de donner dans le programme, à côté de la définition de l’impérialisme comme stade suprême du capitalisme, la description du capitalisme industriel et de l’économie marchande simple, qui figurait dans l’ancien programme adopté par le IIe congrès du Parti. Lénine jugeait nécessaire de marquer dans le programme la complexité de notre économie et d’indiquer l’existence dans notre pays de différentes formations économiques, y compris la petite économie marchande représentée par le paysan moyen.

C’est pourquoi, lors de la discussion du programme, Lénine s’éleva résolument contre le point de vue antibolchévik de Boukharine, qui proposait d’éliminer du programme les paragraphes relatifs au capitalisme, à la petite production marchande, à l’économie du paysan moyen. Le point de vue de Boukharine signifiait la négation menchévique et trotskiste du rôle du paysan moyen dans la construction du régime soviétique. En même temps, Boukharine escamotait le fait de l’apparition et du développement des éléments koulaks engendrés par la petite exploitation marchande à la campagne.

Lénine battit également en brèche le point de vue antibolchévik de Boukharine et de Piatakov sur la question nationale. Tous deux s’étaient prononcés contre l’inscription au programme d’un paragraphe sur le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, contre l’égalité des droits pour les nations, sous prétexte que ce mot d’ordre empêcherait la révolution prolétarienne de triompher, empêcherait l’union des prolétaires des différentes nationalités. Lénine réfuta ces funestes conceptions impérialistes et chauvines de Boukharine et de Piatakov.

Le VIIIe congrès du Parti réserva dans ses travaux une place importante à la question de l’attitude à observer envers le paysan moyen. Après ce décret que l’on connaît sur la terre, le village devenait de plus en plus un village de paysans moyens ; c’étaient eux qui constituaient maintenant la majorité de la population paysanne. L’état d’esprit et la conduite de la paysannerie moyenne, qui avait oscillé entre la bourgeoisie et le prolétariat, étaient d’une importance considérable pour les destinées de la guerre civile et de la construction socialiste.

L’issue de la guerre civile dépendait pour beaucoup de ces questions : de quel côté pencherait le paysan moyen ; quelle classe, — prolétariat ou bourgeoisie, — saurait gagner la paysannerie moyenne. Dans l’été de 1918, les Tchécoslovaques, les gardes blancs, les koulaks, les socialistes-révolutionnaires, les menchéviks étaient parvenus à renverser le pouvoir des Soviets dans le bassin de la Volga, parce qu’ils avaient eu l’appui d’une partie importante de la paysannerie moyenne. Il en avait été de même des émeutes fomentées par les koulaks dans la Russie centrale. Mais à partir de l’automne 1918, un revirement s’opère dans l’état d’esprit des masses de la paysannerie moyenne en faveur du pouvoir des Soviets.

La paysannerie s’était rendue compte que la victoire des blancs entraînait la restauration du pouvoir des grands propriétaires fonciers, la reprise des terres aux paysans, le pillage, le fouet et la torture pour les paysans. Ce qui contribua aussi à modifier l’attitude de la paysannerie, ce fut l’activité des comités de paysans pauvres, qui avaient maté les koulaks. Voilà dans quelles conditions Lénine formula en novembre 1918 le mot d’ordre :

« Savoir aboutir à une entente avec le paysan moyen, sans renoncer une minute à la lutte contre le koulak et en s’appuyant solidement sur les seuls paysans pauvres. » (Lénine, t. XXIII, p. 294, éd. Russe.)

Certes, les hésitations de la paysannerie moyenne n’avaient pas cessé entièrement, mais elle s’était rapprochée du pouvoir des Soviets et elle le soutenait avec plus de fermeté. La politique préconisée par le VIIIe congrès du Parti à l’égard de la paysannerie moyenne y contribua dans une grande mesure.

Le VIIIe congrès marqua un tournant dans la politique du Parti envers la paysannerie moyenne. Le rapport de Lénine et les décisions du congrès déterminèrent une nouvelle ligne du Parti dans cette question. Le congrès demanda aux organisations du Parti et à tous les communistes de faire une stricte distinction entre la paysannerie moyenne et les koulaks, de la gagner à la cause de la classe ouvrière en se montrant attentifs à ses besoins.

Il fallait lutter contre le retard du paysan moyen par la persuasion, et non par des mesures de contrainte, de violence. Aussi le congrès donna-t-il la directive de réaliser les mesures socialistes à la campagne (constitution des communes, des artels agricoles), sans user de contrainte.

Dans toutes les occasions où l’on heurtait les intérêts vitaux du paysan moyen, il fallait aboutir à s’entendre pratiquement avec lui, lui faire certaines concessions sur les moyens de réaliser les transformations socialistes. Le congrès proposa de pratiquer une politique d’alliance solide avec le paysan moyen, en conservant au prolétariat le rôle dirigeant dans cette alliance.

La nouvelle politique envers la paysannerie moyenne, proclamée par Lénine au VIIIe congrès, demandait au prolétariat de s’appuyer sur la paysannerie pauvre, de réaliser une alliance solide avec le paysan moyen et de mener la lutte contre le koulak. Jusqu’au VIIIe congrès, le Parti avait en somme fait une politique de neutralisation du paysan moyen. Autrement dit, il avait voulu obtenir du paysan moyen qu’il ne se plaçât pas aux côtés de la bourgeoisie. Mais maintenant cela ne suffisait plus. Le VIIIe congrès passa de la politique de neutralisation du paysan moyen à l’alliance solide avec lui pour lutter contre les gardes blancs et l’intervention étrangère de même que pour assurer le succès de la construction socialiste.

La ligne adoptée par le congrès envers la masse fondamentale de la paysannerie, envers le paysan moyen, joua un rôle décisif pour assurer la victoire dans la guerre civile contre l’intervention étrangère et ses suppôts, les gardes blancs. En automne 1919, lorsqu’il fallut choisir entre le pouvoir des Soviets et Dénikine, la paysannerie soutint les Soviets, et la dictature du prolétariat triompha de son ennemi le plus dangereux.

Les questions d’organisation de l’Armée rouge prirent une place toute spéciale dans le congrès. On vit s’affirmer l’opposition dite « opposition militaire ». Elle réunissait bon nombre d’anciens « communistes de gauche ».

Mais, outre les représentants du « communisme de gauche » battu, l’ « opposition militaire » comprenait des militants qui, sans jamais avoir participé à aucune opposition, étaient mécontents de la direction de Trotski dans l’armée. La plupart des délégués militaires étaient très montés contre Trotski, contre le culte qu’il vouait aux spécialistes de l’ancienne armée tsariste, dont une partie nous avaient franchement trahis pendant la guerre civile, contre son attitude d’arrogance et d’hostilité envers les vieux cadres bolchéviks de l’armée.

On cita au congrès des exemples « tirés de la pratique », montrant que Trotski avait voulu faire fusiller nombre de communistes responsables de l’armée qui n’avaient pas l’heur de lui plaire, faisant ainsi le jeu de l’ennemi ; seule l’intervention du Comité central et les protestations des militants de l’armée avaient empêché que ces camarades ne fussent exécutés.

Mais tout en luttant contre la déformation de la politique militaire du Parti par Trotski, l’ « opposition militaire » défendait un point de vue erroné dans plusieurs problèmes relatifs à la construction de l’armée.

Lénine et Staline s’élevèrent résolument contre l’ « opposition militaire », qui défendait les survivances de l’esprit partisan dans la troupe et luttait contre la création d’une Armée rouge régulière, contre l’utilisation des spécialistes militaires, contre la discipline de fer sans laquelle il ne saurait y avoir de véritable armée. Dans sa réplique à l’ « opposition militaire », le camarade Staline demanda la création d’une armée régulière, imprégnée d’un rigoureux esprit de discipline.

« Ou bien, disait le camarade Staline, nous créerons une véritable armée ouvrière et paysanne, principalement paysanne, rigoureusement disciplinée, et nous défendrons la République, ou bien c’en sera fait de nous. »

Tout en repoussant une série de suggestions de l’ « opposition militaire », le congrès critiqua violement Trotski, en exigeant de lui l’amélioration du travail des institutions militaires centrales et le renforcement du rôle des communistes dans l’armée.

Les travaux de la commission de l’Armée désignée dans le sein du congrès aboutirent à une décision unanime des congressistes sur la question militaire.

Les décisions du congrès fortifièrent l’Armée rouge et la rapprochèrent encore du Parti.

On examina ensuite les problèmes relatifs à la construction du Parti et des Soviets, au rôle dirigeant du Parti dans le travail des Soviets. Au cours de la discussion, le congrès infligea une riposte au groupe opportuniste de Sapronov-Ossinki, qui déniait au Parti le rôle dirigeant dans le travail des Soviets.

Enfin, devant l’afflux considérable de nouveaux adhérents, le congrès prit une décision tendant à améliorer la composition sociale du Parti et à procéder à un nouveau recensement.

Et ce fut le début de la première épuration du Parti.

3. L’intervention s’étend. Blocus du pays des Soviets. Campagne de Koltchak et écrasement de Koltchak. Campagne de Dénikine et écrasement de Dénikine. La trêve de trois mois. IXe congrès du Parti.

L’Allemagne et l’Autriche une fois vaincues, les États de l’Entente décidèrent de lancer d’importantes forces militaires contre le pays des Soviets. Après la défaite de l’Allemagne et le retrait de ses troupes hors d’Ukraine et de Transcaucasie, ce furent les Anglo-Français qui prirent sa place en amenant leur flotte dans la mer Noire et en opérant des débarquements à Odessa et en Transcaucasie.

Les envahisseurs de l’Entente, qui se conduisaient en maîtres dans les régions occupées, en arrivèrent à un tel degré de sauvagerie qu’ils n’hésitaient pas à passer par les armes des groupes entiers d’ouvriers et de paysans. Enfin, après l’occupation du Turkestan, ils poussèrent le cynisme jusqu’à emmener au delà de la Caspienne 26 bolchéviks dirigeants de Bakou, les camarades Chaoumian, Fiolétov, Djaparidzé, Malyguine, Azizbékov, Korganov et autres, et là, aidés des socialistes-révolutionnaires, ils les firent sauvagement fusiller.

À quelque temps de là, les envahisseurs proclamèrent le blocus de la Russie. Les communications maritimes et autres avec le monde extérieur furent coupées.

Le pays des Soviets se trouva ainsi presque entièrement cerné.

À cette époque, l’Entente fondait son principal espoir sur l’amiral Koltchak, sa créature en Sibérie, à Omsk. Il avait été proclamé « régent suprême de la Russie ». Toute la contre-révolution de Russie obéissait à ses ordres.

Ainsi, le front est devenait le front principal.

Au printemps de 1919, Koltchak, à la tête d’une importante armée, atteignit presque la Volga. Les meilleures forces bolchéviques furent lancées contre lui ; on mobilisa Jeunesses communistes et ouvriers. En avril 1919, l’Armée rouge infligea à Koltchak une défaite grave. Et ce fut peu après, sur toute la ligne du front, la retraite de son armée.

Au plus fort de l’offensive de l’Armée rouge sur le front est, Trotski proposa un plan qui ne laissait pas d’être suspect : s’arrêter devant l’Oural, cesser la poursuite de Koltchak et porter l’armée de front est au front sud.

Le Comité central du Parti comprit fort bien qu’il était impossible de laisser aux mains de Koltchak l’Oural et la Sibérie, où il pouvait, avec le concours de Japonais et des Anglais, se ressaisir et se remettre sur pieds : le Comité central rejeta ce plan et donna la directive de poursuivre l’offensive. Trotski, en désaccord avec cette directive, donna sa démission.

Le Comité central n’accepta pas sa démission, mais il l’obligea à abandonner sans délai la direction des opérations militaires sur le front est. L’Armée rouge poussa son offensive contre Koltchak avec plus de vigueur encore. Elle lui fit subir une série de nouvelles défaites et débarrassa des blancs l’Oural et la Sibérie, où elle fut soutenue par un puissant mouvement de partisans, surgi à l’arrière des blancs.

En été 1919, les impérialistes chargèrent le général Ioudénitch, qui se trouvait à la tête de la contre-révolution dans le nord-ouest (dans les Provinces baltiques, sous Pétrograd), de détourner du front est l’attention de l’Armée rouge en lançant une attaque sur Pétrograd.

La garnison des deux forts qui défendaient les accès de la ville, gagnée par l’agitation contre-révolutionnaire des anciens officiers, se souleva contre le pouvoir des Soviets ; un complot contre-révolutionnaire fut découvert à l’état-major du front. L’ennemi menaçait Pétrograd. Mais grâce aux mesures prises par le pouvoir soviétique avec le concours des ouvriers et des matelots, les forts insurgés furent repris aux blancs et les troupes de Ioudénitch, vaincues, rejetées sur l’Estonie.

La défaite de Ioudénitch devant Pétrograd facilita la lutte contre Koltchak. Fin 1919, l’armée de Koltchak était définitivement mise en déroute. Koltchak lui-même fut arrêté et fusillé à Irkoutsk, sur sentence du comité révolutionnaire.

C’en était fini de Koltchak.

En Sibérie, le peuple chantait ce refrain :

« Veste anglaise,
Epaulette française,
Tabac du Japon,
Régent d’Omsk, hon !

Usée, la veste,
Epaulette,
tombée,
Du tabac, n’en reste,
Régent décampé ! »

En voyant que Koltchak n’avait pas justifié l’espoir qu’ils avaient mis en lui, les envahisseurs modifièrent leur plan d’offensive contre la République des Soviets. On dut évacuer d’Odessa les troupes d’intervention qui, au contact des armées de la république soviétique, se laissaient gagner par l’esprit révolutionnaire et avaient commencé à se soulever contre leurs maîtres, les impérialistes.

C’est ainsi, par exemple, que les marins français, guidés par André Marty, s’étaient révoltés à Odessa. Aussi, après la défaite de Koltchak, l’Entente reporta-t-elle son attention principale sur le général Dénikine, complice de Kornilov et organisateur de l’ « armée des volontaires ». Dénikine travaillait à ce moment contre le pouvoir des Soviets dans le midi, dans la région du Kouban. L’Entente avait abondamment ravitaillé son armée en armes et équipements, et elle la jeta vers le nord, contre le pouvoir des Soviets.

Cette fois, le front sud devenait le front principal.

Dénikine engagea sa grande campagne contre le pouvoir des Soviets dans l’été de 1919. Trotski avait désorganisé le front sud, et nos troupes subissaient défaite sur défaite. À la mi-octobre, les blancs avaient envahi toute l’Ukraine, enlevé Orel, et ils menaçaient Toula qui fournissait notre armée en cartouches, en fusils et en mitrailleuses. Les blancs arrivaient sur Moscou. La situation de la république des Soviets devenait plus que grave. Le Parti sonna l’alarme, appelant le peuple à la résistance. Lénine lança le mot d’ordre : « Tous à la lutte contre Dénikine ! » Sous l’inspiration des bolchéviks, les ouvriers et les paysans tendirent toutes leurs forces afin d’écraser l’ennemi.

Pour organiser l’écrasement de Dénikine, le Comité central dépêcha sur le front sud les camarades Staline, Ordjonikidzé, Boudionny. Trotski fut écarté de la direction de l’Armée rouge du midi. Avant l’arrivée du camarade Staline, l’état-major avait élaboré, de concert avec Trotski, un plan d’après lequel l’attaque principale contre Dénikine devait être portée de Tsaritsyne sur Novorossiisk en passant par les steppes du Don, où l’Armée rouge se serait trouvé dans une région totalement dépourvue de voies de communication et peuplée de cosaques, dont une notable partie subissait alors l’influence des gardes blancs.

Le camarade Staline fit une critique serrée de ce plan et proposa au Comité central son propre plan d’écrasement de Dénikine : diriger l’attaque principale par la ligne Kharkov – Bassin du Donetz – Rostov. Ce plan assurait l’avance rapide de nos troupes contre Dénikine, grâce aux sympathies manifestes de la population ouvrière et paysanne des régions que traverserait notre armée. En outre, l’existence, dans cette zone d’action, d’un réseau ramifié de chemins de fer permettait de ravitailler régulièrement nos troupes. Ce plan permettait enfin de libérer le bassin du Donetz et de pourvoir notre pays en combustible.

Le Comité central du Parti adopta le plan du camarade Staline. Dans la seconde quinzaine d’octobre 1919, après une résistance acharnée, Dénikine fut défait par l’Armée rouge dans des batailles décisives, devant Orel et Voronèje. Dénikine se replia rapidement, puis il précipita encore sa retraite vers le sud, poursuivi par nos troupes. Au début 1920, toute l’Ukraine et le Caucase du Nord étaient libérés des blancs.

Pendant les combats décisifs livrés sur le front sud, les impérialistes avaient de nouveau lancé le corps d’armée de Ioudénitch sur Pétrograd, pour détourner une partie de nos forces vers le nord et remédier ainsi à la situation des troupes de Dénikine. Les blancs étaient tout près de la ville. Le prolétariat héroïque de Pétrograd fit de son corps un rempart pour défendre la première ville de la révolution. Comme toujours, les communistes marchaient dans les premiers rangs. À la suite de combats acharnés, les blancs furent battus et rejetés à nouveau au delà des frontières de notre pays, en Estonie.

C’est ainsi qu’on en finit avec Dénikine également.

Koltchak et Dénikine écrasés, il se fit une courte trêve.

Les impérialistes voyaient que les armées blanches avaient été défaites, que l’intervention échouait et que le pouvoir des Soviets se consolidait dans le pays, tandis que par ailleurs, les ouvriers d’Europe occidentale manifestaient leur indignation croissante de la guerre d’intervention contre la République des Soviets : les impérialistes changèrent donc d’attitude à l’égard de l’État soviétique. En janvier 1920, l’Angleterre, la France et l’Italie décidèrent de lever le blocus.

C’était là une brèche importante pratiquée dans le mur de l’intervention.

Evidemment, il ne fallait pas en déduire que l’État soviétique en avait fini avec l’intervention et la guerre civile. Restait le danger d’une agression de la part de la Pologne impérialiste. Les envahisseurs n’avaient pas encore été définitivement chassés d’Extrême-Orient, de Transcaucasie et de Crimée. Mais le pays des Soviets avait obtenu une trêve momentanée, qui lui permettait de consacrer plus de forces à la construction de l’économie. Le Parti pouvait s’occuper des problèmes économiques.

Pendant la guerre civile, nombreux étaient les ouvriers qualifiés qui avaient abandonné la production en raison de la fermeture des fabriques et des usines. Maintenant, le parti rappelait ces ouvriers pour qu’ils pussent travailler à la production dans leur spécialité. Plusieurs milliers de communistes furent spécialement affectés au relèvement des transports, dont la situation était difficile.

