Auteur/autrice : IoULeeM0n

  • Des zones libérées? (1975)

    (Texte rédigé par les unités communistes de Paris 10ème, Meudon, Paris sud et Antony, mars 1975.] Sur la question des « zones libérées » qui était à la base du cahier liquidateur de 1973-­1974, nous publions ici un texte défendant cette thèse (paru dans « La Cause du Peuple » n°2) et un texte dénonçant cette théorie (paru dans « La Cause du Peuple » n°3).

    La ligne développée par ce second texte l’emportera à la Conférence Nationale Maoïste de février 1975.

    Des « zones libérées » en France ? 

    Impossible! disent certains; « on ne peut aménager le système capitaliste » ou « le pouvoir est UN, il ne se grignote pas » (HR, Communisme,etc…)  Nos ossifiés, à qui la seule perspective de chercher des lois spécifiques de la révolution en France, c’est-­à­-dire de s’engager dans une pratique subversive, donne des frissons dans le dos, et les liquidateurs du mouvement « mao », se retrouvent (qui l’eût cru?) dans cette même attitude: tourner résolument le dos aux luttes des masses. 

    Depuis 68 la révolution idéologique est à l’ordre du jour. Après la résistance violente au despotisme capitaliste (actions de représailles), une nouvelle exigence s’impose, celle d’une existence sociale radicalement différente, mieux, sa réalisation (partielle, temporaire): la conquête par les masses de ce qu’on a appelé les « zones libérées ».  

    Cela peur aller de la gare Saint­-Lazare où les maos de la Gauche Prolétarienne imposaient en 197O la démocratie des masses et, sous la protection de ces dernières, paralysaient l’intervention des flics jusqu’à Lip qui se situe à un niveau beaucoup plus élevé.  Ainsi au sein du pays capitaliste, apparaissent des éléments qui font manifestement partie de la vie future, quand le peuple sera au pouvoir.  

    Une « zone libérée » ne s’édifie pas à l’occasion de n’importe quelle action où le peuple est impliqué: une grève bureaucratique même avec occupation ne peut en aucun cas instaurer un contre-­pouvoir populaire, c’est seulement le cas lors des luttes vraiment révolutionnaires.  

    Par suite du rapport des forces, ce pouvoir ne peut être qu’éphémère, mais on l’a vu surgir plus d’une fois depuis 1968. Le mot d’ordre de prendre du pouvoir, de libérer son usine,son école, etc… part de la réalité: il s’inscrit dans une stratégie de guerre prolongée.  

    CE QUI DÉFINIT UNE ZONE LIBÉRÉE, CE SONT TROIS CARACTÉRISTIQUES: 

    1. Le pouvoir est passé pour un temps dans les mains du peuple. Ce pouvoir est différent selon le secteur: en mai 68, toute la région de Nantes­Saint Nazaire était « libérée »; cela voulait dire par exemple que la préfecture devait s’adresser aux organes de pouvoir populaire pour obtenir des bons d’essence.  Cinq ans plus tard à Lip ou chez Manuest, le pouvoir ouvrier s’exerce notamment par la mise en route de la production sous direction ouvrière.  Au sein de l’appareil scolaire, un contre­cours est aussi l’exercice du pouvoir par les masses lycéennes contre la répression et le savoir bourgeois.  

    2. Apparition de rapports sociaux nouveaux. Initiative libérée, changement des mentalités, apparition dans l’exercice collectif du pouvoir de rapports humains nouveaux, sont les manifestations qui tiennent le plus à coeur au peuple; à Lip, les ouvriers et les ouvrières insistaient beaucoup sur cet aspect: résolutions des contradictions entre hommes et femmes, entre O.P. et O.S., entre employés de bureaux et ouvriers­, etc…  

    3. Protection de la zone, soit par des milices d’autodéfense, soit par la réalisation de l’unité populaire autour de la zone: Lip en est l’exemple le plus achevé. 

    POURQUOI LA GUERRE PROLONGÉE ? 

    Aujourd’hui, la constatation de ce phénomène de masse qu’est le surgissement même très éphémère de « zones libérées » doit guider la pratique des maos. Pour deux raisons:  C’est à l’heure de la révolution idéologique une orientation conforme à la réalité et des plus subversives.  

    L’expérience que font les masses quand temporairement elles s’emparent du pouvoir leur ouvre des horizons nouveaux et leur donne un avant-­goût du socialisme, bien plus puissant qu’un discours de propagande. Se référer à ces expériences est le meilleur moyen de faire comprendre ce qu’est la dictature du prolétariat. 

    Ayant goûté à la vie nouvelle les masses ne refusent plus le socialisme à cause de l’image qu’en renvoient l’URSS et la Pologne où l’on tire sur les ouvriers.  

    Nous avons le choix entre cette stratégie de lutte populaire prolongée dont chaque bataille vise à prendre du pouvoir en attendant de conquérir le pouvoir(central) et le mirage du « grand soir » précédé par l’accumulation pacifique des forces qui conduit finalement au réformisme.  Des « zones libérées » en France ? (réponse au débat) L’article paru dans « La Cause du Peuple » n°2 et ouvrant un débat sur les « zones libérées » est marqué par un certain nombre de confusions.  

    Il y a dès le début un refus de préciser dans quelle phase se place le débat: celle de la lutte armée ou celle de la révolution idéologique? Refus aussi d’analyser concrètement le contexte social.  Les auteurs du texte refusent aussi de préciser exactement la signification d’un « contre­-pouvoir ».  

    On peut de ce fait rattacher le terme « contre-­pouvoir » à tous les concepts réactionnaires résultant de l’influence de la classe politique et culturelle bourgeoise depuis 1968 dans le but de SABOTER et de DÉTRUIRE le mouvement révolutionnaire: « contre­-culture », « libération », « cultiver ses différences », « pratique subversive » tombant du ciel, « marginalité », etc…  

    La confusion réside aussi entre RAPPORTS de FORCE et PRISE de CONSCIENCE: le refus d’établir un lien dialectique entre ces deux concepts est flagrant.   

    D’autre part, le texte laisse croire que la prise du pouvoir central est le RÉSULTAT d’une SOMME de prises de pouvoirs locaux (au sens le plus large), sans se poser le problème de la nature du pouvoir populaire naissant, de savoir s’il détruit l’appareil d’Etat bourgeois ou non ? 

    Faute de détruire le pouvoir bourgeois, la prise du pouvoir central ne peut être que remise aux calendes grecques, en refusant de la poser CLAIREMENT et/ou en lui substituant des prises de pouvoir locales, nouvelle formule du grignotage réformiste.  

    Ce texte refuse aussi de poser le problème de la VIOLENCE RÉVOLUTIONNAIRE d’une manière explicite et claire: la mise en avant de cette théorie dans le contexte d’une révolution idéologique, des « zones libérées » peut amener à une pratique non-violente, le grignotage pouvant s’effectuer pacifiquement, voire légalement.  

    Or, il est nécessaire pour les communistes d’établir un lien dialectique entre PRATIQUE de MASSE et NIVEAU de CONSCIENCE.  

    Par rapport à l’exemplarité de certaines luttes ou modes de luttes, l’instauration de rapports nouveaux durant une période ÉPHÉMÈRE dans le TEMPS et l’ESPACE amènent les communistes à dénoncer le caractère éphémère: les masses en lutte entrevoient des caractéristiques du socialisme, mais ce n’est PAS LE SOCIALISME, c’est une vision d’ESPOIR, ce n’est pas une RÉALITÉ CONCRÈTE. 

    D’où la réaffirmation de la nécessité de la LUTTE des CLASSES. Dans la réfutation de la théorie des « zones libérées », nous devons nous attaquer en particulier aux exemples choisis et leur opposer des exemples vivants et explicites.  

    Les « zones libérées » existant actuellement en Indochine par exemple sont marquées par une LIBÉRATION de régions entières par les armes et INSTAURATION d’un réel pouvoir populaire avec ses structures politiques, économiques, militaires et culturelles.  

    De même, dans le « Free Derry » irlandais de 1969, les masses défendaient militairement leurs zones libérées et possédaient des structures de pouvoir (un parlement populaire par exemple).  

    Les exemples cités n’ont aucune de ces caractéristiques. Ainsi, considérer la Gare Saint­-Lazare comme une zone libérée est totalement erroné.  L’idéologie dominante bourgeoise y demeurait en martre: par le biais des publicités, des ventes de journaux fascistes, par le paiement des tickets de métro, etc…  

    La gare Saint­-Lazare libéra l’expression des masses, devenait certaines heures un grand forum.

    Mais ce n’était pas une ZONE LIBÉRÉE car l’idéologie bourgeoise guidait toujours les principales activités de la gare.  Dans les contre-­cours, l’aspect principal n’est pas la prise ou non d’un pouvoir, mais l’usage qu’il en était fait. Cela a-­t-­il permis une modification radicale des rapports à l’école?  

    Ces contre-­cours servirent à occuper les grévistes, à prendre en main leurs problèmes scolaires et à lancer le débat sur l’école, le cours, le prof, etc…  Mais on y dispensait toujours l’idéologie bourgeoise.  L’étudiant ou le lycéen remplaçant le prof en arrivaient à singer celui-­ci et à reproduire le même système.

    Le contre-­cours n’a guère abouti à une remise en cause de la division entre théorie et pratique, par exemple.  Passons sur l’exemple de Nantes ­ Saint­-Nazaire qui est un cas particulier.

    Les auteurs de l’article le coupent de la réalité concrète de 1968: un pays en grève totale, une bourgeoisie apeurée, l’armée prête à intervenir, des émeutes quotidiennes, etc… 

    Rien à voir avec Lip, par exemple, une « flamme dans un océan de tranquillité » (dixit « Libération »).  Une étude précise de la « Commune de Nantes-­Saint-Nazaire » serait intéressante, mais sans oublier le contexte national qui l’a permise: un climat de grève nationale prolongée avec batailles de rues. Pour ce qui est des rapports nouveaux créés à Lip, il ne faut pas oublier qu’ils furent restreints.  

    Ainsi il n’y eut pas l’application du mot d’ordre « A TRAVAIL ÉGAL, SALAIRE ÉGAL » ; la contradiction jeunes­-vieux persistait (cf. les manifestations après l’occupation policière ou les tentatives infructueuses des lycéens de Besançon pour entrer dans l’usine); le blocage par rapport à la violence; etc… Lip, zone libérée idéologique, à la recherche d’un patron !?!  

    Les adeptes des « contre­-pouvoirs » ne seraient­-ils pas en réalité des aspirants réformistes à régenter les masses en leur faisant prendre des vessies pour des lanternes, l’autogestion pour le socialisme, et l’idéologie bourgeoise pour un idéologie prolétarienne ?  (cf. l’article « Amsterdam, et ses freaks, une bonne ville où l’on peut tout faire, discrètement », de J.P. GENE, in « Libération » du 31 janvier 1975, qui est une référence très intéressante à tous les niveaux pour ce qui est d’analyser concrètement une « zone libérée » de ce style, un « contre-­pouvoir »…).

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    Nouvelle Cause du Peuple, NAPAP, Action Directe

  • Des ossifiés? (1974)

    La Cause du peuple n° 1, novembre 1974.]

    Pierre Victor et Geismar ayant décidé de prendre leur retraite de révolutionnaires professionnels ont voulu camoufler leur démission en passant la balle à un « grand rassemblement » dans lequel les maoïstes auraient perdu leur autonomie politique.

    A présent que leur projet utopique et confus d’un « mouvement » mélangeant tous les gauchismes a lamentablement échoué il ne leur suffit plus d’avoir détruit l’organisation, il leur faut en outre empêcher quiconque d’en créer une autre qui relèverait le flambeau du maoïsme vivant, donc saboter notre tentative.

    Son succès prouverait que la liquidation, loin d’être une fatalité, résultait de leur seule initiative criminelle.

    Voilà pourquoi ils s’efforcent de nous discréditer en nous collant l’étiquette d’ossifiés. Le sommes-nous parce que nous nous réclamons de Mao et de la révolution culturelle ? Le sommes-nous parce que nous nous appuyons sur les enseignements du mouvement de masse depuis mai-juin 1968 jusqu’à Lip ?

    Le sommes-nous à cause de notre combat dans les rangs des maos de « La Cause du Peuple » et de notre volonté de préserver les acquis de leur expérience ?

    Doit- on considérer les textes définissant notre ligne jusqu’en été 1973 comme procédant de ce R marxisme-léninisme ossifié n tellement honni ? Si telle est la pensée de Pierre Victor alors nous ne connaissons qu’un mot pour le qualifier : renégat.

    Mais il y a pire. Comment, pire qu’un renégat ?… oui, un escroc politique !

    On le devient quand on prétend faire une propriété personnelle de ce que des milliers de militants ont créé ; quand on s’évertue à stériliser le capital politique qu’ils ont accumulé à travers tant de luttes ; quand on exploite sans vergogne contre le maoïsme les sacrifices qu’ils ont consentis sous son drapeau.

    Non Gilles Tautin et Pierre Overney ne sont pas morts pour que vous puissiez un jour fonder un n centre de recherche » ou vous retirer dans vos communautés idylliques ! Ils ont donné leur vie pour que leurs camarades continuent le combat jusqu’à la victoire du socialisme.

    C’est ce que nous faisons.

    NB : Le 6 janvier 1975, le directeur de « La Cause du Peuple », Daniel Gréaume, a envoyé au directeur de « Libération », Serge July, la lettre suivante qui, au moment où nous mettons sous presse (28 janvier), n’avait pas été insérée.

    A la suite du communiqué concernant « La Cause du Peuple », paru dans votre journal le 30 novembre et de votre refus persistant de publier une déclaration signée par moi, j’ai l’honneur de faire valoir mon droit de réponse à un texte qui qualifie la sortie de « La Cause du Peuple » de « tentative de récupération ».

    Si moi, ex-président de l’« Union nationale des comités de lutte d’atelier » ait accepté d’assumer les responsabilités de directeur de ce journal c’est parce qu’en tant qu’ouvrier j’ai ressenti dans les masses le besoin de relever le drapeau rouge du maoïsme.

    Les auteurs du communiqué affirment que « la nature du combat mené autour » de « La Cause du Peuple », dans le passé « mérite le respect ». Pour moi respecter ce combat c’est le poursuivre jusqu’à la victoire du prolétariat. 

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  • Pour un nouveau rassemblement maoïste! (1974)

    [Appel n° 2 – 18 juin 1974]

    Après a décision des dirigeants de « La Cause du Peuple » de dissoudre l’organisation et face à la carence allant de pair avec de graves déviations de ces mêmes responsables, il est urgent de sauver de la liquidation les forces révolutionnaires qui les ont suivis jusqu’ici afin que se poursuive la marche en avant du maoïsme vivant dans notre pays.

    A la suite d’un premier appel, des militants représentant une dizaine d’unités de la région parisienne se sont réunis le 15 juin pour discuter des moyens de sortir de la crise.

    Alain Geismar a présenté un point d’information sur ce que l’ex-groupe central a fait et surtout n’a pas fait depuis cinq mois.

    Cependant aussitôt que des critiques se sont élevées, sa première réaction a été de fuir le débat. Celui-ci s’est poursuivi sans lui.

    Il a été décidé de convoquer pour la fin juillet une conférence de travail portant sur les thèmes suivants: – bilan critique de l’expérience accumulée par les maos de « La Cause du Peuple » de 1968 à 1973;
    – critique de l’orientation actuelle du groupe central ex mao;
    – analyse de la conjoncture politique en France et dans le monde;
    – nos tâches actuelles et notre stratégie d’ensemble;
    – de quelle organisation avons-nous besoin.

    Nous préparerons cette conférence en étudiant successivement chacun de ces points lors de réunions hebdomadaires auxquelles nous convions tous ceux qui ne veulent pas se résigner à la liquidation du maoïsme en France.

    Le texte qui suit n’est qu’une intervention dans le débat ouvert que nous voulons aussi large que possible. C’est seulement à l’issue de celui-ci que nous pourrons répondre aux questions que se posent les militants et les masses, et nous unifier sur une ligne élaborée collectivement.

    LA FAILLITE DE L’ANCIENNE DIRECTION

    La situation actuelle est l’aboutissement d’un long processus de dégénérescence.

    Une de nos tâches sera d’en rechercher l’origine et le mécanisme. Nous constatons simplement que les Cahiers N° 2 tombent dans l’anarchisme quand ils rejettent toutes les fautes sur les cadres (en général) et l’organisation centralisée (en général).

    Ils déforment et donnent un contenu réactionnaire au concept d’avant-garde pour conclure que si nous sommes des petits bourgeois autoritaires, coupés des masses, etc. c’est la faute à Lénine et à Mao!

    Les Cahiers abandonnent le point de vue de classe puisqu’ils confondent direction prolétarienne et direction bourgeoise, identifiant le centralisme démocratique au centralisme (en général) et celui-ci au style de commandement bourgeois.

    Ils invoquent l’exemple du PCUS et du PCF, mais les directions de ces partis sont autoritaires parce que bourgeoises.

    Pour Mao, par contre, le centralisme démocratique est la méthode de direction propre au prolétariat conscient. La démocratie en est l’aspect principal.

    Il n’y a pas de centralisme prolétarien sans démocratie et inversement. Cette méthode consiste à élaborer la ligne politique en systématisant les idées justes des masses. Il n’est pas étonnant que nos adjudants anti-autoritaires les plus forcenés exercent la dictature bourgeoise aussitôt qu’ils s’emparent de la moindre parcelle du pouvoir.

    Les Cahiers tentent de tromper les militants en jouant sur les mots.

    De ce que les ouvriers de LIP ont lancé des actions « d’avant- garde », ils concluent que les travailleurs n’ont plus besoin d’une « avant-garde ». Il s’agit d’une escroquerie verbale.

    Certes, les masses sont capables d’initiatives qui bouleversent ciel et terre. L’histoire en offre mille exemple, mais elle nous enseigne aussi qu’en l’absence d’une avant-garde à la hauteur des tâches objectivement à l’ordre du jour, la réaction finit toujours par reprendre le dessus. Pour en revenir à LIP, faute d’une avant-garde unissant le camp du Peuple, la candidature Piaget n’a pu être imposée!

    Théorisant une situation particulière à LIP, les Cahiers prétendent par ailleurs qu’une cellule communiste ne sert jamais à rien au sein du mouvement de masse. En réalité, celui-ci en a le plus souvent besoin pour s’unifier, s’organiser, s’exprimer.

    La logique des Cahiers conduisait à la dissolution de I’UNCLA sous prétexte que LIP est apparu là où cette organisation n’était pas implantée!

    L’ancienne direction n’a pas seulement abandonné le terrain du marxisme, elle a aussi lamentablement échoué sur le plan pratique. Elle s’est montrée incapable de remplir son mandat. La Conférence nationale des 3 et 4 novembre 1973 avait décidé la création d’un magazine théorique populaire et la publication d’une série de brochures. Rien n’a été fait.

    La Conférence nationale des 1er, 2 et 3 février 1974 avait prévu en outre l’organisation de « journées de la pensée révolutionnaire », la convocation au printemps d’une seconde Conférence nationale, et entre temps, la circulation de thèses et de bilans en vue d’alimenter le débat. Là encore, carence totale.

    Actuellement, les cinq membres de l’ancien centre se démènent beaucoup pour mettre sur pied le vaste rassemblement envisagé par les Cahiers. Ce devait être une organisation qui n’en serait pas une mais un « mouvement » ayant un centre qui ne centraliserait plus, tout en centralisant un peu (quand même !).

    Autrement dit une avant- garde se déniant comme telle où des maoïstes, leur drapeau dans la poche (et leur mouchoir dessus) côtoieraient des trotskystes protestant du contraire et des anarchistes se réclamant de Marx mais crachant sur Lénine.

    Dans ce crépuscule des révolutionnaires désenchantés, tous les chats seraient gris et les militants, devenus indistincts des masses, resteraient éternellement dans la communion, pardon la communauté, des travailleurs « lipisés ».

    En attendant cette « parousie » d’une France lipisée, nos illuminés de la mystique Lip multiplient (sans grand succès) les négociations avec divers appareils par-dessus la tête des militants, entendu que ceux-ci doivent espérer le salut d’initiatives prises dans les hautes sphères.

    Or, il est clair que depuis le 3 février, l’organisation n’a plus aucune sorte d’existence. Quant au groupe central, il n’a pas accompli les tâches transitoires pour lesquelles il avait été élu, ni convoqué la Conférence nationale pour lui rendre compte. Ces trois faits lui enlèvent toute qualité pour parler au nom des « Maos » de « La Cause du Peuple ». Ce sont des têtes sans corps qui se promènent en proposant à leurs interlocuteurs :« Amenez vos masses, nous vous offrons des chefs. »

    QUELLE ISSUE ?

    Il est temps que les militants se ressaisissent et ne s’en laissent plus conter par les ex-dirigeants qui ont trahi leur confiance. Le moment est critique. Il appartient à chacun de prendre ses responsabilités.

    Ne comptez pas sur les autres pour redresser une situation qui tourne à la catastrophe. Abandonnez vos illusions et préparez-vous à la lutte. Il y va de la ligne, il y va de l’avenir révolutionnaire.

    Nous devons nous unifier en vue de préserver les acquis positifs très riches de l’expérience accumulée par les « Maos de La Cause du Peuple », tout en critiquant les erreurs et les points faibles de leur pratique. En même temps nous devons nous unir à tous ceux qui sont venus au maoïsme en suivant un itinéraire différent mais à partir des grands mouvements de masse depuis mais-juin 1968.

    Le peuple a besoin d’une organisation communiste révolutionnaire dont la ligne exprime et unifie ses luttes. Une telle organisation est nécessaire :

    1. Pour assurer la fusion du marxisme-léninisme-maoïsme avec le mouvement populaire et y combattre l’idéologie bourgeoise. Celle-ci rétablit constamment sa domination dans les intervalles qui séparent les luttes à moins que la prise de conscience des masses ne soit consolidée par la propagande communiste.

    2. Pour donner aux masses un point de vue d’ensemble et des perspectives stratégiques claires à partir d’une systématisation de l’expérience historique. Faute de quoi le processus révolutionnaire ne pourra être poursuivi jusqu’au bout : jusqu’à la prise du pouvoir, les transformations socialistes, le communisme.

    Notre but néanmoins n’est pas de créer un groupuscule, c’est à-dire une secte, de plus. Il n’y a pas de recette pour éviter ce risque. A titre de contribution au débat, nous proposons cependant quelques opinions à la réflexion des camarades.

    CE QUI NOUS DISTINGUE

    Nous ne serons pas semblables aux groupuscules ossifiés qui se contentent de rabâcher dans leur propagande la vérité universelle du marxisme-léninisme.

    La pratique concrète pose des problèmes toujours nouveaux dont la solution n’est pas dans les classiques. Ceux-ci aident seulement à trouver cette solution et à se garder de certaines erreurs si l’on sait s’en servir sans dogmatisme.

    Il faut partir de la réalité, recueillir les idées justes des masses en participant à leurs luttes qui transforment cette réalité pour enrichir la théorie de nouveaux concepts qui à leur tour éclairent la pratique.

    Ce processus est celui de l’auto-éducation des masses. Croire que les théoriciens peuvent élaborer en chambre des analyses guidant l’action révolutionnaire, c’est du dogmatisme.

    Compter sur la spontanéité des masses pour faire l’économie du moment de la systématisation par les communistes armés de la science prolétarienne, c’est de l’empirisme. Il existe une voie juste entre ces deux écueils.

    Les « Cahiers » déclarent que la théorie est toujours à faire, elle n’est pas déjà faite. C’est faux, parce qu’unilatéral. L’assimilation de la théorie « déjà faite » est la condition nécessaire (pas suffisante) pour élaborer la théorie de notre pratique actuelle. Face à celle-ci nous ne partons pas de zéro.

    Donc nous ne serons pas non plus pareils aux anarcho-spontanéistes qui, sous prétexte de libérer la parole du peuple et de ne pas en laisser le privilège aux détenteurs de la théorie, en arrivent à nier la vérité universelle du marxisme-léninisme-maoïsme et intiment silence à l’idéologie prolétarienne, laissant seul audible le discours de la petite bourgeoisie.

    Le résultat est la capitulation sur toute la ligne devant la pression de celle-ci (cf. les entretiens de Sartre, Gavi et Victor).

    Les jeunes qui refusent l’autorité des pontes académiques ont raison. On les comprend même quand ils glissent dans un rejet de la théorie marxiste qu’ils ne connaissent qu’à travers des propagandes dogmatiques et stéréotypées.

    Tout autre est le cas des savants contempteurs du savoir livresque qui crachent sur ce plat pour en dégoûter les autres et se le réserver à eux-mêmes. Ils détournent les militants de l’étude du marxisme comme si pour éviter le culte du livre il fallait tomber dans l’obscurantisme bourgeois.

    Nous voulons une organisation démocratique, ce qui suppose que les militants aient une formation théorique sinon ils ne pourront participer effectivement à l’élaboration de la ligne.

    Il faut en outre que les idées circulent non seulement verticalement mais aussi horizontalement au moyen d’un bulletin intérieur. La critique et l’autocritique doivent être pratiquées constamment.

    Nous voulons une organisation où la plus large autonomie soit laissée aux unités de base. Pas de généralisation hâtive d’expériences-types. La tactique dépend de la situation concrète locale que seuls peuvent apprécier les militants sur place.

    Nous voulons une organisation dynamique qui sache s’intégrer aux masses, vivre et lutter à leur rythme, être à leur écoute. Il faut que les gens du peuple se reconnaissent en nous et nous considèrent seulement comme les éléments les plus actifs et les plus conscients de leur camp.

    Nous voulons une organisation fonctionnant avec discipline et continuité. L’alternance d’activisme et de passivité, de constructions et de dissolutions, ainsi que la déperdition constante de militants et de cadres expérimentés qui caractérisaient l’ex-Gauche Prolétarienne rendaient impossible l’accumulation des forces. 

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  • Notes sur la conférence de la Toussaint (1974)

    [P. Boisgontier. Nouvelle Cause du peuple.]

    « Un centre de recherche sur la révolution » ou encore « un centre de documentation sur les révoltes populaires » ou bien « un lieu de rencontre et d’échanges de tout ce qui est ou se pense « subversif ».

    Voilà sur quelle proposition s’est achevé le dernier rassemblement convoqué à l’initiative d’un certain nombre de militants « historiques » de l’ex-G.P. dont ses dirigeants les plus notoires.

    En soi l’idée n’est pas mauvaise. Cela fait même un certain temps que les Italiens l’ont mise en pratique. Il n’y a pas à ergoter, un centre de documentation-recherche qui donnerait enfin à « l’autre gauche » celle qui refuse et Mitterrand et Marchais la possibilité d’avoir une « mémoire » un peu organisée et par là un peu plus de moyens matériels pour réfléchir sur les choses. Un tel centre serait une initiative positive.

    Et pourtant l’accueil que l’idée a reçu permet de douter fort qu’elle vienne rapidement à réalisation. C’était le dimanche matin, dernier jour de la rencontre en fin d’assemblée générale. La proposition a tellement fait l’effet du nième gadget que ses promoteurs (une fraction de l’ex-direction) ont du s’empresser de prévenir la critique en spécifiant qu’il s’agissait là seulement d’une idée parmi d’autres et absolument pas de l’aboutissement de la rencontre…

    Le malheur veut que tout le reste de l’assemblée générale s’est trouvé consacré de fait à cette idée « parmi d’autres » et que la réunion s’est finalement dispersée l’après-midi sans qu’un débat de fond ait pu se développer sur les « autres points » pourtant présents à l’esprit de plus d’un des participants : « la dissolution n’arrête pas la lutte des classes », « chacun dans son coin, c’est bien beau, mais quand on se retrouve on aimerait aller plus loin », « ce n’était pas la peine de faire faire des centaines de kilomètres à tout un tas de copains pour accoucher d’un centre de recherche », etc.

    De tout cela il en fut peu question, ce n’était vraiment pas le problème à l’ordre du jour. En bref, l’achèvement d’un cycle : faute d’avoir fait la révolution, dans les temps impartis… on va l’étudier.

    C’est vraiment en une phrase tout le rassemblement de la Toussaint conçu et dirigé de telle manière qu’il ne pouvait en ressortir une nouvelle fois que l’entérinement d’une idée « d’en haut »… hormis le fait de s’être quand même rencontrés.

    UN CURIEUX TEXTE D’INVITATION :

    Dès le stade de la préparation, on pouvait se douter qu’il y avait anguille sous roche. Et en premier lieu le texte d’invitation est un chef-d’ozuvre de confusion.

    On y invite tout ce qui avait compté dans la G.P. : « Pour l’essentiel, d’anciens responsables de la G.P. » Mais on pense large : « Il est nécessaire que soient présents des camarades des premières années de la gauche qui ont pu prendre des distances par rapport au mouvement »… et ainsi, un certain nombre d’exclus eurent le plaisir de pouvoir confronter leur expérience « d’éloignement » !

    (C’est là un des petits paradoxes de ce rassemblement que d’avoir vu des membres de l’ex-direction s’efforcer de récupérer certains camarades qu’ils avaient exclus avec perte et fracas dans les années 71-72 pour manquement au ‘ centralisme démocratique ‘ façon G.P. : Je ne veux voir qu’une seule tête !) !

    Mais en même temps on prend des précautions contre les perturbateurs éventuels. Seul l’esprit G.P. est admis ! Qu’est-ce que l’esprit G.P. en 1974 !

    Si les invitants le savent, ils se sont bien gardés de le dire autrement que par la négative :« Sont exclus de fait (du rassemblement) ceux qui veulent reconstruire sur une base ML ! (Cf. les camarades qui ont entrepris de faire reparaître « La Cause du Peuple ».)

    Et ainsi, d’emblée, on met hors du coup les contradicteurs, alors même qu’on annonce comme thème de la rencontre celui où justement le débat principal passe avec ces contradicteurs.

    Comment vouloir traiter correctement de la question posée : « où en sommes-nous d’une théorie de la révolution, de la pratique subversive en France » si l’on met ainsi « hors jeu » ceux des anciens de la G.P. à avoir encore quelques idées sur la théorie de la révolution « tout court » !

