Les faux ‘‘maoïstes’’ : de la paraphrase et la peur de la guerre populaire

Le problème quand on a des idées nouvelles dans un pays capitaliste développé, c’est qu’il y a forcément de nombreux petits-bourgeois qui tentent de se les approprier. Acquérir de nouvelles conceptions n’est pas une mauvaise chose en soi, mais les petits-bourgeois ne savent pas le faire sans procéder à d’importantes déformations. Parfois, c’est sincère ; dans d’autres cas cela aboutit à de véritables détournements, des falsifications.

Il va de soi que notre affirmation du maoïsme n’a pas échappé à ce processus, avec de très nombreux individus et groupes tentant de récupérer notre travail, de se faire passer pour ce qu’ils ne sont pas. Nous avons toujours observé cela avec attention, mais avec distance, pour deux raisons.

La première, c’est que nous menons notre propre travail et que nous en sommes satisfaits. Que des faux maoïstes s’agitent sur Facebook, recrutent sur les forums, fréquentent les milieux anarchistes, disent du mal du nous en racontant que nous n’existerions pas, etc., ce n’est en soi nullement traumatisant. Quand on n’a pas d’ego, mais qu’on sert réellement le peuple, de tels phénomènes laissent de marbre.

La seconde, c’est qu’il faut toujours voir s’il n’y a pas quelque chose de positif qui peut apparaître dans un tel processus. C’est très important, parce que le processus de rupture avec le capitalisme est quelque chose de difficile, parfois il y a des détours, pour ne pas dire tout le temps.

Le problème, c’est que pour parvenir à quelque chose, il faut du temps, il faut de la patience. Or, la petite-bourgeoisie n’en a pas. Cela fait que même si quelque chose de positif pouvait ressortir de tout cela, il n’y en avait pas le temps.

On a ainsi une Unité Communiste Lyon qui s’est formée en se revendiquant du maoïsme et en nous dénigrant, puis très vite le maoïsme a été mis de côté. Il y a une Organisation Communiste Futur Rouge qui a fait exactement de même. Il y a eu un Parti Communiste Maoïste qui s’est présenté comme un centre d’agitation, pour disparaître du jour au lendemain sans rien expliquer. La liste de choses similaires à cela est très longue.

Et cela relève d’un fil ininterrompu. La « Cause du peuple » a par exemple publié un article en janvier 2021, où on lit une paraphrase complète de ce que nous-mêmes disons :

« Les gouvernements bourgeois ne pourront pas combattre l’épidémie de covid-19, qui, par sa nature même, risque de devenir endémique.

La catastrophe de la gestion du covid-19 risque de se répeter avec la multiplication des épidémies, causés par la crise que traverse la biosphère, qui est une partie de la crise générale de notre système économique. »

Nous sommes les seuls à parler de Biosphère de manière développée et nous sommes les seuls à expliquer que la crise de la biosphère est une partie de la crise du système économique, encore que dit comme cela c’est inexact, puisque nous parlons de crise générale du mode de production, pas simplement d’un « système économique ».

Mais nous l’avons déjà dit ailleurs (Le faux maoïsme, un exemple de diversionnisme ; Les faux « maoïstes », un opportunisme régressif). Le faux maoïsme n’existe que comme notre ombre, de manière déformée, de manière défigurée.

Et nous voulons souligner ici un aspect essentiel à la base de ce phénomène : la peur de la guerre populaire, c’est-à-dire la peur de l’organisation, la peur de l’insurrection.

La peur de la guerre populaire

Il existe en Italie un « Parti Communiste Maoïste », qui affirme être pour la guerre populaire. Cependant, alors qu’il y a eu une intense lutte armée en Italie dans les décennies 1970-1990, il n’en dit pas un mot. Il existait même déjà durant cette période, sans évidemment ne rien faire.

C’est un excellent contre-exemple. Quand on est révolutionnaire, on sait qu’il y a immédiatement deux tendances. Il y a ceux qui parlent beaucoup, mais qui finalement font du syndicalisme. Ce n’est pas pour rien d’ailleurs que les faux maoïstes ont toujours soutenu la CGT, alors que la base du maoïsme en France, c’est le rejet de la CGT. Et il y a ceux qui ne disent rien, mais font le travail de fond, en évitant les associations, les syndicats, le regard de l’État.

Il est très facile, naturellement, pour les premiers de dire que les seconds n’existent pas. En même temps, les premiers sont constamment obligés de s’adapter afin de se donner une image « révolutionnaire », d’où leur fascination – répulsion pour les seconds.

Nous avons toujours constaté ce phénomène et selon nous, il ne s’arrêtera pas pour toute une longue période. Il y a toujours eu des petits-bourgeois comprenant que nous avons raison, mais s’arrêtant au dernier moment parce qu’il y a un obstacle à franchir : l’acceptation de la guerre populaire.

Dire qu’on est pour la révolution, c’est une chose. Assumer qu’il faille organiser un soulèvement à grande échelle, c’est bien souvent autre chose.

C’est là la frontière très claire que les faux maoïstes, petits-bourgeois par définition, ne peuvent pas franchir. Même s’ils prétendent la franchir, ils sont stoppés malgré eux-mêmes dans leur élan, en raison de leur propre nature de classe.

Ce n’est pas pour rien que les faux maoïstes ne s’intéressent d’ailleurs pas du tout à nos nombreuses analyses matérialistes historiques. Tout ce qui les intéresse, c’est l’apparence, les mots qui claquent, les concepts qui sonnent à la fois comme forts et nouveaux. Ce qui donne des choses grotesques, comme l’utilisation dans des pays impérialistes du symbole du Parti Communiste du Pérou pour lutter contre la « transphobie », alors que Gonzalo considérait que même l’homosexualité, anti-dialectique dans sa nature, disparaîtrait avec le socialisme.

Le symbole du PCP, qui lui appartient à lui seul

Cependant, quand on utilise des mots, ceux-ci entraînent. Il faut alors assumer ou non. Le Parti Communiste Maoïste annonce en 2016 qu’il veut la guerre populaire, puis cesse en juillet 2020 de publier quoi que ce soit sur son site et fait disparaître sa page Facebook. Quel est le sens de tout cela ?

Placer l’idéologie au poste de commandement

Il ne s’agit pas de critiquer une agitation contre le capitalisme, car cela c’est forcément bien. Mais sans continuité, sans élévation du niveau de conscience, une chose se retourne aisément en son contraire. Et alors qu’on croit faire avancer les choses, on a en fait contribué à la confusion, aux illusions, au spontanéisme.

C’est pour cela que Mao Zedong enseigne qu’il faut placer l’idéologie au poste de commandement. Les faux maoïstes ont par contre une idéologie qui tient sur une carte postale, au nom d’une pratique qui n’est rien d’autre que du syndicalisme, voire de la charité. Il y a des gens qui s’imaginent maoïstes en France parce qu’ils proposent des paquets de pâtes gratuitement ! En France, pays impérialiste, où la majeure partie des gens possèdent leur logement, alors que la sécurité sociale est universelle !

Ce genre de fiction n’a rien à voir avec la guerre populaire comme perspective de destruction de l’État par l’océan des masses en armes. Et cela rappelle comment, dans un pays impérialiste, la petite-bourgeoisie est aisément en mesure d’inventer des contes à dormir debout.

D’où la primauté de l’idéologie, sa compréhension systématique, sa considération qu’elle est notre véritable forteresse.

Sous le drapeau de Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao Zedong !

Guerre populaire jusqu’au Communisme !

Parti Communiste de France (marxiste-léniniste-maoïste)

Janvier 2021

Programme du Bloc ouvrier et paysan

1925

Le Parti Communiste constate que la tuerie mondiale et les traités de violence qui l’ont suivie ont précipité le désordre, aggravé les maux de la société capitaliste et créé partout une situation intolérable aux travailleurs, exigeant sans délai une transformation complète du régime,

Nous assistons aux convulsions suprêmes d’un ordre social frappé à mort.

La monopolisation croissante des capitaux, de la production et dû l’échange par une oligarchie insatiable ; une crise économique et financière sans précédent; l’exploitation éhontée du travail des prolétaires !

La journée de huit heures en danger, les salaires réels avilis ; une spéculation effrénée sur les denrées et les logements qui, s’ajoutant à la baisse du franc, inflige la misère aux petites gens, cependant que de louches trafiquants font des fortunes vertigineuses; le poids écrasant des impôts! L’impossibilité, de jour en jour plus évidente, de la « reconstitution européenne » dans le cadre du régime actuel; un nombreux renouveau du militarisme et des armements, de la diplomatie secrète et du jeu néfaste des alliances, annonçant de nouvelles catastrophes…

Tout annonce l’écroulement du capitalisme et pose aux peuples, l’impérieux dilemme. :

— La révolution ou l’esclavage !

Depuis la fin de la guerre, la réaction française au pouvoir sous le nom de Bloc National n’a cessé de saboter la paix et d’exciter contre la France officielle la juste colère de tous les peuples du monde.

Par la faute des Millerand, des Poincaré et d’une Chambre infâme de millionnaires et de mercantis, la France est entourée de l’hostilité générale. Elle n’a comme alliés que les gouvernants des petits États sans indépendance, achetés avec les millions des contribuables français, mais dont les peuples désavouent la vassalité.