Sans avoir rétabli les transports, on ne pouvait songer sérieusement à rétablir les principales branches de l’industrie. Le travail d’approvisionnement se renforça et s’améliora. On entreprit d’élaborer un plan d’électrification de la Russie. Près de cinq millions de soldats rouges, que, vu le danger de guerre, on ne pouvait encore licencier, se trouvaient sous les armes, aussi certaines unités de l’Armée rouge furent-elles transformées en armées du travail et utilisées aux tâches de la construction économique. Le Conseil de la défense ouvrière et paysanne fut transformé en Conseil du travail et de la défense (STO). Pour l’aider dans ses travaux, on créa une Commission du plan d’État (Gosplan).

C’est dans cette atmosphère que s’ouvrit, fin mars 1920, le IXe Congrès du Parti.

Au congrès assistèrent 554 délégués avec voix délibérative, représentant 611 978 membres du Parti. Il y avait 162 délégués avec voix consultative.

Le congrès fixa les tâches économiques immédiates du pays dans le domaine des transports et de l’industrie ; il affirma particulièrement la nécessité, pour les syndicats, de participer à la construction économique.

Une attention soutenue fut accordée au plan unique de l’économie, qui prévoyait en premier lieu le relèvement des transports, du combustible, de la métallurgie. Dans ce plan, la place essentielle revenait à l’électrification de l’ensemble de l’économie nationale, que Lénine préconisait comme « un grandiose programme pour 10 à 20 ans ». C’est sur cette base que fur élaboré ensuite le célèbre plan GOELRO [Plan d’État pour l’électrification de la Russie], dépassé de loin aujourd’hui.

Le congrès infligea une défaite au groupe du « centralisme démocratique », groupe hostile au Parti, qui s’élevait contre la direction unique et la responsabilité personnelle des dirigeants dans l’industrie, et qui défendait la « collégialité » sans limites et l’irresponsabilité dans la direction de l’industrie. Le rôle principal dans ce groupe ennemi du Parti était joué par Sapronov, Ossinki, V. Smirnov. Ils furent soutenus au congrès par Rykov et Tomski.

4. Agression des hobereaux polonais contre le pays des Soviets. Aventure du général Wrangel. Effondrement du plan polonais. Ecrasement de Wrangel. Fin de l’intervention.

Malgré l’écrasement de Koltchak et de Dénikine, et bien que le pays des Soviets étendît de plus en plus ses dimensions en libérant des blancs et des envahisseurs le territoire du Nord, le Turkestan, la Sibérie, le Don, l’Ukraine, etc. ; bien que l’Entente eût été obligée de lever le blocus de la Russie, les États de l’Entente se refusaient néanmoins à accepter l’idée que le pouvoir des Soviets s’était montré imbattable et qu’il demeurait victorieux. Aussi décidèrent-ils de tenter une nouvelle intervention contre lui. Cette fois, les envahisseurs vont utiliser d’une part Pilsudski, nationaliste contre-révolutionnaire bourgeois, chef effectif de l’État polonais, et d’autre part le général Wrangel, qui avait rassemblé en Crimée les débris de l’armée de Dénikine et de là, menaçait le bassin du Donetz, l’Ukraine.

Selon le mot de Lénine, la Pologne des hobereaux et Wrangel étaient comme les deux mains de l’impérialisme international, qui tentaient d’étrangler le pays des Soviets.

Les polonais avaient leur plan : s’emparer de l’Ukraine soviétique rive-droite du Dniepr, s’emparer de la Biélorussie soviétique, rétablir dans ces régions le pouvoir des hobereaux polonais, étendre les limites de l’État polonais « d’une mer à l’autre », de Dantzig à Odessa, et pour le concours que leur prêtait Wrangel, aider celui-ci à battre l’Armée rouge et à rétablir dans la Russie soviétique le pouvoir des grands propriétaires fonciers et des capitalistes.

Ce plan fût approuvé par les États de l’Entente.

Les tentatives du gouvernement soviétique pour engager des négociations avec la Pologne en vue de maintenir la paix et de conjurer la guerre ne donnèrent aucun résultat. Pilsudski ne voulait pas entendre parler de paix. Il voulait la guerre. Il comptait que l’Armée rouge, fatiguée des batailles livrées à Koltchak et à Dénikine, ne résisterait pas à l’attaque des troupes polonaises.

La courte trêve prit fin.

En avril 1920, les troupes de la Pologne envahissaient l’Ukraine soviétique et s’emparaient de Kiev. Dans le même temps, Wrangel prenait l’offensive, menaçant le bassin du Donetz.

En riposte à l’attaque de l’armée polonaise, les armées rouges du front sud atteignirent dans leur élan les portes de Lvov en Galicie, tandis que l’armée du front ouest approchait de Varsovie. L’armée des hobereaux polonais allait être battue à plate couture.

Mais les louches agissements de Trotski et de ses partisans au Grand Quartier Général de l’Armée rouge compromirent nos succès. Par la faute de Trotski et de Toukhatchevski, l’offensive des armées rouges sur le front ouest, en direction de Varsovie, s’effectuait d’une façon absolument inorganisée : on ne laissait pas aux troupes le temps de se fortifier sur les positions conquises ; on fit prendre une avance excessive aux unités de tête, qui se trouvèrent sans munitions et sans réserves, celles-ci étant restées trop loin derrière ; la ligne de front avait été allongée sans fin, ce qui en facilitait la percée.

C’est ainsi qu’un faible contingent de troupes polonaises ayant enfoncé notre front ouest dans un des secteurs, nos troupes dépourvues de munitions durent opérer un recul. En ce qui concerne les armées du front sud, qui étaient déjà devant Lvov et refoulaient les polonais, le triste « président du conseil militaire révolutionnaire » Trotski leur interdit de prendre Lvov et leur enjoignit de dépêcher loin vers le nord-est, soi-disant pour appuyer le front ouest, l’armée de cavalerie, c’est-à-dire la force principale du front sud : il était cependant facile de comprendre que la prise de Lvov était le seul – et le meilleur – soutien possible à procurer au front ouest !

Tandis que le retrait de l’armée de cavalerie du front sud et son départ de la zone de Lvov signifiait en fait le repli de nos armées, sur le front sud également. C’est ainsi que Trotski, par un ordre de trahison, imposa à nos armées du front sud une retraite incompréhensible pour elles et dénuée de fondement, à la grande joie des hobereaux polonais.

C’était bien une aide directe, non pas à notre front ouest, mais aux hobereaux polonais et à l’Entente.

Quelques jours plus tard, l’offensive des armées polonaises était arrêtée ; nos troupes s’apprêtaient à une nouvelle contre-offensive. Mais la Pologne, manquant de forces pour continuer la guerre et alarmée par la perspective d’une contre-attaque des rouges dut renoncer à se prétentions sur l’Ukraine rive-droite et la Biélorussie ; elle préféra conclure la paix avec la Russie. Le 20 octobre 1920, à Riga, un traité de paix était signé avec la Pologne, en vertu duquel la Pologne conservait la Galicie et une partie de la Biélorussie.

Quand elle eût signé la paix avec la Pologne, la république soviétique décida d’en finir avec Wrangel. Celui-ci avait reçu des Français et des Anglais, des armes modernes, des autos blindés, des chars d’assaut, des avions, des équipements.

Il disposait d’unités de choc, principalement composées d’officiers blancs. Mais Wrangel n’avait pas réussi à rassembler des forces quelque peu importantes de paysans et de cosaques autour des troupes de débarquement qu’il avait fait descendre dans le Kouban et la région du Don. Cependant, Wrangel, qui touchait de près au bassin du Donetz, menaçait notre région houillère. La situation du pouvoir des Soviets se compliquait encore du fait qu’à cette époque l’Armée rouge était recrue de fatigue. Les soldats rouges étaient obligés d’avancer dans des conditions extrêmement difficiles, en marchant contre les troupes de Wrangel et en écrasant en même temps les bandes d’anarchistes-makhnovistes [partisans de Makhno], qui aidaient Wrangel.

Mais bien que celui-ci eût l’avantage de la technique de son côté, et bien que l’Armée rouge ne disposait pas de chars d’assaut, elle refoula Wrangel jusque dans la presqu’île de Crimée. En novembre 1920, les troupes rouges s’emparaient des positions fortifiées de Pérékop, pénétraient en Crimée, écrasant les troupes de Wrangel et libérant la Crimée des gardes blancs et des envahisseurs. La Crimée devint soviétique.

C’est l’effondrement des plans impérialistes polonais et l’écrasement de Wrangel qui ferment la période de l’intervention militaire.

Fin 1920 avait commencé la libération de la Transcaucasie du joug des nationalistes bourgeois moussavatistes en Azerbaïdjan, national-menchéviks en Géorgie, dachnaks en Arménie. Le pouvoir des Soviets triompha en Azerbaïdjan, en Arménie et en Géorgie.

Cela ne signifiait pas encore la fin complète de l’intervention. L’intervention japonaise en Extrême-Orient se poursuivit jusqu’en 1922. En outre, il y eût de nouvelles tentatives d’organiser l’intervention (ataman Sémionov et baron Ungern à l’est, intervention des gardes blancs de Finlande en Carélie, en 1921). Mais les principaux ennemis du pays des Soviets, les forces essentielles de l’intervention, avaient été écrasés fin 1920.

La guerre des envahisseurs étrangers et des gardes blancs russes contre les Soviets s’était terminée par la victoire des Soviets. La République soviétique avait sauvegardé l’indépendance de son État, sa libre existence.

C’était la fin de l’intervention militaire étrangère de la guerre civile.

C’était la victoire historique du pouvoir des soviets.

5. Comment et pourquoi le pays des Soviets a vaincu les forces conjuguées tournées contre lui : l’intervention de l’Angleterre, de la France, du Japon, de la Pologne et la contre-révolution de la bourgeoisie, des grands propriétaires fonciers et des gardes blancs de Russie.

Si l’on prend la grande presse européenne et américaine de l’époque de l’intervention, on peut constater sans peine que pas un écrivain en vue, militaire ou civil, pas un connaisseur de l’art militaire ne croyait à la victoire du pouvoir des Soviets. Au con­traire, tous les écrivains en vue, tous les connaisseurs des choses militaires, les historiens des révolutions de tous les pays et de tous les peuples, ce qu’on appelle les hommes de science, tous étaient unanimes à proclamer que les jours du pouvoir des Soviets étaient comptés, que sa défaite ne saurait être conjurée.

Leur certitude de la victoire de l’Intervention reposait sur le fait que le pays des Soviets n’avait pas encore une Armée rouge constituée, qu’il aurait à la créer, pour ainsi dire, en cours de mar­che, tandis que les envahisseurs et les gardes blancs avaient une armée plus ou moins prête.

Elle reposait ensuite sur le fait que l’Armée rouge n’avait pas de cadres militaires expérimentés, la majeure partie des cadres de ce genre étant passée à la contre-révolution, tandis que les en­vahisseurs et les gardas blancs avaient de tels cadres.

Elle reposait encore sur le fait que l’Armée rouge souffrait de l’insuffisance, — en quantité et en qualité, — des armements et des munitions, à cause du retard de l’industrie militaire russe ; qu’elle ne pouvait recevoir de matériel militaire des autres pays, la Russie étant bloquée de toutes parts, tandis que les armées d’in­tervention et les blancs étaient et continueraient d’être abondam­ment pourvus en armements, en munitions et en équipements de premier ordre.

Elle reposait enfin sur le fait que les armées d’intervention et les blancs occupaient alors les régions les plus riches en denrées alimentaires, tandis que l’Armée rouge était coupée de ces régions et souffrait du manque de vivres.

Effectivement, tous ces défauts et toutes ces insuffisances exis­taient dans les unités de l’Armée rouge. Sous ce rapport, mais seulement sous ce rapport, messieurs les interventionnistes avaient parfaitement raison. Comment expliquer en ce cas que l’Armée rouge, qui avait tant de défauts graves, ait vaincu l’armée des envahisseurs et des gardes blancs, exempte de tous ces défauts ?

1° L’Armée rouge a vaincu parce que la politique du pouvoir des Soviets pour laquelle elle se battait était une politique juste, conforme aux intérêts du peuple ; parce que le peuple sentait et concevait cette politique comme une politique juste, comme sa politique à lui, et la soutenait jusqu’au bout. Les bolchéviks savaient qu’une armée qui lutte au nom d’une politique injuste, non soutenue par le peuple, ne peut pas vaincre.

Telle était précisément l’armée des envahisseurs et des gardes blancs. Cette armée avait tout : de vieux chefs expérimentés, un matériel de premier ordre, des munitions, des équipements, des vivres. Il ne lui manquait qu’une chose : le soutien et la sympathie des peuples de Russie, qui ne voulaient ni ne pouvaient soutenir la politique antipopulaire des envahisseurs et des « régents » gar­des blancs. Et l’armée des envahisseurs et des gardes blancs fut battue.

2° L’Armée rouge a vaincu parce qu’elle était fidèle et dévouée jusqu’au bout à son peuple, ce qui lui valait l’amour de ce peuple, qui la soutenait comme son armée à lui. L’Armée rouge est issue du peuple. Et si elle est fidèle à son peuple comme un fils est fi­dèle à sa mère, elle aura le soutien du peuple, elle vaincra. Tandis qu’une armée qui va contre son peuple subira nécessairement la défaite.

3° L’Armée rouge a vaincu parce que le pouvoir des Soviets avait réussi à alerter tout l’arrière, tout le pays, pour servir le front.

Une armée sans un arrière fort pour soutenir le front par tous les moyens, est vouée à la défaite. Les bolchéviks savaient cela, et c’est pour cette raison qu’ils avaient transformé le pays en un camp retranché qui approvisionnait le front en matériel de guerre, en munitions, en équipements, en vivres, en contingents de renfort.

4° L’Armée rouge a vaincu parce que : a) les soldats rouges comprenaient le but et les objectifs de la guerre, et se rendaient compte qu’ils étaient justes ; b) la conscience que le but et les tâches de la guerre étaient justes, fortifiait leur esprit de discipline et leur valeur combative ; c) ceci étant, la masse des soldats rouges a fait preuve, à tout instant, dans sa lutte contre l’en­nemi, d’une abnégation sans exemple et d’un héroïsme sans pré­cédent.

5° L’Armée rouge a vaincu parce que son noyau dirigeant, à l’arrière et au front, était le Parti bolchévik, soudé par sa cohé­sion et sa discipline, puissant par son esprit révolutionnaire et sa volonté de consentir tous les sacrifices pour faire triompher la cause commune, insurpassé par sa capacité à organiser les mul­titudes et à les diriger de façon judicieuse, dans une situation complexe.

Lénine a dit :

« C’est uniquement parce que le Parti était sur ses gardes, parce que le Parti était rigoureusement discipliné et que son autorité unissait toutes les institutions et toutes les administra­tions, parce que des dizaines, des centaines, des milliers et, en fin de compte, des millions d’hommes suivaient comme un seul le mot d’ordre du Comité central, c’est uniquement parce que des sacrifices inouïs furent consentis, que le miracle qui s’est produit a pu se produire. C’est uniquement pour cela qu’en dépit des campagnes redoublées, triplées, quadruplées des impérialistes de l’Entente et des impérialistes du monde entier, nous nous sommes trouvés en mesure de vaincre. » (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p. 671.)

6° L’Armée rouge a vaincu parce que : a) elle a su former dans son sein des dirigeants militaires d’un type nouveau comme Froun­ze, Vorochilov, Boudionny et autres  ; b) dans ses rangs combat­taient des héros-nés comme Kotovski, Tchapaev, Lazo, Chtchors, Parkhomenko et bien d’autres ; c) l’éducation politique de l’Armée rouge était faite par des hommes tels que Lénine, Staline, Molotov, Kalinine, Sverdlov, Kaganovitch, Ordjonikidze, Kirov, Kouibychev, Mikoïan, Jdanov, Andréev, Pétrovski, Iaroslavski, Dzerjinski, Chtchadenko, Mekhliss, Khrouchtchev, Chvernik, Chkiriatov, d’autres encore ; d) l’Armée rouge comptait dans son sein ces organisateurs et agitateurs peu communs qu’étaient les commissai­res militaires, dont l’activité cimentait les rangs des soldats et qui implantaient parmi eux l’esprit de discipline et l’intrépidité au combat, réprimaient avec énergie, — rapidement et sans merci, — les actes de trahison de certains chefs et, au contraire, soutenaient avec courage et résolution l’autorité et la gloire des commandants, membres et non-membres du Parti, qui avaient prouvé leur dé­vouement au pouvoir des Soviets et s’étaient montrés capables de diriger d’une main ferme les unités de l’Armée rouge.

« Sans commissaires militaires, nous n’aurions pas eu d’Armée rouge », disait Lénine.

7° L’Armée rouge a vaincu parce qu’à l’arrière des armées blanches, à l’arrière de Koltchak, de Dénikine, de Krasnov, de Wrangel, travaillaient dans l’illégalité des bolchéviks admirables, membres et non-membres du Parti, qui soulevaient les ouvriers et les paysans contre les envahisseurs, contre les gardes blancs ; qui minaient l’arrière des ennemis du pouvoir des Soviets et, par là même, facilitaient l’avance de l’Armée rouge.

Nul n’ignore que les partisans d’Ukraine, de Sibérie, d’Extrême-Orient, de l’Oural, de Biélorussie, du bassin de la Volga, qui disloquaient l’arrière des gardes blancs et des envahisseurs, ont rendu un service inappré­ciable à l’Armée rouge.

8° L’Armée rouge a vaincu parce que le pays des Soviets n’était pas seul dans sa lutte avec la contre-révolution des gardes blancs et l’intervention étrangère ; parce que la lutte du pouvoir des Soviets et ses succès avaient suscité la sympathie et l’aide des prolétaires du monde entier. Si les impérialistes voulaient étouffer la République soviétique par l’intervention armée et le blocus, les ouvriers de ces pays impérialistes sympathisaient avec les Soviets et les aidaient. Leur lutte contre les capitalistes des pays ennemis de la République soviétique a fait que les impérialistes ont dû re­noncer à l’intervention.

Les ouvriers d’Angleterre, de France et des autres pays qui avaient participé à l’intervention, organisaient des grèves, refusaient de charger le matériel de guerre destiné aux en­vahisseurs et aux généraux blancs ; ils formaient des « comités d’ac­tion » sous le mot d’ordre « Bas les mains devant la Russie ! »

« Aussitôt que la bourgeoisie internationale, disait Lénine lève la main contre nous, ses propres ouvriers la saisissent au poignet. » (Ibidem, p. 405.)