    En fait, la suite de l’invitation répond à cette question ; ce qu’on peut appeler le terrorisme anti-marxiste-léniniste implicite de l’invitation (et qui a pesé comme une chappe sur tout le stage) se comprend quand on lit le reste.

    Les auteurs (six chefs « historiques » de la « CDP ») s’interrogent à un très haut niveau d’abstraction, sans référence concrète, sans référence historique, sur l’en soi de la théorie de l’organisation avec la préoccupation évidente d’en rester à l’interrogation. L’argumentation se déroule en deux temps tout aussi vicieux l’un que l’autre.

    Premier temps : en substance, « autrefois nous, maos, nous étions organisés, maintenant nous sommes dissous. Certains pensent que cela signifie notre échec… mais n’est-ce pas plutôt le signe que « toute organisation est mortelle », qu’il faut aujourd’hui penser non plus en terme d’organisation intangible jusqu’à la révolution, mais en terme de « mouvements » successifs mourant les uns après les autres »… et ainsi le centralisme démocratique ne se trouve-t- il pas remis en cause !

    Et voilà le premier doute merveilleux qui permet tranquillement de passer à côté et complètement à côté de ce qui est la vraie question : quelle était la politique de ladite organisation dont vous dites qu’elle ne pouvait que mourir !

    Affirmer l’inéluctabilité de la mort d’une organisation, n’est-ce pas un moyen commode pour éviter de s’interroger sur ses causes ! Et si elle était morte assassinée ?

    Deuxième temps : le centralisme démocratique et l’organisation chargés de toutes les maladies comme l’âne de la fable, c’est déjà pas mal, mais si le cadavre se réveillait quand même ? Alors on y va d’un autre raisonnement tout aussi abstrait : « contre l’autre « noyau dur » du marxisme-léninisme, à savoir « la dictature du prolétariat ». »

    Et voilà à peu près le schéma : « Mettre en question le centralisme démocratique, c’est pas mal, mais ça pose la question du centre (pour sûr !), or on nous a appris que le parti devait être sous direction du prolétariat (ce que G.P. dixit, il y a longtemps), or il y a eu comme une malédiction qui sans arrêt nous a ramenés à un esprit prolétarien étroit. N’y a-t-il pas là la preuve qu’il y a quelque chose de pipé et qu’il vaut mieux ne plus parler de direction du prolétariat si l’on veut que les autres couches du peuple puissent faire entendre leur voix !».

    Et voilà… A croire que les auteurs du texte ont tout oublié de leurs lectures passées notamment « le manifeste communiste » et Mao qui permettent de résoudre l’apparente contradiction dans laquelle ils essaient de nous entortiller. Qu’il y ait des contradictions entre la classe ouvrière et ses alliés, personne ne le nie. Ce n’est pas une raison pour tout foutre dans le même panier !

    A moins, justement que cela ne permette de passer bien tranquillement à côté, là encore, d’un des plus beaux paradoxes de la G.P. – « C.D.P. », à savoir que les plus ouvriéristes et prolétariens étroits de ladite organisation n’ont certainement pas été dans l’ensemble des membres de la classe ouvrière mais des petits bourgeois intellectuels complexés à en mourir par leur origine de classe !… et qui viennent maintenant de la redécouvrir!

    Et ainsi en deux temps, tout semble mis par terre et le chemin est grand ouvert pour le bavardage éclectique. Le rassemblement a été très largement à l’image de l’invitation.

    UN RASSEMBLEMENT « TRAINING-GROUP »

    Les « six » historiques invitants attendaient une centaine de participants, il en vint deux cents bien tassés. Fidèle à l’esprit de la convocation, Alain Geismar proclamait « l’autogestion » de la réunion. Le texte d’invitation étant lui-même mis de côté : « On discutera de ce qu’on voudra… », « en autant de groupes qu’on voudra ».

    Rien de mieux pour maintenir l’opposition éventuelle dans la dispersion et permettre ainsi à la pensée idéaliste présidant à la convocation de se mettre à l’abri de coups trop concertés jusqu’à l’accouchement de la souris finale qu’est le centre de recherches dont on a déjà parlé.

    Qu’on s’imagine en effet que le travail s’est déroulé dans des commissions sans aucune mise en commun intermédiaire et cela durant les deux premiers jours de la rencontre. Le groupe invitant, le seul à avoir un reste de fichier, le seul à avoir eu la possibilité de se concerter, le seul à avoir pu réaliser un texte… est bien entendu dûment réparti dans chaque commission.

    Comme on voit, derrière sa façade « d’autogestion », le stage n’a pas failli à la bonne tradition du « centralisme démocratique » façon ex-direction.

    Aussi, bien malin serait celui qui pourrait prétendre avoir une connaissance d’ensemble de la conférence. Autant de points de vue qu’il y a de commissions, l’assemblée générale finale n’ayant absolument pas permis de regrouper les points de vue en positions concertées. On peut seulement donner des notations.

    1. L’ex-groupe dirigeant ne sait manifestement plus où il va, il a perdu toute unité de pensée. Certains de ses membres pensent à Piaget, ils ont encore la volonté de se battre. Mais d’autres ont carrément sauté hors du temps et des luttes.

    Ainsi a-t-on vu l’ancienne direction lyonnaise (toujours représentée dans le passé à la direction nationale) célèbre par son sectarisme et ses ravages dans le mouvement démocratique et dans le mouvement de la jeunesse, faire l’apologie de la communauté pauvre (moins de 300 F par mois et par personne) présentée comme le « sésame ouvre toi » de la subversion, la « nouvelle barre de fer 1974 ».

    Inutile de dire que cette transformation des « sécateurs » d’autrefois en « humbles roses communautaires » n’a pas été du goût de quiconque était un peu enraciné dans la vie, qu’il soit ouvrier ou intellectuel. Cette position utopiste ne mérite même pas la critique, seulement une remarque sur la manière dont elle a été présentée comme fidèle expression de l’esprit G.P., comme l’apologie du rêve en tant que mode de subversion.

    Cela vaut qu’on s’y arrête parce qu’il y a là l’illustration idéaliste de ce qui est peut-être la seule idée juste qui reste du naufrage, l’idée qu’il faut « remplir » la révolution et qu’il ne suffit pas seulement de « durcir ».

    Il semble que cette idée-là s’est développée dans pratiquement toutes les commissions. Ce n’est pas une idée nouvelle. On pourrait dire que c’est un des héritages de la « C.D.P. », ce qui devrait permettre de poursuivre pour ceux qui n’ont pas accepté de jeter le bébé avec l’eau du bain.

    2. Il y a un paradoxe à ce que plus d’un an après la proclamation de la dissolution, plus de deux cents « ex » éprouvent le besoin de se retrouver ! Et de ce point de vue, le rassemblement est une preuve de plus de la résistance spontanée que depuis des années, la base « mao » n’a cessé de développer contre l’idée de dissolution présentée comme dispersion des forces.

    Mais en même temps, et cela m’a beaucoup frappé, la majorité des participants, si critiques qu’ils soient à l’égard de la dissolution-dispersion, la ressentait partout comme une libération. La fin d’un carcan qui dans le passé les avait trop souvent obligés à aller à l’encontre de ce que leur sensibilité de militants leur permettait d’appréhender.

    Il y a là, la base pour une réflexion de bilan, une mise en cause matérialiste des us et coutumes de l’ex- direction et de tous ses relais, et une critique auto-critique générale.

    3. Il ne faut pas cependant se cacher le stade avancé de dégénérescence que marque ce stage car sinon on risque de se faire beaucoup d’illusions sur une possibilité de continuer sans rupture. Le tir de barrage ou le nuage de fumée que l’ex-direction a étendu devant le passé pour en interdire une critique collective concrète est d’une grande efficacité.

    Plutôt que d’analyser ce passé, la nouvelle théorie de l’organisation comme « négation permanente de l’organisation » (voir la substance du texte d’invitation) est un discours entièrement corrodant s’il n’est pas contré correctement (c’est-à- dire par une nouvelle pratique collective).

    Il prend appui sur le réflexe de libération expliqué plus haut, et sur le sentiment de défense typique de centaines et de milliers d’anciens camarades :« On s’est fait baiser ensemble, si on se remet ensemble, on se fera baiser encore. » Et ainsi s’infiltre largement l’idéologie d’impuissance qui caractérise complètement « l’ex-direction ».

    4. C’est cette idéologie d’impuissance qu’il faut battre en brèche. Non pas à coup de déclarations volontaristes, ou en assènant des excommunications à ceux qui la professent, mais en les laissant de côté et en passant à une nouvelle pratique. Cela suppose qu’on se libère des sophismes à la mode sur la faillite de la G.P. – « C.D.P. ».

    Cette faillite est explicable. Cela suppose aussi qu’on oppose une attitude résolument matérialiste face à tous les autres sophismes concernant la suite et qui se résument en une seule question qu’on vous balance à la tête :« Et toi, qui critiques si fort le passé, que proposes-tu pour aujourd’hui ? » avec sous-entendu toute l’attitude individualiste.

    Comme si la nouvelle pratique ne suffisait pas pour naître que tout ceux qui refusent la liquidation des acquis du mouvement mao se réunissent à nouveau ! C’est la leçon principale du stage à mes yeux ! 

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  • Comment peut-on être maoïste? (1974)

    [La Cause du peuple n° 1, novembre 1974.]

    La tête de Mao qui accompagne notre titre suscitera sans doute des questions. Les uns diront qu’elle « fait chinois », d’autres qu’elle relève du culte de la personnalité.

    C’est ainsi que fut justifiée son élimination en septembre 1972, première d’une série de capitulations menant à la liquidation un an après. En rétablissant cette figure nous ne faisons rien d’autre que proclamer notre attachement au maoïsme.

    Il est vrai que celui-ci est chinois, mais pas plus que le marxisme n’est allemand ou le léninisme russe ! Elaboré pour résoudre les problèmes de la lutte des classes dans un pays déterminé il comporte des aspects spécifiques à ce pays, mais aussi des enseignements universels précieux pour nous.

    On peut en dire autant « mutatis mutandis » pour le léninisme. Il ne s’agit pas pour nous de plaquer sur la réalité française, on ne sait quels schémas copiés de la révolution chinoise.

    Notre tâche est de dégager, à travers notre pratique, la théorie nouvelle requise par la révolution en France. Cependant l’assimilation de la pensée de Mao Tsé-toung peut nous y aider ; plus, elle est indispensable pour résoudre les problèmes nouveaux.

    Les révisionnistes se disent disciples de Marx et de Lénine qu’ils ont momifiés. Ils s’efforcent de rendre leur doctrine inoffensive, quand ils ne la retournent pas contre les masses.

    Aujourd’hui, seule la référence à Mao Tsé-toung et à la révolution culturelle permet de tracer une nette ligne de démarcation d’avec les pseudomarxistes. De même, après octobre 1917, se dire marxiste ne signifiait plus grand-chose. Les révolutionnaires conséquents étaient parmi ceux qui se réclamaient de Lénine.

    Nous disons bien « parmi » car la fidélité affichée à la théorie révolutionnaire est une condition nécessaire mais non suffisante pour être un vrai communiste, le critère principal étant la pratique. Quant au culte de la personnalité, qu’on se rassure. Nous n’y sommes jamais tombé dans « La Cause du Peuple » et pas davantage dans les publications antérieures de l’U.J.C. (m-l).

    Pour nous, Mao Tsé-toung n’est pas un a sauveur suprême ; il est le produit de la révolution chinoise. Ses idées justes, il les a tirées de la pratique des masses. Sur notre journal, sa figure fonctionne comme un symbole au même titre que la faucille et le marteau.

    Elle renvoie à la théorie de la révolution à son étape actuelle. Certes, nous vivons à la même époque que Lénine, celle de l’impérialisme, des guerres et des révolutions ; mais le président Mao a développé le marxisme-léninisme sur plusieurs points décisifs ; il lui a fait réaliser un bond en avant.

    Le matérialisme historique et dialectique progresse sans cesse tout en restant lui-même. Marx avait appris auprès des socialistes français, Lénine a étudié Marx, Mao a commencé en se mettant à l’école de ses deux prédécesseurs et nous à la sienne. Le cercle est bouclé. On ne saurait enfermer la vérité dans les frontières d’un pays ou les limites d’une époque.

    Les réactionnaires nous qualifient parfois de « Chinois ». Pourtant ils considèrent comme « français » de se prosterner devant les images d’un Nazaréen d’il y a deux mille ans ou de copier les modes, voire le jargon, américains !

    Les préjugés que la bourgeoisie inculque aux masses, sa pression idéologique omniprésente, ne nous pousseront jamais à mettre le drapeau du maoïsme dans notre poche, encore moins à renoncer aux acquis théoriques que nos camarades du monde entier ont payés de leur sang. 

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  • Pourquoi une nouvelle Cause du Peuple? (1974)

    [La Cause du peuple n° 1, novembre 1974.]

    Le 13 septembre 1973 paraissait le dernier numéro de « La Cause du Peuple-J’Accuse ». Depuis, plus rien ; que ce soit au niveau de notre propagande comme à celui de notre pratique nationale unifiée. Pourquoi ?

    Toute organisation comporte une gauche et une droite. Son histoire est celle de la lutte entre deux voies. Chez les maos de « La Cause du Peuple » la voie bourgeoise l’a momentanément emporté.

    Nous travaillons actuellement à un bilan critique de notre pratique depuis 1968 de façon à préserver les acquis tout en évitant le retour des erreurs. Nous pourrons ainsi reprendre notre marche en avant. Un tel bilan ne peut être que le fruit d’un débat très large auquel nous convions tous les anciens camarades.

    Pour notre part nous leur soumettons dans ce qui suit une première analyse du mécanisme de la dégénérescence qui a conduit à la liquidation.

    1. Points forts et points faibles des « Maos ».

    Quand en septembre 1968 nous avons fondé la « Gauche Prolétarienne », nous sommes partis avec deux idées : prolétarisation, militarisation. Par la suite, en 1969-1970, les actions de « Nouveaux Partisans » ont fait éclater les contradictions de classe et ouvert des perspectives nouvelles à la révolution dans les pays capitalistes développés.

    Nous avons lutté pour l’autonomie ouvrière contre l’esprit syndicaliste qui divise le peuple, capitule face à l’ennemi, respecte la hiérarchie et la légalité.

    Nous avons popularisé les formes les plus efficaces de lutte, celles aussi qui éduquent les masses et les préparent à la révolution : cassage de gueule des petits chefs, sabotages, séquestration, « grandes lessives » des bureaux. Nous avons enfin tenté de faire converger les luttes et d’unir concrètement les classes et couches populaires.

    Notre itinéraire est jalonné par de grandes victoires, couronnées par la création de l’U.N.C.L.A., mais aussi par des échecs dont les leçons restent à tirer.

    L’une d’entre elles porte sur la tendance des militants à comprendre d’une manière unilatérale les orientations qu’ils reçoivent du Centre. Celui-ci doit combattre inlassablement les penchants au schématisme, à l’outrance, qu’on observe surtout chez les jeunes, nombreux dans nos rangs. L’incurie de l’ancienne direction fut totale à cet égard. Nous en donnerons quelques exemples.

    Un des grands acquis de la « Gauche Prolétarienne » est que la méthode correcte pour élaborer la ligne et diriger les luttes c’est de partir des masses pour revenir aux masses, non de partir des livres pour revenir aux livres.

    C’est en transformant la réalité qu’on la connaît. La solution des problèmes concrets n’est pas dans les classiques, même s’ils peuvent nous aider à la dégager de notre pratique. Nous avions raison de mettre ainsi l’accent sur la pratique mais non d’avoir encouragé le mépris du « savoir » en général, le mépris des livres et de la théorie marxiste-léniniste.

    Déjà dans l’U.J.C. (m-l) après la rectification de septembre- octobre 1967 les cadres affirmaient qu’on pouvait être un bon communiste en n’ayant assimilé que le petit livre rouge. Plus tard, dans la G.P., même ce recueil de citations (pourtant précieux) était rarement utilisé.

    Les militants n’ayant aucune formation théorique ne pouvaient plus systématiser les enseignements de leur propre expérience. A partir de 1972, les unités n’ont plus rédigé de bilans. Ainsi la base participait-elle de moins en moins à l’élaboration de notre politique d’où blocage du centralisme-démocratique et de la ligne de masse. Les militants appliquaient mécaniquement les directives venues d’en haut parfois sans les comprendre et surtout sans réfléchir à la situation concrète.

    Dans ces conditions comment pourraient-ils distinguer les erreurs et les réfuter quand les dirigeants ont commencé à basculer dans l’anarchisme ? L’ancienne direction eut le mérite, du temps qu’elle était communiste, d’avoir insufflé aux militants une volonté enthousiaste de se lier aux masses et de se battre à leur côté.

    Les maos de « La Cause du Peuple » se sont distingués par leur capacité d’impulser des luttes, légales ou illégales, violentes ou non, avec initiative, audace, esprit de sacrifice. Loin d’être sectaires, ils considéraient l’organisation comme un instrument au service des luttes non comme une fin en soi.

    Ils ne se présentaient pas aux masses comme des professeurs ès-marxisme racolant pour leur coterie, mais comme des combattants résolus et un peu plus conscients.

    Le revers de la médaille est que la combativité sans l’idéologie prolétarienne, peut être un aspect de la mentalité de « hors la loi » ou de baroudeur gauchiste. On avait tendance à recruter n’importe qui, la volonté de se battre étant le seul critère.

    Le résultat fut l’afflux d’éléments déclassés, voire lumpen, qui ont introduit un style de travail déplorable caractérisé par :

    1°) la répugnance à effectuer un travail prolongé dans les masses pour consolider sur le plan politique et organisationnel les résultats acquis au cours des luttes ;

    2°) l’absence de discipline, de méthode, de sens des responsabilités (bref, la pagaille) ;

    3°) l’impatience et la tendance à jeter son va-tout dans chaque bataille considérée comme devant décider de la guerre, avec pour conséquence l’usure rapide des militants.

    A l’étape suivante l’accent mis unilatéralement sur « l’élargissement », les objectifs démocratiques, le ralliement des bourgeois libéraux a conduit à prôner une justice et une vérité au- dessus des classes, à organiser les ouvriers uniquement sur la base du « on ne fait pas de politique ».

    2. La liquidation.

    Par suite de ces erreurs persistantes dans la ligne (mais qui en constituaient un aspect subordonné) la composition de l’organisation et l’idéologie de ses militants se sont modifiées graduellement jusqu’au moment où le caractère petit-bourgeois y est devenue prédominant.

    La direction a tenté de réagir contre les déviations opportunistes qui relevaient sans cesse la tête. Le dernier de ces combats d’arrière-garde a été livré avant l’été 1973. A la rentrée ce fut la fin. Transfiguré par la révélation mystique de « Lip » notre grand chef charismatique a capitulé devant la pression de la base. Seulement cette base il se l’était donné lui-même.

    Selon que le style de travail et la conception du monde sont prolétariens ou petits- bourgeois le métabolisme de l’organisation la transforme dans un sens ou un autre. En l’occurrence les révolutionnaires conséquents ont été éliminés alors qu’affluaient les élément anarchisants.

    L’ex-direction, sous prétexte de lutter contre l’autoritarisme, a jeté le bébé avec l’eau sale du bain. Elle a détruit sans rien construire. Ces gens-là ont longtemps protesté qu’ils ne voulaient absolument pas liquider mais seulement écarter l’ancien pour faire place nette au nouveau.

    Il fallait « casser la boutique » pour que le grand « mouvement » révolutionnaire, surmontant les querelles de sectes, puisse voir le jour. Ce n’était là qu’un mirage ou plutôt un miroir aux alouettes avec lequel on leurrait les militants.

    Certains disent :« On ne peut accuser de tout un seul homme sinon c’est le culte de la personnalité à rebours. » Certes, mais en tant que premier dirigeant, il assume la responsabilité principale. Il ne peut la rejeter sur personne. Entre le centre et la base il y a interaction dialectique, non circulaire, un de ses aspects étant dominant. Les mettre sur le même plan c’est vouloir noyer le poisson pour protéger un individu.

    Le marxisme exige qu’on intègre l’organisation dans la totalité plus vaste de la formation sociale. En dernière analyse, les causes de la liquidation sont à rechercher du côté des conditions de la lutte des classes dans un pays comme la France où les ouvriers ont « quelque chose à perdre », ce qui crée un terrain favorable au réformisme. Il n’en reste pas moins que cette explication ne suffit pas, car les facteurs sociaux sont médiatisés par des individus.

    Si l’on veut y voir clair, il faudra non seulement analyser avec précision la lutte entre les deux voies dans l’organisation, mais aussi enquêter sur les motivations personnelles et l’idéologie du principal dirigeant. Une telle étude sera des plus instructives, notamment pour ceux qui lors de l’affaire Lin Piao se montraient sceptiques et ne comprenaient pas qu’un grand révolutionnaire en apparence puisse trahir « du jour au lendemain ».

    Certains camarades nous disent : il faut laisser une issue à Pierre Victor. C’était justement ce que faisait Kostas Mavrakis dans son article de Théorie et Politique N° 2. Malheureusement, son appel ne fut pas entendu. Comme l’a dit Mao :« Il est difficile de se rééduquer quand on a pris l’initiative de commettre de graves erreurs de principe, de ligne ou de direction. » L’honneur révolutionnaire « …est comme une île escarpée et sans bords. On n’y peut plus rentrer dès qu’on en est dehors ».

    3. Un abîme sans fond.

    L’ancienne direction qui n’en finit plus de liquider a convoqué le 1er, 2 et 3 novembre une conférence. De nombreux ex-militants en ont profité pour se retrouver et causer. Par la même occasion ils ont pu apprécier où en était le groupe invitant.

    Ces individus après avoir dissout l’organisation s’en prennent au marxisme- léninisme (ils disent le « meu-leu ») qui en a vu d’autres. Ils mettent en doute le rôle dirigeant du prolétariat mais doutant de leur doute ils érigent leur doute en principe ! En fait ils tournent en rond. Coupés des masses et de toute pratique ils n’ont plus d’idées, eux qui en avaient autrefois dix dès qu’ils se grattaient la tête.

    Cherchant à définir de nouvelles pratiques subversives ils n’ont su proposer qu’une communauté ouvrière-artisanale à la campagne qui s’organise pour échapper au salariat. Ces formes de repli utopique à l’abri de la lutte des classes avaient déjà été proposées par le groupe « Vive la Révolution » quand il s’est dissous il y a trois ans.

    Les coopératives formées par d’anciens résistants après la guerre en étaient une version plus ancienne. Inutile de dire que les communautés ne gênent pas le pouvoir, bien au contraire. Ce n’est rien d’autre que le « gaucho-réformisme » que Pierre Victor reprochait jadis à Philippe Gavi.

    Ce même Pierre Victor a mis aussi en avant le projet d’un « centre de recherches » sur la révolution. Pour goûter l’ironie de l’histoire il faut se souvenir que la G.P. a été fondée fin 1968 en réaction à ceux qui préconisaient les recherches livresques et concevaient le Parti comme un club de discussion.

    Engagés sur la voie glissante de la liquidation jusqu’où ces gens- là vont-ils tomber ? L’abîme appelle l’abîme, « abissus abissum invocat ». Refusant l’autocritique ils n’ont d’autre issue que la fuite en avant. On ne voit pas comment un « centre de recherche » leur permettrait de sortir du brouillard opaque où ils tâtonnent. Que font-ils aujourd’hui sinon théoriser leur impuissance et leur faillite en les tenant pour fatales ?

    Déjà leur pessimisme à l’égard des masses ne connaît plus de bornes. Dans une conversation enregistrée avec Daniel Gréaume, Pierre Victor affirmait qu’aucun ouvrier ne veut la révolution violente. Geismar déclare à « Politique-Hebdo » que les ouvriers sont racistes et phallocrates.

    Quant à leur compère Serge July il explique dans « Le Monde » que « Libération » n’est pas un journal d’opinion. II reprend ainsi à son compte l’idéologie de « France-Soir ».

    Cela signifie en fait que toutes les opinions même réactionnaires peuvent figurer dans le journal à condition que July-Gavi décident qu’elles expriment des points de vues présents dans les masses, donc, selon eux, à l’exclusion du marxisme-léninisme. Ils ont ainsi publié des articles sionistes, antichinois, antiléninistes, ou faisant l’apologie de la drogue.

    L’organisation mao étant dissoute il ne leur restait plus qu’à dissoudre à leur tour les « Comité Libération » pour échapper à tout contrôle. Enfin seuls ils ont fait régner la dictature bourgeoise dans ce journal pour lequel tant de maoïstes se sont dévoués jusqu’au moment où ils ont compris.

    4. Ce que nous voulons.

    Nous voyons d’ici Geismar nous lancer à la figure : « Et vous, que proposez-vous ? » sous-entendant que la catastrophe actuelle est une fatalité devant laquelle nous devrions nous incliner comme lui. En un sens, d’ailleurs, nous ne proposons rien, car nous ne venons pas avec un programme et une ligne tous faits. Ceux-ci seront le fruit d’une élaboration collective à laquelle participeront tous les anciens camarades qui n’ont pas mis la clef sous le paillasson.

    Nous ne leur demandons pas de nous faire confiance mais de se faire confiance, en se lançant, par exemple, dans la bataille pour que « La Cause du Peuple » réponde vraiment aux besoins des masses. De même, l’organisation que nous voulons édifier sera ce que vous, les militants maos, en ferez.

    Nous ne partons pas de zéro. L’expérience (positive et négative) accumulée par les maos de « La Cause du Peuple » depuis six ans est d’une immense richesse. Nous devons la mettre à profit. Néanmoins nous ne voulons pas revenir en arrière et reproduire la « vieille maison » avec ses tares. Nous visons à faire autre chose et mieux.

    Les camarades, révoltés contre l’autoritarisme de la direction et des petits cadres, ont eu raison en un sens d’applaudir à la dissolution parce qu’elle leur permettait enfin de réfléchir par eux-mêmes et de résoudre avec initiative les problèmes concrets de la lutte des classes sur leur lieu d’implantation.

    Que leurs aspirations aient été exploitées et détournées par le courant anarcho-liquidateur ne les rend pas moins légitimes. Nous leur demandons maintenant d’enregistrer le constat de faillite de Pierre Victor et compagnie pour prendre un nouveau départ.

    Nous n’irons pas loin si nous nous battons chacun dans notre coin. Pour accomplir nos tâches politiques, nous avons besoin d’une organisation communiste

    – liée aux masses, impulsant et coordonnant leurs luttes ;

    – offrant un lieu où les idées justes des masses soient concentrées et systématisées après étude pour produire la ligne ;

    – pratiquant le centralisme démocratique, la critique et l’autocritique, capable donc de faire constamment le bilan de son expérience, de rectifier ses erreurs et d’aller toujours de l’avant.

    Il nous faut un système de presse diversifié nous permettant de toucher sur le plan national divers milieux et catégories sociales. Cette presse sera :

    – un instrument d’agitation et de propagande ;

    – un organisateur collectif, un agent d’unification des camarades ;

    – un lieu de confrontation et d’étude pour caractériser la période, analyser la conjoncture et mener la lutte des classes dans la théorie.

    En lançant ce journal, nous n’avons fait que sonner le rappel de toutes les bonnes volontés communistes, de tous les révolutionnaires conséquents qui refusent de céder au marasme et à la passivité. Face à l’ennemi, les militants et les groupes isolés sont comme les doigts de la main, l’organisation comme un poing serré.

    « La Cause du Peuple » est morte, vive « La Cause du Peuple » !

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  • Le mouvement ouvrier issu de mai (1969)

    Faire apparaître la classe ouvrière comme force politique indépendante, cela demande des précisions.  

    En effet, il ne suffit pas seulement de libérer le prolétariat de l’emprise révisionniste et réformiste exercée par le P.C.F., C.G.T. et autres syndicats et partis traditionnels, mais de lui permettre de remplir son rôle historique, celui que Marx lui définissait en 1848 dans le manifeste du Parti communiste :  « De toute les classes qui à l’heure actuelle s’opposent à la bourgeoisie, le prolétariat seul est une classe vraiment révolutionnaire.  

    Les autres classes périclitent et périssent avec la grande industrie ; le prolétariat, au contraire en est le produit le plus authentique. Les classes moyennes, petits fabricants artisans, paysans, tous combattent la bourgeoisie parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes.  Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires.  

    Elles cherchent à faire tourner à rebours la roue de l’histoire. Si elles sont révolutionnaires, c’est en considération de leur passage imminent au prolétariat ; elles défendent alors leurs intérêts futurs et non leurs intérêts actuels ; elles abandonnent leur propre point de vue pour se placer à celui du prolétariat. » 

    Déjà le vaste mouvement de la jeunesse intellectuelle a abandonné son propre point de vue pour se placer sous celui du prolétariat. En ce sens, il a joué le rôle d’avant­-garde en quelque sorte.  

    Mais une avant-­garde en quelque sorte, cela ne peut durer qu’un temps. On l’a très bien vu en mai 68, où le mouvement étudiant a joué ce rôle, et qu’à vouloir le jouer trop longtemps, il s’est enlisé, se coupant dans une certaine mesure de la classe ouvrière.  

    Ses caractéristiques (anti­impérialistes, anti­révisionniste, et de plus en plus anti­capitaliste) font du mouvement étudiant et de la jeunesse intellectuelle l’allié privilégié de la classe ouvrière dans la mesure cependant où il sert à développer l’autonomie ouvrière.  Sinon, cela revient à vouloir faire la révolution prolétarienne sans le prolétariat lui­-même.  

    Le processus défini par Marx allant de la révolution prolétarienne n’est pas terminé ; nous sommes dans une phase de ce processus. La méthode maoïste nous apprend à saisir chaque processus dans son développement et non pas à fixer abstraitement le processus dans une phase, tout comme elle nous enseigne que l’histoire se fait et ne se refait pas.  

    le retard du capitalisme français 

    En mai 68, une fois de plus, les masses ont fait l’histoire. Il suffit d’ouvrir le grand livre de mai pour que s’éclaire l’histoire du mouvement ouvrier, ainsi que le présent et l’avenir.  Le mouvement populaire de mai 68 a provoqué une vaste modification des conditions objectives de la lutte des classes dans les pays capitalistes avancés.  