Sous le prétexte mensonger d’exiger de l’Allemagne le paiement des réparations, en réalité pour satisfaire aux appétits d’une clique d’industriels et de financiers qui fait la loi dans ce pays, le Bloc National a entrepris l’occupation de la Ruhr qui porte à son comble le désastre européen.

Non seulement il a plongé ainsi le peuple allemand dans une misère atroce, crime inexpiable, non seulement il a augmenté le déficit du budget français au lieu de le réduire, mais il a irrémédiablement compromis toute chance de restauration économique de l’Europe.

Les capitalistes français et allemands s’entendent aujourd’hui comme larrons en foire au détriment de la classe ouvrière de France et d’Allemagne qui devra payer les frais de l’opération criminelle.

Et pour assurer sa toute-puissance établie sur la misère de multitudes exploitées et opprimées, le Bloc National, gendarme de l’Europe, entretient une armée gigantesque et parasitaire.

Seule, la République ouvrière et paysanne des Soviets de Russie, malgré son isolement et les ruines causées par la guerre et la contre-révolution, travaille à maintenir la paix et à créer des œuvres de vie, tandis que le Bloc National poursuit son œuvre de mort.

A la veille d’être chassé du pouvoir, le Bloc National lègue au pays un triste héritage ; augmentation de 20 % de tous les impôts, directs et indirects, livraison des monopoles d’État à la voracité du capital privé, abandon de la réforme des pensions, retrait du projet des assurances sociales. Par contre il ne parle nullement d’évacuer la Ruhr, de réduire les dépenses militaires et de cesser ses envois d’argent aux États vassaux de l’Europe centrale.

Le Parti Communiste dénonce aux masses populaires l’irrémédiable banqueroute de la bourgeoisie, son impuissance à sauver la civilisation, son incapacité d’enrayer la crise économique qui épuisé lentement les peuples, de rétablir un minimum de paix, de sécurité et de bien-être pour les masses.

Inquiète de la haine croissante que suscite dans le pays le Bloc National, la bourgeoisie prend la précaution de constituer un nouveau bloc de défense capitaliste qui, sons le nom dé Bloc des Gauches, continuera à duper les masses populaires.

Le Bloc des Gauches n’est pas une nouveauté. Quinze années de domination radicale avant la guerre ont montré que les travailleurs auraient tort d’attendre que la bourgeoisie gouvernante, quelles que soient les étiquettes dont elle se pare, autre, chose qu’oppression, exploitation et parfois même répression sanglante.

Les fusillades du Havre n’ont fait qu’éveiller l’écho des fusillades Draveil et de Narbonne. Sous le règne même du Bloc National, trois membres du Parti radical siègent aux côtés de Poincaré au Conseil des ministres. Les futurs chefs du Bloc des Gauches, Herriot et Franklin-Bouillon se sont associés à la politique impérialiste du Bloc National, dirigée contre la classe ouvrière : impôts écrasants, révocation de 25.000 cheminots, crédits pour l’opération criminelle de la Ruhr.

A bas la bourgeoisie ! Place au prolétariat ! Contre le gouvernement capitaliste incapable et sanguinaire, contre le despotisme d’une oligarchie de métallurgistes, de banquiers et de mercantis, qui oppriment et dévalisent la France, le Parti Communiste lève le drapeau du gouvernement ouvrier et paysan.

Seul un gouvernement ouvrier et paysan, soutenu par les organisations de travailleurs, sauvera le pays de la tyrannie de l’argent, de la barbarie de la guerre, des crimes du fascisme et de la réaction.

Le gouvernement ouvrier et paysan, c’est le salut pour l’immense majorité du peuplé, pour tous ceux qui travaillent sans exploiter le travail d’autrui.

Le gouvernement ouvrier et paysan ne sera pas une institution parlementaire, il sera appuyé sur les organes de classe au prolétariat, syndicats, conseils d’usines, etc. Son action favorable aux exploités lèvera contre lui l’opposition violenté de ta bourgeoisie menacée dans ses privilèges et qui ne reculera devant aucun moyen pour l’abattre.

Le gouvernement ouvrier et paysan mobilisera toutes les forces ouvrières pour se défendre par tous les moyens et pour instaurer la dictature du prolétariat des villes et des campagnes seule, capable de vaincre définitivement la bourgeoisie.

Pour que le gouvernement ouvrier et paysan devienne une réalité, que faut-il ?

Il faut battre la bourgeoisie!

Il faut constituer, aux élections comme en toutes circonstances favorables, le Bloc ouvrier et paysan, la coalition de toutes les forces des travailleurs, s’opposant aux Blocs bourgeois, au Bloc de gauche comme au Bloc National.

Ni Bloc National, ni Bloc de gauche, tous deux instruments du capital! Bloc ouvrier et paysan, instrument de libération du travail !

Le Bloc ouvrier et paysan, c’est l’union des travailleurs des villes et des campagnes, des ouvriers, paysans, employés, fonctionnaires, de tous ceux qui aspirent à un ordre social meilleur, de tous ceux qui souffrent de la dictature insolente des rois de l’argent.

Le Parti Communiste appelle les organisations prolétariennes à former avec lui le Bloc ouvrier et paysan et met et avant des candidatures ouvrières et paysannes comme seules susceptibles de grouper la majorité des travailleurs.

Comme programme du Bloc ouvrier et paysan et du futur gouvernement ouvrier et paysan, le Parti Communiste propose :

1) Extinction de la dette publique par la saisie des grandes fortunes. Suppression de l’impôt survies salaires et des impôts indirects ;

2) Socialisation des banques, des mines, des chemins de fer et transports maritimes, des usines et fabriques, des assurances, du commerce des pétroles, et, d’une façon générale, de toute industrie employant plus de cinquante ouvriers,

Établissement, dans toutes les industries socialisées ou non, du contrôlé ouvrier (s’exerçant par les Comités d’usines), de la journée de huit heures {six heures dans les industries insalubres) et du minimum de salaire. Droit de coalition et de grève aux fonctionnaires et aux travailleurs étrangers.

Assurances sociales, sans cotisation ouvrière, contre tous les risqués afférents à la vie et au travail des ouvriers, paysans, employés, fonctionnaires, Salaire minimum aux mutilés et retraités du travail et de la guerre, la maternité fonction sociale,

3) Abolition de la Constitution, bourgeoise : substitution à la pseudo-démocratie bourgeoise d’une démocratie purement ouvrière et paysanne associant les syndicats ouvriers à la gestion des services publics. Égalité de tous les droits pour tous les citoyens saris distinction de sexe ;

4) Réquisition des locaux d’habitation, taxation des loyers, construction par les municipalités d’immeubles à loyers bon marché ;

5) Répression rigoureuse de la spéculation. Contrôle des prix par des commissions, syndicales et coopératives, développement des coopératives avec l’appui financier du gouvernement ouvrier et paysan ;

6) Suppression de l’armée permanente et de l’industrie privée des armements. Désarmement de la bourgeoisie et répression des menées fascistes, Armement du prolétariat.

Formation d’une milice ouvrière et paysanne pour la défense des conquêtes du Bloc ouvrier et paysan. Abolition des conseils de guerre et des bagnes miliaires. Octroi de tous les droits de citoyens aux mobilisés. Formation de conseils de soldats et de marins pour la défense de leurs droits et de leurs intérêts ;

7) Droit des colonies à disposer librement d’elles-mêmes ;

8) Instruction gratuite, laïque et obligatoire de tous les enfants de 6 à 16 ans. Enseignement supérieur à la portée de tous. Mise à la charge de l’Étal des frais d’entretien des jeunes gens qui, appartenant à la classe ouvrière, auront fait preuve d’aptitudes particulières. Réforme des programmes, en vue d’associer intimement, à tous les degrés d’enseignement, l’instruction professionnelle et technique à l’instruction générale ;

9) Suppression de la magistrature, Généralisation du jury. Amnistie, générale aux victimes du capitalisme ;

10) Expropriation des grands propriétaires fonciers. Remise des fermes et métairies expropriées soit à des coopératives agricoles, soit aux familles paysannes qui les cultivaient précédemment. Crédit agricole d’État pour le perfectionnement de l’outillage et de la technique. Électrification des campagnes.

Admission des ouvriers agricoles, journaliers, domestiques de ferme au bénéfice des lois ouvrières et des assurances sociales, les petits propriétaires exploitant eux-mêmes conserveront la jouissance de leur propriété:

11) Paiement immédiat de leurs dommages de guerre restés en souffrance aux petits et moyens sinistrés, Révision des Indemnités accordées aux sinistrés de la grande bourgeoisie. Répression du trafic des bons de cession !

12) Constitution d’une haute-cour populaire qui aura à juger :

les responsabilités de la tuerie mondiale et de sa prolongation ;

les responsabilités encourues par les chefs militaires, grands et petits, dans la conduite de la guerre ;

les profiteurs de la guerre ;

13) Annulation du traité de Versailles, qui n’est qu’une déclaration de guerre permanente. Conclusion d’une paix véritable sans annexions ni contributions de guerre. Mise en commun des dettes de guerre et des réparations. Évacuation de toutes les régions occupées: rappel de toutes les missions militaires. Alliance avec l’Union des Républiques soviétiques:

14) Subvention [=remplacement] des États-Unis d’Europe à la pseudo-Société des Nations.