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Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik)

Le parti bolchévik prépare et accomplit la révolution socialiste d’octobre (avril 1917-1918)

Précis d’histoire du Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik), 1938

1. La situation dans le pays après la révolution de Février. Le Parti sort de l’illégalité et passe à l’action politique ouverte. Arrivée de Lénine à Pétrograd. Thèses d’Avril de Lénine. le parti s’oriente vers la Révolution socialiste.

Les événements et la conduite du Gouvernement provisoire confirmaient chaque jour davantage la justesse de la ligne bol­chévique. Ils montraient de plus en plus clairement que le Gouver­nement provisoire n’était pas pour, mais contre le peuple ; qu’il n’était pas pour la paix, mais pour la guerre ; qu’il ne voulait et ne pouvait donner ni la paix, ni la terre, ni le pain.

Le travail d’éclaircissement que faisaient les bolchéviks, trouvait un terrain favorable. Tandis que les ouvriers et les soldats renversaient le gouverne­ment tsariste et détruisaient les racines de la monarchie, le Gouvernement provisoire penchait nettement vers le maintien de la monarchie. Le 2 mars 1917, il envoya secrètement Goutchkov et Choulguine auprès du tsar. La bourgeoisie entendait remettre le pouvoir à Michel, frère de Nicolas Romanov. Mais lorsqu’à un meeting de cheminots, Goutchkov proclama en terminant son dis­cours : « Vive l’empereur Michel ! », les ouvriers exigèrent que Goutchkov fût immédiatement arrêté et fouillé ; indignés, ils ré­pondaient par le proverbe : « Le raifort n’est pas plus doux que le radis noir. »

Il était évident que les ouvriers ne laisseraient pas ressusci­ter la monarchie.

Tandis que les ouvriers et les paysans qui faisaient là révo­lution et versaient leur sang pour elle, attendaient qu’on mît fin à la guerre, revendiquaient le pain et la terre, réclamaient des mesures de lutte décisives contre la ruine économique, le Gouver­nement provisoire demeurait sourd à ces revendications vitales du peuple. Composé des représentants les plus notoires des capitalistes et des grands propriétaires fonciers, il ne songeait même pas à donner suite aux revendications des paysans, qui demandaient que la terre leur fût remise. Il ne pouvait pas non plus donner le pain aux travailleurs car, pour cela, il eût fallu heurter les intérêts des gros négociants en blé ; il eût fallu user de tous les moyens pour prendre le blé aux grands propriétaires fonciers, aux koulaks, ce que le gouvernement n’osait faire, étant lui-même lié aux intérêts de ces classes. Il ne pouvait pas non plus donner la paix.

Lié aux impérialistes anglo-français, le Gouvernement pro­visoire, loin de songer à finir la guerre, cherchait au contraire à exploiter la révolution pour faire participer plus activement la Russie à la guerre impérialiste, pour réaliser ses visées impérialis­tes : s’emparer de Constantinople et des Détroits, ainsi que de la Galicie.

Il était évident que c’en serait bientôt fait de la confiance des masses populaires envers la politique du Gouvernement provi­soire. De toute évidence, la dualité de pouvoir qui s’était établie après la révolution de Février, ne pouvait plus se maintenir long­temps, car la marche des événements exigeait que le pouvoir fût concentré en un seul point : ou bien dans les mains du Gouver­nement provisoire, ou bien dans les mains des Soviets.

Il est vrai que la politique de conciliation des menchéviks et des socialistes-révolutionnaires jouissait encore pour l’instant de l’appui des masses populaires. Nombreux étaient encore les ouvriers, et plus nombreux les soldats et les paysans, qui croyaient que « bientôt l’Assemblée constituante viendrait tout arranger pour le mieux » ; qu’on ne faisait pas la guerre dans un but de conquête, mais par nécessité, pour défendre le pays.

Lénine appe­lait ces gens-là des jusqu’auboutistes qui se trompent de bonne foi. La politique de promesses et d’exhortations, pratiquée par les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires, était pour l’instant considérée par eux comme une politique juste. Mais il était évi­dent qu’il n’y en avait plus pour longtemps de ces promesses et de ces exhortations, car la marche des événements et la conduite du Gouvernement provisoire révélaient, prouvaient chaque jour que la politique conciliatrice des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks était une politique d’atermoiements et de mystification des naïfs.

Le Gouvernement provisoire ne se bornait pas toujours à la politique de lutte sournoise contre le mouvement révolutionnaire des masses, à la politique des combinaisons de coulisse con­tre la révolution. Il essayait parfois de prendre ouvertement l’of­fensive contre les libertés démocratiques, de « rétablir la discipli­ne », surtout parmi les soldats, de « mettre de l’ordre », c’est-à-dire de faire rentrer la révolution dans le cadre voulu par la bourgeoi­sie.

Mais quels que fussent ses efforts dans ce sens, il ne pouvait arriver à ses fins, et les masses populaires usaient avec ardeur des libertés démocratiques : liberté de parole, de presse, d’association, de réunion, de manifestation. Les ouvriers et les soldats s’effor­çaient d’utiliser intégralement les droits démocratiques qu’ils avaient conquis pour la première fois, afin de participer activement à la vie politique du pays, de comprendre à fond la situation créée et de décider de la conduite à tenir.

Après la révolution de Février, les organisations du Parti bol­chévik qui avaient milité illégalement dans les dures conditions du tsarisme, étaient sorties de l’illégalité et développaient ouvertement leur travail politique et d’organisation. Les effectifs des organisa­tions bolchéviques, à cette époque, ne dépassaient guère 40 ou 45.000 adhérents. Mais c’étaient des cadres trempés dans la lutte. Les Comités du Parti avaient été réorganisés sur le principe du centralisme démocratique. Tous les organismes du Parti étaient élus, de la base au sommet.

Le Parti devenu légal, on vit se révéler les divergences qui existaient dans son sein. Kaménev et quelques militants de l’or­ganisation de Moscou, comme Rykov, Boubnov, Noguine, te­naient pour la position semi-menchévique de soutien condition­nel du Gouvernement provisoire et de la politique des jusqu’au­boutistes. Staline, qui venait de rentrer d’exil, Molotov et les au­tres, avec la majorité du Parti, préconisaient une politique de dé­fiance à l’égard du Gouvernement provisoire, s’élevaient contre le jusqu’auboutisme et appelaient à la lutte active pour la paix, con­tre la guerre impérialiste. Un certain nombre de militants du Parti hésitaient, traduisant ainsi leur retard politique, conséquence d’un long séjour en prison ou en exil.

L’absence de Lénine, chef du Parti, se faisait sentir. C’est le 3 (10) avril 1917, après un exil prolongé, que Lénine rentra en Russie. L’arrivée de Lénine eut une importance considérable pour le Parti, pour la révolution. Alors qu’il était encore en Suisse, Lénine, touché par les premières nouvelles de la révolution, avait écrit au Parti et à la classe ouvrière de Russie dans ses Lettres de loin :

« Ouvriers ! Vous avez accompli des prodiges d’héroïsme prolétarien et populaire dans la guerre civile contre le tsa­risme. Vous devez accomplir des prodiges d’organisation pro­létarienne et populaire pour préparer votre victoire dans la seconde étape de la révolution ». (Lénine, Œuvres choisies, t. I, p. 906.)

Lénine arriva à Pétrograd dans la nuit du 3 avril. À la gare de Finlande et sur la place, des milliers d’ouvriers, de soldats et de matelots s’étaient rassemblés pour le recevoir. Un enthousias­me indescriptible s’empara des masses, quand il descendit de wa­gon. Elles portèrent en triomphe leur chef dans le grand hall, où les menchéviks Tchkhéidzé et Skobélev tentèrent bien de pronon­cer, au nom du Soviet de Pétrograd, des discours de « bienvenue », dans lesquels ils « exprimaient l’espoir » que Lénine saurait trou­ver une « langue commune » avec eux. Mais Lénine ne les écouta pas.

Passant outre, il alla droit à la masse des ouvriers et des soldats. Monté sur une auto blindée, il prononça le célèbre dis­cours dans lequel il appelle les masses à la lutte pour faire triom­pher la révolution socialiste. « Vive la révolution socialiste !  », c’est ainsi que Lénine termina son discours, le premier depuis de lon­gues années d’exil.

Rentré en Russie, Lénine s’adonna de toute son énergie au travail révolutionnaire. Au lendemain de son arrivée, il fit un rap­port sur la guerre et la révolution à une réunion de bolchéviks ; puis il reprit les thèses de son rapport dans une réunion où, en plus des bolchéviks, assistaient également des menchéviks. C’étaient les célèbres thèses d’Avril qui donnèrent au Parti et au prolétariat une claire ligne révolutionnaire, pour passer de la révolution bourgeoise à la révolution socialiste.

Les thèses de Lénine eurent une importance énorme pour la révolution, ainsi que pour l’activité ultérieure du Parti. La ré­volution marquait un tournant prodigieux dans la vie du pays, et le Parti, dans les nouvelles conditions de lutte, — le tsarisme une fois renversé, — avait besoin d’une orientation nouvelle pour s’engager hardiment et d’un pas assuré dans la voie nouvelle. Ce furent les thèses de Lénine qui donnèrent cette orientation au Parti.

Les thèses d’Avril dressaient un plan génial de lutte du Parti pour passer de la révolution démocratique bourgeoise à la révolu­tion socialiste, pour passer de la première étape de la révolution à la seconde étape ; à celle de la révolution socialiste. Toute l’histoire antérieure du Parti l’avait préparé à cette grande tâche. Dès 1905, Lénine, dans sa brochure Deux tactiques de la social-dé­mocratie dans la révolution démocratique, avait dit qu’après le renversement du tsarisme, le prolétariat procéderait à l’accom­plissement de la révolution socialiste. L’élément nouveau, dans les thèses, c’était qu’elles donnaient un plan concret, fondé théorique­ment, pour s’engager dans la voie de la révolution socialiste.

Dans le domaine économique, les mesures de transition étaient les suivantes : nationaliser toutes les terres du pays, les terres des grands propriétaires fonciers devant être confisquées ; fusionner toutes les banques en une seule banque nationale et instituer le contrôle du Soviet des députés ouvriers sur cette banque ; établir le contrôle de la production sociale et de la répartition des pro­duits.

Dans le domaine politique, Lénine proposait de passer de la république parlementaire à la république des Soviets. C’était là un sérieux pas en avant dans le domaine de la théorie et de la pratique du marxisme. Jusqu’ici, les théoriciens marxistes avaient estimé que la république parlementaire était la meilleure forme politique pour passer au socialisme. Maintenant, Lénine proposait de remplacer la république parlementaire par la république des Soviets, comme étant la forme la plus indiquée d’organisation po­litique de la société, dans la période de transition du capitalisme au socialisme.

« Ce qu’il y a d’original dans l’actualité russe, était-il dit dans les thèses, c’est la transition de la première étape de la révolution, qui a donné le pouvoir à la bourgeoisie par suite du degré insuffisant de conscience et d’organisation du pro­létariat, à sa deuxième étape, qui doit donner le pouvoir au prolétariat et aux couches pauvres de la paysannerie. » (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p. 8.)

Et plus loin :

« Non pas une république parlementaire — y retourner après les Soviets des députés ouvriers, ce serait un pas en ar­rière, — mais une république des Soviets des députés ouvriers, salariés agricoles et paysans dans le pays entier, de la base au sommet. » (Ibidem, p. 9.)

La guerre, disait Lénine, même sous le nouveau gouvernement, sous le Gouvernement provisoire, demeure une guerre de rapine, une guerre impérialiste. La tâche du Parti est de l’expliquer aux masses, de leur montrer qu’il est impossible, à moins de renverser la bourgeoisie, de finir la guerre, non par une paix imposée de force, mais par une paix véritablement démocratique.

En ce qui concerne le Gouvernement provisoire, Lénine for­mulait ce mol d’ordre : « Aucun soutien au Gouvernement pro­visoire ! » Lénine indiquait encore, dans ses thèses, que notre Parti se trouvait pour l’instant en minorité dans les Soviets ; que le bloc des menchéviks et des socialistes-révolutionnaires y dominait, servant de véhicule à l’influence de la bourgeoisie sur le prolé­tariat. Aussi le Parti devait-il :

« Expliquer aux masses que le Soviet des députés ou­vriers est la seule forme possible de gouvernement révolution­naire, et que par conséquent, notre tache, tant que ce gouver­nement-là se laisse influencer par la bourgeoisie, ne peut être que d’expliquer aux masses patiemment, avec méthode et persévérance, les erreurs de leur tactique, en nous adaptant surtout aux besoins pratiques de ces masses. Tant que nous sommes en minorité, nous faisons un travail de critique et d’éclaircissement des erreurs, en affirmant en même temps la nécessité du passage de tout le pouvoir d’État aux Soviets des députés ouvriers… » (Ibidem, p. 9.)

Autrement dit, Lénine n’appelait point à l’insurrection con­tre le Gouvernement provisoire, qui jouissait alors de la confiance des Soviets ; il ne demandait pas qu’il fût renversé, mais il voulait, par un travail d’éclaircissement et de recrutement, conquérir la majorité dans les Soviets, modifier leur politique et par leur in­termédiaire changer la composition et la politique du gouver­nement. C’était s’orienter vers le développement pacifique de la ré­volution.

Lénine demandait ensuite qu’on se débarrassât du « linge sa­le », que l’on renonçât à l’appellation de parti social-démocrate. Les partis de la IIe Internationale, comme aussi les menchéviks russes, s’intitulaient social-démocrates.

Ce nom avait été souillé, déshonoré par les opportunistes, traîtres au socialisme. Lénine proposa donc d’appeler le Parti bolchévik Parti communiste, ain­si que Marx et Engels avaient appelé leur parti. Ce nom est scien­tifiquement exact, puisque le but final du Parti bolchévik est l’avènement du communisme. Du capitalisme, l’humanité ne peut passer directement qu’au socialisme, c’est-à-dire à la possession en commun des moyens de production et à la répartition des produits selon le travail de chacun. Lénine disait que notre Parti voyait plus loin. Le socialisme doit, inévitablement, se transformer peu à peu pour devenir le communisme, sur le drapeau duquel on lit : « De chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins. »

Lénine demandait enfin dans ses thèses la création d’une nouvelle, d’une IIIe Internationale, l’Internationale communiste, dégagée de l’opportunisme, du social-chauvinisme.

Les thèses de Lénine provoquèrent de furieuses clameurs dans les rangs de la bourgeoisie, des menchéviks et des socialistes-ré­volutionnaires. Les menchéviks lancèrent aux ouvriers un appel qui com­mençait par cette mise en garde : « La révolution est en danger. » Le danger, selon les menchéviks, c’était que les bolchéviks avaient formulé la revendication du passage du pouvoir aux Soviets des députés ouvriers et soldats.

Dans son journal Edinstvo [Unité], Plékhanov publia un ar­ticle où il qualifiait le discours de Lénine de « discours délirant ». Plékhanov se référait aux paroles du menchévik Tchkhéidzé, qui avait déclaré : « Lénine restera seul en dehors de la révolution ; quant à nous, nous suivrons notre chemin. » Le 14 avril se tint la conférence bolchévique de Pétrograd-ville. Elle approuva les thèses de Lénine et les prit pour base de ses travaux. Quelque temps après, les organisations locales du Parti ap­prouvaient à leur tour les thèses de Lénine. Le Parti tout entier, à l’exception de quelques individus du genre Kaménev, Rykov, Piatakov, adopta les thèses de Lénine avec une immense satisfaction.

2. Début de la crise du Gouvernement provisoire. La conférence d’avril du parti bolchévik.

Tandis que les bolchéviks se préparaient à développer plus avant la révolution, le Gouvernement provisoire continuait à œu­vrer contre le peuple. Le 18 avril, le ministre des Affaires étran­gères, Milioukov, déclara aux alliés : « Le peuple tout entier dé­sire mener la guerre mondiale jusqu’à la victoire définitive, et le Gouvernement provisoire est décidé à faire entièrement honneur aux engagements pris envers nos alliés. » Ainsi le Gouvernement provisoire jurait fidélité aux traités tsaristes et promettait de faire encore verser au peuple tout le sang qu’il faudrait aux impérialistes pour remporter la « victoire finale ».

C’est le 19 avril que les ouvriers et les soldats eurent con­naissance de cette déclaration (« Note Milioukov »). Le 20 avril, le Comité central du Parti bolchévik appela les masses à protester contre la politique impérialiste du Gouvernement provisoire. Les 20-21 avril (3-4 mai) 1917, des masses d’ouvriers et de soldats, 100 000 personnes au moins, indignées de la « Note Milioukov », descendirent dans la rue pour manifester.

Les drapeaux portaient les mois d’ordre : « Publiez les traités secrets ! », « À bas la guerre ! », « Tout le pouvoir aux Soviets ! » Les ouvriers et les soldats affluèrent des faubourgs vers le centre, vers le siège du Gouverne­ment provisoire. Sur la perspective Nevski et en d’autres points de la ville, des collisions eurent lieu avec des groupes de la bourgeoisie. Les contre-révolutionnaires les plus déclarés, comme le gé­néral Kornilov, appelèrent à tirer sur les manifestants ; ils pri­rent même des dispositions appropriées. Mais les unités militai­res qui avaient reçu ces ordres, refusèrent de les exécuter.

Pendant la manifestation, un petit groupe de membres du Comité de Pétrograd du Parti (Bagdatiev et d’autres) avait lancé le mot d’ordre de renversement immédiat du Gouvernement pro­visoire. Le Comité central du Parti bolchévik condamna sévère­ment la conduite de ces aventuriers « de gauche » ; il considérait que ce mot d’ordre, inopportun et inexact, gênerait le Parti dans son action pour faire passer à ses côtés la majorité des Soviets et qu’il contredisait l’orientation du Parti dans le sens du développe­ment pacifique de la révolution.

Les événements des 20 et 21 avril marquèrent le début de la crise du Gouvernement provisoire. C’était la première fissure grave dans la politique de concilia­tion pratiquée par les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires. Le 2 mai 1917, sous la poussée des masses, Milioukov et Gou-tchkov furent exclus du Gouvernement provisoire. Un premier Gouvernement provisoire de coalition fut formé qui comprenait à côté des représentants de la bourgeoisie, des menchéviks (Skobélev, Tsérételi) et des socialistes-révolutionnaires (Tchernov, Kérenski, d’autres encore).

C’est ainsi que les menchéviks qui, en 1905, avaient tenu pour inadmissible la participation des représentants de la social-démo­cratie au Gouvernement provisoire révolutionnaire, jugeaient main­tenant admissible la participation de leurs représentants à un gouvernement provisoire contre-révolutionnaire.