    La seule issue du capital français réside maintenant dans le passage du capitalisme archaïque au capitalisme des monopoles. 

    Depuis toujours, le Capital français a cherché à se protéger de la classe ouvrière en s’entourant du maximum d’alliés (cela va de l’épicier du coin, à la moyenne usine en passant par le gros propriétaire foncier).  Mais pour être un allié de la bourgeoisie, il faut que cela comporte un intérêt économique.  C’est pourquoi le développement de la grande industrie s’est trouvé freiné dans le seul but de ne pas faire disparaître les petits.

    Dans le manifeste, Marx dit : « La société bourgeoise moderne, élevée sur les ruines de la société féodale n’a pas aboli les antagonismes de classes.  Elle n’a fait que substituer de nouvelles classes, de nouvelles conditions d’oppression, de nouvelles formes de lutte à celles d’autrefois. Cependant, le caractère distinctif de notre époque de la bourgeoisie, est d’avoir simplifié les antagonismes de classes.  

    La société se divise de plus en plus en deux vastes camps ennemis, en deux grandes classes diamétralement opposées : la bourgeoisie et le prolétariat.  

    En France, les deux vastes camps ne sont pas aussi nets. Au sein même des possédants, les intérêts se croisent, s’entrecroisent, se choquent et s’entrechoquent.  On a beau être bourgeois, on a avant tout les dents longues.

    Pour discipliner tout ce joli monde, il faut de la poigne, ce qui explique que l’Etat français est un état des plus solides, des plus durs, des plus centralisés du monde.  Pendant des années, la classe ouvrière a payé le maintien de cette unité des possédants petits et gros, et ce, devant la concurrence du Capital financier international, en particulier U.S. qui, lui, est depuis longtemps débarrassé de tous les petits et moyens, pour concentrer ses industries en d’immenses unités homogènes et d’une compétitivité supérieure à l’échelle internationale. 

    La bourgeoisie française se croyait ainsi protégée d’un affrontement avec la classe ouvrière ; c’était se mettre des œillères devant le développement des luttes à l’échelle mondiale. C’était voir le danger du dedans sans voir celui du dehors, et que le mouvement étudiant s’était emparé de la lutte des peuples opprimés du monde pour la porter en France avec toute la fougue de la jeunesse.

    Fougue qui l’a conduite des petites manifestations de solidarité au Vietnam, aux nuits de barricades.  La suite on la connaît, dix millions d’ouvriers d’entreprises en grève, la bourgeoisie désemparée, affolée.  Heureusement pour elle, le P.C.F. et la C.G.T. étaient là pour faire la preuve la plus éclatante de leur « bonne volonté ». On négocie un plat de lentilles, contre la paix sociale. 

    Un plat de lentilles que la grande industrie n’a pas digéré. Mai est passé, mais la grande peur des patrons reste ; les capitaux s’enfuient à l’étranger ; c’est le spectaculaire accord Fiat­Citroën ; on s’achemine vers la crise économique. 

    Il faut redresser, récupérer les 10 %, les prix montent, on libère le développement de l’industrie avec le coup de pouce des prêts aux entreprises et de la suppression de la taxe sur les salaires.  Et la machine industrielle démarra en un bond fulgurant des profits et investissements.  

    Mais c’est insuffisant, il faut que de Gaulle s’en aille ; c’est le référendum ; Pompidou, Chaban et la nouvelle société.  La nouvelle société de Chaban, c’est l’élimination progressive de tous les petits au profit des gros, pour arriver à la gestion directe de l’Etat, selon les intérêts des monopoles.  

    Ce n’est pas une mince affaire, les seuls pays qui y sont parvenus (U.S.A., Allemagne, Japon) l’ont fait sur les ruines de la guerre. On peut dire sans se tromper qu’il nous est 100 fois plus facile de faire la révolution, qu’à la bourgeoisie de s’en sortir.  

    les syndicats, l’autre jambe de l’appareil d’état avec la police 

    Le développement du Capital vers le monopolisme ne peut se faire sans l’intégration des syndicats.  Pour la bourgeoisie, il faut éviter à tout prix le face à face avec la classe ouvrière ; pour cela, elle a toujours eu recours à des intermédiaires, à des tampons. 

    aujourd’hui, les patrons sont POUR les syndicats 

    A l’origine, les syndicats ont apporté la réponse organisationnelle qui a permis à la classe ouvrière de s’affirmer en tant que classe, mais uniquement dans le cadre étroit de l’usine, l’organisation pour la vente collective de la force de travail par la création d’un rapport de force entre ouvriers et patrons ; vente qui est à l’origine de la signature de contrats entre ouvriers et patrons.  En se développant de façon considérable, ils ont permis à la classe ouvrière d’apparaître sur la scène de l’histoire en tant que force organisée.  

    En s’organisant par usines, par corporations, d’où les fédérations (de la chimie, de l’automobile, des papiers cartons, etc.) qui aujourd’hui ne veulent plus rien dire, tant les branches d’industrie sont dépendantes les unes des autres.  Les patrons ont très vite compris le danger que représentaient pour eux ces syndicats.

    C’est pourquoi c’est eux-mêmes qui ont instauré les délégués du personnel au début du siècle, afin d’éviter le dialogue avec la masse.  De plus en plus, la bourgeoisie a besoin d’un tampon entre elle et la classe ouvrière. Aujourd’hui, un tampon ne suffit pas, ce sont les organisations entières qui servent, ou seront amenées à servir de tampon.  

    Ce n’est pas le fait du hasard si la Suède, le Japon, les U.S.A., l’Allemagne comptent un très fort pourcentage de syndicalisation. En France, ce taux est très faible, de l’ordre de 15 à 20 %.  Pour Chaban, il faut des syndicats forts, des gens « représentatifs avec qui on peut discuter ».  

    Ceyrac, membre du C.N.P.F. fera une déclaration disant que lui veut bien discuter avec les syndicats responsables, quant aux gauchistes, il ne connaît pas !  Papon, l’ancien préfet de police, dans un rapport au congrès de l’U.D.R. remarque le faible taux de syndicalisation et conclut qu’il faut renforcer les syndicats traditionnels.  

    Pour cela, la bourgeoisie emploie deux moyens principalement : 1. Désigner ses interlocuteurs (syndicats traditionnels), n’accepter de discuter qu’avec eux, et laisser croire que ce n’est que par eux qu’il est possible d’obtenir des victoires.  Le récent accord Renault en est un bon exemple.  Ce que la Régie y a concédé sans lutte dépasse largement ce qu’elle a concédé après un mois de grève en mai 68.  Les seules clauses restrictives y sont d’autre part remarquables : elles ne concernent qu’une éventuelle non signature des syndicats (rien, ou presque rien d’accordé si les syndicats ne signent pas).  

    2. Le développement de la C.F.T., syndicat jaune à l’échelle nationale, ce qui corespond grossièrement à présenter un tigre en papier d’un côté, pour que les ouvriers se jettent dans la gueule du loup (syndicatstraditionnels).  

    C’est exactement ce qui se passe à l’heure actuelle à Citroën bien que ne correspondant pas à une tactique consciente de la part de Bercot, tant il est vrai que ce réactionnaire parmi les réactionnaires n’a pas encore compris ou ne veut pas comprendre que la C.G.T. ne demande qu’à l’aider ; elle en a pourtant fait les preuves en laissant le S.i.S.C. se développer et en se présentant maintenant comme la seule alternative possible face au danger du S.I.S.C. 

    légaliser la lutte 

    Le renforcement des syndicats correspond à une tentative de « légalisation » de la lutte dans les usines, à savoir donner à la lutte ouvrière le terrain choisi par la bourgeoisie ; sur ce terrain, la classe ouvrière est perdante à tous les coups.  Ce terrain tend à canaliser et même à institutionaliser la révolte spontanée des ouvriers. 

    L’idéologie syndicale crée une nouvelle légalité dans les usines, elle détermine ce qui est permis et ce qui ne l’est pas, les cas défendables et non défendables. Ainsi on verra les syndicats contraints de s’opposer à un licenciement pour fait de grèves, mais jamais ils n’approuveront ni défendront un cas de sabotage individuel.  L’idéologie syndicale se traduit principalement par la routine, par les grèves prévues à l’avance et limitées dans le temps, par la discussion, la négociation.  

    On discute avant de faire grève, on arrête la grève pour discuter.  De plus, cette idéologie est un frein puissant à l’esprit d’oser lutter, en laissant croire qu’il faut que tout le monde soit d’accord pour mener une lutte.  

    De telles formes de lutte ne gênent pas les patrons.  

    En connaissant la forme et la durée d’une lutte, ceux­ci peuvent aisément rattraper la production perdue. Chez Renault et dans de très nombreuses entreprises, les grèves sont pour ainsi dire planifiées, c’est-­à-­dire que dans le programme de production, il est tenu compte d’un certain nombre d’heures de grève éventuelles. 

    Un ouvrier dira : « La grève, c’est comme un coup de poing. Quand on veut donner un coup de poing, on ne dit pas à l’adversaire : attention, je vais te donner un coup de poing. »  Le mouvement ouvrier spontané a rompu d’emblée avec la routine syndicale.  

    C’est la grève des thermiques du Mans, des pistoleurs de Sochaux, de Wendel Sidélor en plein mois d’août.  On ne discute pas ; on impose.  Les revendications sont là obtenues de force et non de plein gré. On n’attend pas que tout le monde soit d’accord, car on sait que 84 ouvriers des thermiques du Mans peuvent bloquer la production de tout Renault.  

    Le mouvement ouvrier spontané, c’est l’apparition embryonnaire de la classe ouvrière comme force politique, indépendante, c’est l’embryon de la rupture d’avec le révisionnisme et de l’idéologie qu’il engendre.  Le mouvement ouvrier spontané ne représente pas une force stable et consciente. Un jour, c’est à Sochaux, un autre à la R.A.T.P. ou au Mans.  Chacune de ces luttes a un contenu politique : les revendications salariales s’expriment par rapport à la vie chère, les logements, etc.

    D’emblée, le cadre de l’usine est dépassé.  Dépassés aussi les clivages lutte politique, lutte économique, organisation pour la lutte économique (syndicats) et organisation pour la lutte politique (Parti).  Aujourd’hui, la question ne se pose pas tant en termes de revendications économiques ou politiques (récupérables ou non), mais plus en termes de formes de luttes employées.  

    On a très bien vu en Italie que les revendications portent sur le contrôle des cadences, journées de maladies entièrement payées, hiérarchisation, etc., que ces revendications gênent le développement du Capital mais sont néanmoins digérables par lui ; ce qui a permis à la classe ouvrière d’Italie d’apparaître de façon autonome sur la scène politique, ce sont ses formes de luttes allant de la grève bouchon à l’utilisation de la violencerévolutionnaire.  

    Ces formes de lutte ont plongé la bourgeoisie italienne dans une crise dont elle n’est pas prête de se relever.  Aux Etats­Unis, l’économie américaine supporte fréquemment et allègrement des grèves de plusieurs semaines, mais 600000 postiers en grève « illégale», et c’est la panique !  

    Les révisionnistes d’Italie ont repris à leur compte tous les mots d’ordre gauchistes, y compris ceux demandant les délégués de chaîne élus sur le tas et révocables.  La seule chose, c’est que Agnelli les a baptisé spécialistes et érigés en instance légale, c’est-­à­-dire en interlocuteurs ayant leur mot à dire sur les cadences.  C’est par leurs formes de lutte que les ouvriers italiens sont passés de la revendication simplement économique dans le cadre des contrats annuels à la contestation politique. 

    le « sauvage », l’illégal, effrayent la bourgeoisie 

    La plus grande peur de la bourgeoisie, c’est de se retrouver face à face avec des masses en lutte.  C’est pourquoi elle a toujours désigné des interlocuteurs et aujourd’hui, ce sont les syndicats vis­-à-­vis desquels elle pratique une large politique d’ouverture et de concertation.  Ce n’est pas le fait du hasard, si le mouvement étudiant, ainsi que celui des petits commerçants et artisans ont pris des formes illégales (grèves avec occupation, séquestration, etc.) ; tous deux ignorent presque totalement l’idéologie syndicale.  

    Ils optent pour des formes de luttes radicales. La dernière grève de Dauphine à caractère ultra­-réformiste a pris des formes telles que occupation, etc.  

    La bourgeoisie réprime tout ce qui est illégal, tout ce qui est sauvage, tout ce qui ne provient pas de ses interlocuteurs. A Nanterre, la crèche saccagée, à Dauphine toujours l’intervention de la police même pour une lutte qui ne remettait pas en cause le pouvoir de la bourgeoisie. Vouloir revendiquer au lieu d’imposer, demander au lieu de prendre, vouloir créer un nouveau syndicat pour mener la lutte économique, c’est, un jour devenir inévitablement un interlocuteur valable pour la bourgeoisie.

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  • Socialisation des luttes (1969)

    légalité populaire et légalité bourgeoise 

    Au siècle dernier et dans les débuts du XXème siècle, l’exploitation de la classe ouvrière se résumait principalement par la vente de la force de travail au prix le plus bas. Le salaire de l’ouvrier lui permettait tout juste de quoi manger et dormir enfin de pouvoir récupérer ses forces.  Au fil des années, les luttes ouvrières ont arraché à la bourgeoisie un surplus de plus en plus grand de la simple force de travail.  

    En termes clairs, cela signifie qu’au siècle dernier : Nourriture + logement + vêtements = salaire ; reste 0. Aujourd’hui : nourriture + logement + vêtements = salaire + une certaine somme du salaire utilisée pour un minimum de confort (T.V., frigo, voitures, loisirs, etc.).  

    Simplement ce qui est donné en plus dans l’usine pour le travail fourni est récupéré en dehors par les loyers, les supermarchés, etc. Le meilleur exemple en serait un ouvrier de Renault achetant une voiture Renault. 

    La Régie lui donne un salaire, et en achetant une voiture à la Régie, l’ouvrier lui rend une partie de son salaire. On voit très bien que mener la lutte contre la vie chère, ce n’est pas seulement réclamer une augmentation de salaire ou une échelle mobile. C’est aussi mener la lutte pour faire baisser les prix.  

    Les révisionnistes maintiennent dans la classe ouvrière une division entre les luttes dans l’usine (revendicatives) et les luttes à l’extérieur(politiques). En bref, dans l’usine, la politique, ça n’existe pas ; on revendique alors qu’à l’extérieur, on vote, et c’est ça la politique. Une politique de bulletin de vote pour des places à l’Assemblée, au Sénat, pour la gestion des municipalités. Là encore, l’esprit légaliste se manifeste en demandant.

    On demande des crédits pour une piscine, pour une école, etc.  Dans les usines, face à la production, face à la maîtrise, l’instinct de classe est très aigu et se développe spontanément une très forte solidarité. Même si les heurts entre ouvriers sont très fréquents, en particulier entre français et immigrés, ce qui l’emporte avant tout, c’est la solidarité de classe.  

    Dans l’usine, il existe avant tout un comportement franc, « pas gêné ». On se tutoie d’emblée, on n’hésite pas à se demander une cigarette, on discute facilement même si on ne se connaît pas.  Dans l’usine ,on sent concrètement qu’il y a un fossé entre l’ouvrier et le patron, et rien qu’une différence entre le français et l’immigré.  

    Ainsi un ouvrier français ayant trouvé le portefeuille d’un marocain ira le lui rapporter en disant : « Je ne pouvais pas le garder, c’est un ouvrier».  Le côté : «C’est un ouvrier» l’emporte toujours sur celui : « C’est un étranger. »  L’idéologie bourgeoise tente de faire croire que dans l’usine, d’accord, on est ouvrier, mais qu’une fois passé la porte, on est citoyen, avec les mêmes droits pour tout le monde.  La preuve, il n’y a pas d’endroits interdits aux ouvriers, la priorité à droite est valable pour tous, la loi aussi.  

    De plus en plus, les journaux sont faits pour tout le monde ; on vulgarise à souhait : l’art, le cinéma, la littérature, l’allemand pour tous, le yoga pour tous, la psychanalyse à la portée de tous.  Concentrés dans l’usine, les ouvriers se retrouvent souvent dispersés en dehors. On pourrait dire noyautés, même, par toutes les autres couches de la population.

    Là, le comportement change. Demander une cigarette? On a l’impression de mendier. Discuter? on ne se connaît pas, etc.  De plus en plus, on assiste à une multiplication de journaux poussant à la consommation et à l’effacement de l’antagonisme de classe.  

    Des journaux tels que LUI ou l’utilisation du rasoir électrique X ou du papier hygiénique Y permettent tous les succès (travail, femmes…).  Il est bien connu que tous les P.D.G., tous les hommes modernes, ouvriers ou patrons, lisent LUI.  Les différences entre ouvriers et patrons, ça n’existe pas, la seule existante, c’est entre les hommes modernes et les autres.  

    Cependant dans les grandes cités ouvrières, on retrouve l’usine dans la vie.  C’est plus net dans les foyers comme à Flins où on a l’impression de quitter l’usine pour l’usine (foyer). Dans ces grandes cités, les perspectives de travail s’offrent d’elles­-mêmes.  Tout ce qui est fait à l’extérieur est récupérable à l’intérieur. Le rapport entre les luttes à l’intérieur et à l’extérieur est éminemment dialectique. 

    ouvrier partout 

    On est ouvrier, et on le sent très bien. L’accès aux merveilles publicitaires est irrémédiablement fermé.  Comment croire à l’égalité quand 100 F d’amende pour un salaire de 1 000 F, cela fait 10 % et que 100 F pour un salaire de 10000 F, cela ne fait que 1 %.  Comment y croire quand pour un ouvrier, 250 F de loyer mensuel, cela fait 1/4 du salaire et que pour d’autres, ça ne représente qu’un dixième.

    Dans l’usine, on est réprimé par les chefs, la maîtrise, le règlement intérieur ; à l’extérieur, c’est l’appareil judiciaire et policier, l’administration répressive.  Quoi de plus humiliant que de faire la queue devant un guichet de sécurité sociale. On en sort avec l’impression d’être tributaire. Mais à l’extérieur de l’usine , comme à l’intérieur, se développent des formes de luttes individuelles exprimant la révolte des masses.

    On vole dans les supermarchés, on ne paie pas les impôts, les amendes. Il n’existe pas deux esprits d’oser lutter, un pour l’usine, un en dehors. Il n’en existe qu’un qui consiste à combattre le capitalisme sous tous ses aspects.  Développer l’esprit d’oser lutter parmi les masses, c’est opposer à la légalité bourgeoise la légalité populaire.  Là non plus, on ne demande pas ; on impose ou on prend. Cela consiste à changer la vie, c’est­à­dire à développer actuellement tout ce qui est sauvage (crèche, loisirs, etc.), à instaurer un embryon de pouvoir populaire.  

    Cela consiste à expliquer à l’ouvrier qu’il est normal de couler les cadences et de saboter la production, à dire à la ménagère qu’il est normal de voler dans les supermarchés, que des crèches, ça ne se réclame pas, cela se fait; que devant la grève des loyers, les grandes sociétés foncières sont impuissantes, etc.  Mais avec toujours en tête que c’est une lutte continue jusqu’à la révolution armée.  Déjà l’alpha sauvage est presque reconnue par la bourgeoisie. Les crèches sauvages le seront certainement aussi.

    Mais elles ne le seront pas si elles n’existent pas, c’est évident.  la lutte continue, ne rien laisser intégrer  La seule chose qui n’est pas digérable par la bourgeoisie, c’est la révolution préparée par une lutte prolongée.  Créer des crèches sauvages et s’en tenir là, ce n’est pas mener une lutte prolongée.

    Mais créer des crèches sauvages avec pour but qu’une fois admises par la bourgeoisie, il faudra continuer la lutte, continuer à développer l’esprit d’oser lutter des masses, c’est préparer effectivement l’insurrection armée.  Mais cela ne peut se faire qu’avec un point de vue dominant qui est celui de l’usine. On unira un employé et une ménagère sur le système des prix, pas sur le problème des cadences. Le seul moyen de ne pas faire la révolution qu’à moitié, c’est de partir des usines.  A travers les usines se posent tous les problèmes de la Révolution.

    Unir le peuple sous la direction du prolétariat, c’est partir de la solidarité qui règne dans les usines pour l’étendre à toutes les couches de la population.  

    Socialiser les luttes avec le point de vue dominant des usines, c’est mettre en application le mot d’ordre.  La classe ouvrière doit diriger en tout ; c’est-­à-­dire qu’en se libérant, la classe ouvrière libérera toute l’humanité, qu’elle ne peut se libérer qu’en libérant toute l’humanité.  Depuis mai, l’appareil d’Etat s’est considérablement renforcé, surtout en ce qui concerne la justice et la police.  Elle est désormais loin, l’image du gardien de la paix tranquille qui va à la bagarre uniquement parce qu’il y est obligé.  

    La police est maintenant devenue un appareil à réprimer du jeune, du combatif ; l’appareil judiciaire et policier et omniprésent.  A Mantes, les flics qui descendent dans les cafés s’adressent directement aux cheveux longs. 

    A l’issue d’une bagarre dans un foyer des Mureaux ou les C.R.S. ont chargé à la matraque, les inspecteurs reviendront avec trois cents photos de jeunes de la région prises à leur insu et dans les positions les plus insolites.  Le moindre gardien de la paix, même en réglementant la circulation, observe les individus.

    On cherche, on traque les jeunes, les cheveux longs. C’est qu’il existe un vaste mouvement de la jeunesse qui lui conteste l’ensemble de la société capitaliste.  Il y a moins de différence entre un lycéen et un jeune ouvrier qu’entre un jeune ouvrier et un vieux réviso ; tout comme il y a moins de différence entre un étudiant et un jeune ouvrier qu’entre un ouvrier âgé et un intellectuel si progressiste soit-­il.  

    Ce qui unit le mouvement de la jeunesse, c’est l’oppression, c’est sa révolte contre l’idéologie bourgeoise, c’est un véritable ciment pour l’unité populaire.  Le jeune ouvrier, le lycéen et l’étudiant, le jeune immigré et la jeune fille touchent toutes les couches de la population, car ils font partie de toutes ces couches, et sont unis par l’oppression idéologique commune.

    Orienter le mouvement de la jeunesse intellectuelle vers la lutte dans les usines et les quartiers, dans la lutte sous touts les aspects de la vie, c’est se donner les moyens d’une unité populaire véritable. Il nous faut ici ouvrir une parenthèse sur le problème spécifique des immigrés.  

    Il semble que jusqu’à présent, le mouvement révolutionnaire ait tellement spécifié le problème des immigrés que dans certains endroits, il s’est transformé en organisation de défense des immigrés.  De telle façon, le mouvement révolutionnaire n’a au mieux pas fait progresser l’unité des Français et des immigrés, et au pire accentué la division.  Le racisme en France est issu d’un certain chauvinisme datant de l’époque coloniale. Dans les livres de géographie pour enfants, on peut lire textuellement : « L’homme blanc a civilisé les pays africains. »  

    Le racisme en France ne s’exprime pas tant entre les couleurs (supérieurs ou inférieurs), mais en terme de : « On leur a tout fait et ils nous ont chassés », « ils nous prennent notre travail, ils ont plus de droits que nous. »  Ce qu’il faut avoir en tête, c’est que l’on est ouvrier avant d’être immigré, et non pas l’inverse, en tenant compte simplement du problème spécifique. 

    Les travailleurs immigrés sont coupés, isolés de la vie sociale. Hors de l’usine, ils sont maintenant dans les foyers ou dans de véritables ghettos tels que Barbes ou Belleville à Paris, quartiers quadrillés 24 heures sur 24 par la police ; où s’est tissé un véritable réseau de mouchards et de résidus de pègre chargés de dénoncer et de surexploiter les travailleurs immigrés.  

    Le problème des immigrés se pose principalement en fonction de leur isolement par rapport au reste de la population. Isolement voulu et entretenu par la bourgeoisie. Rompre cet isolement en libérant les ghettos parisiens, permettre la liaison effective des immigrés avec le reste de la population, c’est renforcer l’unité des travailleurs français et immigrés.  

    Il existe toute une série de moyens permettant « d’intégrer », si l’on peut dire, les travailleurs immigrés à la vie sociale en France.  Le terme « intégrer » est mauvais mais il n’en existe pas d’autre. En maintenant les immigrés dans leur isolement, comment renforcer leur unité avec tout le peuple ?  Comment faire pour qu’ils sentent qu’ils font partie de la classe ouvrière de France au lieu d’être une fraction de leur pays d’origine en France ? 

    Vers un nouvel internationalisme 

    Ces moyens, cela va de l’alpha dans le seul but d’apprendre à lire, à déchiffrer une fiche de paie ou les papiers de Sécurité sociale, à la lutte progressiste pour leurs droits démocratiques qui consistent à les protéger de la répression administrative (bureaux de mains­ d’œuvre, cartes de travail…)  Cependant, il faut tenir compte que la très grande majorité des travailleurs immigrés n’est que de passage.  

    Qu’ils gardent malgré tout la nostalgie de leur pays d’origine et de ses traditions.  Par rapport à cela, l’internationalisme prolétarien ne doit pas être un vain mot.  Appliquer le schéma Palestine pour les arabes, grève des Asturies pour les Espagnols, ce n’est pas développer cet internationalisme. 

    Ce qu’il faut démontrer, c’est que les luttes qui se mènent en France, en Espagne, en Palestine, servent les intérêts du prolétariat mondial et les concernent directement. Parler de Palestine aux Arabes ne suffit pas ; mais parler de la Palestine dans le but de développer la lutte des classes en France, en parler aussi aux travailleurs français en leur démontrant que cette lutte, c’est aussi la leur, c’est développer effectivement l’internationalisme prolétarien.  

    La presse bourgeoise parle de tout mais elle le fait de telle manière que les luttes du Vietnam et de la Palestine sont des choses différentes, qu’il n’y a aucun rapport entre les grèves en France et celles aux États-Unis, en Suède ou en Belgique.  

    Ce qu’il faut démontrer concrètement, c’est que le capitalisme dans son stade suprême, l’impérialisme, ne peut plus se développer ; que les peuples opprimés du monde portent des coups terribles à l’impérialisme hors de chez lui ; que les classes ouvrières des métropoles impérialistes les attaquent du dedans.  

    Attaque de partout, l’impérialisme s’écroule petit à petit. L’union des travailleurs français et immigrés passe par la lutte commune là où ils sont concentrés, dans une même usine ou une même cité ; mais elle passe aussi par un soutien mutuel des luttes dans leurs pays propres. 

    l’avenir nous appartient, organisons­nous !

    Mai 68, dix millions de grévistes, toutes les usines occupées.  A Citroën, à Flins, à Sochaux, les ouvriers se battent contre les jaunes ou les C.R.S. pour défendre leur usine. En mai, des milliers, des dizaines de milliers de travailleurs ont posé la question du pouvoir, ont voulu faire la révolution. Après la trahison de juin 68 et la reprise du travail, la classe ouvrière n’a pas cessé de lutter.  

    On a pu assister à une foule de grèves sauvages, illégales, rompant avec l’esprit syndical.  Après mai, ce n’est plus comme avant, des dizaines de milliers de travailleurs qui en mai ont voulu faire la révolution, ont senti concrètement ce que pourrait être le socialisme, la dictature du prolétariat.  Ces dizaines de milliers de travailleurs n’ont pas disparu. Il existe actuellement une avant-garde ouvrière qui s’exprime par ce qu’on appelle le mouvement ouvrier spontané.

    Mais cette avant-garde ne s’est jamais stabilisée ; elle est toujours épisodique et inconsciente.  Le mouvement ouvrier ne s’est jamais concrétisé dans une forme organisationnelle quelle qu’elle soit.  Les seules formes organisées dans les usines, ce sont encore les syndicats.  Il n’existe pas encore d’exemple où les gauchistes soient apparus comme alternative aux syndicats. La raison en est simple ; l’organisation de la classe ouvrière ne peut venir que de la classe ouvrière elle-même.  

    Et ce ne sont pas les groupuscules qui peuvent se substituer à cette organisation.  Parler d’autonomie ouvrière sans chercher la réponse organisationnelle à cette autonomie, c’est passer à côté de la plaque.  

    Le mouvement ouvrier spontané s’exprime politiquement de façon indépendante ; mais pour qu’il soit capable de porter la lutte de l’ensemble des travailleurs de façon continue, il doit prendre corps dans une forme organisationnelle.  Une forme organisationnelle qui rompt avec les divisions économie / politique, intérieur à l’usine / extérieur.  

    On est ouvrier partout, et partout, on doit combattre le capitalisme dans toutes ses formes. Partout on doit opposer à la légalité bourgeoise ou syndicale, la légalité populaire.

    Rompre avec l’esprit légaliste, cela se fait dans et en dehors de l’usine, cela peut se faire dans et hors des syndicats. Vouloir militer dans les syndicats n’est pas faux en soit (suivant des conditions objectives), ce qui est faux, c’est de vouloir faire des syndicats « légaux » capables de discuter avec les patrons et le gouvernement.

    Car toute une ligne politique, quand elle est fausse comporte un point de non retour et au fur et à mesure de son application dans la pratique, elle peut très bien devenir une voie bourgeoise. 

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  • Sur le Parti du Travail d’Albanie (1978 et 1980)

    Communiqué du Comité central du Parti Communiste Révolutionnaire marxiste-léniniste

    Dans une lettre publique de son Comité central (29 juillet), puis dans un article de son organe central (3 septembre), le Parti du travail d’Albanie en est venu à se livrer à de grossières attaques, dénaturant l’oeuvre et la pensée de Mao Tsé-toung.

    Il réduit avec mépris à <<une lutte chaotique effrénée de fractions>> plus d’un demi-siècle de luttes où s’est construit le Parti Communiste Chinois ainsi que la Révolution culturelle.

    Il accuse Mao Tsé-toung, ainsi que Chou En-laï, et le Parti Communiste Chinois, d’avoir eu une <<attitude hésitante>> vis-à-vis de Krouchtchev, d’avoir, dés 1964, manifesté un <<esprit de chauvinisme de grand État et de nationalisme bourgeois>>, instigant <<à la guerre en Europe>>.