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et la bolchevisation du Parti Communiste
Section Française de l’Internationale Communiste


Appel du 3e Congrès du Parti Communiste (SFIC)

Lyon, janvier 1924

Aux TRAVAILLEURS FRANÇAIS !
Aux TRAVAILLEURS DU MONDE !

Le troisième congrès du Parti Communiste français, réuni à Lyon, s’adresse aux travailleurs de France et du monde entier.

La France capitaliste vient de vivre une heure tragique de son existence : pour la première fois, elle a ressenti l’ébranlement annonciateur de sa fin. Ce que les communistes affirment depuis la guerre, et dont elle se riait, — elle l’a tout à coup entrevu.

La chute rapide du franc lui a donné pour la première fois conscience du danger. Et c’est elle-même qui compare sa position économique d’aujourd’hui à sa situation militaire de Verdun, où son sort était à la merci d’un hasard de la guerre.

La France capitaliste croyait échapper aux conséquences économiques de la guerre mondiale. Ayant bénéficié pour un temps de la victoire des alliés, grâce à l’oppression et à l’exploitation des peuples vaincus innocents, elle s’est grisée de sa prospérité apparente. Le moment est venu de déchanter. La catastrophe de 1914 a frappé à mort le régime lui-même et la France bourgeoise ne sera pas épargnée.

Comme l’Internationale Communiste l’a prévu, la question qui détermine la vie politique et sociale de l’Europe et dont la réponse décidera du sort de l’humanité, c’est celle de savoir qui paiera les frais gigantesques du honteux massacre.

La bourgeoisie française a proclamé que « l’Allemagne paiera » : elle a menti. Les ruines, les désastres et les dettes sont là. L’Allemagne capitaliste n’a pas payé et ne paiera pas. Ce sont les travailleurs français et allemands qui commencent à payer et qui paieront, à moins qu’ils ne se révoltent.

Au lendemain du carnage mondial, le prolétariat des tranchées et des usines était résolu à ne pas supporter les frais d’une guerre qu’il n’avait pas voulue, et qui n’a été provoquée et conduite que dans l’intérêt de groupes capitalistes rivaux.

La révolution partie victorieusement de Russie, gagnant les Balkans, la Hongrie, l’Autriche et l’Allemagne, s’annonçait même dans les États victorieux. Les travailleurs étaient animés d’une grande espérance de libération et d’une farouche volonté de vaincre.

Mais ils n’avaient pas alors, sauf en Russie, de parti communiste pour les organiser et les guider. La deuxième Internationale socialiste les trahit et sauva Ha bourgeoisie. Le prolétariat européen fut vaincu et la Révolution russe resta seule, encerclée, bloquée, assiégée.

La bourgeoisie fit payer cher à la classe ouvrière son inquiétude d’un jour. Elle réprima le mouvement prolétarien avec une férocité sans exemple dans l’histoire.


En Hongrie d’abord/où la Révolution fut trahie par les social-démocrates et les syndicalistes-réformistes, de connivence avec les généraux alliés, la réaction se livra à des vengeances atroces. En Allemagne, les social-démocrates eux-mêmes se firent les bourreaux des ouvriers de Berlin, de Munich et de la Ruhr.

Les pays limitrophes de la Russie, la Finlande, les États baltiques, et la Pologne furent plantés de potences et de poteaux d’exécution, leurs prisons bondées de prolétaires et de révolutionnaires. L’Italie, l’Espagne et la Bulgarie, conquises par des coups de force réactionnaires, sont devenues des bagnes pour les ouvriers. Une réaction implacable règne sur une grande partie de l’Europe.

Mais si le prolétariat fut momentanément vaincu, il n’est pas écrasé. En dépit des exactions de la bourgeoisie et de la social-démocratie, il a repris conscience de sa force.

Et, malgré des persécutions sans nombre, des partis communistes sont nés dans tous les pays, une nouvelle Internationale révolutionnaire s’est formée et grandit, appuyée sur la Révolution russe irréductible. Le mouvement communiste se développe et se fortifie, gagne des masses et tient tête aux gouvernements bourgeois.

En même temps que l’idée et l’organisation communistes progressent, la faillite de la démocratie bourgeoise s’avère irrémédiable. La soi-disant Société des Nations est un objet de dérision universelle— dans son impuissance caricaturale.

Les partis démocratiques, complices actifs ou passifs de la terreur blanche tombent dans le discrédit. Partout, la lutte des classes s’amplifie et le combat se livre entre la réaction et la révolution,

La France impérialiste a précipité encore les événements qui aboutiront à son désastre, en donnant cours aux appétits insatiables de sa ploutocratie dominante.

Elle a envahi les plus riches territoires allemands, occupé la Ruhr, sous le prétexte public d’imposer l’exécution du traité de Versailles, eu réalité pour assurer l’hégémonie du monde industriel. Maïs déjà, la rivalité des groupes capitalistes concurrents lui vaut l’hostilité de ses, alliés de guerre, bien résolus à contrecarrer sa monstrueuse expansion.

La France impérialiste a, contre elle, non seulement tous les peuples qui haïssent l’oppression, mais tous les capitalismes qui jalousent son insolente fortune.

Par son opération criminelle de la Ruhr, elle a définitivement consacré la faillite du chiffon de papier de Versailles, de ses signatures sans valeur arrachées par la violence et répudiées par les travailleurs des deux continents. Elle n’a réussi qu’à ruiner l’Allemagne laborieuse, à affamer cruellement un grand peuple, en attendant d’infliger la même ruine et la même famine au peuple français.

Les premiers signes de la débâcle sont apparus. La monnaie française subit une dépréciation qui rappelle celle de l’argent allemand, trois ans plus tôt. Le prix de la vie s’élève sans arrêt.

Les salaires ouvriers perdent chaque jour de leur valeur réelle. Les classes moyennes sont menacées dans leur niveau d’existence. Le gouvernement, après avoir masqué l’état précaire de ses finances avec le concours de la presse pourrie, avoue la gravité de la situation et recourt à des procédures d’exception.

Un parlement domestiqué s’apprête à voter sept milliards, de nouveaux impôts qui retomberont sur la masse travailleuse.

Les projets de loi d’intérêt social sont écartés, la loi de huit heures menacée d’abrogation.

De quelque côté que se tourne la ploutocratie française, elle ne voit que des ennemis, car mieux vaut ne pas parler de ses vassaux, acquis au prix de milliards et qui l’abandonneront dès qu’il n’y aura plus d’argent à toucher. Et voici qu’elle doit compter avec une renaissance manifeste du mouvement prolétarien occidental.

En Allemagne, le Parti Communiste est devenu la force dirigeante du prolétariat éveillé; près d’engager la lutte pour la révolution, il a dû ajourner son effort décisif devant la félonie renouvelée de la social-démocratie ; mais la situation reste profondément révolutionnaire et les masses ouvrières, réduites à une condition misérable, donneront l’assaut contre la bourgeoisie lorsqu’elles auront, éliminé leurs dirigeants indignes et seront convaincues de la nécessité d’engager une lutte sans merci.

En Angleterre la conscience de classe du prolétariat s’est exprimée sous la traditionnelle forme parlementaire, en attendant des expressions plus efficaces. Mais en ouvrant au Labour Party le chemin du pouvoir, elle franchit une étape indispensable vers la lutte révolutionnaire et dresse contre l’impérialisme français un obstacle d’importance.

Et en attendant l’inévitable déception que le gouvernement travailliste apportera aux ouvriers britanniques, par l’usage des moyens parlementaires et des procédures démocratiques, inventés pour consolider le régime bourgeois, le Labour Party ne pourra pas ne pas s’opposer aux menées impérialistes de la France.

Le déclin de l’impérialisme occidental fait un saisissant contraste avec l’essor ininterrompu de la grande Union des Républiques soviétiques.

Cette révolution russe, si décriée, si honnie, si bafouée, si calomniée, si accablée d’ennemis à l’intérieur et à l’extérieur, elle est debout, plus forte que jamais, après six ans de lutte, invaincue, invincible. Seule, la République soviétique, livrée au travail pacifique et constructeur, donne au monde l’exemple de la prospérité, de la création, de la vraie grandeur.

Les États bourgeois, qui avaient juré la perte du premier État prolétarien, se résignent à lui reconnaître le droit à l’existence, s’avouent impuissants même à l’ignorer. La reconnaissance de la République des Soviets est partout à l’ordre du jour.

L’Italie fasciste et l’Angleterre travailliste s’apprêtent à la proclamer, La France réactionnaire elle-même devra tôt ou tard s’y décider. C’est la victoire indiscutable de la Révolution prolétarienne sur un sixième du globe, la victoire du Parti Communiste de Russie.

Les communistes de toute la terre sont fiers de leurs frères russes et n’aspirent qu’à les égaler.

Le Parti Communiste français déclare qu’il mènera sans répit une guerre implacable au régime de sang de l’impérialisme et que, dans sa conscience du rôle particulièrement néfaste, de l’impérialisme français, il redoublera d’efforts pour le briser. Avec l’année 1924 commence une lutte opiniâtre pour la formation en France du Bloc des ouvriers et des paysans travailleurs, pour l’avènement au pouvoir d’un gouvernement ouvrier et paysan, étape vers la révolution.