Les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires ralliaient ainsi le camp de la bourgeoisie contre-révolutionnaire.

Le 24 avril 1917, s’ouvrit la VIIe conférence bolchévique (con­férence d’Avril). C’était, depuis qu’existait le Parti, la première fois qu’une conférence des bolchéviks se tenait ouvertement, con­férence destinée par son importance à jouer dans l’histoire du Parti le rôle d’un congrès. La conférence nationale d’Avril attesta le développement pro­digieux du Parti. Elle comprenait 133 délégués avec voix délibérative et 18 avec voix consultative.

Ces délégués représentaient 80.000 membres organisés du Parti. La conférence discuta et élabora la ligne du Parti dans tou­tes les questions essentielles de la guerre et de la révolution : situation générale, guerre, Gouvernement provisoire, Soviets, ques­tion agraire, question nationale, etc.

Dans son rapport, Lénine développa les principes qu’il avait formulés dans ses thèses d’avril. La tâche du Parti consistait à réa­liser le passage de la première étape de la révolution « qui a donné le pouvoir à la bourgeoisie… à sa deuxième étape qui doit donner le pouvoir au prolétariat et aux couches pauvres de la paysan­nerie » (Lénine). Le Parti devait s’orienter vers la préparation de la révolution socialiste. Comme tâche immédiate du Parti, Lénine formula le mot d’ordre : « Tout le pouvoir aux Soviets ! »

Le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets ! » signifiait qu’il fallait en finir avec la dualité de pouvoir, c’est-à-dire avec te partage du pouvoir entre le Gouvernement provisoire et les So­viets ; qu’il fallait remettre tout le pouvoir aux Soviets et chasser des organes du pouvoir les représentants des grands propriétaires fonciers et des capitalistes.

La conférence établit que l’une des tâches les plus importantes du Parti consistait à expliquer inlassablement aux masses cette vérité que « le Gouvernement provisoire, de par son caractère, est un organe de domination des grands propriétaires fonciers et de la bourgeoisie », de même qu’à dénoncer ce qu’il y a de néfaste dans la politique conciliatrice des socialistes-révolutionnaires et des menchéviks, qui trompent le peuple par des promesses falla­cieuses et l’exposent aux coups de la guerre impérialiste et de la contre-révolution.

À cette conférence, Kaménev et Rykov prirent la parole con­tre Lénine. Ils répétèrent à la suite des menchéviks que la Russie n’était pas encore mûre pour la révolution socialiste, que seule la république bourgeoise était possible en Russie. Ils proposèrent au Parti et à la classe ouvrière de se borner à « contrôler » le Gou­vernement provisoire. Au fond ils se plaçaient, tout comme les menchéviks, sur des positions de maintien du capitalisme, de main­tien du pouvoir de la bourgeoisie.

Zinoviev se prononça également contre Lénine, sur la question de savoir si le Parti bolchévik devait rester dans le groupe de Zimmerwald ou rompre avec lui et créer une nouvelle Interna­tionale. Comme l’avaient montré les années de guerre, ce grou­pement, tout en Faisant la propagande pour la paix, n’avait pas rompu, en fait, avec les jusqu’auboutistes bourgeois.

Aussi Lénine insista-t-il pour l’abandon immédiat de ce groupement et l’orga­nisation d’une Internationale nouvelle, l’Internationale commu­niste. Zinoviev proposait de rester avec les zimmerwaldiens. Lénine condamna résolument cette intervention de Zinoviev, en qualifiant sa tactique d’ «  archi-opportuniste et nuisible »

La conférence d’Avril discuta aussi de la question agraire et de la question nationale.

À la suite du rapport de Lénine sur la question agraire, la con­férence se prononça pour la confiscation des terres des grands propriétaires fonciers et leur remise à la disposition des comités de paysans, ainsi que pour la nationalisation de toutes les terres du pays. Les bolchéviks appelaient les masses paysannes à lutter pour la terre et leur démontraient que le Parti bolchévik était le seul parti révolutionnaire qui aidât pratiquement les paysans à renverser les propriétaires fonciers.

Le rapport du camarade Staline sur la question nationale eut une grande importance. Dès avant la révolution, à la veille de la guerre impérialiste, Lénine et Staline avaient élaboré les prin­cipes de la politique du Parti bolchévik sur la question nationale. Lénine et Staline disaient que le parti prolétarien devait soutenir le mouvement de libération nationale des peuples opprimés, mou­vement dirigé contre l’impérialisme.

Ainsi le Parti bolchévik défen­dait le droit des nations à disposer d’elles-mêmes, jusques et y compris leur séparation et leur constitution en États indépendants. Ce point de vue fut défendu à la conférence par le camarade Staline, rapporteur du Comité central.

Contre Lénine et Staline se prononça Piatakov qui, dès les années de guerre, avait pris avec Boukharine une position na­tionaliste et chauvine dans la question nationale. Piatakov et Bou­kharine étaient contre le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. L’attitude résolue et conséquente du Parti dans la question nationale, sa lutte pour l’égalité complète des nations et pour l’abolition de toutes les formes d’oppression nationale et d’iné­galité nationale lui valurent les sympathies et le soutien des nationalités opprimées.

Voici le texte de la résolution sur la question nationale qui fut adoptée par la conférence d’Avril :

« La politique d’oppression nationale, héritage de l’auto­cratie et de la monarchie, est appuyée par les grands proprié­taires fonciers, les capitalistes et la petite bourgeoisie, qui veulent ainsi protéger leurs privilèges de classe et diviser les ouvriers des diverses nationalités. L’impérialisme contempo­rain, qui renforce la tendance à la subordination des peuples faibles, est un nouveau facteur d’aggravation de l’oppression nationale.

Pour autant que la suppression du joug national est réa­lisable dans la société capitaliste, elle n’est possible que lorsque l’État se trouve sous le régime d’une république démocratique conséquente, assurant l’égalité complète de toutes les nations et langues.

À toutes les nations composant la Russie doit être reconnu le droit de se séparer librement et de se constituer en États indépendants. Nier ce droit et ne pas prendre des mesures propres à garantir son application pratique, équivaut à soute­nir la politique de conquête ou d’annexions. Seule la recon­naissance par le prolétariat du droit des nations à se séparer assure la solidarité complète des ouvriers des différentes na­tions et favorise le rapprochement démocratique véritable des nations…

Il n’est pas permis de confondre la question du droit des nations à se séparer librement avec la question de l’utilité de se séparer pour telle ou telle nation, à tel ou tel moment. Ce dernier problème, le Parti du prolétariat doit le résoudre, dans chaque cas particulier, d’une façon absolument indépen­dante, en se plaçant au point de vue des intérêts de l’ensemble du développement social et des intérêts de la lutte de classe du prolétariat pour le socialisme.

Le Parti réclame une large autonomie régionale, la sup­pression de la surveillance s’exerçant d’en haut, l’abolition de la langue officielle obligatoire et la délimitation des frontières des régions autonomes ou s’administrant par leurs propres moyens, — la population locale elle-même devant tenir compte des conditions économiques et de vie, de la composition na­tionale de la population, etc.

Le parti du prolétariat rejette catégoriquement l’ « auto­nomie dite culturelle-nationale », c’est-à-dire le retrait — du res­sort de l’État — des œuvres scolaires, etc., et leur remise entre les mains de sortes de Diètes nationales. L’autonomie culturelle-nationale sépare artificiellement les ouvriers habitant la même localité, voire travaillant dans la même entreprise, selon leur appartenance à telle ou telle « culture nationale ».

C’est-à-dire qu’elle renforce la liaison des ouvriers avec la culture bourgeoise des différentes nations, cependant que la social-démocratie s’assigne comme tâche de renforcer la culture in­ternationale du prolétariat universel. Le Parti exige que soit inscrite dans la Constitution une loi fondamentale proclamant l’abrogation de tous les privilè­ges d’une nation quelconque, ainsi que toutes les atteintes aux droits des minorités nationales.

Les intérêts de la classe ouvrière exigent que les ouvriers de toutes les nationalités de Russie se rassemblent en des or­ganisations prolétariennes uniques — politiques, syndicales, coopératives, éducatives, etc. Seul un tel rassemblement des ouvriers des différentes nationalités dans des organisations uniques permet au prolétariat de mener une lutte victorieuse contre le capital international et le nationalisme bourgeois. » (Lénine, Œuvres choisies, t. II, pp. 52-53.)

C’est ainsi que la conférence d’Avril dénonça la ligne oppor­tuniste antiléniniste de Kaménev, Zinoviev, Piatakov, Boukharine, Rykov, et de leurs rares partisans.

La conférence suivit unanimement Lénine ; elle prit une po­sition nette sur toutes les questions importantes et s’orienta vers la victoire de la révolution socialiste.

3. Succès du Parti Bolchévik dans la capitale. Echec de l’offensive de l’armée du Gouvernement provisoire sur le front. répression de la manifestation de juillet des ouvriers et des soldats.

Fort des décisions de la conférence d’Avril, le Parti développa un travail considérable en vue de gagner les masses, de les éduquer et de les organiser pour la lutte. La ligne du Parti, dans cette période, consistait à expliquer patiemment la politique bolchevi­que, à dénoncer l’esprit de conciliation des menchéviks et des socialistes-révolulionnaires pour isoler ces partis des masses et con­quérir la majorité dans les Soviets.

Outre leur activité dans les Soviets, les bolchéviks faisaient un travail énorme dans les syndicats, dans les comités d’usine. Particulièrement importante était leur action dans l’armée. Des organisations militaires se constituaient partout.

Sur les fronts et à l’arrière, les bolchéviks travaillaient inlassablement à organiser les soldats et les matelots. Le journal bolchévik du front, Okopnaïa pravda [la Vérité des tranchées], contribuait puissamment à faire pénétrer l’esprit révolutionnaire chez les soldats. Grâce à ce travail de propagande et d’agitation des bolche­viks, les ouvriers, dès les premiers mois de la révolution, avaient dans un grand nombre de villes renouvelé les Soviets, notamment les Soviets de quartier, en débarquant les menchéviks et les so­cialistes-révolutionnaires et en élisant à leur place les partisans des bolchéviks.

Le travail des bolchéviks donnait d’excellents résultats, à Pétrograd surtout. Du 30 mai au 3 juin 1917 se tint la Conférence des comités d’usine de Pétrograd. Les trois quarts des délégués se rallièrent aux bolchéviks. La presque totalité du prolétariat de cette ville suivit le mot d’ordre bolchévik « Tout le pouvoir aux Soviets ! » Le 3 (16) juin 1917 se réunit le Ier congrès des Soviets de Rus­sie. Les bolchéviks étaient encore en minorité dans les Soviets ; ils ne comptaient qu’un peu plus de 100 délégués contre les 700 à 800 menchéviks, socialistes-révolutionnaires et autres.

Au Ier congrès des Soviets, les bolchéviks dénoncèrent résolu­ment l’entente funeste avec la bourgeoisie, ils dévoilèrent le carac­tère impérialiste de la guerre. Lénine prononça un discours où il démontrait la justesse de la ligne bolchévique ; il déclara que le pouvoir des Soviets pouvait seul donner le pain aux travailleurs, la terre aux paysans, obtenir la paix et tirer le pays de la ruine.

Une vaste campagne de masse se poursuivait à ce moment dans les quartiers ouvriers de Pétrograd pour organiser une ma­nifestation et présenter des revendications au congrès des Soviets. Mû par le désir de prévenir une manifestation spontanée des ou­vriers et par la volonté d’utiliser à ses fins propres l’esprit révolu­tionnaire des masses, le Comité exécutif du Soviet de Pétrograd décida de fixer la manifestation au 18 juin (1er juillet). Les men­chéviks et les socialistes-révolutionnaires espéraient que le mou­vement se déroulerait sous des mot3 d’ordre antibolchéviks. Energiquement, le Parti bolchévik prit ses dispositions en conséquence.

Le camarade Staline écrivit alors dans la Pravda : 

« Notre tâche est de faire eu sorte que la manifestation du 18 juin à Pétrograd se déroule sous nos mots d’ordre révolutionnaires. »

Le 18 juin 1917, les manifestants défilèrent devant la sépulture des victimes tombées pour la révolution et ce fut une véritable re­vue des forces du Parti bolchévik. Elle montra les progrès de l’es­prit révolutionnaire des masses et leur confiance grandissante dans le Parti bolchévik.

Les mots d’ordre des menchéviks et des socia­listes-révolutionnaires en faveur de la confiance au Gouvernement provisoire, de la nécessité de continuer la guerre, furent noyés dans la masse énorme des mots d’ordre bolchéviks. 400.000 ma­nifestants défilèrent avec des drapeaux portant les mots d’ordre : « À bas la guerre ! », « À bas les dix ministres capitalistes ! », « Tout le pouvoir aux Soviets ! »

C’était l’effondrement complet des menchéviks et des socia­listes-révolutionnaires, l’effondrement du Gouvernement provisoire dans la capitale.

Cependant, fort du soutien du Ier congrès des Soviets, le Gou­vernement provisoire avait décidé de poursuivre sa politique impérialiste. Dans cette même journée du 18 juin, docile à la volonté des impérialistes anglo-français, il jeta les soldats du front à l’attaque. La bourgeoisie voyait dans cette offensive la seule possibilité d’en finir avec la révolution. Elle espérait, en cas de succès, prendre en main tout le pouvoir, refouler les Soviets et écraser les bolchéviks. En cas d’insuccès, on pourrait rejeter toute la faute sur ces mêmes bolchéviks, en les accusant d’avoir décom­posé l’armée.

On pouvait être certain que l’offensive échouerait. C’est ce qui advint en effet. La fatigue des soldats, l’incompréhension où ils étaient des buts de l’offensive, leur défiance à l’égard d’un com­mandement qui leur était étranger, le manque de munitions et d’artillerie, toutes ces circonstances déterminèrent l’échec de l’of­fensive.

La nouvelle de l’offensive et de son échec émut toute la capi­tale. L’indignation des ouvriers et des soldats fut sans bornes. Il apparut qu’en proclamant une politique de paix, le Gouvernement provisoire avait trompé le peuple. Il apparut que le Gouvernement provisoire était pour la continuation de la guerre impérialiste. Il apparut que le Comité exécutif central des Soviets de Russie et le Soviet de Pétrograd n’avaient pas voulu ou n’avaient pas pu s’opposer aux agissements criminels du Gouvernement provisoire et s’étaient traînés à sa suite.

Le courroux révolutionnaire des ouvriers et des soldats de Pétrograd débordait. Le 3 (16) juillet, dans le quartier de Vyborg, des manifestations éclatent spontanément, qui durent toute la journée.

D’abord isolées, elles se transforment en une grandiose manifestation armée, sur le mot d’ordre de passage du pouvoir aux Soviets. Le Parti bolchévik était contre une action armée à ce moment-là ; il considérait que la crise révolutionnaire n était pas encore mûre, que Tannée et la province n’étaient pas encore prêtes à soutenir l’insurrection de la capitale ; qu’une insurrection isolée et prématurée dans Pétrograd ne pouvait qu’aider la contre-révolution à écraser l’avant-garde de la révolution.

Mais lorsqu’il devint évident qu’il était impossible d’empêcher les masses de manifester, le Parti bolchévik décida de prendre part à la mani­festation afin de lui donner un caractère pacifique et organisé. Et le Parti réussit : des centaines de milliers de manifestants se dirigèrent vers le siège du Soviet de Pétrograd et du Comité exécutif central des Soviets de Russie ; ils demandaient aux So­viets de prendre le pouvoir en main, de rompre avec la bourgeoi­sie impérialiste et de faire une politique de paix active.

Malgré le caractère pacifique de la manifestation, des détache­ments réactionnaires de junkers [élèves-officiers] et d’officiers furent lancés contre les manifestants. Les rues de Pétrograd furent inondées du sang des ouvriers et des soldats. Pour mater les ouvriers, on avait mandé du front les formations les plus incultes, les plus contre-révolutionnaires.

Quand ils eurent réprimé la manifestation des ouvriers et des soldats, menchéviks et socialistes-révolutionnaires, alliés à la bourgeoisie et aux généraux gardes-blancs, s’abattirent sur le Parti bolchévik. Les locaux de la rédaction de la Pravda sont saccagés. On interdit la Pravda, la Soldatskaïa Pravda [la Vérité des sol­dats} et nombre d’autres journaux bolchéviks.

L’ouvrier Voïnov, pour le seul fait d’avoir vendu le Listok Pravdy [Feuille de véri­té], est abattu dans la rue par les junkers. On commence à désarmer les gardes rouges. Les unités révolutionnaires de la garnison sont retirées de la capitale et envoyées au front. On opère des arrestations à l’arrière et sur le front. Le 7 juillet, un mandat d’arrêt est lancé contre Lénine.

Plusieurs militants bol­chéviks en vue sont arrêtés. L’imprimerie « Troud » [le Travail], où se tiraient les publications bolchéviques est mise à sac. Un communiqué du procureur de Pétrograd annonce que Lénine et plusieurs autres bolchéviks sont déférés en justice pour « haute trahison » et pour organisation de l’insurrection armée. L’accusation contre Lénine avait été fabriquée de toutes pièces à l’état-major du général Dénikine, avec des dépositions de mouchards et d’agents provocateurs.

C’est ainsi que le Gouvernement provisoire de coalition, dont faisaient partie des menchéviks et des socialistes-révolutionnaires en vue, tels que Tsérételi et Skobélev, Kérenski et Tchernov, roulait dans le bourbier de l’impérialisme et de la contre-révolu­tion déclarée. Au lieu d’une politique de paix, le Gouvernement pratiquait une politique visant à continuer la guerre. Au lieu de sauvegarder les droits démocratiques du peuple, il pratiquait une politique visant a supprimer ces droits et à mater par les armes les ouvriers et les soldais.

Ce que les représentants de la bourgeoisie Goulchkov et Milioukov n’avaient osé faire, les « socialistes » Kérenski et Tséré­teli, Tchernov et Skobélev, l’osaient. La dualité de pouvoir avait pris fin. Elle s’était terminée en faveur de la bourgeoisie, puisque tout le pouvoir était passé aux mains du Gouvernement provisoire et que les Soviets, avec leur direction menchévique et socialiste-révolutionnaire, s’étaient transformés en appendice du Gouver­nement.

C’en était fait de la période pacifique de la révolution, puisqu’on avait mis la baïonnette à l’ordre du jour. En présence d’une situation modifiée, le Parti bolchévik déci­da de modifier sa tactique. Il passa au travail clandestin, cacha soigneusement dans l’illégalité son chef Lénine et se prépara à l’insurrection pour renverser par les armes le pouvoir de la bourgeoisie et instaurer le pouvoir des Soviets.