    Il qualifie à présent la République populaire de Chine d'<<impérialisme>> menant une <<politique de superpuissance, une politique belliciste et de domination du monde>>. Il l’accuse de <<pousser à une troisème guerre mondiale>>, ne faisant que répéter ce que répète, de Krouchtchev à Brejnev, la propagande du Kremlin.

    Par ce déchaînement d’attaques insensées et de contre-vérités historiques, les dirigeants albanais se sont placés d’eux-mêmes en dehors et à l’opposé du point de vue et des positions marxistes-léninistes.

    Dans la situation internationale actuelle, de telles prises de positions servent à couvrir les visées hégémoniques du social-impérialisme soviétique, dont le PTA reprend aujourd’hui les attaques les plus virulentes contre le Parti communiste chinois et la République populaire de Chine.

    Le Comité central du PCRml condamne énergiquement la polémique engagée par le Parti du travail d’Albanie contre la politique présente et passée du Parti communiste chinois et contre les partis marxistes-léninistes dans le monde.

    17 septembre 1978

    ***

    Les attaques de la direction du Parti du Travail d’Albanie contre le Parti Communiste Chinois et le Marxisme-Léninisme

    Une Question examinée au 3e Congrès du PCR ml

    Décembre 1978

    Ces deux dernières années ont été marquées par une dégradation importante des relations entre la Chine et l’Albanie. Au fil des mois, les attaques publiques du Parti du Travail d’Albanie contre le Parti communiste chinois et la République populaire de Chine se sont multipliées, se faisant chaque jour plus violentes.

    Récemment, le 7 juillet 1978, le gouvernement chinois a été contraint de mettre fin à son aide économique et militaire à l’Albanie. Falsifiant la réalité, le PTA tente de faire croire que cet arrêt de l’aide chinoise s’identifie à la rupture unilatérale de l’assistance soviétique à l’Albanie en 1961.

    Cette tentative grossière est particulièrement malhonnête puisqu’elle tente d’assimiler deux situations historiques totalement différentes :

    L’arrêt de l’aide soviétique à l’Albanie était un diktat visant à faire pression sur la politique du PTA pour qu’il accepte les positions révisionnistes de Khrouchtchev. L’arrêt de l’aide chinoise résulte de la détérioration des rapports de coopération du fait des obstacles et ultimatums de la partie albanaise.

    La rupture de la coopération entre la Chine et l’Albanie résulte d’une volonté politique délibérée de la partie albanaise et de son refus de régler les problèmes par la voie de la consultation.

    Si l’aide entre deux pays est possible, même s’il existe entre eux des divergences politiques, ou même entre pays à systèmes sociaux différents, elle implique néanmoins des rapports d’amitié et une volonté de coopération de part et d’autre. Or, du fait de l’Albanie, une telle situation n’existe plus entre les deux pays. Notre Parti dénonce fermement les attaques sans fondement des dirigeants albanais contre la politique chinoise, d’aide et de coopération.

    Récemment, le PTA en est venu à designer la Chine comme une superpuissance menaçant gravement la paix mondiale.

    Il affirme qu’elle cherche à provoquer dans les Balkans et vise à l’hégémonie en Europe. Qualifiant la politique chinoise de  » politique typiquement impérialiste et de superpuissance « , il accuse la Chine de vouloir s’allier aux USA contre le social-impérialisme soviétique pour provoquer la destruction de ce dernier en vue de prendre sa place pour dominer le monde.

    La virulence et l’énormité de ces accusations ont pu surprendre et étonner. En fait, elles ne constituent nullement un coup de tonnerre dans un ciel serein, mais s’inscrivent dans la droite ligne de la politique du PTA, notamment depuis deux ans.

    En novembre 1976, s’est tenu le VIIe Congrès du Parti du Travail d’Albanie. De nombreux thèmes erronés y furent énoncés concernant l’analyse de la situation internationale.

    La négation de l’existence du Tiers Monde et donc sa constitution en force politique et de son rôle grandissant sur la scène mondiale, la surestimation de l’état de développement de la lutte des classes dans les pays impérialistes, le refus de reconnaître que l’URSS constitue la plus dangereuse des deux superpuissances et le principal foyer d’une nouvelle guerre mondiale, brossaient déjà un tableau de la situation du monde contemporain fort éloigné de la réalité.

    Certaines affirmations suivant lesquelles la révolution serait un problème concret et à résoudre dans l’immédiat dans les pays capitalistes, où cependant, les syndicats seraient devenus des instruments d’encadrement de la classe ouvrière aux mains de la bourgeoisie, témoignaient d’une ignorance profonde de la réalité concrète et entraient en contradiction avec les positions et les pratiques de notre Parti.

    Analysant le rapport adopté par le VIIe Congrès du PTA, notre Parti constata ainsi que sur de nombreuses questions importantes, il développait une analyse gravement erroné de la réalité et contradictoire sur de nombreux points avec notre programme adopté quelques mois plus tôt.

    En juillet 1977, en faisant paraître un article attaquant la théorie des trois mondes, le PTA commençait ses attaques publiques contre le Parti communiste chinois et la République populaire de Chine
    La polémique déclenchée alors par le PTA révéla clairement son analyse erronée de la situation internationale.

    Erronée parce que faisant abstraction de la situation réelle du monde contemporain et du degré de développement des quatre contradictions fondamentales.      

    Erronée parce que plaquant sur la réalité concrète de la situation internationale les analyses de l’Internationale Communiste dans les années 20, utilisant le marxisme-léninisme comme un dogme et non comme un guide de l’action, prétendant que la situation n’a pas changé, que la restauration du capitalisme dans un grand nombre de pays socialistes et la dégénérescence révisionniste de la plupart des partis communistes n’a pas d’effet significatif.

    Erroné parce que ne menant pas le débat sur le fond, remplaçant la démonstration par des formules, isolant les faits de leur contexte.

    Erronée enfin, par le ton, un ton inadmissible, qui tend à fermer la voie à une persuasion réciproque, faits à l’appui, et qui prend au contraire vis-à-vis du parti communiste avec lequel il existe des divergences à résoudre, la démarche réservée à l’ennemi.

    Examinant les critiques portées par le PTA contre la théorie des trois mondes, notre Parti les réfuta, réaffirmant son accord avec cette théorie. Cette attaque du PTA contre la théorie des trois mondes ne constituait en fait qu’un élément d’une série d’attaques qui allaient se développer de plus en plus violemment et de plus en plus directement contre le Parti communiste chinois et sa politique.

    Le PTA affirme même aujourd’hui que le PCC n’a jamais appliqué correctement  » les grandes idées de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre et l’idéologie marxiste-léniniste  » aux conditions concrètes de la Chine, s’en prenant plus particulièrement aux camarades Mao Tsé-toung et Chou En-laï.

    Ainsi le PTA affirme que le PCC, alors dirigé par Mao Tsé-toung ne mena pas une lutte ferme et résolue contre le révisionnisme khrouchtchévien au début des années 60 mais qu’il fit preuve d’opportunisme à son égard.
    En fait, chacun sait que lorsqu’en 1956 le Parti communiste de l’Union soviétique, lors de son 20ème Congrès, énonça une série de thèses anti-marxistes et contre-révolutionnaires, le PCC et Mao Tsé-toung engageaient une lutte contre elles, d’abord dans le cadre de la polémique entre partis communistes puis publiquement à partir de 1963.

    Face aux affirmations de Khrouchtchev suivant lesquelles la coexistence pacifique devait régir tous les rapports fondamentaux dans le monde et devait s’appliquer aussi bien aux relations entre les pays capitalistes et les pays socialistes, entre les mouvements de libération nationale et l’impérialisme, entre la bourgeoisie et le prolétariat dans les pays capitalistes, le PCC réaffirma que la coexistence pacifique ne peut être qu’un aspect de la politique étrangère d’un pays socialiste, l’aspect principal étant l’internationalisme prolétarien.

    Le PCC rappela que l’impérialisme n’avait pas changé de nature et que seule la guerre populaire dans les pays opprimés et la révolution socialiste dans les métropoles impérialistes pouvaient le détruire, rejetant ainsi les théories révisionnistes de Khrouchtchev sur la guerre et la paix et prônant le « passage pacifique  » au socialisme.

    Lorsque Khrouchtchev rejeta la dictature du prolétariat au nom de  » l’Etat du peuple tout entier « , Mao Tsé-toung montra sa nécessité en rappelant que la lutte de classe se poursuit sous le socialisme, et cela dès 1957. Dans cette lutte contre le révisionnisme soviétique, le PCC et Mao Tsé-toung luttent pour l’unité du Mouvement communiste international.

    Par exemple, aux deux conférences des Partis communistes à Moscou en 1957 et 1960, Mao Tsé-toung combattit pied à pied les thèses révisionnistes tout en tentant de maintenir l’unité du camp socialiste. Ainsi, malgré les attaques portées par le PCUS contre la Chine et le PCC dès 1960, le Parti communiste chinois ne critiqua pas publiquement et nommément le PCUS avant 1963.

    Ainsi loin de s’apparenter à une attitude hésitante ou à un manque de fermeté dans la lutte contre le révisionnisme soviétique comme l’affirme la direction du PTA, la politique menée par le PCC en direction du PCUS visait à mener jusqu’au bout le débat au sein du Mouvement communiste international en s’appuyant sur toutes les possibilités qui pouvaient se faire jour.

    Calomniant la grande révolution culturelle prolétarienne, le PTA affirme :  » La révolution culturelle, dans la plupart des cas, dans son esprit comme dans son action, se développa comme une lutte non conforme aux principes, qui n’était pas conduite par un véritable parti de la classe ouvrière qui combattait pour l’instauration de la dictature du prolétariat.

    Ces affrontements entre groupes fractionnistes se terminèrent ainsi en Chine par l’instauration d’un pouvoir aux mains d’éléments bourgeois et révisionnistes. « 

    Le PTA nie ainsi les acquis considérables de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne : déclenchée et dirigée par le camarade Mao Tsé-toung en personne, elle a permis par la mobilisation des larges masses populaires de triompher des tentatives de restauration du capitalisme, elle a renforcé l’édification du socialisme et enrichi la théorie marxiste-léniniste sur la continuation de la révolution sous la dictature du prolétariat. Elle constitue un apport considérable à l’expérience révolutionnaire du prolétariat international.

    Mais le PTA ne nie pas seulement les acquis de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne.

    Il nie l’existence de la lutte entre deux lignes aux sein du Parti. Pour le PTA, ce qui caractérise le Parti communiste, c’est son  » unité monolithique et le fait qu’il n’a toujours qu’une seule ligne, toujours plus juste et marxiste-léniniste « .

    Le PTA nie ainsi les apports décisifs de la pensée maotsétoung concernant les liens d’unification du Parti et lui substitue une vision métaphysique et figée de cette édification.

    Dans son discours en date du 8 novembre 1978, Enver Hoxha pousse encore plus loin ses attaques contre le marxisme-léninisme et le maoïsme en affirmant que  » la Chine n’a pas été et n’est pas un pays socialiste (ATA du 9/11/78 p.21)  » et en traitant le maoïsme de  » prétendue pensée maotsétoung, qui ne peut être ni n’a jamais été marxiste-léniniste  » (ATA du 9/11/78 p.23).

    Il dévoile ainsi sans ambiguïté l’objet des attaques répétées du PTA contre la République populaire de Chine et le PCC : c’est l’œuvre et la pensée de Mao Tsé-toung, ses apports décisifs à l’enrichissement de la théorie marxiste-léniniste, ce sont les enseignements même de l’édification du PCC pendant plus de 50 ans qui sont niés, calomniés.

    Ce sont des dizaines d’années de lutte du Parti communiste et du peuple chinois pour l’édification du socialisme qui sont traînés dans la boue.

    Ainsi, la négation des apports de la pensée maotsétoung, le refus de la reconnaissance des insuffisances et erreurs de Staline, les divergences d’ordre théorique entre le PTA et les marxistes-léninistes notamment sur la question de l’édification du Parti, constituent des fondements essentiels de l’évolution négative et dangereuse des positions politiques du PTA.

    En dénaturant l’œuvre et la pensée maotsétoung, en calomniant la politique menée de longue date par le Parti communiste chinois et en qualifiant aujourd’hui la République populaire de Chine  » d’impérialisme  » menant une  » politique de superpuissance  » qui conduit à une troisième guerre mondiale, les dirigeants albanais se sont placés d’eux mêmes en dehors et à l’opposé du point de vue et des positions marxistes-léninistes.

    Dans la situation internationale actuelle, les prises de position anti-chinoises du PTA servent à couvrir les visées hégémoniques du social-impérialisme soviétique.

    Lorsque le PTA affirme que l’Europe ne constitue en rien l’enjeu stratégique de la rivalité des deux superpuissances, que l’URSS frappera certainement ailleurs, ou lorsqu’il déclare que  » l’impérialisme chinois veut précipiter l’Europe dans une conflagration « , au delà du caractère inadmissible et odieux d’une telle caractérisation de la République populaire de Chine, le PTA ne tente-t-il pas de désarmer les peuples d’Europe face aux préparatifs de guerre des deux superpuissances, ne favorise-t-il pas, en fait les plans d’agression du social-impérialisme soviétique ?

    Lorsque le PTA affirme que la politique de la Chine dans les Balkans vise  » à troubler la situation actuelle dans cette zone, à créer des inimitiés entre les peuples des Balkans et à pousser une troisième guerre mondiale « , dit-il autre chose que les révisionnistes soviétiques lorsqu’ils attaquent la Chine ?

    Le soutien apporté au Viêt-nam le jour même ou il adhère au COMECON et la reprise mot pour mot des accusations soviétiques suivant lesquelles, c’est la Chine qui provoquerait le conflit entre le Viêt-nam et le Cambodge, ne témoigne-t-il pas d’une évolution inquiétante de la politique du PTA ?

    Quand le PTA dénonce le traité d’amitié sino-japonais parce qu’il a  » une couleur anti-social impérialiste « , ou lorsqu’il divise les pays du Tiers Monde en qualifiant certains de  » progressistes « , qu’est ce qui distingue ces positions de celles de l’Union soviétique ?

    Le PTA peut bien maintenir un discours en apparence anti-social impérialisme, quel poids a-t-il lorsqu’il concentre l’essentiel de ses coups contre la Chine, reprend les attaques les plus virulentes de l’URSS contre le Parti communiste chinois et la République populaire de Chine, manifestant ainsi une évidente convergence avec la position du social-impérialisme soviétique sur les problèmes essentiels de la situation internationale ?

    Notre Parti condamne énergiquement la polémique engagée par le Parti du Travail d’Albanie contre le politique du Parti communiste chinois qui constitue en fait une attaque contre le marxisme-léninisme et tous les partis marxistes-léninistes dans le monde.       

    ***

    [Publié dans Front Rouge, premier trimestre 1980.]

    Le Parti du Travail d’Albanie réécrit son histoire 

    A lire les documents officiels albanais d’aujourd’hui comme les écrits encenseurs français du PTA, le Parti du Travail d’Albanie serait le premier et le seul à avoir véritablement combattu le révisionnisme khrouchtchévien au cours de la bataille des années 60 au sein du Mouvement communiste international. Quiconque met en doute cette affirmation tombe sous le coup du qualificatif de  » serpent venimeux  » d’Enver Hoxha.

    Encore faut-il la prouver ! Assurément, le Parti du Travail d’Albanie a joué un rôle dans la lutte contre le révisionnisme moderne à cette époque. Personne ne le nie. Mais pourquoi cet acharnement à prouver qu’il est le premier?

    Nous sommes retournés aux sources, aux textes et avons étudié le texte intégral et original du Rapport d’Enver Hoxha au IIIe Congrès du PTA.

    Ce Congrès se tient en mai 1956, trois mois après le XX » Congrès du Parti communiste d’Union soviétique. Ce fameux XXe Congrès fut le premier pas caractérisé de la direction soviétique dans la voie du révisionnisme. Khrouchtchev y répudia Staline sous couvert de  » lutte contre le culte de la personnalité » et y avança une série de thèses révisionnistes : la thèse du passage pacifique au socialisme, la conception révisionniste de la coexistence pacifique et de la « compétition pacifique ». la thèse selon laquelle les guerres impérialistes ne sont plus à l’ordre du jour, etc.

    Comment le PTA réagit-il à ces reniements lors de son IIIe Congrès ? Voilà ce qu’en dit L’Histoire du Parti du travail d’Albanie éditée en 1971 (pages 427 à 443 de l’édition en français) :

     » Dans tous les secteurs, le IIIe Congrès décida à l’unanimité et sans la moindre hésitation de poursuivre la ligne marxiste-léniniste suivie par le parti depuis sa fondation.
     » Toutes les conclusions et les décisions du IIIe Congrès du Parti du travail d’Albanie étaient pénétrées d’un esprit révolutionnaire marxiste-léniniste qui était, en son essence , à l’opposé de l’esprit révisionniste dont étaient empreintes les conclusions et les décisions du XXe Congrès du PCUS.
     » Néanmoins, le IIIe Congrès ne dénonça pas ouvertement les thèses antimarxistes du XXè Congrès.
      » L’essentiel était que le Parti du travail d’Albanie, à la différence de ce qui se produit dans plusieurs autres partis communistes et ouvriers, ne fit aucune concession de principe face à la pression du groupe de Khrouchtchev et n’adoptât pas comme base de sa propre ligne la ligne révisionniste du XXe Congrès du PCUS. Il garda intacte sa ligne générale marxiste-léniniste « .

    Ce texte laisse entendre que la dénonciation ouverte ne fut pas faite par opportunité car il n’aurait pas été encore temps de mener la bataille à visage découvert. Et ce point de vue tactique serait tout à fait acceptable.

    La vérité oblige à dire néanmoins que cette présentation des faits de 1971 n’est pas conforme au texte original de 1956 et que les historiens de l’Institut des Etudes marxistes-léninistes de Tirana ont procédé à une manipulation malhonnête de la réalité historique.

    C’est ce que nous voulons prouver ci-dessous par un examen attentif de l’original du IIIe Congrès de 1956 et par une étude comparée de ce texte avec une réédition de 1975 dans les Oeuvres choisies d’Enver Hoxha (Tome II, page 508).

    Il existe en effet deux versions du Rapport d’Enver Hoxha au IIIe Congrès :

    – le texte intégral publié après le Congrès, en 1956. dont nous possédons l’original, texte difficile à se procurer aujourd’hui ;

    – une réédition en « extraits » de 1975 (Tome II).

    L’étude comparée des deux textes est édifiante, les coupures et les modifications de la réédition de 1975 donnent une appréciation du XXe Congrès du PCUS contradictoire avec celle du texte de 1956. Qu’on en juge rapidement par la comparaison des deux conclusions différentes selon les deux versions :

    1975

     » Notre parti marxiste-léniniste n’a pas commis d’erreurs parce qu’il a été dirigé d’une manière juste par le CC, parce qu’il a toujours été compact, parce qu’en toute chose et à chaque pas, il s’est guidé sur les intérêts supérieurs de notre peuple et a construit sa ligne générale sur les fondements du marxisme-léninisme… « 
    (Tome II.)

    1956 : le Parti n’avait pas commis d’erreurs car il a construit sa ligne générale sur :

     » l’expérience du glorieux Parti communiste de l’Union soviétique, dont la politique léniniste a été et sera toujours juste, indépendamment des graves erreurs qui se sont vérifiées dans le travail de Joseph Vissarionovitch Staline « . (texte original)

    Voilà un remaniement de textes qui en dit long… mais ce n’est pas le seul. De fait, les coupures, escamotages et remaniements concernent des points fondamentaux de la lutte contre le révisionnisme moderne :
    la ligne générale du Mouvement communiste international, la question de la Yougoslavie, la question de Staline.

    la ligne générale du mouvement communiste international

    Dans les vingt premières pages de l’original, il est traité de l’Union soviétique et de son XXe Congrès. Ces pages n’ont pas été rééditées dans le Tome II. Surtout  » en (leur) essence « , les thèses énoncées dans ces pages ne sont pas du tout  » à l’opposé de l’esprit révisionniste « . En voici les preuves : 

    – A propos de la coexistence pacifique :
    Sans aller jusqu’à dénoncer ouvertement la thèse de Khrouchtchev, était-il nécessaire de la louer avec tant d’enthousiasme ?

     » Les questions de principe qui furent posées au XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique en ce qui concerne le développement de la situation internationale actuelle ont une grande importance historique pour l’humanité et constituent un trésor précieux qui vient s’ajouter au marxisme-léninisme dans les circonstances concrètes de la situation internationale actuelle.

    Le principe léniniste de la coexistence pacifique des deux systèmes, du système socialiste et du système capitaliste, a toujours guidé la politique pacifique de l’Union soviétique.  » (…)

     » Les communistes affirment que le système socialiste triomphera du système capitaliste dans la compétition pacifique et le triomphe du communisme est inévitable en raison de la supériorité du système socialiste sur le système capitaliste. Cette grande vérité a été confirmée par la vie et elle gagne des centaines de millions d’hommes.  » (texte original)

    – Les guerres impérialistes sont-elles inévitables ?

    Citons un passage de l’original non réédité :

     » Une autre thèse d’une grande importance de principe, que le XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique vient d’ajouter au marxisme-léninisme, c’est la question de la possibilité de conjurer les guerres à l’époque actuelle . Cette question qui préoccupe continuellement l’humanité, a reçu une réponse juste et scientifique de la part du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique.

    Les guerres à notre époque ne peuvent pas être fatales et inévitables; « dans la question de savoir si la guerre aura lieu ou non, une grande importance s’attache au rapport des forces de classe, des forces politiques, au niveau d’organisation et à la volonté consciente des hommes ».

    Les thèses marxistes-léninistes selon lesquelles les guerres sont inévitables tant qu’existe l’impérialisme, ont été formulées à l’époque où l’impérialisme était un système mondial unique et où les forces sociales et politiques opposées à la guerre étaient encore assez faibles. Tandis que, à notre époque, les forces du socialisme et de la paix dans le monde sont très puissantes. Le camp du socialisme est une force colossale et le socialisme est aujourd’hui un système mondial.

    La politique pacifique du camp du socialisme jouit de l’appui de centaines de millions d’hommes dans le monde et de beaucoup d’Etats pacifiques.

    C’est ainsi que, actuellement, existent des forces ayant des moyens moraux et matériels puissants pouvant empêcher les aventuriers impérialistes de déclencher une troisième guerre mondiale. Cependant, la thèse léniniste selon laquelle, aussi longtemps qu’existe l’impérialisme, reste aussi la base économique pour le déclenchement des guerres, garde toute sa valeur; c’est pourquoi les forces du socialisme et de la paix doivent être toujours vigilantes.

    Ces thèses importantes du Parti communiste de l’Union soviétique ont ouvert devant l’humanité des perspectives radieuses, ont suscité l’enthousiasme, éveillé les espoirs des peuples et renforcé leur lutte pour la défense de la paix. Les peuples du monde se rendent mieux compte à présent que la guerre ne plane pas sur leur tête comme l’épée de Damoclès et qu’ils sont en état de briser pour toujours cette épée qui a causé à l’humanité tant de catastrophes périodiques.

    Le monde va connaître désormais un mouvement encore plus puissant et plus vaste des partisans de la paix ; de nombreux autre Etats dans le monde vont conquérir encore leur indépendance nationale et adopteront une attitude pacifique, loin de la guerre, loin des pactes agressifs tramés par les impérialistes américains « . (texte original)

    II y a d’autres endroits dans le rapport du IIIe Congrès où le problème de la guerre est traité. Nous retrouverons ces passages sans coupures dans la réédition, en particulier: Oeuvres choisies, page 513.

    Le Parti du travail d’Albanie a adopté cette thèse révisionniste de Khrouchtchev à son IIIe Congrès et l’a conservée jusqu’à ce jour, à la différence des autres thèses khrouchtchéviennes qu’il dénonça ultérieurement.

    Le passage ci-dessus présente un intérêt particulier : il revendique clairement la paternité de cette thèse du XXe Congrès du PCUS. C’est sans nul doute la raison de son escamotage lors de la réédition de 1975.

    – Sur le passage pacifique au socialisme :

    Là, Enver Hoxha fait carrément le pas :

     » La thèse sur les formes du passage des divers pays au socialisme, basée sur les célèbres thèses du grand Lénine, ouvre devant les peuples et la classe ouvrière de tous les pays des perspectives éclatantes pour le passage au socialisme par des voies diverses.

    La question du passage au socialisme, par la guerre civile ou sans la guerre civile, est également une grande lumière et une aide très précieuse pour les partis de la classe ouvrière et pour les peuples travailleurs, pour prendre le pouvoir en main, pour réaliser les transformations sociales, pour transformer le parlement bourgeois, là où la bourgeoisie n’est pas en mesure de recourir à la violence et d’opposer la force, en un moyen de la véritable volonté populaire, pour assurer le passage des principaux moyens de production entre les mains du peuple « . (texte original) 

        Pour camoufler le soutien objectif du IIIe Congrès aux thèses du XXe Congrès du PCUS, la réédition est obligée de supprimer les deux paragraphes publiés ci-dessous :

     » Pour passer au socialisme, le recours ou non à la violence et à la guerre civile ne dépend pas tant du prolétariat que de la bourgeoisie, Pour le passage au socialisme, les partis communistes et ouvriers auront toujours en vue les enseignements de Lénine, qui souligne que « pour toutes les formes de transition au socialisme, la direction politique de la classe ouvrière, avec en tête son avant-garde, est une condition indispensable, la condition majeure. Sinon, il est impossible de passer au socialisme « .

     » Ces thèses qui enrichissent le marxisme-léninisme ouvrent devant la classe ouvrière et les masses travailleuses des pays capitalistes: coloniaux et semi-coloniaux, des perspectives éclatantes pour réaliser l’unité de la classe ouvrière, à laquelle incombe la tâche de rassembler sous sa direction la paysannerie travailleuse, les intellectuels et tous les homme honnêtes, pour opérer les transformations radicales dans la voie vers le socialisme, vers la conquête du pouvoir et l’effondrement des forces réactionnaires capitalistes qui dominent à l’heure actuelle les peuples de ces pays.

    C’est précisément pour tout cela que le XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique a suscité un enthousiasme indescriptible dans le monde entier précisément pour cette raison que les documents du XXe Congrès sont étudiés avec le plus grand soin et sont devenus le phare éclairant tous les hommes d’action et de bonne volonté qui luttent pour la paix et pour une vie meilleure « . (texte original)

        Et ce ne sont pas les seuls passages qui glorifient le XXe Congrès. Il y en a d’autres.
        Mais ceux-ci ont une signification politique nullement ambiguë.

    le parti du travail d’albanie et la yougoslavie

    Dans la préface au Tome II, il est écrit :

     » En un temps où sous l’influence du PCUS la plupart des partis communistes et ouvriers avaient cessé leur lutte contre le révisionnisme yougoslave, le PTA continuait sa lutte sans répit et avec la plus grande âpreté, non seulement parce que ce courant était l’ennemi du marxisme-léninisme et constituait un danger pour l’ensemble du Mouvement communiste et ouvrier international, mais aussi parce que son propre combat contre ce courant contribuait puissamment à la lutte contre toute forme de révisionnisme, surtout contre les thèses antimarxistes du XXe Congrès du PCUS « .

    Or, là encore, il faut un escamotage malhonnête dans la réédition de 1975 pour pouvoir établir le caractère  » sans répit  » et la  » plus grande âpreté  » de la lutte antititiste du PTA. Qu’indique le Tome II quant aux relations albano-yougoslaves à cette période ?

     » Nos relations amicales avec les peuples frères de Yougoslavie sont entrées dans la voie normale et elles se renforcent de jour en jour… Nous avons conclu et mis en oeuvre avec la RPFY plusieurs accords dans l’intérêts commun et établi avec elle des relations commerciales et culturelles.  » (texte du Tome Il) 

    Autrement dit, l’édition de 1975 laisse entendre qu’il s’agit là uniquement de relations d’Etat à Etat, alors que la lutte antititiste se développe avec âpreté et sans répit. Telle n’est pas la vérité cependant. Les pages 35, 36 et 37 de l’édition originale de 1956, pudiquement remplacées en 1975 par des points de suspension, méritent d’être lues avec attention. Les voici :

     » Le peuple albanais et le Parti du travail d’Albanie ont salué avec enthousiasme et ont pleinement approuvé la déclaration de Belgrade signée entre les dirigeants de l’Etat soviétique et de l’Etat yougoslave au mois de juin 1955 et se sont beaucoup réjouis de la normalisation des relations entre l’Union soviétique et la Yougoslavie. La même voie de normalisation et d’amélioration ont suivie aussi les relations de notre peuple et des peuples des autres pays de démocratie populaire avec les peuples de Yougoslavie.

    C’était là un grand succès pour nos pays et un échec pour les plans de l’impérialisme et de son agent Béria qui avait monté la grande provocation diabolique, laquelle a causé le désaccord amer entre nos pays et la Yougoslavie.

          (…)
        Ces points de suspension correspondent à des passages publiés dans le Tome II des OEuvres choisies, page 523.

     » La déclaration de Belgrade a été également un tournant radical pour les relations de notre Etat avec la Yougoslavie. Les relations entre le Parti communiste albanais et le Parti communiste yougoslave, comme on sait, ont été cordiales dès avant la libération. Après la libération se sont établies entre nos Etats des relations plus larges.

    Durant cette période dans ces relations se sont vérifiées des erreurs et des déformations de principe qui devaient être corrigée par la voie normale ; mais, malheureusement, elles n’ont pas été corrigées. Il faut souligner que, malgré tout cela, notre Parti, non seulement n’a pas mis en doute l’amitié avec la Yougoslavie, mais il a fait tous les efforts jusqu’au dernier moment pour que l’amitié et les relations établies ne fussent atteintes.

     » Notre Parti s’est solidarisé avec les résolutions du Bureau d’information. Nous avons reconnu et nous reconnaissons que nous avons été trompés, comme ont été trompés les autres partis communistes et ouvriers, par la provocation ourdie contre la Yougoslavie par le vil agent de l’impérialisme, Béria.