Les travailleurs français, les exploités, les opprimés, tous ceux qui aspirent à la justice sociale, se rallieront au seul parti dont l’intérêt s’identifie au leur, dont la raison d’être est de faire triompher leur cause.

Les travailleurs du monde entier, pour aider à la victoire de leurs frères de France, grossiront les rangs de l’Internationale communiste.

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !

Unissez-vous sous le signe de la Troisième Internationale !

Le IIIe congrès du Parti Communiste français

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et la bolchevisation du Parti Communiste
Section Française de l’Internationale Communiste

Le jeune Parti Communiste SFIC et la question du centralisme démocratique

La victoire sur le confusionnisme de la première partie des années 1920 fut une étape essentielle ; on peut considérer que c’est à partir de 1925 que l’Internationale Communiste commence à prendre véritablement au sérieux sa section française.

Le souci, c’est que la bolchevisation ne s’appuyait pas sur un niveau idéologique suffisant dans le Parti Communiste Section Française de l’Internationale Communiste. Installer le centralisme démocratique est une chose, mais faire en sorte qu’il y ait une démocratie vivante et une interaction dialectique avec la direction en est une autre.

En clair, les militants ne savaient pas comment aborder les questions sociales, politiques, économiques, pour ne pas parler de celles idéologiques et culturelles.

Le Parti Communiste (SFIC) dispose depuis novembre 1924 d’un organe théorique, Les cahiers du bolchevisme, mais ceux-ci ne sont guère lus et encore moins compris ; en 1926, il tire à 5 000 exemplaires, alors qu’il y a autour de 55 000 membres.

Les communistes savent militer, savent pratiquer l’activisme et en parler ; ils ne savent pas poser les choses. Ce qui en découle est, fatalement, une direction s’arrogeant tous les droits et produisant au minimum une impression d’arbitraire, sans parler des véritables arbitraires d’une gestion par en haut unilatérale et sans explication aucune.

Les questions étaient réglées tendanciellement par circulaires d’ailleurs multipliées, les décisions d’en haut étaient exigées formellement et lorsqu’elles étaient appliquées, c’était mécaniquement, la direction ne répondait pas ou très tardivement aux questions ; les circulaires n’arrivent qu’au niveau sous la direction, celle des régions, ou bien en-dessous, dans les « rayons », mais ne parviennent pas forcément juste en-dessous aux cellules, etc.

Le problème de fond c’est que le bolchevisme avait été compris comme une machinerie efficace pour l’activisme. Une fois « bolchevisés », les communistes conservent cette optique mécanique et ils sont de fait désorientés.

Ne sachant pas poser les problèmes, ils s’étripent sur telle ou telle expérience, forment des fractions ou des coteries, bref se montent la tête sur telle ou telle question, formant une spirale de rancœur et de reproches.

Concrètement, la direction se cantonne dans le Bureau Politique et met de côté le reste du Comité Central, au motif qu’il le représenterait, qu’il est sa forme centralisée. Il prend des décisions toujours plus décalées d’une base qu’il ne connaît pas par l’absence d’un appareil réellement opérationnel à tous les niveaux. Cet appareil ne peut pas être formé, car la base est passive et rétive à la direction.

Un courant oppositionnel tenta de profiter du désarroi causé par la bolchevisation ; les lettres dénonçant la bolchevisation se multiplient, dont une lettre ouverte l’Internationale Communiste signée par 250 membres du Parti en octobre 1925.

On y lit dans cette lettre ce qui forme l’approche commune à tous les opposants à la bolchevisation :

« Afin de rompre complètement avec les méthodes d’organisation et d’action de la social-démocratie, le 5° Congrès mondial, voulant hâter la « bolchevisation » du Parti, a décidé sa reconstruction sur la base des cellules d’usine. Nos délégués ont accepté sans discussion le nouveau mot d’ordre.

Ils sentaient là, en effet, l’occasion de masquer leur incapacité et d’asseoir, à la faveur du désarroi qui accompagne toujours les brusques changements, leur dictature personnelle.

Dès leur retour en France, ils se mirent en devoir de « bolcheviser » le Parti. S’ils n’avaient pas méconnu les conditions politiques et sociales de ce pays, ils eussent procédé à la réorganisation par étapes.

Or, ils opérèrent avec une aveugle brutalité. Toute la vieille armature fut pulvérisée en un tournemain, sans souci de la diversité des milieux ni des possibilités de réussite.

Naturellement, nos « bolchevisateurs » proclamèrent que tout se passait pour le mieux du monde, que le seul fait de la création des cellules et des rayons avait attiré au Parti des éléments ouvriers jusqu’alors réfractaires, et que, seuls, les contempteurs intéressés du nouveau cours pouvaient nier les bienfaits de la nouvelle organisation (…).

La vérité saute aux yeux. Les cellules ne peuvent pas constituer actuellement en France la base du Parti. Affirmer le contraire, c’est méconnaître l’économie générale du pays et l’organisation des grands États capitalistes modernes, c’est se leurrer sur le rapport des forces sociales en présence, c’est entraîner le Parti vers sa liquidation rapide et totale (…).

Pour sauver le Parti, il faut renoncer délibérément aux méthodes employées depuis un an. Le Comité Central propose, outre le développement de l’appareil, la création de « cellules de rues » et de « sous-rayons ». Au diable toutes ces complications ! »

Or, il était inadmissible pour l’Internationale Communiste de remettre en cause la bolchevisation et ses cellules d’entreprise ; revenir à une logique de regroupement territorial c’était pour elle revenir à la social-démocratie et empêcher une ligne de combat.

Cela sous-entendait d’ailleurs le retour aux tendances comme dans la SFIO, avec une représentation proportionnelle. L’auteur de la lettre, Maurice Gauthier, expliquera au cinquième congrès du Parti Communiste SFIC, qui se tint à Lille en 1926, que :

« Un parti qui n’a pas d’opinions, qui n’a pas de tendances, est un parti qui meurt. Cela s’impose donc dans un parti. »

Il va de soi que c’était inacceptable ; Maurice Gauthier se fera exclure en 1929 et rejoindra en 1930 le Parti ouvrier paysan qui deviendra le Parti d’unité prolétarienne, puis avec la majorité de celui-ci le Parti socialiste SFIO en 1937.

Il apparaissait en tout cas qu’Albert Treint et Suzanne Girault avaient été de bons vecteurs pour faire passer le Parti à la bolchevisation, mais qu’ils n’étaient pas à la hauteur pour la réaliser en tant que tel. Ils avaient été un marche-pied mais leur vision par en haut ne permettait pas de modifier la réalité du Parti.

Ils furent écartés, la session du Comité Central élargi aux secrétaires de région de début décembre 1925 révélant les importants mécontentements quant à la gestion du Parti. Pierre Semard présent à la direction depuis 1924 servit alors de cheville ouvrière à partir du tout début de l’année 1926, alors qu’était nommé secrétaire à l’organisation, en février 1926, Maurice Thorez.

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Section Française de l’Internationale Communiste

L’activisme débridé du jeune Parti Communiste SFIC

Avant la période de « bolchevisation », au milieu des années 1920, le Parti Communiste Section Française de l’Internationale Communiste a mené une activité débridée, marquée par de nombreuses répressions et des condamnations à la prison.

C’est l’âge d’or du Parti Communiste gauchiste et volontariste formant une image d’Épinal utilisée par la suite pour prétendre que la « bolchevisation » a brisé le Parti qui était auparavant vraiment révolutionnaire, etc.

En réalité, le Parti Communiste Section Française de l’Internationale Communiste submergeait ses militants.

Ils ne devaient pas que distribuer des tracts, laisser traîner des « papillons », coller des affiches, discuter avec les gens ; il leur fallait également appartenir en même temps au syndicat, à une coopérative, au secours rouge, ainsi qu’à l’Association républicaine des anciens combattants (ARAC).

Cette dernière précision est importante, car le Parti, alors, n’a que 1 % de ses membres qui sont des femmes. On est dans une démarche typique du syndicalisme révolutionnaire, avec son côté vindicatif, rentre-dedans.

C’est pas tout : à chaque niveau est créé une commission ceci, une commission cela, faisant que chaque militant se noie dans les pôles d’intervention, les meilleurs étant en plus engloutis dans les liaisons à réaliser entre les cellules et les « sous-rayons » les chapeautant, entre les « sous-rayons » et les « rayons », entre les rayons et les régions (au nombre de 24), entre les régions et la direction.

Mais il y a surtout la répression. Le patronat licencie, les préfets convoquent, la police perquisitionne, la justice condamne à la prison ferme. La surveillance du Parti communiste français par la direction de la Sûreté nationale du ministère de l’Intérieur sous la IIIe République, ce sera 51 mètres d’archives.

Il y a un isolement qui s’ajoute à cela : en Février 1922 la direction de la CGT provoque la scission et force les communistes à s’unir avec les syndicalistes révolutionnaires, au sein d’une CGT Unitaire.

Un autre isolement est qu’en 1924, le Cartel des Gauches remporte les élections, le Parti socialiste SFIO soutenant un gouvernement composé des Radicaux indépendants, des radicaux-socialistes, des républicains-socialistes et des socialistes indépendants.

Enfin, le nombre de grèves se tasse fortement, dérobant le sol sous les pieds des communistes.