4. Le Parti bolchévik s’oriente vers la préparation de l’insurrection armée. Le VIe congrès du Parti.

C’est dans les conditions d’une incroyable campagne d’excitation de la presse bourgeoise et petite-bourgeoise que se réunit à Pétrograd le Vie congrès du Parti bolchévik. Il se réunissait dix ans après le Ve congrès de Londres et cinq ans après la conférence bolchévique de Prague.

Les travaux du congrès se poursuivirent du 26 juillet au 3 août 1917, illégalement. Dans la presse on avait simplement annoncé la convocation du congrès, mais sans dire où il allait siéger. Les premières séances eurent lieu dans le quartier de Vyborg. Les dernières, dans un bâtiment scolaire, près de la porte de Narva, là où s’élève aujourd’hui une Maison de la culture. La presse bourgeoisie réclamait l’arrestation des congressistes. Les limiers de la police étaient sur les dents ; peine perdue : ils ne purent repérer le lieu où se tenait le congrès.

Ainsi, cinq mois après le renversement du tsarisme, les bolchéviks étaient obligés de se réunir clandestinement et Lénine, chef du parti prolétarien, se voyait contraint de se cacher dans une hutte de branchages, près de la station Razliv.

Traqué par les limiers du Gouvernement provisoire, il n’avait pu assister au congrès, mais il le dirigea du fond de sa retraite par l’intermédiaire de ses compagnons d’armes et disciples de Pétrograd : Staline, Sverdlov, Molotov, Ordjonikidzé.

Il y avait au congrès 157 délégués avec voix délibérative et 128 avec voix consultative. Le Parti comptait à l’époque près de 240 000 adhérents. Le 3 juillet, c’est-à-dire avant l’écrasement de la manifestation ouvrière, alors que l’action des bolchéviks était encore légale, le Parti possédait 41 organes de presse : 29 en russe et 12 dans les autres langues.

Les persécutions engagées dans les journées de juillet contre les bolchéviks et la classe ouvrière, loin de diminuer l’influence de notre Parti, l’avaient au contraire augmentée. Les délégués des organisations locales rapportèrent une quantité de faits témoignant que les ouvriers et les soldats abandonnaient en masse les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires, qu’ils traitaient avec mépris de « social-geôliers ». Les ouvriers et les soldats membres des partis menchévik et socialiste-révolutionnaire déchiraient leurs cartes d’adhérents ; la malédiction aux lèvres, ils abandonnaient leur parti et venaient demander aux bolchéviks de les accepter dans leurs rangs.

Les questions essentielles du congrès furent le rapport politique du Comité central et la situation politique. Dans ces rapports, le camarade Staline montra avec toute la précision voulue que, malgré les efforts de la bourgeoisie pour écraser la révolution, celle-ci montait, se développait. Il montra que la révolution posait une série de problèmes : application du contrôle ouvrier sur la production et la répartition des produits ; remise de la terre aux paysans, remise du pouvoir détenu par la bourgeoisie aux mains de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre. Il déclara que par son caractère, la révolution devenait socialiste.

La situation politique du pays s’était nettement modifiée depuis les journées de juillet. Plus de dualité de pouvoir. Les Soviets avec leur direction menchévique et socialiste-révolutionnaire avaient refusé de prendre tout le pouvoir. Voilà pourquoi les Soviets étaient devenus impuissants.

Le pouvoir s’était concentré dans les mains du Gouvernement provisoire bourgeois, qui continuait à désarmer la révolution, à saccager ses organisations, à saccager le Parti bolchévik. Les possibilités de développement pacifique de la révolution avaient disparu. Il ne reste qu’une chose, dit le camarade Staline : prendre le pouvoir par la force en renversant le Gouvernement provisoire. Mais prendre le pouvoir par la force, cela n’est possible qu’au prolétariat allié aux pauvres de la campagne.

Les Soviets, toujours dirigés par les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires, avaient glissé dans le camp de la bourgeoisie et, dans la situation actuelle, ils ne pouvaient que faire figure d’auxiliaires du Gouvernement provisoire.

Depuis les journées de juillet, dit le camarade Staline, le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets » devait être retiré. Cependant, le retrait momentané de ce mot d’ordre ne signifiait nullement l’abandon de la lutte pour le pouvoir des Soviets. Il ne s’agissait pas des Soviets en général, organes de la lutte révolutionnaire, mais uniquement des soviets d’alors, qui étaient dirigés par les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires.

« La période pacifique de la révolution a pris fin, déclara le camarade Staline ; la période non pacifique est venue, la période des engagements et des explosions… » (Procès verbaux du Vie congrès du P.O.S.D.R., p111, éd. Russe.)

Le Parti s’orientait vers l’insurrection armée.

Mais il se trouva au congrès des gens qui, traduisant l’influence de la bourgeoisie, s’élevèrent contre l’orientation vers la révolution socialiste.

Le trotskiste Préobrajenski proposa, dans la résolution sur la conquête du pouvoir, d’indiquer qu’on ne pourrait diriger le pays dans la voie socialiste que si la révolution prolétarienne éclatait en Occident.

Contre cette proposition trotskiste s’éleva le camarade Staline :

« La possibilité n’est pas exclue, dit le camarade Staline, que la Russie soit justement le pays qui fraye la voie au socialisme… Il faut rejeter loin de nous cette idée périmée que seule l’Europe peut nous montrer le chemin. Il existe un marxisme dogmatique et un marxisme créateur. Je me place sur le terrain de ce dernier. » (Ibidem, pp. 233-234.)

Boukharine, qui se plaçait sur les positions trotskistes, soutint que les paysans étaient d’humeur patriotarde, qu’ils faisaient bloc avec la bourgeoisie et ne suivraient pas la classe ouvrière.

Dans sa réplique à Boukharine, le camarade Staline indiqua que les paysans diffèrent : il y a des paysans coccus qui soutiennent la bourgeoisie impérialiste, et il y a la paysannerie pauvre qui recherche une alliance avec la classe ouvrière et la soutiendra dans sa lutte pour la victoire de la révolution.

Le congrès repoussa les amendements de Préobrajenski et de Boukharine et approuva le projet de résolution du camarade Staline.

Le congrès discuta et approuva la plate-forme économique des bolchéviks. Ses points essentiels étaient : confiscation de la terre des grands propriétaires fonciers et nationalisation de toutes les terres dans le pays ; nationalisation des banques, nationalisation de la grande industrie, contrôle ouvrier sur la production et la répartition.

Le congrès souligna l’importance de la lutte pour le contrôle ouvrier sur la production, contrôle qui sera d’une importance considérable lors du passage à la nationalisation de la grande industrie.

Dans toutes ses décisions, le VIe congrès souligne avec force la thèse de Lénine sur l’alliance du prolétariat et de la paysannerie pauvre comme condition de la victoire de la révolution socialiste.

Le congrès condamna la théorie menchévique de la neutralité des syndicats. Il montra que les tâches importantes qui attendaient la classe ouvrière de Russie, ne pouvaient être accomplies que si les syndicats demeuraient des organisations de classe combatives, reconnaissant la direction politique du Parti bolchévik.

Le congrès adopta une résolution sur les « Unions de la jeunesse » qui, à l’époque, surgissaient souvent de façon spontanée. Par son travail ultérieur, le Parti a su faire de ces organisations de jeunes la réserve de ses forces.

Le congrès discuta si Lénine devait se présenter à la justice. Kaménev, Rykov, Trotski et d’autres estimaient, dès avant le congrès, que Lénine devait comparaître devant le tribunal des contre-révolutionnaires. Le camarade Staline s’éleva résolument contre la comparution de Lénine. Le VIe congrès se prononça dans le même sens, estimant qu’on ne procèderait pas à un jugement, mais à un règlement de comptes. Le congrès ne doutait pas que la bourgeoisie ne voulut qu’une chose : supprimer physiquement Lénine, son ennemi le plus dangereux. Le congrès protesta énergiquement contre la persécution policière des chefs du prolétariat révolutionnaire par la bourgeoisie et envoya un message de salutations à Lénine.

Le VIe congrès adopta de nouveaux statuts pour le Parti. Ces statuts indiquaient que toutes les organisations du Parti devaient être basées sur le principe du centralisme démocratique.

Cela signifiait :

1° Election de tous les organismes dirigeants du Parti, du sommet à la base ;
2° Comptes rendus périodiques des organismes du Parti devant leurs organisations respectives ;
3° Discipline rigoureuse dans le parti et soumission de la minorité à la majorité ;
4° Caractère strictement obligatoire des décisions des organismes supérieurs pour les organismes inférieurs ainsi que pour tous les membres du Parti.

Les statuts disaient que les adhésions au parti sont acceptées par les organisations de base sur recommandation de deux membres du Parti et après confirmation par l’assemblée générale des membres de l’organisation intéressée.

Le VIe congrès accepta dans le Parti les « mejrayontsy » [interrayons], avec leur leader Trotski. Ce petit groupe qui existait à Pétrograd depuis 1913, était composé de menchéviks trotskistes et d’un certain nombre d’anciens bolchéviks qui avaient abandonné le Parti.

Pendant la guerre, les « mejrayontsy » s’étaient affirmés comme une organisation centriste. Ils luttaient contre les bolchéviks, mais ils étaient aussi, sur bien des points, en désaccord avec les menchéviks, occupant ainsi une position intermédiaire, centriste, hésitante. Au VIe congrès du Parti, les « mejrayontsy » se déclarèrent d’accord en tous points avec les bolchéviks ; ils demandèrent à être admis au Parti. Le congrès donna suite à leur demande, pensant qu’ils pourraient avec le temps devenir de véritables bolchéviks. En effet, certains « mejrayontsy », par exemple, Volodarski, Ouritski, d’autres encore sont devenus par la suite des bolchéviks.

Quant à Trotski et certains de ses proches amis, ils étaient entrés dans le Parti, comme on l’a su plus tard, non pour travailler au profit du Parti, mais pour le disloquer, le faire sauter du dedans.

Toutes les décisions du VIe congrès visaient à préparer le prolétariat et la paysannerie pauvre à l’insurrection armée. Le congrès aiguilla le Parti sur l’insurrection armée, sur la révolution socialiste.

Le manifeste lancé par le congrès au nom du parti appelait les ouvriers, les soldats, les paysans, à se préparer aux combats décisifs contre la bourgeoisie. Il se terminait par ces mots :

« Préparez-vous aux nouvelles batailles, camarades de combat ! Avec fermeté, courage et calme, sans vous laisser prendre à la provocation, accumulez les forces, formez-vous en colonnes de combat ! Sous le drapeau du parti, prolétaires et soldats ! Sous notre drapeau, opprimés des campagnes ! »

5. Complot du général Kornilov contre la Révolution. Ecrasement du complot. Les Soviets de Pétrograd et de Moscou se rangent aux côtés des bolchéviks.

Une fois maîtresse du pouvoir, la bourgeoisie se prépara à écraser les Soviets, devenus impuissants, et à établir une dicta­ture contre-révolutionnaire déclarée. Le millionnaire Riabouchinski eut le cynisme de déclarer que la seule issue à la situation était, selon lui, « que la main décharnée de la famine, la misère du peuple prenne à la gorge les faux amis du peuple, les Soviets et Comités démocratiques ». Au front sévissaient les cours martiales et la peine de mort pour les soldats ; le 3 août 1917, le général en chef Kornilov exigea que la peine de mort fût rétablie également à l’arrière.

Le 12 août s’ouvrit à Moscou, au Grand Théâtre, la confé­rence d’État convoquée par le Gouvernement provisoire, en vue de mobiliser les forces de la bourgeoisie et des propriétaires fon­ciers. À la conférence assistaient principalement les représentants des grands propriétaires fonciers, de la bourgeoisie, des généraux, des officiers, des cosaques. Les Soviets y étaient représentés par des menchéviks et des socialistes-révolutionnaires.

Le jour de l’ouverture de la Conférence d’État, les bolche­viks organisèrent à Moscou, en signe de protestation, une grève générale qui engloba la majorité des ouvriers. Des grèves eurent lieu également dans plusieurs autres villes.

Le socialiste-révolutionnaire Kérenski, vrai tranche-monta­gne, menaça dans son discours à la conférence de réprimer « par le fer et dans le sang » toutes les tentatives de mouvement révolu­tionnaire, y compris celles des paysans pour enlever d’autorité les terres des grands propriétaires fonciers. Quant au général contre-révolutionnaire Kornilov, il exigeait, sans plus, « la suppression des Comités et des Soviets ».

Et ce fut, au Grand Quartier Général, un pèlerinage de ban­quiers, de gros négociants, de fabricants, venant offrir à Kor­nilov leur argent et leur appui. On vit également arriver chez le général Kornilov les repré­sentants des « alliés », c’est-à-dire de l’Angleterre et de la France, pour exiger que 1’on hâtât l’offensive contre la révolution. On s’acheminait vers le complot contre-révolutionnaire du général Kornilov.

Ce complot se préparait ouvertement. Pour détourner l’atten­tion, les conspirateurs avaient fait courir le bruit que les bolche­viks préparaient une insurrection à Pétrograd pour le 27 août, à l’occasion des six mois de la révolution. Le Gouvernement provi­soire, Kérenski en tête, fondit sur les bolchéviks, renforça la terreur contre le Parti du prolétariat. De son côté, le général Kornilov rassembla des troupes pour marcher sur Pétrograd, anéantir les Soviets et former un gouvernement à dictature mili­taire.

Kornilov s’était d’abord abouché avec Kérenski pour son coup de force contre-révolutionnaire. Mais, au dernier moment, Ké­renski fit brusquement volte-face, se désolidarisant de son com­plice. Il craignait que les masses populaires, dressées contre la réaction Kornilov pour l’écraser, ne balaient du même coup le gouvernement bourgeois, si ce dernier ne se désolidarisait pas aussitôt de Kornilov.

Le 25 août, Kornilov dépêcha sur Pétrograd le 3e corps de cavalerie, sous les ordres du général Krymov, en proclamant son intention de « sauver la patrie ». En réponse à la rébellion Kor­nilov, le Comité central du Parti bolchévik appelle les ouvriers et les soldats à infliger une énergique riposte armée à la contre-ré­volution. Les ouvriers s’arment rapidement et se préparent à la riposte. En ces jours-là, les détachements de gardes rouges voient leurs effectifs augmenter de plusieurs fois. Les syndicats mobili­sent leurs adhérents. Les formations militaires révolutionnaires de Pétrograd se tiennent prêtes au combat.

Autour de Pétrograd on creuse des tranchées, on pose des fils de fer barbelés, on démonte les voies ferrées. Plusieurs milliers de matelots armés arrivaient de Cronstadt pour défendre la capitale. On envoya des délégués au-devant de la « division sauvage » qui marchait sur Pétrograd  ;quand ils eurent expliqué aux soldats — des montagnards du Caucase — le vrai sens du coup de force Kornilov, la « division sauvage » refusa de marcher sur Pétrograd !

Des agitateurs furent également envoyés dans les autres formations de Kornilov. Partout où il y avait du danger, on créait des comités révolutionnaires et des états-majors de lutte contre Kornilov.

Saisis d’une frayeur mortelle, les leaders menchéviks et so­cialistes-révolutionnaires, y compris Kérenski, cherchèrent au cours de ces journées protection auprès des bolchéviks ; ils s’étaient convaincus que les bolchéviks étaient dans la capitale la seule force réelle qui fût capable de battre Kornilov. Mais, en mobilisant les masses pour écraser Kornilov, les bol­chéviks n’abandonnaient point leur lutte contre le gouvernement Kérenski. Ils dénonçaient aux masses le gouvernement de Kéren­ski, des menchéviks et des socialistes-révolutionnaires, qui par toute leur politique favorisaient objectivement le complot contre-révolutionnaire de Kornilov.

Grâce à toutes ces mesures, le coup de force Kornilov est écrasé. Le général Krymov se suicide. Kornilov et ses acolytes, Dénikine et Loukomski, sont arrêtés. (Au reste, Kérenski les fera bientôt remettre en liberté.)

L’écrasement de l’aventure Kornilov révéla d’un coup le rap­port des forces entre la révolution et la contre-révolution. Il mon­tra que tout le camp de la contre-révolution était condamné, de­puis les généraux et le parti cadet jusqu’aux menchéviks et aux socialistes-révolutionnaires empêtrés dans les rets de la bourgeoi­sie.

Il devint évident que la politique de continuation d’une guerre accablante ainsi que la ruine économique que cette politique en­gendrait, avaient définitivement compromis leur influence sur les masses populaires. L’écrasement de Kornilov montra encore que le Parti bolchévik avait grandi et était devenu la force décisive de la révo­lution, la force capable de battre en brèche les pires menées de la contre-révolution.

Notre Parti n’était pas encore un parti gouvernant, mais lors du coup de force Kornilov, il s’affirma comme la véritable force gouvernante, puisque les ouvriers et les soldats exécutaient ses directives sans hésiter. L’écrasement de Kornilov montra enfin que les Soviets, qui semblaient morts, recélaient une force immense de résistance ré­volutionnaire. Il était hors de doute que c’étaient les Soviets et leurs comités révolutionnaires qui avaient barré la route aux trou­pes de Kornilov dont ils avaient entamé les forces. La lutte contre Kornilov ranima les Soviets des députés ou­vriers et soldats ; elle les libéra des entraves de la politique de conciliation ; elle leur fit trouver la grand’route de la lutte révo­lutionnaire et les orienta vers le Parti bolchévik.

L’influence des bolchéviks dans les Soviets grandissait plus que jamais. De même, l’influence des bolchéviks augmentait rapidement à la campagne.

La rébellion Kornilov avait montré aux grandes masses pay­sannes que les propriétaires fonciers et les généraux, une fois les bolchéviks et les Soviets écrasés, s’en prendraient à la pay­sannerie. C’est pourquoi les grandes masses de paysans pauvres se groupèrent de plus en plus étroitement autour des bolchéviks.

Quant aux paysans moyens dont les hésitations avaient freiné le progrès de la révolution dans la période d’avril à août 1917, ils commencèrent après l’écrasement de Kornilov à se tourner déli­bérément vers le Parti bolchévik, en rejoignant la masse des pay­sans pauvres. Les grandes masses paysannes se rendaient compte peu à peu que seul le Parti bolchévik pouvait les débarrasser de la guerre, que seul il était capable de terrasser les propriétaires fonciers et était disposé à remettre la terre aux paysans. Les oc­cupations de terres seigneuriales par les paysans se multipliaient énormément en septembre et octobre 1917.