    Dans les circonstances difficiles ainsi créées, nous avons, de notre part, lié toutes les questions ensemble : les fautes et les différends qui existaient entre le Parti communiste albanais et le Parti communiste yougoslave, ainsi qu’entre nos deux Etats, les délits et les crimes de Kotchi Dzodzé commis contre le Parti et l’Etat, pour lesquels il a été condamné comme il le méritait, ainsi que la grande provocation montée par l’agent Béria.

     » Dans ces circonstances-là, il était difficile pour nous de ne pas lier ensemble ces trois questions, au lieu de les apprécier, comme il fallait, séparément. C’est là une erreur de notre part.

    Plus tard, la logique de la lutte qui nous opposait l’un contre l’autre nous a amenés à des erreurs consistant à nous servir d’accusations infondées, montées par l’agent Béria contre le Parti communiste yougoslave et l’Etat yougoslave, à accuser la Yougoslavie comme un pays ennemi et comme un instrument de l’impérialisme, le Parti communiste yougoslave comme un parti fasciste et les dirigeants yougoslaves comme des antimarxistes, etc. Ces accusations étaient injustes; nous avons de notre part eu tort dans ces questions.

    Maintenant, tout est clair, notre Parti a reconnu les erreurs qui le concernent parce qu’il les a analysées objectivement et il est résolu à ce que le passé amer soit enterré et il n’existe plus aucun obstacle pour le renforcement de l’amitié sincère entre nos deux Etats et nos deux partis. Nous sommes sûrs qu’une telle amitié dans l’esprit du marxisme-léninisme et sur la base de la déclaration de Belgrade s’élargira et se renforcera continuellement.

    Nous sommes unis par la lutte héroïque de libération que nous avons faite ensemble, nous sommes unis par les idées immortelles du marxisme-léninisme qui inspirent nos partis, nous sommes unis par la lutte commune contre les convoitises de l’impérialistes et des ennemis de nos peuples qui tentent de semer la discorde entre nous et de nous diviser.

    Avec la République populaire fédérale de Yougoslavie, nous avons conclu et mis en oeuvre plusieurs accords dans l’intérêt commun (souligné par nous -NDLR). Nous avons établi des relations commerciales et nous ferons tout notre possible pour les élargir chaque année.

    De concert avec les Yougoslaves, nous avons décidé d’étudier les possibilités de la construction de certaines oeuvres de grande importance économique pour nos deux pays. Dans notre pays sont venus des artistes yougoslaves. Nous enverrons en Yougoslavie les nôtres.

    Nous attendons avec plaisir que les frères yougoslaves viennent visiter notre patrie, que des troupes de théâtre, des groupes de sportifs, des touristes viennent chez nous. Nous aussi, nous enverrons en Yougoslavie les nôtres.

    Nous voudrions et demandons de projeter sur les écrans de notre pays des films yougoslaves, d’échanger de la littérature, etc. Tout sera fait de notre part, dans ce sens et nous sommes persuadés que la même volonté existe aussi chez les camarades yougoslaves pour renforcer notre amitié dans l’esprit nouveau de l’intérêt commun et de la non-ingérence dans les affaires intérieures « .
    (texte original)

    Ce long passage escamoté contredit l’affirmation de la préface de 1975 concernant la lutte  » sans répit « ,  » avec la plus grande âpreté  » : des relations de parti à parti fraternelles ont été établies quelques mois. En novembre de la même année, le PTA reprend l’attaque contre Tito en raison de son attitude à propos des événements de Hongrie et de Pologne.

    Mais pourquoi cacher la vérité ? Pourquoi escamoter l’attitude réellement adoptée au IIIe Congrès ?

    le pta et la question de staline

    Dans le Tome II, la publication du Rapport du IIIe Congrès remanie à volonté tous les passages traitant de cette question. Dans l’original, cette question est traitée dans le Chapitre III, sous-chapitres 6 et 7. Dans la réédition, il n’y a plus que le sous-chapitre 6, habile compilation des 6-7 originaux. Nous ne publions ici que les passages omis concernant la question de Staline. Nos points de suspension signalent des passages cités dans le Tome II, pages 627 et suivantes.

    Au début de l’année 1957, dans un texte intitulé Sur la situation internationale, Enver Hoxha refait ensuite volte-face sur la question de Staline, affirmant que:

     » Sur les questions essentielles, dans la défense des intérêts de la classe ouvrière et dans le combat pour la théorie marxiste-léniniste, dans la bataille contre l’impérialisme et les autres ennemis du socialisme, il ne s’est jamais trompé. Il était et demeure un exemple « .

    Ce n’est pas du tout le point de vue développé en mai 1956. Qu’on en juge:

    – Le culte de la personnalité et ses conséquences nuisibles et autres questions.

     » Le XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique a fait une profonde analyse marxiste-léniniste du rôle décisif joué dans l’édification du socialisme et du communisme par les masses populaires, dirigées par le Parti communiste, et du grand dommage causé par le culte de la personnalité, étranger au marxisme-léninisme. La Résolution du XXe Congrès , dit:

     » Le Congrès estime que le Comité central a eu parfaitement raison de se lever contre le culte de la personnalité dont l’extension amoindrissait le rôle du Parti et des masses populaires, rabaissait le rôle de la direction collective dans le Parti et entraînait souvent de graves défauts dans le travail « .
    (…)

     » Le culte de la personnalité signifie l’exaltation exagérée des individus, l’attribution de caractéristiques et de qualités surnaturelles à ceux-ci, leur transformation en êtres qui font des merveilles et, enfin, l’agenouillement devant eux. Ces conceptions non justes et non marxistes sur l’individu, étrangères et nuisibles à l’esprit du marxisme-léninisme, ont été développées et cultivées pendant une très longue période à l’égard du camarade Staline.

     » Il n’y a pas de doute que le camarade Staline a de grands mérites devant le Parti communiste de l’Union soviétique, devant la classe ouvrière de l’Union soviétique et le mouvement ouvrier international. Il est évident qu’il a joué un rôle connu dans la préparation et le développement de la révolution socialiste. dans la Guerre civile et dans la lutte pour l’édification du socialisme.

    En commun avec les autres membres du Comité central, il a lutté contre les déformateurs et les ennemis du léninisme. Dans les conditions où le peuple soviétique, guidé par le parti communiste, remportait avec succès de grandes victoires dans la lutte pour l’industrialisation socialiste du pays, pour la collectivisation de l’agriculture, pour l’accomplissement de la révolution culturelle, victoires qui ont été remportées dans une lutte sans relâche contre les ennemis du léninisme, les trotskystes, les boukharinistes, les opportunistes de droite, les nationalistes bourgeois, a été rendue possible la propagation, parmi les larges masses du peuple, du nom et de la valeur de J.V. Staline qui tenait l’important poste de secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique.

     » Pendant ce temps, lorsque J.V. Staline a acquis de la popularité, de la sympathie et de l’appui dans le parti et chez le peuple, dans sa personne, dons la pratique de son travail se sont manifestées graduellement de telles caractéristiques et dispositions qui se sont développées d’une manière difforme, en devenant le culte de la personnalité.

     » Les grands succès historiques de portée mondiale remportés par le peuple soviétique dans l’édification du socialisme, dans la victorieuse guerre patriotique, dans le raffermissement du système social et étatique soviétique et dans l’accroissement du prestige international de l’Union soviétique, toutes ces éclatantes victoires du peuple soviétique, sous la direction du parti communiste n’ont pas été soumis à une juste interprétation marxiste-léniniste mais ont été injustement attribués aux mérites d’une seule personne, à Staline, et ont été tous expliqués par ses mérites à lui.

    La grande erreur de J.V. Staline réside en ce que, non seulement il a admis les louanges et les flatteries à son adresse, mais il a, de sa part, soutenu et encouragé ces points de vue antimarxistes.

     » Le culte de la personnalité et la pratique de direction créés par J.V. Staline ont marqué la violation ouverte et difforme des principes léninistes de la direction collective dans le Parti, ont marqué la violation des normes léninistes du parti.

    Le mépris de J.V. Staline pour les normes de la vie du parti, la solution des problèmes d’une manière individuelle de sa part, le mépris envers l’opinion du parti, en prenant même des mesures sévères contre ceux qui exprimaient des opinions contraires aux siennes, ne pouvaient pas manquer de causer et ont causé de grands préjudices, en donnant lieu à de graves altérations des règles léninistes dans la vie du parti et à la violation de la légalité révolutionnaire.

     » Le culte de la personnalité et le mépris, à l’égard des critiques et des conseils, formulés à juste litre par les membres du Bureau politique du Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique, ainsi qu’à l’égard des normes du parti, ont conduit le camarade Staline à des erreurs ; il n’a pas montré la vigilance nécessaire à la veille de la guerre patriotique contre le nazisme allemand ; il n’a pas consacré l’attention voulue au développement ultérieur de l’agriculture socialiste et au bien-être matériel des kolkhoziens; il a soutenu et incité dans une ligne erronée l’affaire yougoslave, etc. Dans de pareilles circonstances, le camarade Staline s’est montré unilatéral dans ses idées et s’est détaché des masses.

     » Le culte de la personnalité et la violation des normes de la vie du parti ont servi comme le terrain le plus favorable dont ont tiré avantage les ennemis du parti et de l’Etat soviétique, tel que l’agent de l’impérialisme, Béria, qui pendant longtemps a agi, sous masque, au détriment du parti et de l’Etat socialiste.

     » Le Parti communiste de l’Union soviétique et son Comité central léniniste ont pris des mesures décisives pour le rétablissement des normes léninistes dans le parti, pour le rétablissement du principe de la direction collective dans tous les maillons du parti, de haut en bas, pour le développement de l’autocritique et de la critique, pour la discussion et la solution collectives des questions les plus importantes.

    Les mesures prises par le Comité central du Parti communiste de l’Union soviétique et le XXe Congrès pour rétablir et développer davantage les principes démocratiques de la vie et de l’activité du parti, les mesures prises contre la gestion par les méthodes bureaucratiques, contre la dissimulation des défauts, le maquillage de la réalité, la satisfaction béate, l’indifférentisme, ainsi que les mesures prises pour développer la critique et l’autocritique concrètes, de principe, sont en train d’assurer une activité plus grande de la part des travailleurs et des communistes en développant l’immense énergie créatrice des hommes soviétiques.

     » Les succès historiques du peuple soviétique sont une preuve éclatante et convaincante du caractère juste de la politique du Parti communiste de l’Union soviétique. Le fait que le Parti communiste de l’Union soviétique a mené une politique résolue contre les défauts dans le travail du parti et du gouvernement, dans l’édification économique, pour éliminer les conséquences du culte de la personnalité est une autre preuve de la grande puissance du parti et de sa grande fidélité à l’égard du léninisme. (Applaudissements).

    C’est seulement sur le libre développement de ces survivances petites-bourgeoises au sein de nos partis communistes et ouvriers que les impérialistes peuvent trouver appui pour affaiblir les partis communistes et les Etats socialistes.

    « Le Parti du travail d’Albanie et le peuple albanais tout entier ont pleinement approuvé les décisions historiques et justes du XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique et considèrent ces décisions non seulement comme une victoire éclatante du parti communiste et du peuple soviétique, mais aussi comme une grande victoire du Parti du travail et du peuple albanais. (Applaudissements).

     » Notre parti et notre peuple approuvent la lutte hardie et de principe menée contre le culte de la personnalité. Le culte de la personnalité à l’égard du camarade Staline a eu aussi des manifestations très accentuées dans notre parti et notre pays.

    Notre peuple et notre parti ont souligné et souligneront, à juste titre, que l’Union soviétique et le glorieux parti communiste, fondés par le grand Lénine, sont les facteurs décisifs de la libération, à jamais, de notre peuple, et c’est pour cette raison que l’amour de notre parti et de notre peuple à leur égard sera indestructible et éternel. (Applaudissements prolongés.Ovations. Les délégués se lèvent debout).

    Mais maintenant nous comprenons bien le rôle et la place qui doivent revenir au camarade Staline dans l’édification du socialisme et du communisme en Union soviétique et dans l’aide et le rôle qu’il a joué pour la libération de notre pays.

    La juste compréhension marxiste-léniniste de cet important problème de principe nous a été rendue claire par le XXe Congrès du Parti communiste de l’Union soviétique  » (texte original)

    Cette étude comparée des deux versions du rapport au IIe Congrès du PTA appelle plusieurs remarques :

    – D’abord, elle permet d’établir les faits. Lors de son IIIe Congrès, en mai 1956, le PTA a épousé assez étroitement les thèses khrouchtchéviennes. Il ne s’agit pas d’une simple tactique destinée à mener la bataille dans de meilleures conditions ultérieurement. Il s’agit bien d’une adhésion politique claire, voire d’une glorification des thèses du XXe Congrès du PCUS.

    Le Rapport du IIIe Congrès du PTA exprime une appréciation principalement négative de Staline ; il déclare que les guerres sont évitables, soutient les thèses du XXe Congrès quant au passage pacifique et à la coexistence pacifique : à cette époque, le PTA a interrompu sa polémique contre la Yougoslavie.

    En conséquence, les thèses albanaises hautement claironnées selon lesquelles le PTA a mené le premier la bataille anti-khrouchtchévienne, leurs affirmations d’une lutte sans répit contre Tito, tombent d’elles-mêmes, à une simple lecture du texte original de 1956 !

    – Dans son Histoire de 1971 et dans la réédition de 1975, le PTA a falsifié la vérité. Procédant par coupures, escamotages et remaniements, il s’efforce de donner au IIIe Congrès un visage contraire à la réalité des faits. Le PTA veut accréditer le mensonge selon lequel le IIIe congrès aurait participé à la bataille contre le révisionnisme moderne.

    Cette pratique révèle une attitude idéologique contraire à la conception du monde des communistes qui recherchent la vérité dans les faits et pratiquent la critique et l’autocritique. Le mensonge et la falsification sont étrangers au marxisme-léninisme.

    – Reconnaître que la lutte du PTA contre le khrouchtchévisme débuta après le IIIe Congrès du PTA n’est nullement une infamie.

    La prise de conscience du révisionnisme moderne fut pour les partis et les militants communistes un processus long et complexe qui aboutit à une bataille difficile. Le PTA y a tenu une place, et cela est bien ainsi. Vouloir à toute force se construire une image de marque de  » parti qui n’a jamais fait d’erreurs « , qui ne se trompe jamais, qui est le premier partout… est également étranger au marxisme. Le PTA pèche par orgueil et par suffisance.

    Assurément, de telles pratiques idéologiques font perdre beaucoup de crédibilité au PTA aujourd’hui. Comment le croire sur n’importe quelle question s’il est prouvé qu’il recourt sans vergogne à la falsification et au mensonge pour étayer  » ses thèses  » ?

    Ces manipulations malhonnêtes, ces prétentions à la grandeur et à l’infaillibilité jettent le discrédit sur la véracité de tous ses écrits et déclarations actuels. Qu’il ne s’en prenne qu’à lui-même d’un telle situation.

    =>Retour au dossier PCMLF, PCR(ml), VLR, UCF-ML,
    Nouvelle Cause du Peuple, NAPAP, Action Directe

  • Le révisionnisme (1979)

    [Publié dans un supplément à Front Rouge, février 1979.]

    La première manifestation historique du révisionnisme

    « A partir du moment où, il y a près d’un siècle, le marxisme s’est affirmé, dans le mouvement ouvrier comme la seule théorie capable de guider la classe ouvrière dans son émancipation, la principale manifestation de l’influence de la bourgeoisie sur le prolétariat a pris la forme du révisionnisme »  (Programme FR n°4 p 99)

    Lénine, avant la 1ère guerre mondiale, indique que parmi les doctrines rattachées à la lutte de la classe ouvrière, et répandues principalement dans le prolétariat, le marxisme est loin d’avoir d’emblée affermi sa position. 

    Il distingue plusieurs phases au cours desquelles le marxisme eut à combattre des théories qui lui étaient foncièrement hostiles.

    -1840.1845 : Marx et Engels règlent leur compte aux jeunes hégéliens radicaux, qui s’en tiennent à l’idéalisme en matière de philosophie

    -1845.1860 : la lutte est menée dans le domaine des doctrines économiques, contre le proudhonisme

     -1860.1870 : après avoir achevé la critique des partis et des doctrines qui s’étaient manifestés dans les bouleversements de 1848, la lutte se situe plus directement au sein du mouvement ouvrier proprement dit: le bakouninisme (libertaire) est chassé de l’Internationale (crée en 1864).

    C’est vers 1890 que le marxisme l’emporte indéniablement sur toutes les autres idéologies du mouvement ouvrier. Cela se manifeste par le fait que les principaux partis ouvriers qui se sont constitués et développés -non seulement en Allemagne, mais aussi dans les pays latins- définissent leur programme et leur tactique sur la base marxiste.

    Mais c’est aussi à partir des années 1890,une fois que le marxisme eut supplanté les théories adverses, qu’apparut une nouvelle forme de lutte contre le marxisme: c’est à l’intérieur même du marxisme que se constitue un courant hostile au marxisme.

    Le représentant le plus en vue issu de la social-démocratie allemande, en fut d’abord Bernstein :
    il entendait rectifier, réviser Marx sur une série de points. D’où le nom de révisionnisme donné à ce courant.

    Le propre du révisionnisme, c’est donc de se battre non plus frontalement contre le marxisme comme les doctrines qui avaient été précédemment supplantées dans le mouvement ouvrier, mais de se battre contre le marxisme, sur le terrain général du marxisme, en se réclamant de lui et en prétendant l’adapter, le corriger etc…

    En tant que courant s’attaquant au marxisme sous couvert de le corriger, de l’adapter, le révisionnisme dès sa première apparition, s’en prend à tous les aspects de la théorie marxiste :

    -en matière de philosophie: remise en cause du matérialisme philosophique ; avilissement de la dialectique et glissement vers l’évolutionnisme.

    -en matière d’économie politique: mise en doute du processus de concentration de la production propre au capitalisme; mise en doute du caractère inévitable des crises économiques et de la théorie de la valeur.

    -en matière politique: la liberté politique, la démocratie, le suffrage universel bouleverseraient les conditions mêmes de la lutte des classes. On ne saurait, puisque c’est la « volonté de la majorité » qui prévaut, ni envisager l’Etat comme un organisme de domination de classe, ni refuser les alliances avec la bourgeoisie progressiste, social-réformatrice, contre les réactionnaires.

    Ce courant, bourgeois dans son essence, va l’emporter dans la plus grande partie des partis sociaux-démocrates, (le parti bolchévik de Lénine constituant la principale exception) et, au moment du déclenchement de la 1ère guerre mondiale, la plupart des chefs sociaux-démocrates se rallient à leur propre bourgeoisie, la soutiennent, y compris en participant au gouvernement, dans la guerre impérialiste pour le repartage du monde.

    De même, après la Révolution d’Octobre 1917 en Russie, beaucoup de ces chefs prendront en définitive partie contre la République des Soviets, contre la dictature du prolétariat.

    Ainsi, au moment où le courant révisionniste parait le plus fort et prédominant dans les partis ouvriers, il a atteint de fait un tel degré de pourrissement que la guerre va brutalement, largement révéler sa nature bourgeoise : opposition à la révolution violente, opposition à l’instauration de la dictature du prolétariat, soumission aux intérêts de sa propre bourgeoisie impérialiste.

    Il ne pourra empêcher que, au sortir de la guerre, la volonté de lutte, les mouvements révolutionnaires des masses, la solidarité de classe avec le pouvoir des Soviets prennent corps dans la constitution de partis communistes.

    Lénine analysait le révisionnisme comme le produit de toute une époque de développement « pacifique » du capitalisme.

    Durant cette époque, la classe ouvrière s’est assimilé et approprié des moyens de lutte importants comme l’utilisation du parlementarisme et de toutes les possibilités légales, la création d’organisations économiques et politiques de masse, d’une presse ouvrière largement diffusée etc…

    Mais en même temps que la bourgeoisie devait faire ces concessions au mouvement ouvrier, elle s’efforçait de les retourner contre lui, de s’en servir pour y engendrer la tendance à nier la lutte des classes, à prôner la paix sociale, à nier le principe des organisations illégales, à admettre le patriotisme bourgeois. La politique de réforme, menée en alternance avec la politique d’intransigeance et de violence, tend à diviser le mouvement ouvrier, à renforcer le révisionnisme.

    Or cette période est aussi celle où le capitalisme parvient dans les pays européens à son stade monopoliste, se transforme en impérialisme. Les bourgeoisies, en prélevant une petite part des surprofits qu’elles réalisent par l’exploitation coloniale, disposent de puissants moyens de corruption pour constituer un appui social du révisionnisme.

    « Il a été calculé avant la guerre que les trois pays les plus riches -l’Angleterre, la France et l’Allemagne- obtenaient, en dehors de leurs autres revenus, par la seule exportation de leurs capitaux, de huit à dix milliards de francs par an.

    Il va sans dire que de cette somme coquette il est possible de prélever au moins un demi-milliard à lancer comme un os à ronger aux leaders ouvriers, à l’aristocratie ouvrière, en vue de les corrompre de différentes manières. Le tout revient précisément à de la corruption. Ceci se fait de mille manières différentes: en élevant la culture dans les grands centres, en créant des institutions d’enseignements, en créant des milliers d’emplois agréables pour les dirigeants des sociétés coopératives, pour les chefs des trade-unions et les chefs parlementaires. Ceci se pratique là où existent des rapports modernes, civilisés, capitalistes. Et ces milliards de superprofits sont la base économique sur laquelle s’appuie l’opportunisme au sein du mouvement ouvrier »
    (Lénine: Rapport sur la Situation internationale et les tâches fondamentales de l’ Internationale Communiste -juillet 1920)

    Ainsi, le révisionnisme tel que le caractérise Lénine à ce moment là est le reflet de l’influence bourgeoise sur le mouvement ouvrier.

    1) Parce que le mouvement ouvrier a connu une croissance rapide durant ces années, que le marxisme y est devenu l’idéologie prépondérante, la bourgeoisie d’Europe et d’Amérique, plutôt que d’attaquer de front toutes les thèses fondamentales du socialisme, de prôner le libéralisme contre le socialisme, préfère prêcher le réformisme contre la révolution socialiste.

    2) Parce que le capitalisme s’est transformé en impérialisme, la bourgeoisie d’Europe et d’Amérique dispose de moyens de corruption pour constituer une aristocratie ouvrière servant d’appui social à sa politique de collaboration de classe au sein de la classe ouvrière,

    3) « Le caractère relativement « pacifique » du capitalisme de la période 1871.1914 a nourri l’opportunisme, état d’esprit d’abord, tendance ensuite, et enfin groupé en couche formée par la bureaucratie ouvrière et les compagnons de route petits-bourgeois  » .
    (Lénine. l’opportunisme et la faillite de la Ilè Internationale).

    D’une part, en tant que reflet de l’influence de la bourgeoisie sur le prolétariat, le révisionnisme est inévitable. Il a des racines de classe dans les transformations mêmes de la société opérées par l’impérialisme.

    Mais d’autre part, il est aussi le signe d’une certaine fragilité de la domination de la bourgeoisie sur le prolétariat: les éléments révisionnistes « ne pouvaient se soumettre le mouvement ouvrier qu’en reconnaissant en paroles les objectifs révolutionnaires et la tactique révolutionnaire. Ils ne pouvaient gagner la confiance des masses qu’en jurant que tout le travail « pacifique » n’était qu’une préparation à la révolution prolétarienne. Cette contra- diction était l’abcès qui devait un jour percé et qui a percé ».
    Lénine -L’opportunisme et la faillite de la Ilè Internationale (1916) 

    LECTURES PROPOSÉES

    -Lénine « Marxisme et Révisionnisme » ( 1908) se trouve dans les éditions choisies en trois tomes (Moscou).

    -Lénine « Les divergences dans le mouvement ouvrier européen » (déc. 1910).

    -Lénine « La faillite de la 11° Internationale » 1915 notamment chapitres VII à IX. 

    L’apparition du révisionnisme moderne  après la deuxième guerre mondiale

    Le courant révisionniste, prédominant dans les partis ouvriers sociaux démocrates avant la guerre, s’est dans une large mesure déconsidéré: il a soutenu sa propre bourgeoisie dans sa guerre de rapine, il a trahi tous ses engagements de luttes contre la guerre, il se refuse en général à soutenir la révolution soviétique, quand il ne la dénigre pas, il participe directement au gouvernement et à la répression sanglante des mouvements révolutionnaires (en Allemagne, après la fin de la guerre). De la sorte il se coupe nettement de la volonté de lutte, des aspirations à la Révolution et du mouvement de solidarité avec les Soviets qui se manifestent, au sortir de la guerre, dans de larges franges de la classe ouvrière.

    Il divise le mouvement ouvrier en se regroupant pour l’essentiel dans une IIè Internationale maintenue les partis qui font ainsi scission (en France la SFIO de Blum) et à qui sera désormais réservé le nom de social-démocratie, vont abandonner plus ou moins rapidement leurs références marxistes et pratiquer plus ouvertement, en général, une politique réformiste et de collaboration de classe.
    Les partis communistes qui se forment alors dans les différents pays marquent une victoire sur le révisionnisme.

    Ils adoptent, au moins en principe, clairement l’objectif de la révolution prolétarienne, de la dictature du prolétariat; ils combattent dans une large mesure le chauvinisme, le colonialisme et développent la solidarité avec les peuples et nations opprimés; ils s’efforcent d’appliquer le centralisme démocratique pour assurer la cohésion et renforcer la capacité offensive du Parti; ils donnent le plus souvent une orientation combative aux organisations de masse où ils s’investissent ou bien qu’ils créent; ils organisent une solidarité de classe active avec le premier Etat socialiste, contre les attaques de l’impérialisme et de la réaction.

    Ces partis réunis dans la IIIè Internationale Communiste (fondée en 1919 et dissoute en 1943) ont, sur ces bases, incarné nettement la volonté révolutionnaire du prolétariat, dirigé et impulsé notamment sa lutte contre le fascisme y compris sa lutte armée dans le cours de la guerre antifasciste.

    L’apparition du révisionnisme moderne, après le seconde guerre mondiale, se situe donc sur un terrain bien différent de celle du révisionnisme de la IIè Internationale:

    -d’une part, il provient du processus de dégénérescence de partis qui, comme le PCF, avaient effectivement regroupé dans leurs rangs l’essentiel des ouvriers révolutionnaires, s’étaient efforcés de se transformer en partis communistes léninistes, avaient mené des actions de masse justes et organisé la lutte de résistance contre le nazisme.

    -d’autre part, étant donné les liens étroits entre ces partis et le rôle très important d’exemple joué par l’Union Soviétique, la dégénérescence propre du PCUS dans les années 50, sa transformation en parti révisionniste pèse lourd pour rendre irréversible la dégénérescence des autres partis. Le révisionnisme moderne qui, en 1963, provoque la scission au sein du mouvement communiste internationale se trouve ainsi avoir une sorte de centre :
    le PCUS, en dégénérant en parti révisionniste, en restaurant le capitalisme en URSS, se trouve ainsi à la tête d’un Etat puissant.

     Nous examinerons plus en détail :
    -d’une part quelques éléments qui permettent d’éclairer le processus de dégénérescence du PCF en parti révisionniste
    -d’autre part, les bases politiques sur lesquelles les révisionnistes modernes, avec le PCUS pour chef de file provoquent la scission du mouvement communiste international en 1963.          

    ÉLÉMENTS SUR L’HISTOIRE DU PCF ET LES SOURCES DU RÉVISIONNISME MODERNE EN FRANCE

    La transformation du PCF en parti bourgeois, révisionniste à la fin, des années 50 est le résultat d’une évolution historique.

    Elle s’opère dans un parti qui.. dès 1944-1945, s’est donné une ligne de caractère révisionniste et qui, antérieurement, ne s’était point montré capable, quoique menant un certain nombre d’actions révolutionnaires, de s’édifier en véritable parti communiste.

    – LES CONDITIONS DE CRÉATION DU PCF

    Le PCF est né, en décembre 1920 au congrès de Tours, de la rupture avec le réformisme et le social-chauvinisme qui avait conduit l’ancien Parti Socialiste à collaborer ouvertement à l’effort de guerre de la bourgeoisie impérialiste française. Le Parti Socialiste français était assurément un des membres les plus dégénérés de la IIè Internationale.

    Aussi, lorsqu’on examine le processus de différenciation qui se produira, à partir de 1915, au sein du Parti Socialiste (et de la CGT}, on ne peut perdre de vue ces deux caractéristiques essentielles du mouvement ouvrier d’avant-guerre :

    -La domination sur une période relativement longue du réformisme (et de l’anarcho-syndicalisme).

    -Le passage à la bourgeoisie de tous les « chefs » socialistes (et nombre de ceux de la CGT).

    Elles contribueront de faire du PCF à sa naissance quelque chose de bien différent non seulement du Parti Bolchevik (car ce dernier s’est formé, depuis la fin du XIXe siècle par une lutte intransigeante, animée par Lénine, contre toutes les déformations du marxisme et pour le développement créateur, c’est-à-dire révolutionnaire du marxisme), mais aussi par exemple du Mouvement Révolutionnaire Allemand.

    En Allemagne, si la social-démocratie, elle aussi, avait complètement dégénéré en tant que telle, elle avait en son sein des dirigeants comme Bebel, Liebknecht, Rosa Luxembourg qui avaient mené la lutte pour le maintien de la voie révolutionnaire contre le réformisme et qui, dès le premier jour du déclenchement de la guerre impérialiste, avaient appelé le prolétariat à transformer la guerre impérialiste en guerre civile révolutionnaire.

    Le ralliement de toute la direction du PS (et de la CGT) à l’ »union sacrée » désarme complètement le prolétariat. Néanmoins, les premières oppositions à l’intérieur de la CGT puis du PS, commencent à se manifester dès 1915.

    Cette opposition est animée par des ouvriers ou des militants du rang. D’abord nécessairement inconséquente, de caractère pacifiste, elle évolue vers des positions plus révolutionnaires. En 1919, avec le « Comité pour l’Adhésion à la IIIè Internationale » elle contribue largement à regrouper au sein du Parti Socialiste et de la CGT les éléments révolutionnaires.