AnnéeNombre de grèvesNombre de grévistes
19192 0262 151 000
19201 8321 317 000
1921475405 000
1922665290 000
19231 068331 000
19241 034256 000
1925895241 000
1926723338 000
1927436122 000

Mais cette noyade dans la formation de structures et l’isolement social, politique et culturel fit justement du Parti Communiste Section Française de l’Internationale Communiste une sorte d’îlot ultra-radical, immédiatiste.

S’il a quasi immédiatement perdu la moitié de ses adhérents en quelques années, c’est secondaire par rapport au fait suivant : l’écrasante majorité des membres du Parti restant étaient en fait des arrivants. Ils sont jeunes et volontaires… mais sans aucune formation.

Leur cible privilégiée est l’armée, avec un énorme travail contre celle-ci, à destination des conscrits, avec notamment les revues La Caserne, Le Conscrit, Le Réserviste. Il y a un certain fond syndicaliste révolutionnaire qui s’exprime dans le style rentre-dedans et on n’est pas nécessairement loin des conceptions de George Sorel.

Cela se voit très bien dans les slogans des pancartes utilisés lors du transfert au Panthéon des cendres de Jean Jaurès, le 23 novembre 1924. Au nombre de 300, ces pancartes accompagnaient 180 drapeaux rouges (sans inscription) dans un cortège communiste de 150 000 personnes.

On y lisait : « Guerre à la guerre par la révolution prolétarienne », « Instituons la dictature du prolétariat », « Aux ligues fascistes, opposons les centuries prolétariennes ».

Il n’y avait pas d’esprit politique, on était dans une affirmation immédiatiste, rentre-dedans et sans réflexion sur les modalités concrètes de réalisation des objectifs.

De toute façon, en 1924 le Parti expliqua dans l’Humanité qu’il ne publiera pas le Capital de Karl Marx, car cela coûterait trop cher !

Cela en dit long sur le grand n’importe quoi régnant ; aux yeux de Zinoviev, qui alors dirige l’Internationale Communiste, le Parti Communiste Section Française de l’Internationale Communiste c’est :

« 20% de jauressisme, 10% de marxisme, 20% de léninisme, 20% de trotskysme, 30% de confusionnisme »

Toutefois, ce n’importe quoi laisse libre-cours à des interventions d’autant plus rentre-dedans, conflictuelles, oscillant des choses sans lendemain et des marqueurs très forts.

En 1923, lorsque la France et la Belgique occupent la Ruhr, une région allemande ouvrière, afin de forcer l’Allemagne à payer les indemnités de guerre qu’elle remettait en cause, il y a un grand activisme, avec notamment des manifestations illégales de 2 à 3 000 membres du Parti à Paris.

Pareillement, lorsqu’au Maroc, Abd el-Krim proclame en 1921 la République du Rif en triomphant de l’Espagne, le gouvernement Poincaré intervient pour aider celle-ci, ce qui aboutit à une « pacification » française en 1924-1925 ; cela est marqué par une mobilisation générale du Parti Communiste (SFIC), avec une très grande agitation confrontée à une répression sévère.

Voici le texte d’un télégramme de septembre 1924 à ce sujet :

« Groupe parlementaire, Comité directeur du PC et Comité national des J.C. saluent la brillante victoire du peuple marocain sur les impérialistes espagnols. Ils félicitent son vaillant chef Abd-El-Krim.

Espèrent qu’après la victoire définitive sur l’impérialisme espagnol il continuera, en liaison avec le prolétariat français et européen, la lutte contre tous les impérialistes, français compris, jusqu’à la libération complète du sol marocain.

Vive l’indépendance du Maroc ! Vive la lutte internationale des peuples coloniaux et du prolétariat mondial. »

Voici l’appel à une grève pour le 12 octobre 1925, qui fut un immense succès avec 900 000 grévistes, avec notamment pratiquement tout le bâtiment ainsi que souvent la majorité des mineurs :

« Travailleurs et travailleuses L’Heure de la démonstration prolétarienne a sonné. Lundi 12 octobre, vous cesserez le travail pour 24 heures. Désertez en masse votre travail, manifestez avec le comité central d’action. A bas la guerre ! Vive la grève générale de 24 heures ! »

La répression s’abattit au total sur 274 communistes (120 années de prison au total), alors qu’un ouvrier communiste, André Sabatier, fut tué dans son usine à Puteaux, en région parisienne, son enterrement rassemblant 100 000 personnes.

C’est que la région parisienne est le terrain privilégié du Parti. Comme auparavant pour le Parti socialiste SFIO, celle-ci est le bastion, avec le Nord. Ces deux sections sont de loin les plus nombreuses, avec en 1925 16 674 membres en région parisienne et 9440 dans le Nord (suit la région de Lyon avec 4215 membres).

Aux élections de 1924, sur 877 000 voix, 300 000 viennent de la région parisienne. C’est le terreau de l’activisme, du style. C’est l’endroit où les communistes ont une densité suffisante pour former un monde parallèle.

Un événement significatif est l’opération contre une réunion électorale dans le 18e arrondissement parisien du conservateur Raoul Sabatier ayant les Jeunesses patriotes comme service d’ordre, en avril 1925. Le Parti Communiste (SFIC) mobilisa ses groupes de combat de la région de Boulogne pour la briser. Cela termina en bagarre et en tirs au pistolet rue Damrémont, quatre fascistes étant tués.

Propagande anticommuniste à la suite des tirs de la rue Damrémont

La pression sur le Parti fut alors immense, dans un contexte émaillé de violence. Lors de la grève très suivie nationalement des sardinières de Douarnenez de novembre 1924 – janvier 1925, le maire communiste de la ville se fit tirer dessus par les briseurs de grève, il est démis à un moment de ses fonctions.

Les sardinières de Douarnenez

En février 1925, dans le cadre d’une réunion publique du général catholique Édouard de Castelnau, deux membres de la Fédération nationale catholique sont tués lors de l’intervention communiste.

En janvier 1924, un meeting communiste rue de la Grange-aux-Belles à Paris fut perturbé par les anarchistes et cela termina à coups de pistolet, faisant deux morts.

Il ne faut cependant pas croire que le Parti opère comme en Allemagne. On est dans une sorte de spontanéisme teinté de volontarisme.

Lors de la mise en place par l’ARAC des Groupes de défense antifasciste au début de 1926, avec un uniforme, un béret et une canne pour ses membres, l’écho est très restreint, tout comme pour les Jeunes gardes antifascistes formés par les Jeunesses Communistes. Un Front rouge est formé en 1927 avec ces structures et les services d’ordre, mais pareillement sans effet.

Les membres du Parti Communiste (SFIC) ne supportent en effet pas le style paramilitaire, les uniformes ; le style est celui de l’ouvrier chahuteur parisien, aisément turbulent. On est très clairement ici encore dans le style syndicaliste révolutionnaire culturellement.

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Section Française de l’Internationale Communiste

Albert Treint et Suzanne Girault

Deux figures sont en première ligne dans la période de reprise en main du Parti Communiste (SFIC) par l’Internationale Communiste. Il y a Suzanne Girault, qui était en Ukraine comme enseignant de français pendant quatorze ans, avant de revenir en France au début des années 1920.

Il y a Albert Treint, né en 1889, qui à la suite du départ de Ludovic-Oscar Frossard en janvier 1923, devient secrétaire général par intérim pendant un an aux côtés de Louis Sellier, ce dernier étant remplacé par le syndicaliste Pierre Semard.

Ces deux derniers étaient des centristes et Albert Treint représentait lui les partisans de la stricte application des exigences de l’Internationale Communiste.

Voici ce qu’il écrit dans son article « Lutter sans cesse pour la bolchevisation », dans le numéro de la fin décembre 1924 dans les Cahiers du Bolchevisme :

« La démocratie, y compris le socialisme, passent ouvertement dans le camp du fascisme.

Répression des grèves à Douarnenez, campagne de calomnies et de faux contre le Parti communiste, expulsion d’ouvriers étrangers suspects d’être des révolutionnaires, expédition policière contre l’école léniniste de Bobigny, tout cela montre que la démocratie, loin de combattre le fascisme, s’allie avec lui contre le prolétariat et les masses travailleuses (…).

Pour combattre le fascisme, nous devons, non pas traîner le prolétariat à la remorque des chefs du Bloc des Gauches, mais organiser sur des mots d’ordre politiques clairs les masses travailleuses trompées par le Bloc des Gauches autour du prolétariat et de son Parti communiste (…).

Le fédéralisme et l’esprit anarchisant ne s’éliminent pas en quelques semaines par un coup de baguette magique dans un Parti où ils régnèrent souverainement pendant près de vingt années (…).

L’esprit du bolchevisme commence à pénétrer les cerveaux et à produire des actes. Mais le tempérament demeure, chez trop de camarades, anarchisant et fédéraliste.

Il faut un effort constant, une vigilance constante de tout le Parti et de chaque membre pour vaincre les vieilles survivances et pour éviter les rechutes. »

Voici, de la même époque, une Lettre aux membres du Parti Communiste signée par Alfred Rosmer, Pierre Monatte, Victor Delagarde. Datant de fin novembre 1924, elle dénonce Albert Treint et la bolchevisation menée par l’Internationale Communiste :

« Depuis un an, on agite le spectre d’une droite dans le Parti et dans l’Internationale. On accuse cette droite de nuire, de désagréger, de décomposer le Parti ; on l’accuse d’entraver son travail politique et de susciter des obstacles à sa réorganisation sur la base des cellules d’entreprise.