Le labourage effectué d’autorité sur ces terres par les paysans se généralisait dans le pays entier. Exhortations et expéditions punitives ne pouvaient plus arrêter les paysans dressés pour la révolution.

La révolution montait.

El ce fut une période d’animation et de renouvellement des So­viets, la période de leur bolchévisation.Fabriques, usines, for­mations militaires, en renouvelant leurs députés, envoient aux Soviets, à la place des menchéviks et des socialistes-révolutionnai­res, des représentants du Parti bolchévik. Le 31 août, au lende­main de la victoire remportée sur Kornilov, le Soviet de Pétrograd se prononce pour la politique bolchévique. L’ancien bureau menchévik et socialiste-révolutionnaire du Soviet de Pétrograd, Tchkhéidzé en tête, démissionne, cédant la place aux bolchéviks. Le 5 septembre, le Soviet des députés ouvriers de Moscou se rallia aux bolchéviks. Le bureau menchévik et socialiste-révolutionnaire du Soviet de Moscou démissionne également, cédant le pas aux bolchéviks.

C’était la preuve que les conditions essentielles, nécessaires pour une insurrection victorieuse, étaient venues à maturité. Et de nouveau « Tout le pouvoir aux Soviets ! » s’inscrit à l’ordre du jour.

Mais ce n’est plus le vieux mot d’ordre de remise du pou­voir aux Soviets menchéviks et socialistes-révolutionnaires. Non, c’est le mot d’ordre d’insurrection des Soviets contre le Gou­vernement provisoire, pour que la plénitude du pouvoir dans le pays passe aux Soviets dirigés par les bolchéviks. Au sein des partis de conciliation règne le désarroi.

Sous la poussée des paysans d’esprit révolutionnaire, une aile gauche se forme parmi les socialistes-révolutionnaires, savoir les socialistes-révolutionnaires « de gauche » ; ceux-ci expriment leur mécontentement de la politique de conciliation avec la bourgeoisie.

Chez les menchéviks, se forme à son tour un groupe de « gau­ches » dits « internationalistes », qui penchent vers les bolchéviks.

Quant aux anarchistes, groupe assez insignifiant déjà par son influence, ils se disloquent définitivement en groupuscules, dont les uns se confondent avec les éléments criminels, — voleurs cl agents provocateurs, — des bas-fonds de la société ; les autres se font expropriateurs « idéalistes », ils pillent les paysans et les petites gens de la ville, confisquent les locaux des clubs ouvriers, leurs économies ; les troisièmes enfin se jettent ouvertement dans le camp des contre-révolutionnaires pour organiser leur vie per­sonnelle dans les arrière-cours de la bourgeoisie. Mais tous s’affir­ment contre tout pouvoir, y compris et surtout contre le pouvoir révolutionnaire des ouvriers et des paysans, convaincus qu’ils sont que le pouvoir révolutionnaire ne leur permettra pas de spolier le peuple et de dilapider son avoir.

Après l’écrasement de Kornilov, les menchéviks et les socia­listes-révolutionnaires firent une nouvelle tentative pour affaiblir l’essor révolutionnaire de plus en plus vigoureux. C’est à cet effet qu’ils réunirent le 12 septembre 1917 une Conférence démocrati­que de Russie, composée des représentants des partis socialistes, des Soviets conciliateurs, des syndicats, des zemstvos, des cercles industriels et commerçants et de l’armée.

La Conférence désigna dans son sein un Préparlement (Conseil provisoire de la Répu­blique). Les conciliateurs pensaient pouvoir, à l’aide de ce Prépar­lement, arrêter la révolution et faire passer le pays du chemin de la révolution soviétique dans la voie du développement constitu­tionnel bourgeois, dans la voie du parlementarisme bourgeois. Vai­ne tentative de politiciens banqueroutiers pour faire tourner à rebours la roue de la révolution. Cette tentative devait échouer lamentablement, et c’est bien ce qui arriva. Les ouvriers se mo­quèrent des exercices parlementaires des conciliateurs. Pour rire, ils baptisèrent le Préparlement du nom d’ « avant-bain ».

Le Comité central du Parti bolchévik décida de boycotter le Préparlement. Il est vrai que la fraction bolchévique de ce dernier, où siégeaient des hommes tels que Kaménev et Théodorovitch, ne voulait pas quitter l’enceinte du Préparlement. Mais le Comité central du Parti l’y obligea. C’est avec le souci de détourner le Parti des préparatifs de l’insurrection que Kaménev et Zinoviev insistaient pour la participation au Préparlement.

À une séance do la fraction bolchevi­que de la Conférence démocratique de Russie, le camarade Sta­line s’éleva résolument contre cette participation. Il qualifia le Préparlement de « fausse-couche du kornilovisme ».

Lénine et Staline considéraient comme une faute grave mê­me une participation de courte durée au Préparlement, car cette participation pouvait faire naître parmi les masses l’illusion que le Préparlement était effectivement capable de faire quelque chose pour les travailleurs. En même temps les bolchéviks préparaient avec insistance la convocation du IIe congrès des Soviets, où ils comptaient recueil­lir la majorité. Sous la poussée des Soviets bolchéviks et malgré tous les subterfuges des menchéviks et des socialistes-révolution­naires installés au Comité exécutif central de Russie, le IIe congrès des Soviets fut fixé à la seconde quinzaine d’octobre 1917.

6. Insurrection d’Octobre à Pétrograd et arrestation du Gouvernement provisoire. IIe congrès des Soviets et formation du gouvernement soviétique. Les décrets du IIe congrès des Soviets sur la paix et sur la terre. La révolution socialiste triomphe. Les causes de la victoire de la Révolution socialiste.

Les bolchéviks se préparaient énergiquement à l’insurrection. Lénine indiquait que les bolchéviks, ayant recueilli la majorité dans les Soviets des députés ouvriers et soldats des deux capitales, — Moscou et Pétrograd, — pouvaient et devaient prendre le pouvoir en main. En dressant le bilan des progrès accomplis, Lénine soulignait : « La majorité du peuple est pour nous ». Dans ses articles et ses lettres au Comité central et aux organisations bolchéviques, Lénine donnait le plan concret de l’insurrection : comment utiliser les unités militaires, la flotte et les gardes rouges ; quels étaient les points décisifs dont il fallait s’emparer à Pétrograd pour assurer le succès de l’insurrection, etc.

Le 7 octobre, Lénine arriva illégalement de Finlande à Pétrograd. Le 10 octobre se tint la séance historique du Comité central du Parti, qui décida de déclencher prochainement l’insurrection armée. La résolution historique du Comité central du Parti, rédigée par Lénine, portait :

« Le Comité central reconnaît que la situation internationale de la révolution russe (insurrection dans la flotte allemande comme manifestation extrême de la croissance, dans toute l’Europe, de la révolution socialiste mondiale ; menace du monde impérialiste d’étrangler la révolution russe), ainsi que la situation militaire (décision indéniable de la bourgeoisie russe et de Kérenski et consorts, de livrer Pétrograd aux Allemands), de même que la conquête de la majorité dans les Soviets par le Parti du prolétariat, — tout cela joint au soulèvement paysan et au revirement de confiance populaire en faveur de notre Parti (élections de Moscou) ; enfin, la préparation manifeste d’une deuxième aventure Kornilov (retrait des troupes de Pétrograd, transport de cosaques sur cette ville, encerclement de Minsk par les cosaques, etc.), — tous ces faits mettent à l’ordre du jour l’insurrection armée.

Reconnaissant ainsi que l’insurrection armée est inévitable et arrivée à pleine maturité, le Comité central invite toutes les organisations du Parti à s’inspirer de ce fait et à examiner et résoudre de ce point de vue toutes les questions pratiques (congrès des Soviets de la région du Nord, retrait des troupes de Pétrograd, actions de Moscou et de Minsk, etc.). » (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p. 154.)

Contre cette décision historique se sont élevés et ont voté deux membres du comité central, Kaménev et Zinoviev. De même que les menchéviks, ils rêvaient d’une république parlementaire bourgeoise et calomniaient la classe ouvrière en soutenant qu’elle manquait de forces pour faire la révolution socialiste, qu’elle n’était pas encore suffisamment mûre pour prendre le pouvoir.

À cette séance, Trotski ne vota pas directement contre la résolution, mais il présenta un amendement qui devait faire échouer, réduire à néant l’insurrection. Il proposa de ne pas commencer l’insurrection avant l’ouverture du IIecongrès des Soviets : c’eût été faire traîner en longueur l’insurrection, en annoncer d’avance la date, avertir le Gouvernement provisoire.

Le Comité central du Parti bolchévik envoya des délégués dans le bassin du Donetz, dans l’Oural, à Helsingfors, à Cronstadt, sur le front sud-ouest, etc., pour organiser l’insurrection en province. Les camarades Vorochilov, Molotov, Dzerjinski, Ordjonikidzé, Kirov, Kaganovitch, Kouibychev, Frounzé, Iaroslavski, d’autres encore, furent spécialement chargés par le Parti de diriger l’insurrection en province.

Dans l’Oural, à Chadrinsk, le camarade Jdanov menait l’action dans l’armée. Les délégués du Comité central initiaient au plan d’insurrection les dirigeants des organisations bolchéviques locales et les alertaient pour soutenir l’insurrection de Pétrograd.

Sur les indications du Comité central du parti, on créa un Comité militaire révolutionnaire près le Soviet de Pétrograd, et il devint l’état-major reconnu de l’insurrection.

Cependant, la contre-révolution, elle aussi, rassemblait en hâte ses forces. On vit se constituer une union contre-révolutionnaire dite « Union des officiers ». Partout les contre-révolutionnaires créaient des états-majors pour la formation de bataillons de choc. Fin octobre, la contre-révolution disposait de 43 bataillons de choc. On avait crée des bataillons entièrement composés de chevaliers de Saint-Georges.

Le gouvernement de Kérenski posa la question du transfert du gouvernement à Moscou. Signe qu’il préparait a reddition de Pétrograd aux Allemands, pour conjurer l’insurrection dans la capitale. La protestation des ouvriers et des soldats de la garnison força le Gouvernement provisoire à rester à Pétrograd.

Le 16 octobre se tint une séance élargie du Comité central du Parti. Elle élut un Centre du Parti pour diriger l’insurrection, avec le camarade Staline à sa tête. Ce fut ce centre, noyau dirigeant du Comité militaire révolutionnaire près le Soviet de Pétrograd, qui guida pratiquement l’insurrection.

Pendant la séance du Comité central, les capitulards Zinoviev et Kaménev s’élevèrent de nouveau contre l’insurrection. Remis à leur place, ils décidèrent de se prononcer publiquement, dans la presse, contre l’insurrection, contre le Parti. Le 18 octobre, le journal menchévik Novaïa Jizn [Vie nouvelle] publiait une déclaration de Kaménev et de Zinoviev sur la préparation par les bolchéviks d’une insurrection qu’ils considéraient, eux, comme une aventure. Ainsi, Kaménev et Zinoviev révélaient à l’ennemi que le Comité central avait décidé de déclencher l’insurrection, de l’organiser à bref délai.

C’était une trahison. Lénine a écrit à ce propos : « Kaménev et Zinoviev ont livré à Rodzianko et à Kérenski la décision du Comité central de leur Parti sur l’insurrection armée. » Lénine posa devant le Comité central la question de l’exclusion de Zinoviev et de Kaménev du Parti.

Avertis par les traîtres, les ennemis de la révolution prennent aussitôt des mesures pour prévenir l’insurrection et écraser le Parti bolchévik, état-major de la révolution. Le Gouvernement provisoire tient une séance secrète, où il décide des mesures à prendre pour combattre les bolchéviks. Le 19 octobre, le Gouvernement provisoire mande d’urgence à Pétrograd des troupes du front.

Des patrouilles renforcées circulent dans les rues. La contre-révolution avait réussi à concentrer à Moscou des forces particulièrement importantes. Le Gouvernement provisoire avait dressé son plan : un jour avant l’ouverture du IIe congrès des Soviets, attaquer et occuper l’institut Smolny, siège du Comité central bolchévik et écraser le centre dirigeant bolchévik. À cet effet on avait amené de Pétrograd des troupes que le Gouvernement provisoire croyait sûres.

Mais les jours et les heures du Gouvernement provisoire étaient comptés. Aucune force ne pouvait plus arrêter la marche triomphale de la révolution socialiste.

Le 21 octobre, les bolchéviks dépêchent des commissaires du Comité militaire révolutionnaire dans toutes les unités révolutionnaires. Dans les jours qui précèdent l’insurrection, les unités militaires, les fabriques et les usines se préparent énergiquement au combat. Des tâches précises sont également assignées aux cuirassés Avrora [Aurore] et Zaria svobody [Aube de la liberté].

En séance du Soviet de Pétrograd, Trotski, par vantardise, livre à l’ennemi la date arrêtée par les bolchéviks pour déclencher l’insurrection. Afin d’empêcher le gouvernement Kérenski de faire échec à l’insurrection armée, le Comité central du Parti décide de la lancer et de l’accomplir plus tôt que le terme fixé, un jour avant l’ouverture du IIe congrès des Soviets 

Le 24 octobre (6 novembre), de grand matin, Kérenski commença à interdire l’organe central du Parti bolchévik Rabotchi pout [la Voix ouvrière] et par dépêcher des autos blindées aux portes de la rédaction du Rabotchi pout et de l’imprimerie des bolchéviks.

Mais vers 10 heures du matin, sur les indications du camarade Staline, les gardes rouges et les soldats révolutionnaires refoulaient les autos blindées et plaçaient un poste renforcé aux abords de l’imprimerie et de la rédaction du Rabotchi pout. Vers 11 heures du matin, le Rabotchi pout paraissait avec un appel à renverser le Gouvernement provisoire. En même temps, sur la directive du Centre du parti qui dirigeait l’insurrection, on faisait venir d’urgence à Smolny des détachements de soldats révolutionnaires et de gardes rouges.

L’insurrection avait commencé.

Le 24 octobre dans la nuit, Lénine arriva à Smolny et prend en mains la direction de l’insurrection. Toute la nuit, des unités de troupes révolutionnaires et des détachements de la Garde rouge affluent vers Smolny. Les bolchéviks les dirigent sur le centre de la capitale, pour investir le palis d’Hiver où le Gouvernement provisoire s’est retranché.

Le 25 octobre (7 novembre), la Garde rouge et les troupes révolutionnaires occupent les gares, la poste, le télégraphe, les ministères, la banque d’État.

Le préparlement est dissous.

Smolny, siège du Soviet de Pétrograd et du Comité central bolchévik, devient l’état-major de la révolution d’où partent les ordres de combat.

Les ouvriers de Pétrograd ont montré, en ces journées, qu’ils avaient été à bonne école sous la direction du Parti bolchévik. Les unités de troupes révolutionnaires, préparées à l’insurrection par l’action bolchévique, exécutaient fidèlement les ordres de combat et se battaient dans le coude à coude avec la Garde rouge. La flotte ne se laissa pas distancer par l’armée. Cronstadt était un bastion du Parti bolchévik où, depuis longtemps, l’autorité du Gouvernement provisoire n’était plus reconnue. Le 25 octobre, c’est le cuirassé Avrora qui, par le grondement de ses pièces pointées sur le Palais d’Hiver, proclama l’inauguration d’une ère nouvelle, l’ère de la grande Révolution socialiste.

Le 25 octobre (7 novembre), les bolchéviks publièrent un appel « Aux citoyens de Russie » annonçant que le Gouvernement provisoire bourgeois était déposé, que le pouvoir de l’État était passé aux Soviets.

Le Gouvernement provisoire s’était retranché dans le Palais d’Hiver, sous la protection des junkers et des bataillons de choc. Dans la nuit du 25 au 26 octobre, ouvriers, soldats et matelots révolutionnaires prirent d’assaut le Palais d’Hiver et mirent en état d’arrestation le Gouvernement provisoire.

L’insurrection armée de Pétrograd avait triomphé.

Le IIe congrès des Soviets de Russie s’ouvrit à Smolny, le 25 octobre (7 novembre) 1917, à 10 H. 45 du soir, alors que l’insurrection victorieuse battait son plein à Pétrograd et que le pouvoir, dans la capitale, se trouvait en fait aux mains du Soviet de Pétrograd.

Les bolchéviks avaient recueilli au congrès l’immense majorité. Menchéviks, bundistes et socialistes-révolutionnaires de droite, voyant qu’ils avaient fait leur temps, abandonnèrent le congrès en déclarant qu’ils refusaient de participer à ses travaux. Dans la déclaration dont ils donnèrent lecture, ils qualifiaient la Révolution d’Octobre de « complot militaire ». Le congrès stigmatisa les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires ; il marqua que non seulement il ne regrettait pas leur défection, mais qu’il s’en félicitait, puisque grâce au départ des traîtres le congrès devenait un véritable congrès révolutionnaire des députés ouvriers et soldats.

Le congrès proclama que le pouvoir passait entièrement aux mains des Soviets.

« Fort de la volonté de l’immense majorité des ouvriers, des soldats et des paysans, fort de l’insurrection victorieuse des ouvriers et de la garnison de Pétrograd, le congrès prend en mains le pouvoir », était-il dit dans l’appel du IIe congrès des Soviets.

Dans la nuit du 26 octobre (8 novembre) 1917, le IIe congrès des Soviets adopta le décret sur la paix. Le congrès invitait les pays belligérants à conclure sur-le-champ un armistice d’au moins trois mois pour engager les pourparlers de paix. Tout en faisant appel aux gouvernements et aux peuples de tous les pays belligérants, le congrès s’adressait aussi aux « ouvriers conscients des trois nations les plus avancées de l’humanité et des plus grands États participant à la guerre présente : l’Angleterre, la France et l’Allemagne ».

Il en appelait au concours de ces ouvriers « pour faire aboutir l’œuvre de paix et du même coup l’œuvre d’affranchissement des masses travailleuses et exploitées, de tout esclavage et de toute exploitation ».

La même nuit, le IIe congrès des Soviets adopta un décret sur la terre, en vertu duquel le « droit de propriété des grands propriétaires fonciers sur la terre était aboli immédiatement, sans aucune indemnité ». Cette loi agraire s’inspirait d’un Mandat paysan général, établi sur la base de 242 mandats paysans locaux. Aux termes de ce Mandat, le droit de propriété privée sur la terre était aboli à jamais et remplacé par la propriété nationale, par la propriété de l’État sur la terre. Les terres des grands propriétaires fonciers, des apanages et des couvents étaient remises en jouissance gratuite à tous les travailleurs.

En vertu de ce décret, la paysannerie reçut de la Révolution socialiste d’Octobre plus de 150 millions de déciatines [1 déciatine = 1,092 ha] de terres nouvelles, qui jusqu’à présent étaient détenues par les grands propriétaires fonciers, la bourgeoisie, la famille impériale, les couvents, l’Eglise.