    Mais elle manque d’expérience et d’unification au sein des dirigeants et est confrontée à un large courant centriste, majoritaire dès 1918, au sein du PS dont les dirigeants n’acceptent que contraints et forcés de quitter la IIè Internationale (début 1920).

    Après avoir recommandé une attitude très ferme, à l’égard des centristes, l’Internationale sembla envisager en 1920 une ligne de démarcation plus large à l’intérieur même du courant centriste. Sans doute parce qu’elle croyait la révolution proche en Europe de l’Ouest et ressentait donc la nécessité de partis communistes suffisamment forts y compris numériquement.

    Toutefois en fixant 21 conditions pour l’adhésion du PS, la IIIè Internationale délimite un cadre politique déterminé pour le futur parti communiste (propagande pour la dictature du prolétariat, travail anticolonialiste et antimilitariste, soutien à la Révolution d’Octobre, démarcation de classe avec le réformisme et le social-chauvinisme) mais elle prévoit aussi une série de dispositions relatives aux organismes dirigeants; au groupe parlementaire, à la presse etc, en vue d’épurer les éléments sociaux-chauvins.

    Au Congrès de Tours (décembre 1920), le courant centriste va ainsi se diviser :
    -Une partie refusera les conditions d’adhésion, pensant qu’il serait impossible d’infléchir de l’intérieur le nouveau parti communiste. Elle suivra Blum dans la scission.
    -Une autre partie du courant centriste acceptera les 21 conditions, avec pour certains des « chefs » socialistes qui animent ce courant l’idée qu’il sera possible, progressivement. d’infléchir la ligne et l’action du futur parti.

    Le ralliement d’une partie du courant centriste qui gardera d’ailleurs la direction du nouveau parti à ses débuts, est une caractéristique qui jouera un rôle important dans l’évolution du parti.

    -LES PREMIÈRES ANNÉES DU PCF ET LA DIFFICULTÉ A S’ÉDIFIER EN VÉRITABLE PARTI COMMUNISTE

    Compte-tenu des circonstances qui ont marqué sa formation, les caractéristiques du PCF dans ses premières années sont contradictoires :

    -D’une part, après avoir éliminé dans les années 22-23 une série d’éléments arrivistes, sociaux-démocrates, pacifistes, etc. il tente, sous l’impulsion de la IIIe Internationale de s’affirmer comme Parti Révolutionnaire de la classe ouvrière, reflétant et représentant un certain nombre d’aspirations révolutionnaires des masses.

    Il est indéniable que le PCF regroupe tous les travailleurs qui veulent faire la révolution, qui veulent suivre la voie ouverte par les bolcheviks russes. Le PCF draine à lui les meilleurs éléments de l’ancien courant anarcho-syndicaliste, tels que, par exemple, Gaston Monmousseau. Il mène toute une série d’actions et de campagnes politiques qui tranchent aussi avec l’ancienne politique social-démocrate réformiste et chauvine: mobilisation, en rapport avec le Parti Communiste Allemand, contre l’occupation de la Ruhr; mobilisation contre la guerre du Rif; campagne contre le « bloc de gauche » de 24 etc.

    Il cherche à modifier ses structures héritées de la vieille social-démocratie pour mener un travail révolutionnaire dans les entreprises.
    -Mais l’action révolutionnaire du PCF se heurte à une double limite :

    >>Toutes les actions engagées, pour positives qu’elles soient, ne s’accompagnent pas d’une unification en profondeur sur le plan idéologique et politique. Certes, certaines questions (la liaison parti-syndicat, le travail anti-militariste, l’attitude vis-à-vis du colonialisme…) sont abordées au fur et à mesure des campagnes à engager. Mais elles le sont d’une manière rapide et souvent superficielle. Un bilan d’ensemble du mouvement ouvrier avant 14, des différentes manifestations du réformisme et de l’anarcho-syndicalisme n’est pas réellement entrepris.

    Il n’apparaît d’ailleurs pas utile et ne se pose pas comme tâche aux dirigeants du PCF : la rupture organisationnelle avec les réformistes avérés et la possibilité de faire jouer les lois de la discipline à l’égard des directives de la IIIe Internationale semblent prémunir le PCF d’une résurgence des vieilles tares et garantir son maintien dans le droit chemin.

    De ce fait, les acquis politiques restent limités. Malgré des victoires partielles de la voie juste, les tendances réformistes et anarcho-syndicalistes sont toujours présentes et toujours prêtes à ressurgir dans des conditions propices.

    >> Elles le sont d’autant plus que ces actions révolutionnaires ne sont pas intégrées à une ligne politique construite, consciente, qui réalise la fusion du marxisme-léninisme et de la réalité concrète de la Révolution en France. Ce qui est significatif pour le PCF de cette période, c’est que cette tâche n’ait pas véritablement entreprise, et qu’il n’y a pas de réflexion véritablement propre et autonome du PCF sur les conditions et les chemins de la Révolution en France.

    Il faut à ce propos se rappeler le fonctionnement de l’Internationale d’alors :
    La IIIe Internationale était constituée comme un grand parti mondial, avec des sections dans les différents pays, sections qui devaient appliquer impérativement les directives du Comité Exécutif de l’Internationale.

    Ce qu’a essayé de faire le PCF, c’est seulement d’appliquer autant que possible ces directives sans tenter véritablement de se livrer par lui-même à une analyse marxiste de la réalité française, de construire par sa propre réflexion un point de vue sur cette réalité.

    Une telle approche du marxisme-léninisme a eu des conséquences directes qui ont affecté la vie du PCF dans ses premières années :

    En l’absence d’une ligne construite et consciente, le PCF n’a cessé d’osciller d’erreurs de droite en erreurs de « gauche », de concessions opportunistes en tentatives aventuristes, chaque fois marquées, lorsqu’elles prenaient une trop grande extension, par des rappels à l’ordre de l’Internationale. D’autre part, la vie politique interne, de même que les rapports du parti avec les masses a toujours été marquée par un assez grand sectarisme.

    On peut tirer de l’expérience des premières années du PCF que si ce parti était incontestablement un parti révolutionnaire, le parti révolutionnaire, il n’a pas su s’édifier en véritable parti communiste, noyau dirigeant de la cause du prolétariat.

    -DE L’OPPORTUNISME A UNE LIGNE RÉVISIONNISTE DÉS LA LIBÉRATION

    De ce que nous venons da voir, il s’ensuit naturellement une grande sensibilité, une grande perméabilité au réformisme; c’est-à-dire à la voie de la facilité.

    Dès 1936, confronté à un mouvement de masse d’une large ampleur. il cède à l’opportunisme et au réformisme.

    Mais c’est au lendemain de la guerre, à la libération que le PCF franchit un pas extrêmement important dans la dégénérescence en se donnant une ligne franchement révisionniste sous l’impulsion de Thorez.

    Au lendemain de la guerre, la bourgeoisie qui a collaboré en grande partie avec l’occupant nazi est largement discréditée et affaiblie, politiquement, mais aussi économiquement. Elle ne dispose plus d’un appareil d’État solide, tandis qu’une partie des masses populaires -dont une bonne partie sous la direction du PCF- se trouve armée. De plus, son appareil productif est largement endommagé et son empire colonial menacé par les luttes de libération en Indochine, à Madagascar, au Maghreb. etc.

    Dans cette situation que fallait-il faire ? Passer de la résistance à l’occupant étranger à la lutte pour le socialisme, ou alors aider à la restructuration d’une France soi-disant « républicaine », c’est-à-dire capitaliste ?

    Devant ce choix, c’est la ligne révisionniste qui s’est imposée à la direction du PCF. Capitulant devant la bourgeoisie et ses différentes forces politiques de même que devant les risques d’une intervention étrangère en cas de transformation révolutionnaire, socialiste, Thorez et la direction du PCF imposèrent leur point de vue réformiste parlementaire: aidons à « reconstruire » la France, le peuple tranchera ensuite dans le cadre des institutions qu’il se sera lui-même données: une « constitution démocratique », un parlement « représentatif de la volonté populaire », et pourra passer progressivement. s’il le désire, au socialisme. Consciente du fait qu’elle ne pourrait préserver son pouvoir et éviter la révolution qu’avec l’appui des dirigeants du PCF, la bourgeoisie leur avait concédé plusieurs postes au ministère.

    La ligne et la pratique des dirigeants révisionnistes à ce moment sont connues :

    – Désarmement des FTP et des milices patriotiques et ordre de s’intégrer à l’armée et à la police « régulières » placées en fait sous la direction de l’état-major et des officiers gaullistes.

    – Liquidation des comités de libération qui avaient pris en mains dans certaines localités les tâches d’administration, de justice, d’épuration des collabos, etc. et ordre de se plier en tout aux administrations « régulières » désignées par le pouvoir gaulliste.

    – Incitation à la « bataille pour la production ».

    – Défense de la prétendue Union française et participation à la répression des peuples coloniaux.

    Dans son interview au « Times », Thorez systématisa cette ligne révisionniste en prêchant ouvertement le passage pacifique et parlementaire au socialisme. ….. L’épisode de la libération et des premières années de l’après-guerre sont une des meilleures confirmations de cette appréciation de Lénine sur le révisionnisme :
    « La pratique a démontré que ceux qui sont actifs dans le mouvement ouvrier et qui adhèrent au courant opportuniste sont les meilleurs défenseurs de la bourgeoisie que la bourgeoisie elle-même. Sans leur direction sur les ouvriers, la bourgeoisie n’aurait pu rester au pouvoir ».

    Sans la collaboration active des dirigeants révisionnistes, jamais la bourgeoisie n’aurait pu conserver aussi facilement son pouvoir .

    A partir du moment où une ligne révisionniste a prédominé au sein de la direction du PCF, le Parti commença de subir d’importantes transformations dans sa composition, sa physionomie; des travailleurs le quittent (ou s’en trouvent exclus), notamment après la libération et lors de la guerre d’Algérie. Dans le même temps y affluent une masse d’éléments d’origine petite-bourgeoise (instituteurs, fonctionnaires d’abord) qui y accaparent souvent les postes responsables. Ceci dans la vague de l’après guerre.

    Ensuite de plus en plus, des professeurs, techniciens, ingénieurs, membres de professions libérales.

    L’existence d’une ligne révisionniste clairement affirmée de même que le changement déjà significatif de sa base de classe ne signifiait pas pour autant que la lutte entre les deux voies y ait été alors définitivement tranchée au profit de la voie bourgeoise.

    Ce n’est qu’avec la scission opérée par les révisionnistes khroutchéviens en 1963 au sein du Mouvement Communiste International que disparaît toute possibilité de combattre de l’intérieur, pour la détruire, la ligne révisionniste du PCF. C’est alors que se constituent dans notre pays les premières forces marxistes-léninistes.          

    LECTURE PROPOSÉE

    Sur l’histoire du PCF  » Octobre N°1 « 

    LA SCISSION DU REVISIONNISME MODERNE AU SEIN DU MOUVEMENT COMMUNISTE INTERNATIONAL

    Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’URSS n’était plus le seul pays socialiste. En se libérant de l’occupant nazi, avec l’aide de l’Armée soviétique souvent, des peuples des pays de l’Est avaient instauré des démocraties populaires. La République Populaire de Chine est proclamée en 1949. Dans la mesure où les partis qui jouent un rôle dirigeant dans ces pays parviennent à une unité politique de vue suffisante, ils constituent alors un vaste camp socialiste.

    Les partis communistes, partis au pouvoir ou non, manifestent alors leur appartenance au Mouvement Communiste International en participant à des Conférences qui les réunissent (1957.1960). La IIIè Internationale avait été dissoute en effet en 1943.

    C’est dans le cadre de ces conférences et de leur préparation, où il, s’agissait donc de définir la ligne générale du M.C.I., que le PCUS a avancé ses thèses révisionnistes modernes et s’est fait le chef de file de la scission, consommée en 1963, entrainant dans son sillage la plupart des partis au pouvoir dans les pays de l’Est, et de nombreux autres partis (dont le PCF).

    Quelles étaient alors les principales thèses du révisionnisme moderne, que Khroutchev entendait imposer comme ligne générale du MCI ?

    1) « LA CONTRADICTION ENTRE LE CAPITALISME ET LE SOCIALISME EST LA CONTRADICTION ESSENTIELLE DE NOTRE EPOQUE ».

    « Le système socialiste exerce une influence grandissante sur le développement mondial; Tout le processus révolutionnaire mondial se déroule à présent sous l’action directe de la grande force que constitue l’exemple de la nouvelle vie dans les pays du socialisme ».

    « A mesure que l’économie de la communauté socialiste progresse, on verra se manifester de plus en plus nettement les avantages du socialisme et la possibilité pour les travailleurs d’obtenir plus de biens matériels et spirituels que sous le capitalisme. L’élévation du niveau de vie des peuples est une grande force qui attire la classe ouvrière de tous les pays. « 

    « Plus le développement des forces productives des pays socialistes sera rapide, plus leur potentiel économique s’élèvera et plus forte sera l’influence de la communauté socialiste sur les cadences et l’orientation de tout le développement historique ».

     « LES FUSÉES NUCLÈAIRES, MISES AU POINT AU MILIEU DE NOTRE SIÈCLE, ONT CHANGÉ L’IDÉE QU’ON SE FAISAIT DE LA GUERRE. »

    « Bien sûr personne ne peut garantir que les impérialistes n’essayeront pas de déclencher une guerre mondiale. Mais la situation de l’agresseur dans les conditions actuelles diffère radicalement de celle dans laquelle il se trouvait avant la deuxième guerre mondiale. La guerre thermonucléaire n’offre une telle perspective (de déclencher à nouveau une agression) à aucun agresseur et les impérialistes ne peuvent pas ne pas en tenir compte. La peur de la riposte la peur des représailles les empêche de déclencher une guerre mondiale. »

     » Tant que le désarmement ne sera pas réalisé, la communauté socialiste doit toujours avoir la supériorité sur les impérialistes en ce qui concerne les forces armées. »

    « L’Union soviétique développe au maximum son économie et sur cette base perfectionne sa défense, augmente sa puissance militaire, tient ses forces armées toujours prêtes au combat. »

    « Prévenir la guerre thermonucléaire, c’est sauver la classe ouvrière, les peuples de pays et même de continents entiers de la mort. »

    Ces deux points clefs de l’argumentation révisionniste moderne prétendaient prendre en compte, de façon marxiste, deux données nouvellement apparues: l’extension du camp socialiste et, selon le PCUS le rapide développement économique de l’URSS à prévoir; l’arme thermonucléaire, possédée par les USA et par l’URSS.

    Il en découlait:

    -La ligne de »COEXISTENCE PACIFIQUE » entre pays à systèmes sociaux différents, entendue en fait comme la collaboration plutôt que la confrontation avec l’impérialisme américain, ennemi no1 des peuples en cette période.

    -La « COMPÉTITION PACIFIQUE »: la tâche des pays socialiste, dans le cadre de cette coexistence pacifique, était de développer rapidement leurs forces productives, de façon à montrer sans conteste la supériorité du système socialiste. Kroutchev proclamait alors que l’URSS rattraperait dans un délai rapproché le niveau de vie des USA et que le communisme était en vue.

    -le « PASSAGE PACIFIQUE »: « La tâche de la classe ouvrière et des partis communistes consiste à utiliser au maximum les possibilités qui existent actuellement d’emprunter une voie pacifique de la révolution socialiste sans recourir à la guerre civile. »

    Les possibilités nouvelles venant notamment du poids du camp socialiste, de la coexistence pacifique, du prestige acquis dans la compétition pacifique etc….

    Ainsi la nouvelle bourgeoisie soviétique qui s’était emparée du parti et de l’état et qui restaurait le capitalisme en URSS entendait alors désarmer le mouvement communiste et ouvrier, en imposant une vision du monde qui estompait systématiquement les contradictions de classe, puisque leur solution dépendait de, et n’avait, en quelque sorte qu’à attendre les résultats de la compétition pacifique entre capitalisme et socialisme.

    En même temps, en brandissant l’épouvantail de la guerre nucléaire, les révisionnistes modernes prétendaient contenir le développement de ces contradictions: pas de révolution violente mais plutôt le passage pacifique au socialisme, pas de guerre populaire de libération nationale mais plutôt « préparer les conditions pour la formation d’un Etat de démocratie nationale et la passage à la voie de développement non capitaliste. « 

    Ces thèses révisionnistes modernes ont pour particularité, dès cette période, de servir directement les intérêts à terme de la nouvelle bourgeoisie soviétique qui se constitue.

    L’exigence du « renforcement de la communauté socialiste », de la « compétition (économique) pacifique » justifie par avance »la division internationale du travail, », l’intégration des économies des démocraties populaires et leur subordination au potentiel technologique et économique de l’URSS.

    De même la mise en avant du risque de catastrophe nucléaire vise à instituer l’URSS détentrice face aux USA de l’arme nucléaire, comme la seule véritable protection militaire contre l’impérialisme américain. L’affaire des fusées de Cuba en est dès ce moment une illustration.

    Le pacifisme des thèses révisionnistes contient la volonté de se constituer un empire et d’édifier une puissance capable de rivaliser avec l’impérialisme américain.

    L’autre volet des thèses révisionnistes vise à dissimuler le caractère de la nouvelle domination bourgeoise en URSS, en vidant la dictature du prolétariat de son contenu. C’est la théorie de « l’Etat du peuple tout entier » et du « Parti du peuple tout entier » .

     » L’ETAT DU PEUPLE TOUT ENTIER »

    « On ne peut nier qu’actuellement la société soviétique est composée de deux classes essentielles: les ouvriers et les paysans, ainsi que les intellectuels, qu’aucune classe de la société soviétique n’occupe une fonction qui lui permettrait d’exploiter les autres classes. Contre qui les camarades chinois proposent-ils de réaliser la dictature, du prolétariat en URSS ?.. Après la victoire complète et définitive du socialisme, la classe ouvrière n’exerce plus son rôle dirigeant par la dictature du prolétariat. »

    De même « LE PARTI REPRESENTANT TOUT LE PEUPLE » n’aurait plus lieu d’incarner les intérêts historiques du prolétariat.

    Le Parti communiste chinois a combattu vigoureusement, sur la base des principes marxistes léninistes, de l’expérience historique et de l’analyse concrète de la situation concrète, les thèses révisionnistes du PCUS, notamment dans la « Réponse du Comité central du PCC » du 14 Juin 1963 (dite « lettre en 25 points »).

    Il y affirme notamment :

    1 – Le monde contemporain est toujours défini par quatre contradictions fondamentales. Il n’y a pas lieu d’admettre uniquement les contradictions entre camp socialiste et camp impérialiste. en négligeant ou sous-estimant les autres.

    2 – « C’est dans les vastes régions d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine que convergent les différentes contradictions du monde contemporain, que la domination de l’impérialiste est le plus faible, et elles constituent aujourd’hui la principale zone des tempêtes de la révolution mondiale qui assène des coups directs à l’impérialisme. « 

    « C’est pourquoi, dans un certain sens, l’ensemble de la cause révolutionnaire du prolétariat international dépend en définitive de l’issue de la lutte révolutionnaire menée par les peuples de ces régions, qui constituent l’écrasante majorité de la population mondiale. »

    3 – Le parti du prolétariat ne doit en aucun cas baser sa pensée, son orientation révolutionnaire et l’ensemble de son travail sur l’idée que l’impérialisme et la réaction accepteront la transformation pacifique. »

    4 – « AU cours de la lutte révolutionnaire des nations et peuples opprimés, le parti du prolétariat doit avancer, d’une façon indépendante, un programme combattant jusqu’au bout l’impérialisme et la réaction du pays et luttant pour l’indépendance nationale et la démocratie populaire, …
    …c’est seulement ainsi qu’il pourra poursuivre la révolution nationale et démocratique jusqu’au bout et l’amener sur la voie du socialisme. « 

    5 – « l’apparition de armes nucléaires n’a pas résolu et ne peut pas résoudre les différentes contradictions fondamentales du monde contemporain, elle n’a pas modifié et ne peut pas modifier la loi de la lutte de classe, elle n’a pas changé et ne peut pas changer la nature de l’impérialisme et de toute la réaction. « 

    6 – « Dans une longue période historique qui suit la conquête du pouvoir par le prolétariat, l’existence de la lutte de classe demeure une loi objective indépendante »

     » la dictature du prolétariat continuera inévitablement à exister dans toute la période historique du passage du capitalisme au communisme. »
    « Le parti du prolétariat est le seul qui puisse représenter les intérêts du peuple tout entier. » 

    LECTURE PROPOSÉE

     » Propositions concernant la ligne générale du Mouvement communiste international « 

    Réponse du CC du PCC au CC du PCUS (14 juin 1963). Texte appelé  » Lettre en 25 points  » a été édité en document d’étude par le Parti.

     » Sur la question de Staline  » recueil de textes édité par le Parti.

    LE PROJET DU PCF

    La dégénérescence du PCF en parti bourgeois n’est pas la simple répétition de la dégénérescence des partis de la 2e Internationale.

    a- Le PCF s’est constitué, de même que les partis de la 3e Internationale dans la lutte contre la social-démocratie, le révisionnisme de la 2e Internationale. Quand il dégénère à son tour, il ne peut purement et simplement s’aligner sur les positions de cette social-démocratie sans remettre en cause son existence même en tant que parti. Il doit, d’une façon ou d’une autre, bien que de façon qui n’a plus rien de révolutionnaire s’opposer à la social-démocratie et s’en différencier .

    b- Le PCF, quand il s’est efforcé de s’édifier en parti communiste, s’est référé non seulement à la doctrine révolutionnaire de Marx et Engels (2è moitié du 19è siècle), mais aussi aux développement de cette théorie synthétisés par Lénine sur la base de l’expérience révolutionnaire du prolétariat et des peuples au début du 20e siècle. De ce passé où il a voulu mettre en oeuvre les apports du léninisme, le PCF garde un certain nombre de traits spécifiques, complètement vidés de leur contenu révolutionnaire, dans sa forme, son visage, son fonctionnement ses relations internationales. Ces traits spécifiques, qui sont évidemment de nature bourgeoise, le distinguent pour- tant nettement des partis sociaux-démocrates.

    LE DETOURNEMENT DU CENTRALISME DEMOCRATIOUE:

    Au cours de la lutte contre les influences révisionnistes notre parti amis en lumière le caractère de classe du centralisme démocratique, où s’unissent le centralisme prolétarien et la démocratie prolétarienne. Le PCF tout en continuant à se réclamer du principe du centralisme démocratique, l’a vidé de son contenu de classe. Mais du coup, il l’a transformé en un centralisme bureaucratique, bourgeois dans son essence. Cela lui permet d’assurer dans ces rangs, un degré de cohésion, de discipline supérieurs aux autres partis bourgeois.

    Réduisant le centralisme démocratique à des mesures de fonctionnement, la direction du PCF s’en sert pour imposer son point de vue, étouffer toute contestation, exiger la discipline des militants pour appliquer sa ligne réactionnaire. Chaque fois qu’éclatent de graves contradictions, la direction peut ainsi en appeler à serrer les rangs, demander aux ouvriers de ne pas donner prise aux » tentatives de division de la droite « .

    LE RAPPORT AUX MASSES ET AUX ORGANISATIONS DE MASSE:

    Les partis bourgeois traditionnels préfèrent la plupart du temps parachuter leurs positions, leurs décisions indépendamment d’un certain débat dans les masses qu’ils ignorent.
    Le parti révisionniste, détournant la pratique des partis communistes authentiques, tente de faire apparaître ses positions, ses décisions, comme le résultat d’un débat démocratique au sein des masses et de leurs organisations.

    Il prend alors appui systématiquement sur les idées erronées qui existent dans les masses, étouffant leurs idées justes. Il utilise au maximum les postes de responsabilité dans des organisations de masse pour manipuler, téléguider les débat dans les masses.

    Ce détournement de la démocratie, qui par la manipulation fait jouer la majorité contre la majorité, sème la confusion et la désorganisation dans les masses. Il serait utilisé à très vaste échelle, si le PCF parvenait à instaurer son projet de société, comme système de gouvernement et de direction dans tous les secteurs de la vie sociale.

    LES RELATIONS INTERNATIONALES

    La plupart des partis du MCI a suivi le parti soviétique, qui avait dégénéré et son exemple. Etant donné les liens qui existaient entre le PCF et le PCUS, dans la cadre du MCI, ces liens, une fois la dégénérescence opérée, ont continué à jouer, mais dans le sens que l’URSS, où le capitalisme était restauré, a servi de référence au PCF devenu révisionniste.

    Le modèle soviétique a nécessairement, dès le début, fortement influencé l’élaboration du projet politique du PCF devenu révisionniste:

    « … en dégénérant en nouveaux pays capitalistes, les anciens pays socialistes ne sont pas revenus au stade antérieur à leurs révolutions : la nouvelle bourgeoisie qui domine en URSS dans les années 60 n’est pas, pour l’essentiel, l’ancienne bourgeoisie remise en selle; ses formes de domination sur la classe ouvrière sont spécifiques et n’épousent pas celles qui ont été forgées dans les pays capitalistes occidentaux où la révolution n’a pas encore triomphé. Après son expérience historique de premier Etat de dictature du prolétariat, l’URSS, quand elle restaure le capitalisme, va dénaturer complètement, vider de leur contenu révolutionnaire les armes de la dictature du prolétariat, les transformer en leur contraire, en faire des armes au service de la nouvelle bourgeoisie contre la classe ouvrière et les peuples soviétiques.

    Le parti communiste va devenir le parti de la nouvelle bourgeoisie, filière nécessaire pour la promotion des carriéristes et des ambitieux avides de participer du pouvoir; l’Etat va devenir un instrument de dictature de la nouvelle classe exploiteuse; le système économique devient un instrument d’exploitation de la classe ouvrière. Le mécanisme unique qui liait, de par l’expérience de construction du socialisme en URSS, le parti, l’Etat et le système économique, va devenir avec la restauration du capitalisme, une formidable machine de guerre contre le prolétariat et les masses populaires.

    On ne saurait perdre de vue cela quand on traite du projet politique du PCF. On ne saurait douter que le PCF a puisé au moment de sa dégénérescence dans l’exemple soviétique un modèle de système politique et économique qu’il envisage toujours d’appliquer. La place qu’il entend donner au secteur nationalisé, une place hégémonique, la fusion étroite qu’il entend organiser entre l’appareil d’Etat et le secteur économique nationalisé, la place du PCF à la tête de ce secteur nationalisé, tout cela ressemble trop à du déjà vu: tout cela ressemble trop à la mise en route de la fusion étroite entre Parti, Etat, monopoles et l’image de ce qui existe dans les pays d’Europe de l’Est. »  (front rouge no4 p 69).

    C’est pourquoi, les distances -récentes- que prend le PCF vis à vis de l’URSS sont limités et ne remettent jamais en cause officiellement le caractère « socialiste » de l’URSS.

    De plus ,le PCF, dans la définition de son projet politique, est obligé de tenir compte de la situation internationale: il envisage donc de distendre les relations de la France avec les impérialismes occidentaux liés à la superpuissance US, pour se rapprocher nettement des pays dominés par le social-impérialisme, et du social-impérialisme lui-même.

     » Voilà plusieurs traits qui permettent de décrire dans une certaine mesure ce qui sous-tend le projet politique du PCF: On voit en quoi on ne peut l’assimiler à un simple projet social-démocrate, on voit comment la révision du léninisme, l’existence d’un modèle de société et d’un camp révisionniste dominé par le social-impérialisme, posent en termes différents par rapport à celui d’un parti de la IIIe Internationale l’analyse du projet révisionniste. On voit ce qu’il signifie pour les masses: la fusion à l’échelle de la société en un mécanisme unique du Parti, de l’État et des monopoles, l’usage généralisé du détournement de la démocratie, avec son corollaire la chasse systématique aux opposants, tout cela constituant un système d’exploitation et d’oppression unique contre lequel il serait fort difficile de lutter.

    On ne saurait croire qu’il s’agirai d’un simple élargissement tout le pays de ce qu’on connaît aujourd’hui dans certaines municipalités détenues par les révisionnistes. Ce serait beaucoup plus grave parce qu’une société capitaliste d’État conjuguerait au niveau de tout le pays dans les mêmes mains, le maniement de l’ensemble des forces de répression et l’encadrement systématique des travailleurs, la direction des entreprises et celles du syndicat » (front rouge n°4p70) 

    LECTURES PROPOSÉES

    FR 4 (3e congrès) : « Luttons contre le révisionnisme moderne » P. 65- 73

    FR 2: « Le PCF et les nationalisations: ouvrir la voie au capitalisme d’État ». P. 71. 94.

    FR 2 : »Le PCF : 1974 – 1975, deux ans riches d’enseignements ». P. 38- 44                   

    LA CRISE DU PCF

     » La défaite de la gauche a porté un coup d’arrêt aux ambitions du PCF qui pensait avoir les coudées franches pour polémiquer jusqu’au dernier moment avec son partenaire et lui arracher le maximum de concessions, compte tenu de l’avance que les sondages prêtaient à la gauche. Cette défaite outre qu’elle a pour cons6quence de repousser à de plus lointaines échéances le danger d’instauration du capitalisme d’Etat dans notre pays, a ouvert une crise grave dans les rangs du PCF, qu’il nous faut maintenant examiner.

     La crise qui secoue les rangs du PCF est par bien des aspects très positive, et interroge notre Parti sur les moyens qu’il doit se donner pour peser dessus, élargir les failles apparues dans le parti révisionniste, gagner à nous les travailleurs qui aspirent au socialisme et qui prennent conscience aujourd’hui de la voie de garage où les entraîne le parti auquel ils faisaient jusqu’à présent confiance.