Nous sommes bien sûrs de ne pas appartenir à la droite du Parti.

Quand Treint publia sa première édition de la géographie des tendances, Monatte lui répliqua avec raison que s’il voulait à tout prix nous classer quelque part il devrait nous loger dans une toute autre tendance, qui s’appellerait, la gauche ouvrière. Dans sa deuxième édition, revue et corrigée, des tendances du Parti, Treint paraissait donner satisfaction à cette juste revendication ; il parlait récemment du « néogauchisme ouvriériste, teinté de syndicalisme pur », de Monatte.

Nous n’étions toujours pas plus orthodoxes qu’avant ; nous sentions toujours le roussi; mais enfin c’en était fini de l’imbécile qualification de droitiers ; nous étions reconnus et proclamés gauchistes, néogauchistes.

Mais sous la plume et dans la bouche de Treint et de ses amis, les mots changent rapidement de sens. Dès le lendemain, nous redevenions la droite pestiférée. Il suffit sans doute de ne pas bailler d’admiration devant les cabrioles de Treint pour être rangé dans la droite (…).

Qu’il y ait un malaise grave dans l’Internationale, depuis la mort de Lénine et depuis sa retraite forcée par la maladie, c’est un fait trop visible, mais il est bien indépendant de la crise que traverse le Parti français (…).

La réorganisation sur la base des cellules est une œuvre capitale pour le Parti. S’il la réussit, c’est-à-dire s’il sait déterminer les tâches pratiques des cellules, éviter qu’elles tournent à vide et se découragent, il disposera réellement d’une base de granit.

Mais le granit pourrait bien se changer en sable mouvant si les cellules, au bout de quelques semaines, n’apercevaient pas le travail qui leur incombe, si on leur refusait, en outre, le droit élémentaire de désigner leur secrétaire et leur délégué de rayon, sans crainte d’un veto d’en haut.

Il est beaucoup question d’homogénéité, d’alignement, de discipline. Du haut en bas du Parti, on établit une cascade de mots d’ordre auxquels on doit obéir sans comprendre et surtout sans murmurer autre chose que le sacramentel : Capitaine, vous avez raison !

Une mentalité de chambrée se crée et les mœurs de sous-offs s’installent. Il n’est question que d’appareil à faire fonctionner, de permanents à instituer. Bientôt la bureaucratie du Parti fera la pige à celle de l’État français.

On dit que le Parti doit être une cohorte de fer. En réalité, quiconque fait preuve de caractère doit être brisé. »

La Conférence nationale extraordinaire du Parti de début décembre 1924 vota à l’unanimité l’exclusion des auteurs de la lettre. Albert Treint et Suzanne Girault furent ainsi les vecteurs du succès de l’Internationale Communiste face aux anti-centralisateurs, qui convergeaient toujours plus vers Léon Trotsky qui menait une opération du même esprit en Russie.

Cela permit une véritable orientation vers les usines, avec une prolétarisation générale du Parti par la constitution de cellules d’entreprise. Cela bouscula énormément le Parti socialiste SFIO, notamment avec les « comités d’unité prolétarienne » et le groupe « Clarté », qui visaient l’intégration des ouvriers socialistes.

Il y eut d’ailleurs une série de congrès ouvriers durant l’été 1925, notamment à Paris, Lille, Lyon, Marseille, Bordeaux, Strasbourg et Béziers ; y participèrent 7 230 délégués dont 200 socialistes, 320 syndiqués réformistes, 31 syndiqués autonomes, 1 173 sans-parti et plus de 200 sont des délégués de villages.

En décembre 1923 le Parti Communiste (SFIC) proposa au Parti socialiste SFIO de former un Bloc ouvrier et paysan, ce qui fut refusé (au profit du soutien aux radicaux dans le « Cartel des gauches »).

Et pour les municipales de 1925, le Parti Communiste (SFIC) annonça :

« Nous proposerons des listes communes avec des candidats socialistes en posant comme condition de prendre un certain nombre d’engagements comme celui de défendre en toute occasion les revendications les plus immédiates des travailleurs, de mener au sein des municipalités une lutte énergique en organisant au besoin des milices municipales antifascistes. »

On est toutefois là dans la perspective de se présenter comme le plus combatif, le plus activiste ; à l’arrière-plan, il reste un sectarisme terrible, fondé sur un style entre affirmation communiste et esprit syndicaliste révolutionnaire parisien.

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et la bolchevisation du Parti Communiste
Section Française de l’Internationale Communiste

La reprise en main du jeune Parti Communiste SFIC par l’Internationale Communiste

L’Internationale Communiste prit en mains l’appareil du Parti Communiste, car elle s’aperçut que si le cap de la fondation du Parti était passé, la réorganisation n’avançait pas, alors que la base s’effritait.

Si l’on prend les bastions, la Fédération de la Seine (c’est-à-dire de la région parisienne), la plus importante, avait 21 200 membres en 1920, 15 167 en 1921, 10 000 en 1922. Entre 1921 et 1922, celle du Nord était passée de 11 000 à 8 000, celle du Pas-de-Calais de 6 000 à 3 500.

L’Internationale Communiste fit le ménage au sein de sa section française, en envoyant des ordres, des conseils, du personnel. Lors du troisième congrès du Parti Communiste (SFIC), en janvier 1924 à Lyon, elle envoya un message commençant de la manière suivante, en disant long sur ce qu’il était pensé des années 1921 – 1922 – 1923 (le congrès de Tours ayant eu lieu en décembre 1920) :

« Chers camarades,C’est la première fois que le P. C. F. réunit son congrès depuis que tous les éléments hostiles au communisme l’ont débarrassé de leur présence.

Le malaise qui s’y est fait sentir pendant plusieurs années était causé — tous aujourd’hui s’en rendent compte — par cette présence d’éléments hétérogènes restés dans le Parti pour en freiner le développement et saboter son action.

L’épuration survenue après le IVe congrès mondial, la cohésion morale et l’unité qui en résultent donnent au Parti Communiste français la possibilité de remplir sa mission historique.

L’Internationale Communiste qui a suivi avec un intérêt particulier toutes les phases de la crise que vous avez traversée, veut attirer l’attention de votre congrès et de tout le Parti sur quelques questions, qui se posent devant l’Internationale Communiste en général et devant le Parti plus spécialement.

[Suivent des points concernant la situation française surtout : I. — La Révolution sociale au centre de l’Europe, II. — La Situation générale en France, III. — Le Bloc des gauches et le réformisme, IV. — Le Bloc ouvrier et paysan, V. —Parlementarisme réformiste et parlementarisme révolutionnaire, VI. — La conquête des masses, VII. — Les prochaines élections, VIII. — La question de l’antimilitarisme, IX. — La question coloniale, X. — L’animation de la vie Intérieure du parti] »

L’Internationale Communiste réalisa quatre mesures en particulier. Tout d’abord, elle fit en sorte que la discipline soit réelle.

Ensuite, elle poussa à la formation d’une véritable direction. Elle ne cessa également de mentionner les décisions politiques n’allant pas, notamment en ce qui concerne le front unique.

Enfin, elle procéda à la réorganisation du Parti sur la base des cellules d’entreprises, une chose ayant sérieusement commencée au tout début de 1925 et terminée en 1926.

Cela coûta cher en termes numériques, car les exigences politiques sont bien plus élevées quand on travaille sur le terrain de l’entreprise par rapport aux réunions de section. La peur de perdre son emploi et la fuite devant les responsabilités fut de règle chez les éléments les plus timorés.

De plus, toute cette pression en faveur de la discipline, de la direction centralisée, d’un appareil de qualité, fut un prétexte pour une double agitation anti « russo-allemande ».

Il y avait des éléments finalement restés sociaux-démocrates dans le fond, qui sortirent pour fonder l’Union fédérative des travailleurs socialistes révolutionnaires en 1922, le Parti communiste unitaire en 1923.

Ces deux structures fusionnèrent quasi immédiatement dans une Union socialiste-communiste qui devint en 1927 le Parti socialiste communiste. Lui-même fusionna en 1930 avec le Parti ouvrier et paysan pour fonder le Parti d’unité prolétarienne, qui rejoignit la SFIO en 1937.

On aura compris qu’il s’agissait là d’éléments ayant cherché à semer la confusion, d’abord dans le Parti puis à l’extérieur, avant d’assumer d’être des sociaux-démocrates.

Il y a ensuite un courant porté par Boris Souvarine, d’origine ukrainienne et liaison à Moscou du Parti avec l’Internationale Communiste. Ce courant dénonce le centralisme et développe les thèses de Léon Trotsky, qui n’avait rejoint les bolcheviks qu’en 1917 et critiquait désormais leur « bureaucratisation ». Boris Souvarine fut exclu en 1924 et tenta l’aventure jusqu’en 1934 à travers un « bulletin communiste », une revue dénommée « La Critique sociale », puis un « Cercle communiste démocratique », pour devenir un expert anti-communiste jusqu’à sa mort en 1984.

Ce dernier courant, qui avait pris le dessus sur le premier dans les instances dirigeantes, fut immédiatement liquidé par l’intermédiaire d’Albert Treint et de Suzanne Girault.