Les paysans furent libérés des annuités de fermage aux propriétaires fonciers pour une somme d’environ 500 millions de roubles-or.

Toutes les richesses du sous-sol (pétrole, charbon, minerai, etc.), les forêts et les eaux, devinrent propriété du peuple.

Enfin le IIe congrès des Soviets de Russie constitua le premier gouvernement des Soviets, le Conseil des commissaires du peuple. Celui-ci était entièrement formé de bolchéviks. Lénine fut élu président de ce premier Conseil des commissaires du peuple.

Ainsi se termina le IIe congrès historique des Soviets.

Les délégués rentrèrent chez eux pour répandre la nouvelle de la victoire des Soviets à Pétrograd et assurer l’extension du pouvoir des Soviets à l’ensemble du pays.

Ce n’est pas du premier coup ni partout que le pouvoir passa aux Soviets. Alors que le pouvoir soviétique existait déjà à Pétrograd, des batailles opiniâtres et acharnées se déroulèrent pendant plusieurs jours encore dans les rues de Moscou. Pour empêcher que le pouvoir passât aux mains du Soviet de Moscou, les partis de contre-révolution, — menchéviks et socialiste-révolutionnaire, — aidés des gardes blancs et des junkers engagèrent une lutte armée contre les ouvriers et les soldats. C’est seulement au bout de plusieurs jours que les rebelles furent battus et le pouvoir des Soviets instauré à Moscou.

À Pétrograd même, dans certains quartiers, des tentatives contre-révolutionnaires furent faites, dans les premiers jours qui suivirent la victoire de la révolution, pour renverser le pouvoir des Soviets. Kérenski, qui pendant l’insurrection s’était enfui de Pétrograd dans la zone du front nord, rassembla plusieurs formations cosaques placées sous les ordres du général Krasnov et le 10 novembre 1917, il les jeta sur Pétrograd.

Le 11 novembre 1917, une organisation contre-révolutionnaire, le « Comité du salut de la patrie et de la révolution », socialistes-révolutionnaires en tête, souleva à Pétrograd une révolte de junkers. Mais les rebelles furent battus sans trop de peine. En l’espace d’une seule journée, dans la soirée du 11 novembre, la mutinerie des junkers était liquidée par les matelots et les gardes rouges et le 13 novembre, le général Krasnov était mis en déroute près des hauteurs de Poulkovo.

Comme pendant l’insurrection d’Octobre, Lénine avait dirigé personnellement l’écrasement de l’émeute antisoviétique. Sa fermeté irréductible et sa calme certitude de la victoire inspiraient les masses, les soudaient. L’ennemi fut battu. Krasnov, fait prisonnier, donna sa « parole d’honneur » de ne plus lutter contre le pouvoir soviétique. C’est sur cette « parole d’honneur » qu’il fut relâché ; par la suite, Krasnov devait violer sa parole de général. Kérenski, déguisé en femme, put s’enfuir « dans une direction inconnue ».

À Moguilev, au Grand Quartier Général des armées, le général Doukhonine essaya également de déclencher une rébellion. Le gouvernement soviétique avait invité Doukhonine à négocier immédiatement l’armistice avec le commandement allemand : Doukhonine refusa d’obéir. Il fut destitué par ordre du pouvoir soviétique. Le G.Q.G. contre-révolutionnaire fut anéanti, et Doukhonine tué par les soldats qui s’étaient soulevés contre lui.

Une sortie fut également tentée contre le pouvoir des Soviets par les opportunistes bien connus à l’intérieur du Parti : Kaménev, Zinoviev, Rykov, Chliapnikov et autres. Ils demandaient la constitution d’un « gouvernement socialiste homogène », dont fissent partie les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires qui venaient d’être renversés par la Révolution d’Octobre. Le 15 novembre 1917, le Comité central du Parti bolchévik adopta une résolution repoussant l’accord avec ces partis contre-révolutionnaires ; Kaménev et Zinoviev furent proclamés traîtres à la Révolution.

Le 17 novembre, Kaménev, Zinoviev, Rykov, Milioutine, en désaccord avec la politique du Parti, déclarèrent de se retirer du Comité central. Le même jour, 17 novembre, Noguine, en son nom personnel et au nom de Rykov, V. Milioutine, Théodorovitch, A. Chliapnikov, D. Riazanov, Iourénev et Larine, qui faisaient partie du Conseil des commissaires du peuple, déclara qu’en désaccord avec la politique du Comité central du Parti, ils se retiraient du Conseil des commissaires du peuple. La désertion de cette poignée de lâches fit exulter les ennemis de la Révolution d’Octobre.

Toute la bourgeoisie et ses auxiliaires ricanaient, criaient à l’effondrement du bolchévisme, prophétisant la perte du Parti bolchévik. Mais cette poignée de déserteurs n’ébranla pas un seul instant le Parti. Le Comité central les stigmatisa avec mépris comme des déserteurs de la révolution et des auxiliaires de la bourgeoisie, et passa à l’ordre du jour.

Quant aux socialistes-révolutionnaires « de gauche », désireux de conserver leur influence dans les masses paysannes qui sympathisaient nettement avec les bolchéviks, ils avaient décidé de ne pas se brouiller avec les bolchéviks, de maintenir provisoirement le front unique avec eux. Le Congrès des Soviets paysans, tenu en novembre 1917, reconnut toutes les conquêtes de la Révolution socialiste d’Octobre et les décrets du pouvoir soviétique.

Un accord fut conclu avec les socialistes-révolutionnaires « de gauche », dont un certain nombre furent compris dans le Conseil des commissaires du peuple (Kolégaev, Spiridonova, Prochian et Steinberg). Mais cet accord ne durera que jusqu’à la signature de la paix de Brest-Litovsk et à la formation de comités de paysans pauvres, date où une profonde différenciation s’opèrera dans la paysannerie et où les socialistes-révolutionnaires « de gauche », traduisant de plus en plus les intérêts des koulaks, déclencheront un soulèvement contre les bolchéviks et seront battus par le pouvoir des Soviets.

D’octobre 1917 à janvier-février 1918, la révolution soviétique s’étendit au pays entier. L’extension du pouvoir des Soviets sur cet immense territoire se faisait à un rythme si accéléré, que Lénine la qualifia de « marche triomphale » du pouvoir soviétique.

La grande Révolution socialiste d’Octobre triomphait.

Parmi les raisons qui ont déterminé cette victoire relativement facile de la Révolution socialiste en Russie, voici les principales :

1° La Révolution d’Octobre avait en face d’elle cet ennemi relativement faible, mal organisé, peu expérimenté en politique qu’était la bourgeoisie russe. Parce qu’elle manquait encore de force économique et qu’elle dépendait entièrement des commandes du gouvernement, la bourgeoisie russe n’avait ni l’indépendance politique, ni l’initiative suffisante pour trouver une issue à la situation.

Elle n’avait pas l’expérience des combinaisons et des mystifications politiques d’envergure que possède, par exemple, la bourgeoisie française ; elle n’avait pas non plus été à l’école des compromissions malhonnêtes de grand style, qui est celle, par exemple, de la bourgeoisie anglaise. En quête, hier encore, d’une entente avec le tsar renversé par la révolution de Février, elle n’avait rien su trouver de mieux, une fois au pouvoir, que de continuer dans ses grandes lignes la politique du tsar exécré.

Tout comme le tsar, elle était pour « la guerre jusqu’au bout », bien que la guerre fut devenue une charge insupportable pour le pays et eût totalement épuisé le peuple et l’armée. Tout comme le tsar, elle était pour le maintien, dans les grandes lignes, de la propriété seigneuriale de la terre, malgré la disette de terre et le joug des propriétaires fonciers dont se mourait la paysannerie. En ce qui concerne la politique à l’égard de la classe ouvrière, la bourgeoisie russe, dans sa haine des ouvriers, surpassait le tsar, puisqu’elle s’appliquait, non seulement à maintenir et à renforcer l’oppression des usiniers et des fabricants, mais encore à la rendre intolérable par l’application de lock-outs massifs.

Rien d’étonnant que le peuple n’ait point vu de distinction substantielle entre la politique du tsar et celle de la bourgeoisie et qu’il ait reporté sa haine du tsar sur le Gouvernement provisoire de la bourgeoisie.

Tant que les partis de conciliation, socialiste-révolutionnaire et menchévik, exercèrent quelque influence sur le peuple, la bourgeoisie put se retrancher derrière eux et conserver le pouvoir. Mais du jour où les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires se furent démasqués comme agents de la bourgeoisie impérialiste, perdant du même coup leur influence sur le peuple, la bourgeoisie et son Gouvernement provisoire restèrent sans appui.

2° À la tête de la Révolution d’Octobre se trouvait cette classe révolutionnaire qu’est la classe ouvrière de Russie, classe trempée dans les combats, qui avait traversé en un court laps de temps deux révolutions, et qui, à la veille de la troisième, avait acquis l’autorité de chef du peuple dans la lutte pour la paix, la terre, la liberté, le socialisme. Sans ce chef de la révolution, jouissant de la confiance du peuple, qu’était la classe ouvrière de Russie, il n’y aurait pas eu d’alliance des ouvriers et des paysans : et sans cette alliance, la Révolution d’octobre n’aurait pas pu vaincre.

3° La classe ouvrière de Russie avait, dans la révolution, ce sérieux allié qu’était la paysannerie pauvre formant l’immense majorité de la population paysanne. L’expérience des huit mois de révolution, que l’on peut sans hésiter assimiler à l’expérience de plusieurs dizaines d’années de développement « normal », n’avait pas été perdue pour les masses laborieuses de la paysannerie.

Durant ce temps, elles avaient pu juger à l’œuvre tous les partis de Russie et se rendre compte que ni les cadets, ni les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks n’entendaient se brouiller sérieusement avec les grands propriétaires fonciers et verser leur sang pour les paysans ; qu’il n’y avait qu’un seul parti en Russie qui ne fut point lié aux grands propriétaires fonciers, et qui fut prêt à les écraser pour satisfaire aux besoins des paysans : le Parti bolchévik.

Et ce fut là la base réelle de l’alliance du prolétariat et de la paysannerie pauvre. Cette alliance de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre déterminera aussi la conduite des paysans moyens qui hésiteront longtemps et qui, à la veille seulement de l’insurrection d’Octobre, se tourneront franchement vers la révolution, en s’unissant à la paysannerie pauvre. Inutile de démontrer que sans cette alliance, la Révolution d’Octobre n’aurait pas pu vaincre.

4° À la tête de la classe ouvrière se trouvait ce parti rompu à la lutte politique qu’est le Parti bolchévik.

Seul un parti comme le Parti bolchévik, suffisamment hardi pour mener le peuple à l’assaut décisif et suffisamment circonspect pour éviter les écueils de tout genre sur le chemin du succès, seul un tel parti pouvait fondre de façon aussi judicieuse, en un seul flot révolutionnaire, des mouvements révolutionnaires aussi divers qu’étaient le mouvement démocratique général pour la paix, le mouvement démocratique paysan pour la mainmise sur les terres seigneuriales, le mouvement de libération nationale des peuples opprimés en lutte pour l’égalité nationale et le mouvement socialiste du prolétariat pour le renversement de la bourgeoisie, pour l’instauration de la dictature du prolétariat.

Il est évident que c’est la fusion de ces divers courants révolutionnaires en un flot révolutionnaire unique et puissant qui a décidé du sort du capitalisme en Russie.

5° La Révolution d’Octobre a commencé à un moment où la guerre impérialiste battait encore son plein ; où les principaux États bourgeois étaient divisés en deux camps ennemis, où, occupés à se faire la guerre et à s’affaiblir les uns les autres, ils ne pouvaient sérieusement s’ingérer dans les « affaires russes » et se dresser activement contre la Révolution d’Octobre.

Il est évident que cette circonstance a grandement facilité la victoire de la Révolution socialiste d’Octobre.

7. Lutte du Parti bolchévik pour la consolidation du pouvoir des Soviets. Paix de Brest-Litovsk. Le VIIecongrès du Parti.

Pour consolider le pouvoir des Soviets, il fallait détruire, mettre en pièces le vieil appareil d’État bourgeois et créer à sa place l’appareil nouveau de l’État soviétique. Il fallait détruire les vestiges des castes anciennes el le régime d’oppression nationale, abolir les privilèges de l’Eglise, supprimer la presse contre-révolutionnaire et les organisation contre-révolutionnaires de toute sorte, légales et illégales ; dissoudre l’Assemblée constituante de la bourgeoisie. Il fallait enfin, après avoir nationalisé la terre, nationaliser aussi toute la grande industrie, et puis sortir de l’état de guerre, en finir avec la guerre qui entravait plus que tout le reste la consolidation du pouvoir des Soviets.

Toutes ces mesures furent réalisées en l’espace de quelques mois, de la fin de 1917 au milieu de 1918.

Le sabotage des fonctionnaires des anciens ministères, organisé par les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks, est brisé et liquidé. Les ministères sont supprimés et remplacés par des administrations soviétiques et des commissariats du peuple. On crée le Conseil suprême de l’économie nationale pour gérer l’industrie du pays. On organise la Commission extraordinaire de Russie (Vétchéka), dirigée par F. Dzerjinski et chargée de combattre la contre-révolution et le sabotage. Un décret est rendu sur la création de l’Armée et de la Flotte rouges. L’Assemblée constituante dont les élections avaient eu lieu, pour l’essentiel, dès avant la révolution d’Octobre et qui avait refusé de ratifier les décrets du IIe congrès des Soviets sur la paix, la terre et le passage du pouvoir aux Soviets est dissoute.

Pour faire définitivement disparaître les vestiges du féodalisme, des castes et de l’inégalité dans tous les domaines de la vie sociale, des décrets sont rendus sur l’abolition des castes, la suppression des restrictions nationales et confessionnelles, la séparation de l’Eglise et de l’État et la séparation de l’Ecole et de l’Eglise, l’égalité des femmes, l’égalité des nationalités de Russie.

Une décision spéciale du gouvernement soviétique connue sous le nom de « Déclaration des droits des peuples de Russie », porte que le libre développement des peuples de Russie et leur complète égalité en droits sont consacrés par la loi.

Pour miner la puissance économique de la bourgeoisie et organiser une économie nouvelle, l’économie nationale du pays des Soviets, avant tout pour organiser la nouvelle industrie soviétique, on nationalise les banques, les chemins de fer, le commerce extérieur, la flotte marchande et toute la grosse industrie : charbon, métallurgie, pétrole, produits chimiques, constructions mécaniques, textile, raffineries de sucre, etc.

Afin de libérer notre pays de la dépendance financière et de l’exploitation des capitalistes étrangers, on annule les emprunts placés à l’étranger par le Tsar et le Gouvernement provisoire. Les peuples de notre pays n’entendaient pas payer les dettes qui avaient été contractées pour continuer la guerre de rapine et qui asservissaient la Russie au capital étranger.

Toutes les dispositions de ce genre sapèrent jusqu’à la racine la puissance de la bourgeoisie, des grands propriétaires fonciers, des fonctionnaires réactionnaires, des partis contre-révolutionnaires et affermirent considérablement le pouvoir des Soviets à l’intérieur du pays.

Mais on ne pouvait tenir la situation du pouvoir des Soviets pour parfaitement consolidée tant que la Russie se trouvait en état de guerre avec l’Allemagne et l’Autriche. Pour stabiliser définitivement le pouvoir des Soviets, il fallait en finir avec la guerre. Aussi le Parti déploya-t-il la lutte pour la paix aussitôt après la victoire de la Révolution d’Octobre.

Le gouvernement soviétique proposa « à tous les peuples en guerre et à leurs gouvernements d’engager sans délai des pourparlers pour une paix démocratique équitable ». Mais les « alliés » – l’Angleterre et la France – repoussèrent la proposition du gouvernement soviétique. Devant le refus de la France et de l’Angleterre de négocier la paix, le gouvernement soviétique, accomplissant la volonté des Soviets, décida d’engager des pourparlers avec l’Allemagne et l’Autriche.

Les négociations s’ouvrirent le 3 décembre, à Brest-Litovsk. Le 5 décembre, un armistice était conclu.

Les pourparlers se poursuivirent au milieu d’une crise profonde de l’économie nationale ; le pays était fatigué de la guerre et nos troupes abandonnaient le front qui se désagrégeait. Durant les pourparlers, il apparût que les impérialistes allemands voulaient s’emparer d’immenses territoires de l’ancien empire tsariste et qu’ils entendaient transformer la Pologne, l’Ukraine et les provinces baltiques et États dépendants de l’Allemagne.

Continuer la guerre dans ces conditions, c’eût été mettre en péril l’existence de la République soviétique nouvellement formée. La classe ouvrière et la paysannerie se virent dans la nécessité d’accepter de dures conditions de paix, de reculer devant le rapace le plus dangereux à l’époque, l’impérialisme allemand, pour obtenir une trêve, consolider le pouvoir des Soviets et créer une armée nouvelle, l’Armée rouge, qui fût capable de défendre le pays contre l’agresseur.

Tous les contre-révolutionnaires, depuis les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires, jusqu’aux gardes blancs les plus avérés, se lancèrent dans une agitation forcenée contre la signature du traité de paix. Leurs intentions étaient claires : faire échouer les pourparlers de paix, provoquer une offensive des allemands et exposer aux coups le pouvoir soviétique encore mal affermi, mettre en péril les conquêtes des ouvriers et des paysans.

Ils avaient pour alliés dans cette infâme besogne Trotski et son sous-ordre Boukharine qui, avec Radek et Piatakov, se trouvaient à la tête d’un groupe hostile au Parti, groupe qui s’intitulait, pour se camoufler, groupe des « communistes de gauche ». Trotski et les « communistes de gauche » engagèrent au sein du Parti une lutte acharnée contre Lénine, pour la continuation de la guerre. Ces gens-là faisaient manifestement le jeu des impérialistes allemands et des contre-révolutionnaires à l’intérieur du pays, puisqu’ils voulaient exposer aux coups de l’impérialisme allemand la jeune République soviétique, encore dépourvue d’armée.

Politique de provocation habilement masquée de phrases gauchistes.

Le 10 février 1918, les pourparlers de paix de Brest-Litovsk furent interrompus. Bien que Lénine et Staline eussent insisté au nom du Comité central pour que la paix fût signée, Trotski, président de la délégation soviétique à Brest-Litovsk, viola traîtreusement les directives expresses du Parti bolchévik. Il déclara que la République des Soviets refusait de signer la paix aux conditions imposées par l’Allemagne ; en même temps, il informa les allemands que la République des Soviets ne ferait pas la guerre, qu’elle continuerait de démobiliser.

