Le premier congrès des écrivains soviétiques en 1934

En 1932, le Parti Communiste de Russie (bolchévik) décida d’unifier les écrivains dans une seule grande association. Ce choix est officialisé par la résolution du Comité Central du 23 avril 1932 : « Sur la restructuration des organisations littéraires et artistiques ».

La mise en place des décisions de la réalisation aboutit au premier congrès des écrivains soviétiques, à Moscou en 1934, ouvert le 17 août 1934, pour se dérouler du 19 août au 1er septembre.

Ce congrès des écrivains en 1934 fut la grande réalisation du mouvement lancé par les communistes soviétiques à la suite de la révolution de 1917 dans le domaine des arts et des lettres. Il s’est tenu de manière très organisée, en étant largement annoncé dans la presse, une grande valeur lui étant accordée, avec une très grande reconnaissance idéologique et culturelle.

Parmi les écrivains soviétiques, on trouvait notamment Feodor Gladkov, Samuil Marshak, Demyan Bedny, Leonid Leonov, Konstantin Fedin, Vsevolod Ivanov, Mikhail Sholokhov, Fyodor Panfyorov, Alexander Serafimovich, Aleksei Tolstoy, Aleksandr Fadeev, Mikhail Zoshchenko, Boris Pilnyak, Mikhail Prishvin, Ilya Ehrenbourg.

Parmi les auteurs venus hors d’URSS, on trouvait entre autres Johannes Becher, Louis Aragon, André Malraux, Ernst Toller, Vitezlav Nezval, Theodor Plivier, Willi Bredel.

Une soirée culturelle, avec Maxime Gorki et Lénine

En pratique, 53% des personnes participant étaient membres du Parti. 26 sessions furent tenues, avec 212 discours et présentations. Il y eut 41 messages de salutations, venant d’usines, de kolkhozes, d’écoles et d’universités, de l’armée rouge, d’organisations artistiques ainsi que d’organes du Parti.

Le congrès lui-même a envoyé des messages de salutations à Staline, à Kliment Vorochilov (commissaire politique pour la défense), au comité central du Parti, au conseil des commissaires du peuple, au conseil des ministres, aux écrivains révolutionnaires de Japon et de Chine, ainsi qu’à l’écrivain français Romain Rolland. Une lettre fut envoyée aux travailleurs des usines à papier d’Union Soviétique.

Différents discours ont encadré la congrès ; c’est ainsi Gorki qui a tenu le discours d’ouverture et celui de clôture, lançant un magnifique :

« Nous nous présentons comme les juges d’un monde voué à la mort et comme des hommes qui proclament l’humanisme authentique, l’humanisme du prolétariat révolutionnaire. »

Il tint également, dès le premier jour, un exposé sur la littérature soviétique et il prit de nouveau la parole aussi lors de la 9e session. Il fut, de fait, la grande figure du congrès.

Andreï Jdanov, secrétaire du comité central, intervint quant à lui le premier jour ; Karl Radek prit la parole lors de la 12e session au sujet de « La littérature mondiale moderne et les tâches de l’art prolétarien », et Nikolaï Boukharine prit la parole lors de la 19e session au sujet du thème « Poésie, poétique et les tâches de l’activité poétique en URSS ».

Karl Radek et Nikolaï Boukharine reprirent la parole, respectivement lors des 15e et 22e sessions, en réponse aux remarques suite à leurs interventions. Alexei Steckij, responsable de la section du comité central pour la culture et la propagande, prit la parole lors de la 23e session.

Une soirée culturelle, avec Maxime Gorki et Staline

La clôture du congrès alla de pair avec l’établissement des statuts. Ceux-ci se fondent directement sur la résolution du Parti d’avril 1932, soulignant « l’appropriation critique de l’héritage littéraire du passé ». Le réalisme socialiste est présenté comme

« la méthode fondamentale de la littérature artistique soviétique et de la critique littéraire »

Ce qui est exigé, c’est la

« mise en forme historique-concrète, conforme à la vérité, de la réalité et de son développement révolutionnaire »

Cependant, les communistes ne forment qu’une « fraction » de l’Union des écrivains. Du moment qu’un écrivain respecte la légalité socialiste, il peut rejoindre l’Union.

Ces statuts furent largement exposés dans la presse soviétique; le quotidien Izvestia traita chaque jour du congrès, la Pravda le traita régulièrement, la Literaturnaja gazeta fut publiée quotidiennement pendant le congrès.

L’idée mise en avant était que la littérature devait avancer, se mettre en adéquation avec les progrès qu’avaient connus la société. Selon le mot de Staline, les écrivains étaient les « ingénieurs des âmes ».

Tant Staline que Maxime Gorki soulignaient l’importance de donner naissance au réalisme socialiste; ils mirent en avant la démarche, l’esprit, le contenu, soit l’accompagnement de la construction du socialisme. Il n’y avait pas d’explication quant à la forme, il n’y avait pas d’obligation.

Le socialisme ne commande pas à la littérature, il orchestre le mouvement, il indique le chemin, et il doit convaincre. C’est le principe de la « littérature de tendance ». C’est Andreï Jdanov qui théorisa le principe, dont les grandes lignes ont été établies par Lénine.

Andreï Jdanov parla de « romantisme révolutionnaire », de « romantisme de nouveau type », composante incontournable du réalisme socialiste.

Dans ce cadre, la Pravda numéro 229 du 20 août 1934 publia un discours d’Andreï Jdanov, deux jours après la tenue de celui de Maxime Gorki, lui aussi publié. Les deux discours commençaient à la page deux, furent publiés en entier, malgré leur longueur, et accompagnés d’une grande photographie.

Le même numéro de la Pravda publia également en entier une lettre de salutation, depuis Nice, de Heinrich Mann, le grand auteur communiste allemand désormais réfugié, ainsi que des messages des écrivains allemands Oskar Maria Graf (présent au congrès) et Lion Feuchtwanger.

La Pravda publia ainsi de manière régulière, et en y accordant une grande place, les activités du congrès.

Le 26 août, la résolution appela à la lutte les écrivains du monde entier, contre l’oppression capitaliste, la barbarie fasciste, contre l’esclavagisme colonialiste, contre la préparation d’une nouvelle guerre impérialiste et pour la défense de l’Union Soviétique.

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