    Les raisons de l’éclatement de cette crise sont claires. Ces militants auxquels depuis 4 ans, on fixait un seul objectif la victoire en mars 78 et qui y avaient pour la plupart consacré de nombreux efforts, ces militants auxquels on avait demandé de renoncer aux luttes, de s’opposer à celles qui se déroulaient, ces militants à qui on avait fait critiquer et combattre, avant de corriger tardivement le tir de manière démagogique, le mouvement des femmes, le mouvement écologiste, le courant autogestionnaire, ces militants auxquels on avait fait coller un jour les affiches de Mitterrand, pour leur annoncer le lendemain que ce dernier faisait le jeu de la droite, ces militants auxquels on disait un jour il faut 25 % pour se désister pour le PS, et qui voyaient qu’avec moins de 21 % le PCF signait un accord de désistement sans aucune concession du PS, eh bien ces militants ont commencé à se poser sérieusement des questions le lendemain du 19 mars.

    Non seulement la gauche était battue, mais le PCF régressait électoralement par rapport au score de 73.

    Seul celui de 58 a été plus mauvais depuis la fin de la guerre. En plus le PCF régressait nettement dans une série d’endroits où il était auparavant bien implanté.

    Signe révélateur c’est là où les masses depuis longtemps font l’expérience de la gestion communale ou cantonale du PCF que la baisse a été la plus accentuée, avec par exemple un recul de -3,5 % dans un département comme la Seine-St-Denis. L’ensemble des questions étouffées pendant toute la période précédente sont légitimement ressorties : sur les luttes, bloquées depuis 3 ans au nom du succès électoral; sur les mouvements nouveaux, en direction desquels le PCF est assez nettement discrédité.

    Sur la manière incompréhensible dont a été menée la polémique avec le PS, parce que la face cachée des raisons, qui, pour la direction, justifient la querelle, n’était pas révélée aux militants.

    Et beaucoup plus largement sur le mode de fonctionnement, la manière dont sont prises les décisions à l’intérieur du PCF. La manière dont cette crise se manifeste et continue à se manifester témoigne de son ampleur. Les signes publics les plus saillants en seront les lettres d’oppositionnels publiées dans la presse, non PCF, après avoir été refusées par L’Humanité, la liquidation de 2 journaux du PCF Paris Hebdo et Point du Jour ; la restructuration du groupe d’édition du PCF s’accompagnant de licenciements; la parution de numéros de la Nouvelle Critique critiquée par la direction à posteriori.

    Mais ce sont les manifestations les moins publiques, les plus difficiles à chiffrer qui semblent engendrer le plus de difficultés pour le PCF. Les démissions très nombreuses affichées ou non, s’ajoutent à l’absentéisme très important aux réunions. Le taux de militantisme est très faible, au point que le nombre de vignettes vendues à la dernière fête de l’Humanité était considérablement réduit par rapport à celui de l’année dernière, que le nombre des points de ventes habituels des hebdomadaires du PCF sont en réduction très importante. Mais ce qui sans doute a le plus surpris la direction du PCF, c’est le caractère durable et maintenant un peu permanent de la contestation dans les rangs de ce parti. Ayant perdu un peu de son caractère spectaculaire, la crise est moins publique mais tous les signes dont on peut disposer par les discussions avec les militants du PCF montrent qu’elle persiste.

    Au delà du courant représenté par Elleinstein, qui fait ouvertement campagne pour une social-démocratisation du PCF et une distinction nette des rapports du PCF avec l’URSS, au delà du courant incarné par les thèses d’Althusser qui a été amené à fournir une analyse détaillée et frappant souvent juste du mode de fonctionnement du PCF mais sans la rapporter au projet politique, à la ligne développée par le PCF, au delà donc de ces deux oppositions un peu structurées et disposant déjà d’une argumentation propre, le mouvement d’opposition se trouve presque dans toutes les cellules, à l’état dispersé, multipliant ses interrogations et ses doutes sur la ligne suivie par leur direction.

    Notre Parti dans son travail l’a fréquemment rencontré: qu’il s’agisse de ces ouvriers de Cléon, révoltés par l’attitude du PCF dans la dernière lutte de Renault et qui aujourd’hui veulent travailler avec notre Parti; ou de ces camarades de lorraine, encore au PCF aujourd’hui et qui veulent tenir régulièrement des réunions communes avec nous pour répondre ensemble aux questions qu’ils se posent. Et nous pourrions citer encore plusieurs exemples de militants du PCF qui ont ouvert le dialogue régulier avec notre Parti.

    Camarades,
    Il faut que ces exemples encore trop peu nombreux se multiplient. Notre Parti doit prendre nettement l’offensive en direction des militants du parti révisionniste. La crise que connaît ce parti est grave, parce qu’il est aujourd’hui privé de perspective. La cassure de la gauche, la mort du Programme commun de 72 a porté un rude coup aux dirigeants révisionnistes qui n’ont d’autres perspectives que d’attendre que se renoue l’alliance avec leur partenaire socialiste, ce qui ne se dessine pas pour tout de suite.

    La période de préparation du 23e congrès du parti révisionniste sera une période où ce manque de perspective va apparaître de manière criante, où l’absence de réponse de la direction aux questions posées depuis mars, sur l’attitude par rapport aux luttes, sur le fonctionnement interne, sur la nature de l’URSS, va ressortir. Cela doit être une période où notre Parti doit engager fraternellement la discussion avec les militants du PCF, trouver les formes pour mener ces discussions, répondre aux questions politiques posées, aggraver les contradictions au sein du PCF, et gagner de nouveaux camarades. »
    (front rouge n°4 p71 et 72) 

    LECTURE PROPOSEE

    « Le PCF et le centralisme démocratique : sens d’un débat.  »  (édité par le Parti).                   

    Annexe :

    THOREZ : DECLARATION AU JOURNAL ANGLAIS  » THE TIMES  »  – 17 novembre 1946  – Extraits

    Les élections du 10 novembre ont souligné une fois de plus le caractère national et démocratique du Parti communiste français, profondément enraciné dans les couches populaires, à la ville et à la campagne.

    Les travailleurs: les républicains font confiance au Parti communiste français parce qu’il a été et qu’il demeure le parti de la clairvoyance et du courage, Seul, avant la guerre, il a dénoncé et combattu la prétendue non intervention et la capitulation de Munich, c’est-à-dire la politique de concessions qui a encouragé les agresseurs fascistes. Il a été, sur le sol national, l’organisation et le dirigeant de la lutte armée contre l’envahisseur allemand et contre la trahison vichyste. Il est depuis la libération, l’initiateur et le conducteur de l’effort populaire pour la reconstruction de la France.

    Tout le monde sait qu’à l’appel du Parti communiste les mineurs français ont depuis un an, doublé notre production de charbon qui dépasse de 15% les chiffres d’avant-guerre. En même temps, grâce à l’initiative des ministres communistes, les ouvriers, les fonctionnaires, les paysans, les vieux travailleurs, les mères ont obtenu des avantages substantiels.

    NOTRE PROGRAMME EST ACCEPTABLE POUR TOUS LES REPUBLICAINS

    Nous avons répété expressément au cours de notre campagne électorale que nous ne demandions pas au peuple le mandat d’appliquer un programme strictement communiste, c’est-à-dire reposant sur une transformation radicale du régime actuel de la propriété et des rapports de production qui en découlent. Nous avons préconisé un programme démocratique et de reconstruction nationale, acceptable pour tous les républicains, comportant les nationalisations, mais aussi le soutien des moyennes et petites entreprises industrielles et artisanales et la défense de la propriété paysanne contre les trusts.

    LES NATIONALISATIONS AIDENT AU REDRESSEMENT DU PAYS

    A l’étape actuelle du développement de la société, nous avons la conviction que les nationalisations – le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés -constituent un progrès dans la voie du socialisme. Les nationalisations portent atteinte à la toute puissance des oligarchies financières, elles limitente les possibilités légales de l’exploitation de l’homme par l’homme, elles placent entre les mains d’un gouvernement démocratique des moyens appréciables pour l’oeuvre de redressement économique et social du pays.

    Il est évident que le Parti communiste dans son activité gouvernemental, et dans le cadre du système parlementaire qu’il a contribué à rétablir, s’en tiendra strictement au programme démocratique qui lui a valu la confiance des masses populaires.

    ON PEUT ENVISAGER POUR LA MARCHE AU SOCIALISME D’AUTRES CHEMINS QUE CELUI SUIVI PAR LES COMMUNISTES RUSSES

    Les progrès de la démocratie à travers le monde, en dépit de rares exceptions qui confirment la règle, permettent d’envisager pour la marche au socialisme d’autres chemins que celui suivi par les communistes russes. De toute façon le chemin est nécessairement différent pour chaque pays. Nous avons toujours pensé et déclaré que le peuple de France, riche d’une glorieuse tradition, trouverait lui-même sa voie vers plus de démocratie, de progrès et de justice sociale. Cependant, l’histoire montre qu’il n’y a pas de progrès sans lutte. Il n’y a pas de route toute tracée sur laquelle les hommes puissent avancer sans effort. Il leur a toujours fallu surmonter bien des obstacles. C’est le sens même de la vie.

    L’UNION DES FORCES OUVRIERES ET REPUBLICAINES

    L’union des forces ouvrières et républicaines est le fondement de la démocratie. Le Parti ouvrier français, que nous proposons de constituer par la fusion des Partis communiste et socialiste, serait le guide de notre démocratie nouvelle et populaire. Il ouvrirait largement ses rangs aux travailleurs catholiques auxquels nous avons tendu, bien avant guerre, une main fraternelle que beaucoup ont saisie. Nombreux sont d’ailleurs les Français qui partagent notre conception de la laïcité: pas de guerre à la religion, neutralité absolue de l’enseignement au regard de la religion.

    Les Français communistes désirent vivement que le caractère national et démocratique de toute leur activité soit compris en Grande-Bretagne. Il n’en peut résulter que des effets heureux dans les rapports entre nos deux pays, pour le plus grand bien de notre cause commune, la cause de tous les peuples, la cause de la liberté et de la paix.

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  • Le processus unitaire avec le PCML (1979)

    [Publié dans La vie du Parti – Bulletin intérieur du PCRML, en juillet 1979.]

    Rapport du Comité Central
    -Résumé –
    LE PROCESSUS UNITAIRE AVEC LE PCML

    Le processus unitaire vient de franchir un pas en avant important avec la ratification par notre Comité central et celui du PCML d’ »un protocole d’accord pour l’unification du PCML et du PCR ml ». Ce protocole d’accord fixe l’échéance de juin 80 pour la tenue du Congrès d’unification qui adoptera le programme et les statuts dont des projets auront été préalablement discutés par chacun des partis, et donnera naissance sur une base paritaire aux organismes de direction du futur parti.

    Le protocole fixe un certain nombre de modalités pour parvenir à cette échéance en ce qui concerne l’unité d’action, la rédaction et la discussion des projets de programme et de statuts, la fusion progressive du système de presse, la préparation du Congrès d’unification.

    Ce protocole d’accord est conforme aux orientations essentielles tracées par le Congrès sur le processus unitaire. Il exige de l’ensemble du Parti une claire vision des transformations que cela va apporter dans notre travail pour l’année qui vient. Il faudra articuler correctement le développement de l’unité d’action et de l’unité politique avec nos partenaires, et le développement propre du Parti, en gardant constamment en tête la nécessité de sauvegarder, développer et faire partager les acquis de notre Parti. Le 4e congrès de notre Parti en mai prochain aura pour tâche de tirer le bilan du Parti depuis sa constitution et de systématiser ses acquis.

    RAPPORT DU COMITE CENTRAL

    Le processus unitaire avec le PCML

    Un pas en avant important vient d’être franchi dans le processus unitaire: le Comité central de notre Parti a ratifié avec le Comité central du PCML un protocole d’accord sur l’unification le 14 juillet 1979. Ce document est soumis à l’étude de l’ensemble du Parti (voir ce texte dans la partie document du B.I).

    Le présent texte resituant ce protocole d’accord dans l’évolution du processus unitaire, notamment depuis le Congrès, doit permettre d’en apprécier la portée, d’en mesurer la conformité avec les orientations du IIIe Congrès, et d’apporter certaines précisions sur le travail qui en découle.

    Depuis plusieurs années, un objectif important de notre Parti est de promouvoir l’unification des forces se réclamant du marxisme-léninisme. C’est dans ce cadre que des discussions assez anciennes étaient menées avec le PCML. La correction et l’autocritique de sa ligne bourgeoise opérées par le PCML de manière nette lors de son IIe congrès ont permis à ce processus de faire à ce moment là un pas en avant significatif. Cela s’est marqué notamment par la campagne commune menée lors des élections de mars 1978.

    Si ce processus avait ensuite quelque peu marqué le pas, le IIIe Congrès de notre Parti, à la fin de l’année 78 avait réaffirmé avec netteté la nécessité de le faire aboutir dans des délais convenables soulignant que cet aboutissement constituerait un élément important pour réduire le gauchisme structurel qui entrave le développement du Parti, à condition évidemment que les acquis du mouvement marxiste-léniniste et, en ce qui nous concerne, les acquis de notre Parti, soient conservés dans le processus unitaire et puissent être développés dans le Parti unifié.

    Faire aboutir le processus unitaire et le Parti, tel était le sens des orientations dégagées par le IIIe Congrès. La résolution sur l’unité adoptée par le Comité central au lendemain même du Congrès fixait ainsi certaines modalités pour avancer dans le processus unitaire.

    La rédaction de 4 textes (centralisme démocratique, parti, guerre et révolution, socialisme) par les délégations des deux comités centraux et leur discussion à tous les niveaux, l’élaboration conjointe d’un projet de programme et d’un projet de statuts par les deux comités centraux, la discussion et l’amendement de ces textes dans chacun des partis, la pratique progressive de l’unité d’action en la liant à la discussion politique à tous les niveaux, la tenue alors d’un congrès de chaque parti se rassemblant ensuite en un congrès unique d’unification… tels étaient les maillons essentiels du processus unitaire tel qu’il était envisagé par le Parti.

    Le texte publié en mai 79 par le Comité central sous le titre « le point sur l’avancée du processus d’unification avec le PCML » a fait le point pour tout le Parti sur les difficultés rencontrées depuis lors avec nos partenaires. Pour surmonter les difficultés apparues le Comité central indiquait la nécessité de mener tout en faisant des propositions concrètes pour l’unité d’action une double bataille pour l’unification politique en profondeur, pour la parité des organismes dirigeants issus du congrès d’unification, double forme d’une même lutte pour la défense des acquis du Parti.

    Nous avons été amenés à rappeler à nos partenaires avec netteté la signification que nous accordions à cette question de la parité: « il ne s’agit pas d’un principe, mais d’une règle concrète appliquée à la situation concrète du moment de l’unification…

    En effet, il n’existe pas de connaissance réciproque suffisante de part et d’autre, et cela ne peut se faire de manière satisfaisante avant l’unification, des cadres dirigeants des partis. Ceux-ci ont été formé par des années de pratique. Ceux qui peuvent juger de leurs qualités et de leurs défauts sont bien au premier chef, les militants dont ils ont impulsé l’activité. C’est ce que permet la parité.

    Elle prend en compte les acquis respectifs, l’importance comparable dans l’ensemble des deux partis dans la lutte politique aujourd’hui ; son refus devrait être justifié par la démonstration d’une inégalité sensible, sur le plan qualitatif et quatitatif des partis.

    De plus elle contraint à une remise en question des habitudes prises de part et d’autres, en ne retenant que ce qui est fondé et positif dans la pratique de direction, elle incite à une mise en commun des acquis, elle offre plus de moyens dans la création d’un parti nouveau à partir des partis fusionnés.

    Elle répond à une situation de longue confrontation des partis en France, et pour l’essentiel l’argument de division que peut faire naître l’impression d’une absorption d’un parti par un autre » (Lettre de notre CC du 12 juin cf. document en annexe).

    Que s’est-il passé depuis qu’a été fait dans tout le Parti ce « point sur l’avancée du processus d’unification avec le PCML » avec le document portant ce titre. Plusieurs discussions entre les délégations des deux comités centraux, ainsi qu’un échange de lettres entre les deux CC, (reproduites en document plus loin), ont permis finalement de réduire les divergences importantes qui demeuraient encore à propos du cheminement du processus unitaire.

    Nos arguments sur la parité développés dans la lettre du CC du 12 juin, joint à notre proposition que les décisions importantes du CC du futur parti soient prises à une majorité qualifiée des 2/3 quand l’unanimité ne peut être trouvée, ont finalement permis de lever des objections de nos partenaires et de leur démontrer plus solidement que notre proposition, contrairement à ce qu’ils disaient craindre, n’était nullement contraire au centralisme démocratique, et constituait tout le contraire du risque d’un maintien de deux blocs dans le parti unique.

    Ce point acquis, en même temps que progressait la rédaction des deux derniers textes communs portant sur « guerre et révolution » et « socialisme », l’obstacle majeur à l’entrée dans la dernière phase du processus d’unification se trouvait levé.

    Nous avons donc été amenés à mettre au point avec le PCML un protocole d’accord précisant la progression du processus unitaire dans sa dernière phase. Ce protocole en même temps qu’il énonce la nécessité de la parité comme solution concrète dans notre pays au processus de fusion des deux partis, souligne la nécessité d’engager l’unité d’action à tous les niveaux en la combinant avec les discussions politiques, au début de l’automne, unité d’action menée sur la base d’une harmonisation des plans detravail et qui doit progressivement parvenir à se généraliser.

    Le protocole annonce la rédaction d’un texte entre les deux partis sur la manière de lutter correctement contre le gauchisme, ainsi que celle d’un document sur la division des forces marxiste-léniniste en 70. Le protocole traite de la fusion progressive du système de presse. Il traite des modalités de préparation du Congrès d’unification, rassemblement des Congrès de chacun des partis.

    Que faut-il penser de ce protocole d’accord signé par notre Comité central avec celui du PCML ? Deux choses:

    a) Il se situe dans le cadre des orientations tracées par notre IIIe Congrès, et précisée ensuite au fur et à mesure par notre Comité central.

    Nous avions souligné au Congrès la nécessité de fair aboutir le processus unitaire en rappelant comment il devait par son aboutissement fournir des armes supplémentaires dans la lutte contre le gauchisme structurel, et se trouvait conditionné par la garantie que nous devions avoir de pouvoir faire partager nos acquis. Le Comité central avait en ce sens adopté une résolution sur le processus unitaire en en traçant les modalités concrètes.

    L’examen du protocole d’accord montre que les dispositions essentielles arrêtées à ce moment son respectées. L’achèvement de la rédaction des 4 textes (le 4e est en voie d’achèvement), le développement à tous les niveaux de l’unité d’action combinée aux discussions politiques pendant une période suffisamment longue pour approfondir l’accord politique et unifier nos démarches, la préparation centraliste-démocratique du Congrès d’unification par une discussion approfondie à tous les niveaux d’un projet de programme et d’un projet de statuts, la parité, tout cela qui pour nous constituait l’essentiel se retrouve investi dans le protocole d’accord.

    Certes, la réalisation concrète du processus d’unification n’a pas épousé jusqu’ici trait pour trait le schéma avancée au mois de novembre dernier. Chacun sait que les grandes difficultés rencontrées pour mener à fond un certain nombre de discussions politiques à tous les niveaux avec nos partenaires a conduit à une certaine impasse, tant du point de vue du développement de l’unité d’action progressive, que du point de vue de l’approfondissement de l’unité politique.

    C’est justement en fonction de ces difficultés et en retenant les propositions essentielles du Parti avancées lors du IIIe Congrès et formulées par la session plénière du CC issu du IIe Congrès: prendre l’offensive dans la question de l’unité, la réaliser dans les délais d’un an à un an et demi, que le CC a dû ajuster concrètement ses propositions aux propositions de nos partenaires. C’est inévitable dans le cadre d’une discussion paritaire.

    On doit cependant estimer que sur le fond notre position est maintenue fermement: en effet, l’approfondissement de l’unité politique sur toutes les questions (et pas seulement sur les 4 thèmes) s’effectuera dans le cours des rencontres à tous les niveaux entre les deux partis, pendant une période prolongée, et particulièrement sur la base de la préparation du congrès d’unification, de la discussion du projet de programme et de statuts.

    Simplement, du fait du retard occasionné par le blocage apparu fin 1978, la progressivité de l’unité d’action entre les deux partis est remise en cause, d’emblée elle sera très large, selon les possibilités concrètes et les plans de travail. Pour le reste, ce qui était défini est tout à fait respecté. Le CC estime que cette modification du schéma initiale prévu par notre Parti n’affecte pas l’essentiel de notre conception de l’unification et constitue un compromis nécessaire.

    b) Il ouvre une situation nouvelle dans le processus unitaire. Ce qui n’était qu’une simple probabilité que nous nous efforcions de faire aboutir positivement devient un processus concret sanctionné par un calendrier pour l’unification.

    Le calendrier fixé s’il respecte la durée qui nous semble nécessaire, comporte une série d’étapes qui dans les faits vont transformer assez rapidement la densité des relations entre les deux partis à tous les niveaux. Il faut donc être pleinement conscient que nous rentrons ainsi dans la dernière phase du processus unitaire précedant le congrès d’unification, et que cela va entraîner dans notre travail un certain nombre de transformations qu’il nous faut bien mesurer et maîtriser. Cela exige notamment d’éviter deux écueils:

    — Celui consistant à adopter une attitude sectaire bloquant toute unité d’action, mettant en avant les divergences secondaires et empêchant ainsi l’unification politique de se construire sur des bases justes. Croire qu’en procédant ainsi on défend les acquis du Parti, c’est se tromper lourdement, c’est mal utiliser les moyens que nous donne l’avancée du processus unitaire pour mieux faire connaître nos positions, et convaincre nos partenaires de leurs justesses et apprendre à apprécier leurs acquis propres.

    — Celui consistant à perdre de vue la nécessité fondamentale, pour le développement même du parti unifié , de garantir les acquis de notre Parti, d’envisager l’unification comme une solution de facilité, comme une rupture radicale avec tout le travail d’édification entrepris jusque là.

    Il est particulièrement nécessaire de bien comprendre au contraire, que ce qui nous semble essentiel pour la construction du Parti communiste en France doit être pris en compte par le parti unifié. Pour cela, la démonstration concrète de la validité de nos propositions doit être sanctionnée par le développement réel de notre Parti pendant la période qui s’étend jusqu’au congrès de fusion (juin 1980). 

    Pendant cette période il s’agira d’articuler concrètement le développement de l’unité d’action et de l’unité politique avec nos partenaires et le développement propre du Parti. Cela ne sera pas toujours facile, et devra s’effectuer dans le rejet de toute attitude sectaire, et dans le rejet de toute illusion de l’unité sans luttes d’idées. Il va de soi que pour la lutte d’idées, les réalisations concrètes, les faits sont les arguments et les critères irremplaçables.

    Développer le Parti est donc une condition indispensable d’une bonne unification. De même le IVe Congrès de notre Parti qui devra se tenir dans les délais indiqués par le « protocole d’accord » aura pour tâche de tirer le bilan du Parti depuis sa constitution. La systématisation de nos acquis, une claire vision des problèmes à résoudre, l’unification qui en ressortira permettra ainsi d’aborder la phase de la fusion dans de bonnes conditions.

    Le Comité central demande à tous les camarades du Parti d’étudier avec soin les différents documents sur le processus unitaire, qui se trouvent joints, ainsi que ceux adoptés par le Congrès et après, pour s’assimiler la démarche du Parti.

    Des réunions destinées à clarifier les questions posées à propos du processus unitaire, et à unifier solidement le Parti seront organisées dans toutes les régions par le Comité central. 

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  • Résolution sur l’unité (1978)

    [Résolution prise au 3e congrès, novembre 1978.]

    Le IIIe Congrès du PCR ml a examiné l’avancée du processus d’unification avec le PCML. Il a apprécié comme un pas particulièrement important les progrès effectués depuis le début de l’année 78. L’impulsion d’une campagne électorale commune, le travail en commun de nos militants dans des comité locaux, les contacts ainsi noués à la base, ont permis que, sur la base d’une pratique commune, nos camarades apprennent à se connaître, et à développer les points d’accord.

    Les discussions engagées de manière régulière à tous les échelons de nos deux Partis ont permis, grâce à une étude sérieuse, un approfondissement de nos points de convergence. Elles ont permis de mieux apprécier les acquis idéologiques, politiques, organisationnels respectifs de nos deux organisations sur la base de leur propre pratique.

    Sur la base de ces progrès déjà effectués dans l’unification, le PCR ml estime que l’unification des marxistes-léninistes au sein d’un même parti constituerait dans notre pays une arme importante pour combattre l’hégémo,ie révisionniste dans la classe ouvrière et dans le peuple.

    Permettant de renforcer le travail communiste dans les entreprises, dans les syndicats, d’étendre l’influence de la presse et des idées communistes, elle permettrait également, grâce à la mise en commun et au développement des acquis des deux partis, que la nouvelle organisation s’engage plus profondément dans l’organisation et la mobilisation des masses populaires de notre pays.

    Cette unification devra se faire sur la base d’une juste ligne politique et idéologique. Elle doit permettre un réel développement dans la pratique des principaux acquis du marxisme-léninisme, du maoïsme dans notre pays.

    L’élaboration continue d’une ligne politique sans cesse plus juste, sans cesse plus précise, l’édification d’une organisation sans cesse plus solide exigent que soit pleinement mise en oeuvre la participation démocratique des cellules à l’édification de la ligne.

    Ainsi, l’unité de nos deux organisations, leur fusion en un seul parti peut se faire, à notre sens, dans un délai convenable.

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  • Une seule solution, le socialisme (1977)

    [Tiré du Manifeste pour le socialisme, 1977.].

    Une telle situation de crise politique dans notre pays, ne peut connaître de dénouement en dehors d’un affrontement massif entre le camp du peuple et celui des classes dominantes.

    La bourgeoisie ne peut espérer voir s’alléger les multiples pressions qui déterminent sa situation de faiblesse et de crise politique dans laquelle elle est plongée. Inéluctablement, les antagonismes de classe qui se manifestent aujourd’hui avec une particulière acuité, vont connaître un développement qui va porter la crise politique actuelle à un stade supérieur ouvrant ainsi une crise nationale, une crise révolutionnaire.

    Crise nationale et révolutionnaire; à la fois parce qu’elle mettra aux prises dans un gigantesque affrontement toutes les classes et couches sociales de notre pays qui doivent choisir leur camp entre les deux classes irréductiblement antagoniques, la bourgeoisie et le prolétariat; à la fois parce que l’enjeu de cet affrontement sera clairement et nettement aux yeux de tous la question du pouvoir.

    Mettant en marche toutes les couches du peuple, et avant tout les ouvriers et les paysans, qui affirmeront leur volonté de ne plus continuer à vivre comme avant, la crise les verra se dresser contre les classes dominantes marquées par la faiblesse, l’hésitation et la division, et qui ne pourront à cause de cela plus continuer à gouverner comme avant.

    Cette contradiction entre ceux d’en bas qui ne veulent plus être gouvernés comme avant, et ceux d’en haut qui ne peuvent plus gouverner comme avant ne peut être dénouée que par un affrontement révolutionnaire.

    Sachant cet affrontement inévitable, et sachant que de son issue dépend la possibilité ou non d’engager la construction d’une société sans exploiteurs, la classe la plus révolutionnaire, le prolétariat se doit d’organiser toute son activité dans cette perspective et précisément celle-là : la prise du pouvoir.

    Mettant à profit la crise pour forger son autonomie face aux détachements de la bourgeoisie dans le mouvement ouvrier, le prolétariat noue en même temps avec les autres couches du peuple une alliance qui crée les conditions de l’isolement des classes exploiteuses, accentue leur crise et rend possible à terme l’assaut décisif contre la bourgeoisie.

    Le développement de ce processus d’accumulation des forces pour la révolution socialiste, s’accélère considérablement dans cette période de crise révolutionnaire, parce que cette dernière fait apparaître nettement aux yeux de tous les travailleurs, ce qui était jusqu’à présent latent, sous-jacent, enfoui.

    Véritable école accélérée pour les masses populaires, la crise révolutionnaire leur révèle la vraie nature des différentes forces politiques, qui ne peuvent plus masquer la réalité de leur projet derrière des comportements ambigus, mais doivent prendre franchement position pour l’un ou l’autre camp.

    Les forces sociales hésitantes doivent aussi se déterminer, ou adopter une attitude neutre qui leur interdit de peser sur l’issue de l’affrontement qui se prépare. Par la netteté du tableau qu’elle dresse des antagonismes de classes, des intérêts de chacune d’elles, et du programme qu’elles veulent réaliser, la période de la crise révolutionnaire permet progressivement à chaque travailleur d’oeuvrer de manière consciente pour le renversement de la bourgeoisie.

    Le processus de développement de la crise révolutionnaire, conduit progressivement au renforcement de la détermination et de la cohésion du camp du prolétariat qui en vient à saisir avec clairvoyance qu’il ne peut espérer d’amélioration durable de son sort sans la conquête du pouvoir et l’évincement, pour lequel il est prêt à se battre, de la bourgeoisie en tant que classe dominante.

    En même temps le camp de la réaction hésite, se divise, tergiverse sur le meilleur moyen de reconstituer son pouvoir qu’il sent lui échapper. Quand ces conditions politiques sont remplies, la crise nationale est mûre, et l’assaut doit être donné à la bourgeoisie : c’est le moment de l’insurrection prolétarienne.

    L’insurrection est nécessaire parce que la classe capitaliste qui depuis des décennies exploite des générations de travailleurs, fait reposer son pouvoir sur des corps spéciaux répressifs placés au dessus de la société et qui sont avant tout destinés à être le dernier rempart de la bourgeoisie, à écraser le mouvement populaire s’il réclame le pouvoir.

    L’exemple tragique du Chili est là pour rappeler aux travailleurs ce qu’il en coûte de laisser en place les instruments que la bourgeoisie a forgés pour la contre-révolution.

    Croire que la bourgeoisie, même affaiblie, divisée, hésitante serait prête à renoncer pacifiquement à son pouvoir et à céder, non pas à des exigences partielles du mouvement révolutionnaire des masses, mais à cette exigence là précisément, celle du pouvoir, c’est se tromper lourdement.