Acte monstrueux. Les impérialistes allemands ne pouvaient se promettre davantage d’un traître aux intérêts du pays des Soviets !

L’Allemagne rompit l’armistice et reprit l’offensive. Les restes de notre ancienne armée cédèrent à la poussée des troupes allemandes et prirent la fuite. Les allemands avançaient vite, s’emparant d’un immense territoire et menaçant Pétrograd. L’impérialisme allemand, après avoir pénétré en terre soviétique, se proposait de renverser le pouvoir soviétique et de réduire notre patrie à l’état de colonie. La vieille armée tsariste désorganisée ne pouvait résister aux cohortes de l’impérialisme allemand. Elle refluait sous les coups de l’armée d’invasion.

Cependant, l’intervention militaire des impérialistes allemands provoqua un puissant essor révolutionnaire dans le pays. À l’appel lancé par le Parti et le gouvernement des Soviets « La patrie socialiste est en danger », la classe ouvrière répondit par la formation intense des unités de l’Armée rouge. Les jeunes détachements de la nouvelle armée, – armée du peuple révolutionnaire – repoussèrent héroïquement l’assaut du rapace allemand armé jusqu’aux dents. Devant Narva et Pskov, une riposte énergique fût infligée aux envahisseurs. Leur avance sur Pétrograd fût arrêtée. Et le 23 février, date à laquelle les troupes de l’impérialisme allemand avaient été repoussées, marqua la naissance de la jeune Armée rouge.

Dès le 18 février, le Comité central du Parti avait adopté la proposition de Lénine d’adresser au gouvernement allemand un télégramme proposant la signature immédiate de la paix. Afin de s’assurer des conditions de paix plus avantageuses, les Allemands continuaient l’offensive. Le 22 février seulement, le gouvernement allemand accepta de signer la paix, et cela à des conditions beaucoup plus dures pour nous que lors des premières négociations. Lénine, Staline et Sverdlov eurent à soutenir, au sein du Comité central, une lutte des plus acharnées contre Trotski, Boukharine et les autres trotskistes, pour obtenir un vote en faveur de la paix. Lénine indiqua que Boukharine et Trotski avaient « aidé en fait les impérialistes allemands et entravé le progrès et le développement de la révolution en Allemagne ». (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p.337.)

Le 23 février, le Comité central décida d’accepter les conditions de l’État-major allemand et de signer la paix. La trahison de Trotski et Boukharine avait coûté cher à la République soviétique. La Lettonie, l’Estonie, sans parler de la Pologne, passaient à l’Allemagne ; l’Ukraine était détachée de la République des Soviets pour devenir un État vassal de l’Allemagne. La République soviétique s’engageait à payer une contribution aux Allemands.

Cependant les « communistes de gauche » qui continuaient à combattre Lénine, roulaient de plus en plus bas dans le bourbier de la trahison.

Le Bureau de la région de Moscou du Parti communiste, dont s’étaient momentanément emparés les « communistes de gauche » (Boukharine, Ossinski, Iakovléva, Stoukov, Mantsev), adopta une résolution scissionniste de défiance envers le Comité central ; il déclara qu’il n’estimait « guère possible de conjure la scission du Parti à bref délai ». Les « communistes de gauche » allèrent dans cette résolution jusqu’à prendre une décision antisoviétique : « Dans l’intérêt de la révolution internationale, écrivaient-ils, nous estimons opportun d’admettre la perte éventuelle du pouvoir soviétique, qui devient désormais purement formel. »

Lénine qualifia cette décision d’ « étrange et monstrueuse ».

À ce moment, la cause véritable de la conduite hostile au Parti, ainsi adoptée par Trotski et les « communistes de gauche », n’était pas encore claire pour le Parti. Mais comme l’a établi dernièrement (au début 1938) le procès de l’organisation antisoviétique dite « bloc des droitiers et des trotskistes », Boukharine et le groupe des « communistes de gauche » qu’il dirigeait, tramaient à l’époque, de concert avec Trotski et les socialistes-révolutionnaires « de gauche », un complot contre le gouvernement soviétique. Il apparaît que Boukharine, Trotski et leurs complices s’assignaient comme but de saboter le traité de paix de Brest-Litovsk, de faire arrêter V. Lénine, J. Staline, J. Sverdlov, de les assassiner et de former un nouveau gouvernement composé de Boukhariniens, de trotskistes et de socialistes-révolutionnaires « de gauche ».

Tout en organisant un complot contre-révolutionnaire, le groupe des « communistes de gauche », soutenu par Trotski, attaquait ouvertement le Parti bolchévik dans le but de scinder le Parti et de disloquer ses rangs. Mais, en ce moment difficile, le Parti se rallia autour de Lénine, Staline et Sverdlov, et soutint le Comité central dans la question de la paix, de même que dans toutes les autres questions.

Le groupe des « communistes de gauche » se trouva isolé et défait.

Pour régler définitivement la question de la Paix, le Parti réunit son VIIe congrès.

Celui-ci s’ouvrit le 6 mars 1918. C’était le premier congrès depuis la prise du pouvoir par notre Parti. Il comprit 46 délégués avec voix délibérative et 58 avec voix consultatives, représentant 145 000 membres du Parti. En réalité, le Parti comptait à l’époque au moins 270 000 adhérents. La différence s’explique par le fait que, vu l’urgence du congrès, une partie considérable des organisations n’avaient pas eu le temps d’envoyer leurs délégués ; et les organisations dont le territoire était momentanément occupé par les Allemands avaient été dans l’impossibilité de se faire représenter.

À propos de la paix de Brest-Litovsk, Lénine dit au congrès que « … la crise pénible que traverse notre Parti, du fait qu’une opposition de gauche s’est formée en son sein, est une des plus graves qu’ait connues la révolution russe. » (Lénine, Œuvres choisies, t. II, p. 352.)

Par 30 voix contre 12 et 4 abstentions, fût adoptée la résolution sur la paix de Brest-Litovsk.

Le lendemain, Lénine écrivit dans un article intitulé « Une paix malheureuse » :

« Les conditions de paix son infiniment dures. Toutefois l’histoire aura le dernier mot… Au travail pour l’organisation, l’organisation et l’organisation ! En dépit de toutes les épreuves, l’avenir est à nous. » » (Lénine, t. XXII, p. 288, éd. russe.)

La résolution du congrès indiquait qu’une nouvelle action militaire des États impérialistes était inévitable contre la République des Soviets ; aussi le congrès estimait-il que la tâche essentielle du Parti était de prendre les mesures les plus énergiques et les plus résolues pour élever sa propre discipline et celle des ouvriers et des paysans, pour préparer les masses à défendre avec abnégation la patrie socialiste, pour organiser l’Armée rouge, pour donner à la population l’instruction militaire générale.

Le congrès, après avoir confirmé la justesse de la ligne de Lénine touchant la paix de Brest-Litovsk, condamna la position de Trotski et Boukharine ; il flétrit la tentative des « communistes de gauche » défaits, de poursuivre au congrès même leur travail de scission.

La conclusion de la paix de Brest-Litovsk permit au Parti de gagner du temps pour consolider le pouvoir des Soviets et mettre de l’ordre dans l’économie du pays.

La conclusion de la paix permit d’utiliser les conflits dans le camp de l’impérialisme (la guerre continuait entre le bloc austro-allemand et l’Entente), de décomposer les forces adverses, d’organiser l’économie soviétique, de créer l’Armée rouge.

La conclusion de la paix permit au prolétariat de conserver l’appui de la paysannerie et de rassembler des forces pour écraser les généraux gardes-blancs pendant la guerre civile.

Dans la période de la Révolution d’Octobre, Lénine avait enseigné au Parti bolchévik l’art d’attaquer avec intrépidité et résolution, lorsque les conditions nécessaires sont réunies,. Dans la période de Brest-Litovsk, Lénine enseigna au Parti l’art de se replier en bon ordre, quand les forces adverses sont manifestement supérieures aux nôtres, afin de préparer, avec la plus grande énergie une nouvelle offensive contre l’ennemi.

L’histoire a démontré la justesse de la ligne de Lénine.

Le VIIe congrès décida de changer le nom du Parti et d’en modifier le programme. Le parti s’appela dès lors Parti communiste (bolchévik) de Russie, P.C. (b) R. C’est Lénine qui avait proposé d’appeler notre Parti « Parti communiste », parce que ce nom répondait exactement au but que le parti s’assigne : réaliser le communisme.

Pour établir le nouveau programme du Parti, fût élue une commission spéciale, composée de Lénine, de Staline et d’autres ; on prit pour base du programme un projet élaboré par Lénine.

Ainsi le VIIe congrès s’est acquitté d’une immense tâche historique : il a battu les ennemis embusqués au sein de notre Parti, « communistes de gauche » et trotskistes ; il a réussi à tirer le pays de la guerre impérialiste et à obtenir la paix, la trêve ; il a permis au Parti de gagner du temps pour organiser l’Armée rouge ; il a fait un devoir au Parti d’établir l’ordre socialiste dans l’économie nationale.

8. Le plan de Lénine pour aborder la construction socialiste. Les comités de paysans pauvres et la mise au pas des koulaks. L’émeute des socialistes-révolutionnaires « de gauche » et son écrasement. le Ve congrès des Soviets et l’adoption de la constitution de la R.S.F.S.R.

Quand il eut signé la paix et obtenu une trêve, le pouvoir des Soviets aborda un ample travail de construction socialiste. La période écoulée de novembre 1917 à février 1918 avait été appelée par Lénine période « d’assaut des gardes rouges contre le Capital  ». Le pouvoir des Soviets était parvenu, dans la première moitié de 1918, à briser la puissance économique de la bourgeoisie, à con­centrer dans ses mains les postes de commandement de l’écono­mie nationale (fabriques, usines, banques, chemins de fer, com­merce extérieur, flotte marchande, etc.), à briser l’appareil d’État bourgeois et à liquider victorieusement les premières tentatives de la contre-révolution pour renverser le pouvoir des Soviets.

Mais tout cela ne suffisait pas. Tant s’en faut. Pour aller de l’avant, il fallait, après avoir détruit l’ancien ordre de choses, pas­ser à la construction du nouveau. C’est pourquoi au printemps de 1918 on aborde une nouvelle étape de la construction socialiste, on passe « de l’expropriation des expropriateurs » à la consolidation matérielle des victoires remportées, à la construction de l’économie nationale soviétique. Lénine estimait nécessaire d’utiliser la trêve au maximum pour entreprendre la construction des fondements de l’économie socialiste. Les bolchéviks devaient apprendre à or­ganiser et à gérer la production d’une manière nouvelle. Lénine écrivait que le Parti bolchévik avait su persuader la Russie, qu’il avait conquis la Russie sur les riches pour le peuple ; mais mainte­nant, disait Lénine, le Parti bolchévik doit apprendre à gouverner la Russie.

D’après lui, la tâche principale, à cette étape, était de recenser tout ce que produisait l’économie nationale et de contrôler l’usage fait de l’ensemble de la production. Dans l’économie du pays pré­dominaient les éléments petits-bourgeois. Les millions de petits propriétaires, à la ville et à la campagne, constituaient un lorrain propice au développement du capitalisme. Ces petits propriétaires ne reconnaissaient ni la discipline du travail ni la discipline de l’État, ils ne se soumettaient ni au recensement ni au contrôle. Ce qui était surtout dangereux dans ce moment difficile, c’était l’élément petit-bourgeois spéculateur et mercantile, ainsi que les tentatives des petits propriétaires et des commerçants de s’enrichir sur la misère du peuple.

Le Parti engagea une lutte énergique contre le relâchement dans la production, contre l’indiscipline du travail dans l’industrie. Les masses ne s’assimilaient que lentement les nouvelles habitudes de travail. Aussi la lutte pour la discipline devint-elle, dans cette période, la tâche centrale.

Lénine affirma la nécessité de développer dans l’industrie l’é­mulation socialiste, d’introduire le salaire aux pièces, de lutter contre le nivellement des salaires, d’appliquer, parallèlement aux mesures d’éducation et de persuasion, les méthodes de contrainte à l’égard des profiteurs qui voulaient arracher le plus possible à l’État, a l’égard de ceux qui taisaient les fainéants et se livraient à la spéculation. Il estimait que la nouvelle discipline, — la disci­pline du travail, la discipline des liens de camaraderie, la discipli­ne soviétique, — est élaborée par les millions de travailleurs au cours de leur besogne quotidienne. Il indiquait que « cette œuvre occuperait toute une époque historique ». (Lénine, t. XXIII, p. 44, éd. russe.)

Ce sont tous ces problèmes de la construction socialiste, tous ces problèmes sur la création de rapports de production nouveaux, socialistes, qui furent traités par Lénine dans son célèbre ouvrage Les tâches immédiates du pouvoir des Soviets.

Sur ces questions également, les « communistes de gauche » faisant cause commune avec les socialistes-révolutionnaires et les menchéviks, engagèrent la lutte contre Lénine. Boukharine, Ossinski et les autres s’élevaient contre l’introduction de la discipline, contre la direction unique dans les entreprises, contre l’utilisation des spécialistes dans l’industrie, contre l’application du principe du rendement commercial. Ils calomniaient Lénine en prétendant que celte politique signifiait le retour à l’ordre bourgeois. En mê­me temps, les « communistes de gauche » prônaient le point de vue trotskiste d’après lequel la construction socialiste et la victoire du socialisme étaient impossibles en Russie.

Toutes ces phrases « de gauche » des « communistes de gau­che » ne tendaient qu’à masquer la défense du koulak, du fainéant, du spéculateur, qui étaient contre la discipline et envisageaient avec hostilité la réglementation par l’État de la vie économique, le recensement et le contrôle.

Quand il eut réglé les problèmes d’organisation de l’industrie nouvelle, soviétique, le Parti passa aux questions relatives à la campagne. La lutte des paysans pauvres contre les koulaks battait son plein à l’époque. Les koulaks croissaient en force, ils accapa­raient les terres enlevées aux grands propriétaires fonciers. II fal­lait aider les paysans pauvres. Les koulaks, qui luttaient contre l’État prolétarien, refusaient de lui vendre le blé aux prix fermes. Ils voulaient contraindre par la famine l’État soviétique à renon­cer aux mesures socialistes. Le Parti fixa la tâche d’écraser les koulaks contre-révolutionnaires. Pour organiser les paysans pau­vres et vaincre les koulaks qui détenaient les excédents de blé, on organisa en grand l’envoi d’ouvriers à la campagne.

« Camarades ouvriers ! écrivait Lénine. Rappelez-vous que la révolution est dans une situation critique. N’oubliez pas que vous, et vous seuls, pouvez sauver la révolution. Des dizaines de milliers d’ouvriers d’élite, d’ouvriers d’avant-garde dévoués au socialisme, incapables de succomber aux pots-de-vin ou de commettre un vol, et capables de créer une force d’airain con­tre les koulaks, les spéculateurs, les maraudeurs, les concus­sionnaires, les désorganisateurs, voilà ce qu’il nous faut. » (Lénine, t. XXIII, p. 25, éd. russe.)

« La lutte pour le blé, c’est la lutte pour le socialisme », décla­ra Lénine. Et c’est sous ce mot d’ordre que l’on organisa les ou­vriers dépêchés dans les campagnes. On prit plusieurs décrets pour établir la dictature dans le domaine du ravitaillement et in­vestir les organes du commissariat de l’Approvisionnement de (pou­voirs extraordinaires pour l’achat du blé aux prix fermes.

Par décret du 11 juin 1918, furent institués des comités de paysans pauvres. Ils jouèrent un grand rôle dans la lutte contre les koulaks, dans la redistribution des terres confisquées et la ré­partition du matériel d’exploitation, dans le stockage des excédents détenus par les koulaks, dans le ravitaillement des centres ouvriers et de l’Armée rouge. 50 millions d’hectares de terres koulaks pas­sèrent aux mains des paysans pauvres et moyens. On expropria les koulaks d’une grande partie de leurs moyens de production au profit des paysans pauvres.

L’organisation des comités de paysans pauvres marqua une nouvelle étape dans le développement de la révolution socialiste à la campagne. Ces comités furent les points d’appui de la dicta­ture du prolétariat au village. C’est en grande partie par leur in­termédiaire que la population paysanne fournissait des contingents à l’Année rouge.

L’arrivée des prolétaires au village et l’organisation des comi­tés de paysans pauvres consolidèrent le pouvoir des Soviets dans las campagnes. Elles furent d’une immense portée politique pour gagner le paysan moyen au pouvoir des Soviets.

Fin 1918, leurs tâches remplies, les comités de paysans pauvres cessèrent d’exister ; ils fusionnèrent avec les Soviets ruraux.

Le 4 juillet 1918 s’était ouvert le Ve congrès des Soviets. Les socialistes-révolutionnaires « de gauche » y engagèrent une lutte acharnée contre Lénine, en faveur des koulaks. Ils exigeaient que l’on cessât de combattre les koulaks et que l’on renonçât à l’envoi de détachements de ravitaillement ouvriers à la campagne. Lors­que les socialistes-révolutionnaires « de gauche » se furent con­vaincus que la majorité du congrès s’opposait énergiquement à leur ligne, ils déclenchèrent une émeute à Moscou, s’emparèrent de la rue Trekhsviatitelski et, de là, firent donner l’artillerie sur le Kremlin.

Mais cette aventure des socialistes-révolutionnaires « de gauche » fut écrasée en quelques heures par les bolche­viks. Sur plusieurs points du pays, les organisations locales des socialistes-révolutionnaires « de gauche » avaient également tenté de se soulever, mais partout cette entreprise fut rapidement liquidée.

Le procès de l’organisation antisoviétique dite « bloc des droi­tiers et des trotskistes » a établi maintenant que l’émeute des socia­listes-révolutionnaires « de gauche » avait été déclenchée à la con­naissance et avec l’assentiment de Boukharine et de Trotski, qu’elle était partie intégrante du plan général de complot contre-révolu­tionnaire monté par les boukhariniens, les trotskistes et les socialistes-révolutionnaires « de gauche » contre le pouvoir des Soviets.

Dans le même temps, le socialiste-révolutionnaire « de gauche » Blumkine, plus tard agent de Trotski, pénétrait dans les locaux de l’ambassade allemande et, afin de provoquer la guerre avec l’Allemagne, assassinait l’ambassadeur Mirbach. Mais le gouvernement soviétique réussit à conjurer la guerre et à faire échouer la provocation des contre-révolutionnaires. Le Ve congrès des Soviets adopta la Constitution de la R.S.F.S.R., première constitution soviétique.

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Parti Communiste d’Union Soviétique (bolchévik)