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Section Française de l’Internationale Communiste

Le Parti Communiste SFIC à ses débuts : indiscipliné et éclaté

Comme le syndicalisme révolutionnaire était considéré comme la démarche porteuse, il n’y avait aucune raison pour le Parti Communiste (SFIC) d’accepter ni même de comprendre les exigences de l’Internationale Communiste en ce qui concerne la tactique du « front unique », présentée comme suit dans la Correspondance Internationale, publiée par l’Internationale Communiste :

« On ne peut pas, depuis 1919, compter sur un grand mouvement révolutionnaire en Europe à brève échéance, et la tâche immédiate de l’Internationale Communiste n’est pas l’organisation d’un nouvel assaut contre la société bourgeoise, mais la préparation et l’entraînement des forces qui donneront un jour cet assaut. »

C’est que le Parti français se forme tardivement, on est dans la période de stabilisation relative de la crise générale du capitalisme, principalement en Europe occidentale. Mais les partisans français de la IIIe Internationale considèrent qu’ils n’ont pas signé pour ça, ils veulent être de la vague révolutionnaire considérée comme une sorte de grand soir à grande échelle.

Adepte du concept de minorité substitutiste, le Parti Communiste (SFIC) n’entendait donc certainement pas chercher une unité dans quelque domaine que ce soit. Pour les activistes de la CGT unifiée, le front unique était réalisé justement par la CGT unifiée, tout comme le Parti était le seul front unique dans le domaine politique, puisqu’il avait différentes tendances.

La conférence des secrétaires fédéraux réfuta ainsi l’Internationale Communiste quant à la question du front unique, en janvier 1922, avec le Comité Directeur du Parti expliquant à l’unanimité moins une voix l’impossibilité d’une telle orientation en France.

En avril 1922, le Conseil national tenu à Aubervilliers prit ainsi une résolution par 3 337 mandats contre 627, avec 235 abstentions et 355 absents, affirmant que le Parti récuse la tactique de front unique, au nom de l’esprit dans lequel a été fondée l’Internationale Communiste. Or, c’était impossible puisque c’était le Comité Exécutif de l’Internationale Communiste qui décidait, le Parti devant simplement adapter la réalisation de la décision aux conditions concrètes.

Déjà, au congrès de Marseille de décembre 1921, les tenants de la soumission complète à l’Internationale Communiste avaient été mis de côté et avaient démissionné du Comité Directeur. Il s’agit de Fernand Loriot, Amédée Dunois, Albert Treint, Paul Vaillant-Couturier (le premier quittera le Parti, le second et le troisième rejoindront la SFIO en 1927 et 1934 respectivement).

Toutes ces querelles reposaient de fait sur une incapacité à forger une direction, alors qu’il y avait une systématisation sur le plan de l’organisation.

Dès 1921 un immeuble fut acheté par le Parti Communiste (SFIC), au 120 rue La Fayette à Paris, afin de servir comme siège du Parti. La cour intérieure était couverte d’une verrière en forme de cercle, d’où le nom de salle de la Rotonde ; elle pouvait accueillir 200 personnes.

Il y avait une librairie au rez-de-chaussée, deux étages pour héberger des permanents, le Comité Central occupant le troisième étage. Il n’avait fallu que quinze jours pour obtenir la somme nécessaire par souscription.

C’était un premier pas allant dans le sens de la mise en place d’une réelle capacité de centralisation. Le souci était que le socialisme français était entièrement fédéraliste. À cela s’ajoute qu’il insiste sur l’existence du droit de tendance et sur la représentation proportionnelle de ces tendances à tous les niveaux du Parti. Aller dans le sens d’une rupture était très difficile.

On peut comprendre le problème en voyant la presse communiste en 1921. Elle est importante ; on a comme quotidien à Paris L’Humanité et L’Internationale (sortant le soir), ainsi que le Journal du Peuple. On a Le Populaire de Bourgogne basé à Dijon, La Dépêche de l’Aube basée à Troyes, La Volkstribune basée à Metz, La Neue Welt basée à Strasbourg, Habib el Oumma qui est publié en arabe à Tunis.

On a une presse bi-hedomadaire avec Germinal basé à Belfort et Le Travailleur basé à Sens.

Et on a une importante presse hebdomadaire : Le Bulletin Communiste (Paris), L’Éclaireur de l’Ain (Oyonnax), La Lutte Sociale (Alger), Le Travail (Montluçon), Le Travailleur des Alpes (Digne), L’Éclaireur (Decazeville), Le Populaire Normand (Caen), Le Travailleur Charentais (Ruelle), L’Émancipateur (Bourges), Le Prolétaire (Périgueux), Le Travailleur (Chartres), Germinal (Brest), L’Ordre Communiste (Toulouse), Le Réveil Socialiste (Nîmes), Travail (Bordeaux), La Voix Socialiste (Fougères), Le Réveil (Tours), Le Progrès (Vendôme), Le Peuple (Saint-Étienne), Le Travailleur (Agen), L’Anjou Communiste (Saumur), L’Égalité (Chaumont), Le Socialiste Nivernais (Nevers), Le Prolétaire (Lille), Le Réveil Social (Maubeuge), Le Franc-Parleur (Beauvais), Le Communiste du Pas-de-Calais (Boulogne), Le Cri du Peuple (Lyon), La Voix Paysanne (Paris), Le Travailleur Savoyard (Annecy), Le Communiste de Normandie (Rouen), L’Aube Sociale (de Seine-et-Oise) (Paris), Le Semeur (Chelles), L’Aube Sociale (Amiens), L’Avenir Social (Tunis), L’Avenir (Carpentras), Le Prolétaire (La-Roche-sur-Yon), Le Prolétaire (Châtellerault), L’Émancipation (Saint-Denis), L’Éveil Communiste (Montrouge), La Butte Rouge (Paris), Le Midi Communiste (Marseille).

Il y a également le bi-mensuel L’Étincelle, à Épinal.

En l’absence de centralisation, de formation des cadres, comment faire pour que toute cette presse aille dans le même sens, soit sur les mêmes bases, ne soit pas une source d’éparpillement et même de division ?

Le Journal du Peuple, quotidien parisien fondé en 1916, était par exemple le bastion de l’aile droite du Parti Communiste (SFIC) et cette situation était un scandale aux yeux de l’Internationale Communiste.

L’exclusion de son responsable était considérée comme fondamentalement nécessaire :

« L’exclusion de [Henri] Fabre et de son journal est une étape de la lutte contre cet esprit de bohème intellectuelle anarcho-journalistique qui, particulièrement en France, prend successivement toutes les formes, toutes les couleurs de l’anarchisme et de l’opportunisme, et finit inévitablement par un coup de couteau dans le dos de la classe ouvrière. »

Sont également exclus Pierre Brizon tenant le journal La Vague, le journaliste Paul-Louis, rédacteur de politique étrangère dans l’Humanité travaillant également au Progrès de Lyon et à La France de Bordeaux.

Subissent le même sort Victor Méric lié à la Ligue des Droits de l’Homme, et en général ceux qui relèvent de la culture radicale républicaine liée à la franc-maçonnerie. Ceux qui en sont membres doivent la quitter avant le premier janvier 1923 et sont écartés des responsabilités pour deux ans, ou bien c’est l’exclusion.

C’en était terminé de la logique la participation individuelle à une sorte d’aventure intellectuelle pour une république sociale. L’Internationale Communiste exigea d’ailleurs que cesse la parution d’articles signés, qui était un prétexte pour faire de la presse des moyens de faire carrière individuellement, d’aller dans le sens de monter des tendances, fractions, etc.

Les intellectuels étaient mis au pas, la culture républicaine – franc-maçonne écrasée : il ne restait plus qu’à prolétariser le Parti Communiste SFIC, ce que l’Internationale Communiste réalisa en le restructurant entièrement.

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Le Parti Communiste SFIC et la capitulation initiale face au syndicalisme

Le Parti Communiste (SFIC) a une conception socialiste de son travail, c’est-à-dire qu’étranger à la social-démocratie historique, il n’accorde pas de valeur à la théorie. Aussi met-il en place à sa fondation un « Conseil d’Études Communistes », qui doit être un « Laboratoire du Communisme ».

Il s’agirait de trouver les moyens de faire « passer » dans la vie les principes de la doctrine communiste, en étudiant les ressorts psychologiques et économiques. Une fois cela fait, on saurait comment réorganiser la société de manière adéquate.

C’est là non seulement du socialisme utopique, mais c’est qui plus est ouvertement à l’écart du marxisme, avec une méconnaissance complète de ce qu’est le matérialisme historique. Cela implique de ce fait nécessairement une soumission au syndicalisme révolutionnaire, puisque celui-ci a justement la prétention de former une minorité capable de « réorganiser » l’économie de la même manière, en forçant le cours des choses.

C’est là d’ailleurs une conception mécanique tout à fait en phase avec une lecture française de la réalité comme « mathématique », ordonnée, etc. L’Internationale Communiste va sous-estimer ce vaste problème, typiquement français, où une minorité substitutiste prétend tracer une ligne droite – la grève générale – pour mener des transformations prévues en laboratoire.