    36, 45, 68, et toute l’histoire de notre peuple sont là pour nous rappeler que, confrontée à la croissance des exigences du mouvement révolutionnaire, la bourgeoisie affaiblie est prête à faire des concessions, à louvoyer, à reculer même nettement, mais pour autant que la question du pouvoir, de son pouvoir soit éludée, et non remise en cause, parce que c’est justement ce qui lui permet ensuite de profiter d’un certain essoufflement du mouvement des masses, pour contre-attaquer et réimposer sa dictature sur toute la ligne.

    C’est pourquoi le prolétariat, loin de se laisser abuser par la faiblesse et les hésitations de la bourgeoisie, doit au contraire les mettre à profit pour consolider son camp, assurer son autonomie et ses alliances en se fixant pour objectif précis, la conquête du pouvoir par l’insurrection prolétarienne.

    La préparation consciente des masses populaires à cet objectif, la capacité des ouvriers les plus éclairés rassemblés dans le parti d’avant-garde, de faire parvenir toute la classe ouvrière, à travers le processus de la crise révolutionnaire, à la compréhension de la nécessité de l’insurrection prolétarienne, et à la détermination de tout faire pour la conduire au succès, c’est de cela que dépend en définitive l’issue de la crise révolutionnaire, et la possibilité d’entamer enfin la construction du socialisme dans notre pays.

    Cette insurrection prolétarienne est tout le contraire d’un putsch, ou d’un grand soir comme le propage complaisamment la bourgeoisie, pour discréditer cette perspective. Ce n’est pas un complot fomenté pas un groupe de conspirateurs ou même un parti, mais une offensive déclenchée par une classe et prenant appui sur tout l’élan révolutionnaire d’un peuple.

    Ce n’est pas un complot fomenté dans le secret et qui prendrait par surprise à la fois les adversaires de cette révolution en même temps que le peuple lui même, au contraire, c’est le point d’aboutissement de tout un processus où progressivement les travailleurs ont pris conscience de la nécessité d’abattre par la violence révolutionnaire la bourgeoisie qui prépare la contre révolution armée.

    Enfin ce n’est pas un acte déclenché un peu au hasard, où une sorte de va-tout serait joué, mais cette insurrection se situe à un moment particulier au moment où culmine la crise révolutionnaire, que la classe ouvrière doit déterminer en appréciant à la fois ses propres facteurs de cohésion, de détermination, d’esprit d’offensive et les facteurs d’indécision, d’hésitation sur la voie à suivre qui habitent la classe bourgeoise.

    Et une fois ce moment favorable déterminé, l’insurrection doit être conduite par l’avant-garde de la classe ouvrière, le parti communiste, en mobilisant toute la classe ouvrière de manière centralisée, avec fermeté, et décision, suivant un plan préétabli, permettant de détruire rapidement la résistance de l’ennemi de classe en s’appuyant sur la décomposition partielle des propres forces militaires de la bourgeoisie.

    La condition pour que la classe ouvrière apporte cette issue favorable à la crise révolutionnaire, est que, dans le cours même de cette crise, elle ait fait l’expérience de la nature bourgeoise des propositions du PCF. S’il a rompu récemment avec toute référence formelle à la dictature du prolétariat, le PCF a rompu depuis bien plus longtemps déjà avec toute stratégie révolutionnaire.

    Déployant toute son énergie à dévoyer à son profit l’énergie révolutionnaire du prolétariat, le PCF s’est acharné à colporter dans la classe ouvrière l’illusion stupide, démentie par toute l’histoire du mouvement ouvrier, que le passage pacifique au socialisme était possible, et qu’une simple mobilisation populaire suffirait à dissuader la bourgeoisie d’utiliser ses armes contre les travailleurs.

    Toute progression de la classe ouvrière vers la prise du pouvoir exige une rupture effective avec cette illusion bourgeoise, aussi vieille que le mouvement ouvrier.

    Plus largement c’est en construisant une démarcation nette avec le projet du PCF non seulement du point de vue de la manière de prendre le pouvoir, mais aussi du point de vue de la société qui en résultera et de la nature du pouvoir instauré, que la classe ouvrière réussira à forger son autonomie, autonomie indispensable pour faire avancer son projet révolutionnaire.

    Les premières démarcations apparues dans le cours de la crise politique actuelle, à l’occasion de telles ou telles luttes ou de telles ou telles actions ont été tracées sur la base de l’expérience des propositions révisionnistes faite par des travailleurs; demain dans le cours d’une crise révolutionnaire, c’est massivement que les travailleurs feront l’expérience du comportement du PCF et de la manière dont il tentera de manipuler le mouvement des masses pour faire progresser son projet de capitalisme d’Etat au détriment d’une partie de la bourgeoisie actuelle et avant tout au détriment des travailleurs.

    C’est cette expérience directe qui permettra à la classe ouvrière, dans sa masse, de saisir la nature réactionnaire du projet du PCF et de s’opposer avec conséquence aux tentatives de ce parti de détourner à son profit le combat révolutionnaire qui sera engagé.

    La perspective concrète du socialisme en rupture nette avec le capitalisme d’État que le PCF prétend imposer, contribuera à tracer cette ligne de démarcation entre le projet bourgeois du PCF et le socialisme pour lequel se battent les travailleurs.

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  • Les contradictions ville-campagne (1977)

    [Tiré du Manifeste pour le socialisme, 1977.].

    Parmi les grandes tâches que les masses auront à résoudre pour l’édification de la société socialiste, celle de la résolution des contradictions entre la ville et la campagne, entre l’industrie et l’agriculture, entre la classe ouvrière et la paysannerie est une des plus urgentes.

    Sur le plan politique, il s’agit de consolider l’alliance qu’ouvriers et paysans pauvres commencent à construire dans le combat pour la révolution socialiste. Dans la phase d’édification du socialisme, il faut donner à cette alliance une base objective qui, au lieu de creuser l’écart entre les deux forces révolutionnaires, rapproche au contraire leurs pratiques, leurs points de vue, sous l’impulsion de la classe ouvrière.

    Sur le plan économique, la résolution progressive de cette contradiction a deux faces indissociables: supprimer le gonflement parasitaire des villes, et développer le reste du territoire.

    D’autre part, les transformations qu’il sera nécessaire de réaliser concernent à la fois l’industrie, l’agriculture et le secteur « tertiaire » si développé aujourd’hui dans les villes et notamment à Paris. La différence entre la ville et la campagne est le point où viennent se cristalliser un grand nombre de problèmes que la société socialiste doit résoudre.

    La notion de tertiaire est très floue: elle désigne toutes les activités qui ne sont ni l’industrie, ni l’agriculture. Avec 11 millions de personnes, soit plus de la majorité de tous les « actifs » (salariés ou non), cette catégorie regroupe aussi bien le commerce, l’artisanat, l’administration, les services de santé et les PTT, les services financiers, …

    La croissance très rapide de ces activités depuis la seconde guerre mondiale est la manifestation du pourrissement de l’impérialisme, car si un certain nombre de ces activités sont utiles pour satisfaire les besoins sociaux, beaucoup d’autres ne sont que le produit de la nature capitaliste de notre société, de son développement parasitaire.

    La décentralisation de l’activité économique et du pouvoir politique, les transformations de certaines institutions comme les impôts ou la Sécurité Sociale, conduiront à une réduction importante du poids de l’administration qui emploie aujourd’hui près de 4 millions de personnes.

    La transformation du système de santé qui débouchera notamment sur une médecine gratuite aura pour conséquence d’alléger considérablement la très lourde institution de la Sécurité Sociale qui emploie plus de 200 000 personnes -sans compter tous les emplois administratifs dans les hôpitaux occupés à remplir de multiples papiers.

    De même la modification du système des impôts (par exemple le remplacement de l’impôt sur le revenu par un prélèvement sur la production de l’entreprise pour tous les travailleurs de l’industrie) peut permettre d’alléger considérablement l’administration des impôts qui emploie près de 100 000 personnes…

    Enfin, dernier exemple, une multitude de tâches de gestion sont actuellement centralisées, bureaucratisées et seront demain assumées localement au sein même des organisations de base du pouvoir. De telles transformations briseront le rapport oppressif que l’administration fait peser sur les masses.

    Plus d’un million de personnes travaillent dans les services financiers, juridiques, immobiliers qui sont les prolongements du capital industriel et autant dans les bureaux des entreprises. Si une part de ces activités correspond à des tâches utiles (comptabilité et paie des salariés, services d’achat et de vente…) la simplification administrative, la lutte contre la bureaucratie allègera sensiblement le travail requis par ces tâches.

    D’autre part un certain nombre de ces services disparaîtront complètement. C’est le cas de la publicité, de services financiers uniquement liés à la propriété privée, des sociétés immobilières…

    Enfin le système bancaire étant complètement réorganisé par la suppression du réseau de guichets publics au profit des services bancaires des P.T.T. et par la concentration sur la banque d’Etat de toutes les transactions financières liées à l’activité économique, la concurrence entre banques disparaîtra et avec elle le gaspillage qui en résulte.

    Si le pouvoir socialiste est fondé à opérer rapidement la transformation des structures administratives, faute de quoi le pouvoir des masses risquerait d’être compromis par la pesanteur rétrograde de l’administration, il faut que les conséquences de ces transformations sur la situation des employés concernés soient clairement débattues dans leurs organisations.

    En ce domaine comme dans tous les autres, les choses ne peuvent avancer à coups de décrets venant d’en haut, car ce qui est en jeu ici c’est la participation active, consciente de la masse des employés, aujourd’hui rouages anonymes de l’immense machine bureaucratique, à la reconstruction d’une administration servant les intérêts de l’édification du socialisme.

    Si certains cadres devront sans doute être ménagés, dans la mesure où leur savoir technique est utile et tant que les travailleurs n’auront pas assimilé ce savoir, un très grand nombre d’entre eux seront fermement invités comme tous les parasites bourgeois à aller réanimer par leur travail les régions que le développement du capitalisme a vidées de leur substance.

    Le poids de tous les services administratifs, publics ou privés, dans l’activité concentrée dans les grandes villes -et notamment Paris, se trouvera donc réduit d’une part en raison de l’allègement de tes services et d’autre part par la décentralisation de ces activités; cela apportera une contribution positive à la politique de désengorgement des villes et donc à la solution des écarts entre ville et campagne.

    Le retour au pays, au village où des millions de citadins d’aujourd’hui sont nés et dont ils ont été chassés par le chômage, permettra progressivement de désengorger les grandes villes.

    D’autre part, le rétablissement au sein même des grands centres des activités productives qui ont été étouffées par le développement des bureaux permettra de reconstituer une véritable vie sociale dans les quartiers qui sera encore favorisée par un effort pour réaliser, sur la base de la réanimation des quartiers, le rapprochement entre domicile et travail.

    C’est non seulement l’élimination de tous les gaspillages de temps et de richesses que cette restructuration des villes permettra, mais aussi la possibilité de constituer de véritables collectivités qui pourront prendre en charge leurs affaires.

    Si la résolution de la contradiction entre ville et campagne suppose de profondes modifications des villes, elle repose surtout sur la transformation des campagnes: transformation de l’agriculture et industrialisation de l’espace rural.

    L’agriculture actuelle doit être révolutionnaire tant sur le plan de sa production que sur celui de son organisation sociale.

    Les grands domaines des paysans capitalistes et des propriétaires fonciers seront immédiatement collectivisés devenant propriété d’Etat et exploités par les anciens ouvriers agricoles, par des paysans pauvres n’ayant pas assez de terre pour vivre.

    Les anciens exploitants, s’ils acceptent le rôle dirigeant des ouvriers agricoles et des paysans pauvres, pourront être associés à l’exploitation de ces terres. La gestion de ces fermes d’État devra sur un grand nombre de questions être prise en charge par les organisations de base locales du pouvoir socialiste.

    Le caractère avancé de cette forme d’organisation de l’agriculture constitue un stimulant à la socialisation d’ensemble de l’agriculture.

    Car si la collectivisation du petit nombre de grandes exploitations accaparant une partie importante de la superficie agricole totale ne soulève pas de grandes difficultés, la transformation de l’agriculture doit résoudre surtout le problème des paysans pauvres qui n’emploient aucun salarié, qui ont tout juste aujourd’hui de quoi subsister et qui sont constamment acculés à la misère, à l’exode.

    Un décret de collectivisation des exploitations de ces paysans serait doublement erroné. En premier lieu parce qu’ils restent attachés à leur petite propriété qui leur semble, à tort, une garantie d’indépendance. A tort parce qu’aujourd’hui le capital parvient à se soumettre le travail des paysans par les contrats, par les prix, par le crédit, sans toucher à la propriété formelle du petit paysan. Mais, c’est dans la pratique, par l’expérience qu’il faut convaincre ces paysans que la socialisation de l’agriculture constitue bien la véritable issue pour eux.

    La collectivisation forcée, que la bourgeoisie s’emploie à présenter comme le projet des communistes pour détourner les paysans pauvres de l’alliance avec la classe ouvrière, serait aussi une erreur économique. En effet des rapports de production socialistes fondés sur la propriété sociale n’ont de sens que si les forces productives ont elles mêmes acquis un caractère social. Ce qui n’est pas le cas de la petite production parcellaire.

    Pour ces deux raisons la socialisation de la petite production agricole doit se réaliser par étapes, par le développement de la coopération entre paysans: mise en commun de certains instruments de production, exploitation en commun des terres.

    Dans les organisations de base du pouvoir le débat sur les transformations socialistes de la campagne sera impulsé par les ouvriers pour que les idées fausses léguées par la société capitaliste soient combattues en profondeur en s’appuyant sur les expériences les plus avancées de socialisation, sur les avantages qu’elles apportent aux paysans qui y participent.

    Sur le plan de la production de grands efforts devront être faits pour que la production de la campagne et notamment celle de l’élevage fournisse des produits de qualité. Alors que dans la société capitaliste la bataille des rendements imposée par la concurrence débouche sur la baisse de qualité des produits, l’agriculture socialiste devra progressivement reconstruire toutes les chaînes alimentaires.

    La recherche agronomique sera développée sur de nouvelles bases, prenant pour axe de produire dans les meilleures conditions des produits de qualité.

    La baisse des rendements qui pourra en résulter sera largement compensée, au fur et à mesure du développement de la coopération socialiste, par une meilleure efficacité des équipements agricoles et de l’emploi des hommes.

    Cette lutte pour produire des biens agricoles satisfaisant mieux les besoins alimentaires ne pourra être menée par les paysans qu’en rapport étroit avec les masses, notamment des ouvriers, par des enquêtes auprès des consommateurs.

    C’est surtout dans le domaine de l’élevage, de la production viticole et fruitière, des produits maraîchers que les plus grands progrès sont à faire.

    L’autre aspect de la transformation socialiste des campagnes est l’industrialisation de l’espace rural. Le dépeuplement des campagnes et l’hypertrophie des villes ne peuvent être combattus que par une profonde redistribution de l’industrie dans le territoire national.

    La résolution de la question de l’énergie et des matières premières, qui est une des conditions de l’indépendance de la France socialiste, sera un facteur de la décentralisation industrielle. Car, autour des multiples centres de production de ces produits, des industries de transformation peuvent se développer ce qui permettra par ailleurs de substantielles économies de transport.

    La décentralisation sera aussi guidée par la volonté de répondre pleinement au mot d’ordre des masses « vivre et travailler au pays » et par le souci de permettre à ceux qui ont dû émigrer dans les villes de retourner au pays. Cet objectif rencontre celui d’implanter chaque fois que c’est techniquement possible des unités de production industrielle de petite taille à proximité des lieux de consommation.

    Un grand nombre de produits d’usage courant, notamment ceux nécessaires à l’agriculture peuvent ainsi être produits dans des usines installées au niveau de l’arrondissement ou du département.

    Une telle répartition, outre les économies de transport, permet un allègement des tâches de commercialisation et une meilleure adaptation quantitative et qualitative aux besoins. Enfin elle renforce les liens entre ouvriers et paysans par le rapprochement des activités agricoles et industrielles, qui se traduit par la présence côte à côte des ouvriers et des paysans dans les organes du pouvoir local.

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  • Le Parti de type nouveau (1977)

    [Tiré du Manifeste pour le socialisme, 1977.].

    POUR LA RÉVOLUTION ET LE SOCIALISME, LE PARTI COMMUNISTE DE TYPE NOUVEAU

    Depuis qu’il s’est constitué en classe, face à la bourgeoisie exploiteuse, quatre fois au moins le prolétariat de notre pays a secoué le joug qui l’opprime jusqu’à ouvrir une brèche sérieuse dans le système de domination capitaliste. Trois fois, la révolution prolétarienne a frappé à la porte de l’Histoire: 1871 -1936- 1945-.

    Si l’assaut victorieux n’a pu être donné, si l’initiative décisive n’a pu être prise, c’est bien parce qu’à chaque fois, ou le parti de la classe ouvrière n’existait pas, ou il a fait obstacle au développement du processus révolutionnaire. Espoirs déçus, amertume de la défaite qui appellent avec d’autant plus de force la nécessité de construire en France le parti de type nouveau.

    Mais pourquoi cette nécessité aujourd’hui dans notre pays ? Au lendemain de la première guerre mondiale, au congrès de Tours, était créé le Parti Communiste Français. Parti qui devait s’édifier pour élaborer les tâches de la Révolution propres à la situation dans notre pays.

    Cela exigeait de lui, à l’image du parti bolchevik, une rupture radicale avec les orientations et pratiques des partis de la deuxième Internationale. Orientations et pratiques qui détournaient la classe ouvrière de la préparation de la Révolution et voulaient la mettre à la remorque de la politique bourgeoise.

    Même s’il a su mener des actions révolutionnaires importantes, le PCF s’est montré incapable, dès 36, de faire prévaloir dans la situation de crise ouverte, les intérêts autonomes de la classe ouvrière. En 1945, c’est la ligne révisionniste qui l’emportait, ligne de capitulation.

    Avec la scission opérée au sein du mouvement international par les révisionnistes khrouchtchéviens, le PCF devient irrémédiablement un parti bourgeois. C’est en tous points contre ce parti que doit se construire aujourd’hui, se développer le parti de type nouveau.

    Contre les partis de la deuxième Internationale, entrés dans le jeu politique bourgeois, le parti bolchevik traçait en URSS, en Octobre 17, la voie de la victoire pour la classe ouvrière.

    C’était le premier pouvoir des soviets. Aujourd’hui en France, nous appuyant sur les principes universels de cette Révolution, il nous faut élaborer la théorie de notre propre Révolution. La situation est nouvelle.

    L’expérience négative de la restauration du capitalisme en URSS, l’expérience positive de construction du socialisme en Chine nous montrent la nécessité d’une lutte intransigeante, à l’intérieur même. du parti contre tout. germe de dégénérescence. Sans cette lutte permanente, le parti communiste tend à se transformer en son contraire, un parti bourgeois.

    Depuis 17, en France même, l’expérience négative et positive de la classe ouvrière s’est considérablement enrichie. On ne peut concevoir la construction du parti de type nouveau sans la rapporter à la situation concrète de la lutte de classes aujourd’hui, aux exigences nouvelles qui se font jour.

    C’est en se fondant sur les acquis du prolétariat et des peuples du monde dans leur lutte révolutionnaire, en rapportant cette expérience accumulée à la pratique dans notre propre pays que se construira le parti nécessaire à notre révolution.

    Par la liaison des principes universels concernant l’édification d’un parti communiste à l’expérience même de construction du parti en France, s’édifiera le parti de type nouveau, capable de tracer la voie de la révolution.

    Quel parti proposons-nous ?

    Le parti de type nouveau se développe en étroite liaison avec le recul du PCF, parti qui a définitivement renoncé à la défense des intérêts autonomes du prolétariat.

    Cette opposition radicale porte non seulement sur le projet politique, sur l’analyse de la situation mais aussi sur le parti lui-même, son fonctionnement, sa liaison aux masses. De ce point de vue, l’expérience d’édification du Parti Communiste Chinois est porteuse d’enseignements universels à rapporter aux conditions spécifiques de notre pays.

    Le parti rassemble la partie la plus consciente, la plus révolutionnaire de la classe ouvrière, élaborant une vision d’ensemble du développement historique. Pourquoi le parti ne peut-il regrouper immédiatement, organiser tous les prolétaires ?

    Le fait même de la domination bourgeoise conduit à tronquer, à déformer la vision de la réalité et parvient momentanément à illusionner une frange de la classe ouvrière, à lui masquer la connaissance de son propre intérêt de classe.

    De façon permanente, il existe une lutte d’idées où se confrontent des points de vue différents.

    Ainsi deux conceptions du monde s’y affrontent. Celle que la bourgeoisie essaie d’imposer, celle que le PCF diffuse et qui entretient le pessimisme sur la possibilité de transformation révolutionnaire, qui prétend fixer de toute éternité la domination de la classe bourgeoise, qui entretient l’individualisme, le doute sur les capacités révolutionnaires du prolétariat de notre pays.

    Et l’autre conception, prolétarienne, scientifique qui reflète le développement contradictoire de la réalité, la nécessité et l’inéluctabilité de la transformation révolutionnaire de cette société.

    Elle exprime la voie de l’avenir. Le parti a pour tâche de participer à cette grande lutte d’idées, non pas pour y imposer un point de vue juste de l’extérieur, mais pour systématiser les idées justes qui existent, qui s’enracinent dans l’expérience quotidienne.

    En effet, la vérité révolutionnaire, l’élaboration d’un point de vue juste sur la situation, la construction de la théorie de notre révolution ne peuvent se faire qu’en se fondant sur l’expérience accumulée par le prolétariat international qui s’enrichit du bilan de la pratique quotidienne de lutte des masses dans notre pays.

    Le parti, dans ces conditions, ne peut en aucune façon constituer une machine bureaucratique décrétant ce qu’il faut faire, imposant son point de vue. La justesse de ses idées, c’est l’action même des masses qui la prouve. Le parti part fondamentalement du point de vue que ce sont les masses qui font l’histoire, qui constituent la force motrice de transformation révolutionnaire de la société.

    Ce ne peut donc être qu’en systématisant les idées justes des masses, en partant de ces points de vue qui vont dans le sens de l’avancée de la Révolution, en les étudiant, et les rassemblant, qu’il peut construire à partir de là des propositions politiques qui correspondent aux tâches révolutionnaires du moment. Son énergie, sa force, reposent sur la liaison étroite avec la classe ouvrière.

    Sa fonction est de libérer l’initiative créatrice qui existe dans les masses et non de se substituer à elles.

    Ainsi, le parti ne peut prétendre être le dépositaire d’une vérité toute faite qu’il détiendrait a priori, il lui faut mener la lutte contre les idées fausses dans les masses et en lui-même, qui paralysent l’initiative, suscitent le découragement, ne prenant en compte qu’un aspect de la réalité, ne défendant pas l’intérêt d’ensemble du prolétariat.

    C’est seulement ainsi, s’appuyant sur le bilan des expériences passées, liant celui-ci au mouvement actuel, qu’il élabore la théorie de la révolution en France. C’est seulement ainsi qu’il peut renforcer l’unité de la classe ouvrière autour des objectifs de son émancipation.

    C’est seulement ainsi qu’il met celle-ci à même de sans cesse mieux connaître son propre intérêt d’ensemble, qu’il s’appuie totalement sur elle. Dans ces conditions, sur cette base, le parti peut élaborer le point de vue d’ensemble, inscrire l’action actuelle dans le développement historique.

    Par l’application de la ligne de masse, le parti peut mobiliser largement, susciter l’enthousiasme pour la Révolution, lutter pied à pied contre les idées de capitulation.

    Ayant pleine confiance dans les capacités révolutionnaires de la classe ouvrière, le parti développe la force d’initiative, la force créatrice de celle-ci. En opposition totale au PCF qui lui, recueille toutes les idées qui détournent le prolétariat de sa mission historique, il concentre en lui-même tout ce qui s’inscrit dans la perspective de la Révolution.

    Refusant de compter seulement sur la force et l’activité de quelques uns, il s’appuie sur le plus grand nombre, faisant connaître très largement sa politique et les tâches du moment élaborées sur la base du bilan des luttes et victoires du prolétariat de notre pays et des autres pays.

    Et c’est par la seule persuasion, par une large lutte d’idées que le parti combat et fait reculer les points de vue qui se dressent comme des obstacles à l’avancée révolutionnaire.

    Dans son fonctionnement interne, le parti applique le principe du centralisme démocratique. Ainsi, l’élaboration de sa ligne politique, la construction d’un point de vue d’ensemble reposent sur tous les membres du parti.

    De ce point de vue, le parti a pour tâche de transformer, de traiter, de concentrer en lui-même, sur la base de sa pratique sociale et celle des masses, les idées justes de celles-ci.

    Sans ce travail d’élaboration interne, toute l’expérience acquise dans les luttes, toutes les idées issues de ces luttes, resteraient dispersées et ne pourraient devenir un acquis pour l’ensemble de la classe. En aucune façon, le parti ne peut élaborer sur sa seule base une juste ligne politique. Ce ne peut être non plus quelques personnes dans un parti qui peuvent élaborer les propositions politiques d’ensemble.

    C’est chaque membre du parti qui s’approprie ce point de vue d’ensemble, et participe à son enrichissement en le confrontant à sa propre pratique sociale dans le cadre de sa cellule.

    En approfondissant les leçons du travail quotidien à la lumière du marxisme-léninisme, en tirant le bilan des initiatives, en s’appuyant sur les victoires quotidiennes contre le révisionnisme, le parti peut tracer la voie de la Révolution.

    Mais pourquoi le centralisme ? Pour fixer les tâches, il est nécessaire de faire l’analyse de la situation dans son ensemble. La lutte contre la bourgeoisie exige que le parti de la classe ouvrière puisse centraliser l’ensemble des éléments d’appréciation de la situation, puisse faire converger en un tout unique l’énergie révolutionnaire des masses.

    Sans ce cadre strictement centralisé, c’est la dispersion des efforts qui s’effectue, c’est la dispersion des idées justes qui est maintenue.

    Pour élaborer la théorie de la révolution, le parti se constitue nécessairement en force agissante qui guide la transformation révolutionnaire de la réalité. Par le renforcement du centralisme, le parti se donne les moyens de rassembler en un tout unique l’effort d’ensemble pour une progression effective dans la préparation de la Révolution.

    Et cette discipline nécessaire dans l’action ne se présente nullement comme une contrainte extérieure, mais comme une nécessité interne pour une réalisation rigoureuse de tâches déterminées collectivement.

    Le parti ne constitue pas un îlot dans la société. La lutte de classes qui traverse cette société, la lutte entre les deux voies qui existe dans la classe ouvrière se reflète nécessairement à l’intérieur même du parti.

    Les points de vue justes n’existent donc pas d’emblée, ils se construisent, se précisent au cours même de la lutte entre deux voies, deux lignes, deux classes. Et c’est en maîtrisant de mieux en mieux cette loi de son édification que le parti peut s’édifier. Ainsi, il y a nécessité dans le parti d’une large démocratie prolétarienne.

    Celle-ci en opposition radicale avec la démocratie bourgeoise qui se définit en négatif constitue le devoir pour chaque militant de participer à la vie politique, de donner son point de vue, d’exprimer ses idées.

    Sans cette participation active, consciente de chacun, la démocratie est une coquille vide et l’élaboration d’un point de vue d’ensemble est compromise. Seule, cette large et vivante confrontation de points de vue, sur la base de la pratique sociale, permet la construction de propositions justes, auxquelles chaque membre du parti prend part.

    Si des points de vue justes ne sont pas donnés d’emblée, mais sont le résultat d’un processus de lutte, cela signifie que le parti est amené à chaque moment, dans son fonctionnement à résoudre des contradictions.

    Cela se fait par la critique et l’autocritique. Par ce moyen, peuvent être dépassés les points de vue partiels, superficiels, unilatéraux, par ce moyen, peuvent être combattues les conceptions étrangères au marxisme-léninisme, les influences révisionnistes dans le parti lui-même.

    Ainsi, par son fonctionnement, le parti. donne les moyens à chacun de ses membres de s’approprier un point de vue d’ensemble, de s’assimiler le marxisme-léninisme, d’analyser une situation tout en la transformant. Mais le parti ne peut corriger les défauts et se renforcer en s’appuyant uniquement sur la vigilance révolutionnaire de ses membres. Il doit se soumettre à la critique des masses, se garder de masquer ses erreurs.

    En effet, c’est en analysant lui-même ses insuffisances devant les masses, c’est en sollicitant leurs critiques, leurs suggestions que le parti peut s’édifier en véritable parti communiste. Loin de tenter de s’abriter de la critique des masses, le parti doit donner à celles-ci le moyen de contribuer à corriger les erreurs, en révélant celles-ci.

    Ainsi, avec l’avancée dans l’édification du parti, les idées justes gagnent du terrain à l’échelle d’ensemble de la classe ouvrière. La participation active du parti à la lutte d’idées, à la détermination de tâches, permet une appropriation sans cesse élargie des problèmes liés à la révolution.

    Dans ce processus, la ligne prolétarienne du parti se précise, correspond de plus en plus étroitement aux nécessités, aux exigences de la situation concrète. C’est cela fondamentalement qui conduit à une prolétarisation renforcée du parti, à un élargissement significatif et croissant de ses forces dans la classe ouvrière, rassemblant en lui tous les éléments les plus conscients, les plus expérimentés, les plus révolutionnaires.

    Et ces camarades ouvriers prennent nécessairement une place de plus en plus importante dans ce parti qui est le parti de leur classe, non pas simplement en y étant de plus en plus nombreux, mais sur la base d’une assimilation plus approfondie de l’idéologie de leur classe, en devenant très largement dirigeants et cadres du parti. C’est là aussi une exigence fondamentale du parti de type nouveau.

    A l’heure où dans notre pays, la société impérialiste révèle de plus en plus nettement son caractère décadent, où la Révolution constitue la seule issue possible, l’exigence de la construction du parti de type nouveau s’affirme avec une force accrue.

    Il est porteur des espoirs de milliers de prolétaires, qui aspirent à la révolution, à la construction d’une société socialiste. Nombreux sont ceux qui au coeur des bagnes capitalistes, font l’expérience chaque jour du caractère d’exploitation et d’oppression de cette société. Concentrant l’énergie révolutionnaire du prolétariat de notre pays, systématisant l’expérience de celui-ci, il saura tracer la voie de la révolution prolétarienne.  

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