Son souci était que sa section française aille aux masses, qu’elle ne forme pas un bloc séparé et autoréférentiel. Si on avait un Parti Communiste en restant à une posture gauchiste, ce serait l’isolement et l’effondrement. Ce fut par exemple le sort du Parti Communiste d’Autriche, le premier Parti Communiste fondé après Octobre 1917 pourtant, qui ne sortit jamais d’un sectarisme et d’un isolement social pratiquement complet.

Et le souci était donc que le Parti Communiste (SFIC) se maintenait sur la ligne du Parti socialiste SFIO en ce domaine. Le Parti devait promouvoir la révolution politiquement, mettre en place les perspectives, les syndicats se chargeraient du travail concret. Le Parti Communiste (SFIC) ne comptait donc pas du tout partir en guerre avec les syndicalistes révolutionnaires, qui évidemment provoquèrent un scandale lorsque fut fondée l’Internationale Syndicale Rouge qui exigeait la primauté du politique.

Le Parti Communiste (SFIC) recula ouvertement dans sa décision du 22 juillet 1921 :

« Le Comité Directeur, considérant les appréciations contradictoires que suscite dans les milieux syndicalistes la résolution votée à Moscou par l’Internationale des syndicats rouges, rappelle que la position du Parti communiste en France a été définie par la motion de Tours, disant textuellement, en ce qui concerne les rapports du Parti avec les syndicats :

« le Parti groupe les militants de toutes les organisations prolétariennes qui acceptent ses vues théoriques et ses conclusions pratiques. Tous, obéissant à sa discipline, soumis à son contrôle, propagent ses idées dans les milieux où s’exercent leur activité et leur influence.

Et lorsque la majorité, dans ces organisations, est conquise au communisme, il y a entre elles et le Parti coordination d’action et NON ASSUJETTISSEMENT d’une organisation à une autre. »

En réponse aux allégations des dirigeants actuels de la CGT, le Comité directeur fait observer que la motion votée à Moscou, loin d’impliquer une « subordination » quelconque des organisations syndicales à l’organisation politique, se borne à préconiser « un contact étroit et une liaison organique » entre les exécutifs de l’Internationale communiste et de l’Internationale syndicale.

Il fait observer, d’autre part, que les social-dissidents, après avoir réclamé pour leur compte une entente permanente et une liaison organique entre syndicats et entre CGT et Parti, sont mal qualifiés pour se poser aujourd’hui en champions de l’Indépendance syndicale dont le Parti communiste n’a pas cessé de proclamer la nécessité en France.

Le Comité directeur affirme une fois de plus sa volonté de ne rien négliger pour réaliser en France, dans le respect de l’autonomie traditionnelle du syndicalisme, l’unité révolutionnaire du front prolétarien. »

De par la force du syndicalisme révolutionnaire en France, ce positionnement était suicidaire pour le Parti Communiste (SFIC). Il fallait assumer le conflit, mais il n’y avait personne pour cela dans ses rangs et encore moins à la direction, de par le regard favorable sur le « tempérament » syndicaliste révolutionnaire.

Ce déficit idéologique très grave apparut pleinement lors de la grande grève des dockers du Havre en août 1922, avec des affrontements très violents et plusieurs morts. Le Parti Communiste (SFIC) resta à l’écart et même ses militants participant aux luttes considérèrent que c’était normal, que c’était une question purement syndicale.

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Parti Communiste SFIC : de grandes difficultés à se mettre en place

Un an après la transformation du Parti socialiste SFIO en Parti Communiste Section Française de l’Internationale Communiste au congrès de Tours, il y eut un congrès qui se tint à Marseille, du 25 au 29 décembre 1921. Il fut bien moins triomphaliste et constatait un immense travail à mener.

Entre-temps, il y avait eu une modification de son règlement lors d’une assemblée nationale en avril 1921, puis une seconde assemblée nationale en octobre pour le compte-rendu des délégués français au troisième congrès de l’Internationale Communiste.

À ce troisième congrès, la section française ne formait nullement une actualité et il n’en fut parlé qu’en passant. Il était souligné que les Français étaient très en retard, à tous les niveaux, d’où la mansuétude de l’Internationale Communiste à leur égard. Cela provoquait la colère des Italiens d’ailleurs, pour qui il y avait deux poids, deux mesures.

Mais c’est que l’Internationale Communiste a compris que le Parti français avait de gros problèmes de constitution.

Contrairement à ce qui était imaginé lors du congrès de Tours en décembre 1920, les scissionnistes restaient une force de nuisance très puissante. Ils étaient partis avec cinq quotidiens de province sur six, la plupart des élus, des propagandistes, des administrateurs, des archives des fédérations…. Et bien évidemment des caisses des fédérations, tout comme la caisse du Parti (ne laissant que 1 500 francs sur les 60 000).

D’où l’appel au soutien financier publié dans l’Humanité :

« Socialistes ! Travailleurs ! Nous faisons appel à vous pour nous aider dans ces circonstances et nous assurer immédiatement, par un don généreux des masses ouvrières, les ressources dont nous aurons besoin pour développer toute notre action.

Que les gros sous des prolétaires remplacent les cotisations des élus traîtres au Parti !

Que la souscription publique, ouverte aujourd’hui par nous, permette à l’enthousiasme des travailleurs pour la IIIe Internationale et la Révolution russe de se manifester avec éclat !

Aux misérables listes sur lesquelles les dissidents épinglent péniblement les noms de quelques individus déserteurs du devoir, il faut que répondent des milliers et des milliers d’hommes sincères qui veulent se serrer autour de notre vieux drapeau rouge, où brillent, depuis notre glorieux Congrès de Tours, les armes de la République des Soviets !

Nous voulons que la souscription qui commence nous apporte une force morale en même temps que l’aide matérielle nécessaire ; nous souhaitons qu’elle nous permette de faire immédiatement le dénombrement des dévouements les plus actifs sur lesquels nous pouvons compter. »

Il s’en fallut même de peu que justement l’Humanité ne passe aux mains des scissionnistes. C’est dire l’ampleur des problèmes, largement sous-estimés au congrès de Tours, alors que les scissionnistes s’étaient préparés largement en amont déjà.

Il est vrai que les dirigeants du Parti Communiste (SFIC) avaient de toute façon une démarche absurde. Au lieu de revendiquer l’ensemble des fonds du Parti socialiste SFIO au nom de la continuité, ils prônaient le compromis, en proposant la répartition des fonds selon le nombre des mandats des motions au congrès de Tours ! On était au degré zéro de la combativité.

Ce n’est pas tout : malgré la forte progression des opposants au sein de la CGT, la direction de celle-ci avait réussi à profiter de sa faible majorité en termes de mandats et à provoquer une scission/expulsion, avec en décembre 1921 la formation de la Confédération générale du Travail Unitaire, liée à la SFIC. C’est une défaite en termes de bataille pour la légitimité, puisque le Parti socialiste SFIO « maintenu » peut utiliser cela comme argument en sa faveur.

Et à cela s’ajoute le fait que la CGT-U est également voire surtout impulsée par les syndicalistes révolutionnaires, dont une partie se confond avec le Parti Communiste (SFIC) dans un insupportable mélange des genres.

Ce problème serait à la limite secondaire s’il y avait une réelle direction qui s’était formée à partir de la bataille du congrès de Tours. Ce n’est pas le cas, car la lutte de deux lignes n’a pas été menée en tant que telle, les partisans de l’Internationale Communiste n’ayant cessé de louvoyer, de vouloir convaincre les sociaux-patriotes.

Quel fut le résultat ? La direction du Parti était, en 1921 constituée des éléments suivants.

Ludovic-Oscar Frossard est le secrétaire général, Fernand Loriot est secrétaire international, Antonio Coen est secrétaire adjoint, Marcel Cachin est Directeur de l’Humanité. Il y a comme délégués permanents Raoul Verfeuil, Flavien Veyren, Lucie Colliard, Charles-André Julien.

Or, Ludovic-Oscar Frossard démissionne en janvier 1923, pour fonder une Union socialiste communiste et finalement revenir à la SFIO dès 1925. Fernand Loriot cesse toute activité dès 1922 et quitte le Parti en 1926.

Antonio Coen est exclu en 1926 pour appartenance à la franc-maçonnerie et il rejoint la SFIO. Raoul Verfeuil est exclu en 1922, il rejoint l’Union socialiste communiste, puis dès 1924 la SFIO.

Flavien Veyren quitte le Parti en 1923, pour rejoindre l’Union socialiste communiste et finalement la SFIO après 1945. Lucie Colliard est exclue en 1929, elle rejoint le Parti socialiste ouvrier et paysan en 1938, puis la SFIO en 1945. Charles-André Julien quitte le Parti en 1926 et rejoint la SFIO en 1936.

Cela signifie que sur les huit premières figures majeures du Parti Communiste (SFIC), six finissent par rejoindre la SFIO ! Fernand Loriot fréquente de son côté l’ultra-gauche, seul Marcel Cachin restant inébranlable.

Mais Marcel Cachin n’est pas un dirigeant et d’ailleurs il a une tendance au centrisme très marqué, lui qui vient de la droite initialement. En fait, le Parti Communiste (SFIC) n’apparaît pas comme ayant été porté par des cadres ; sa naissance reflète un élan, mais tout l’appareil du Parti a été siphonné par les scissionnistes et il n’y a pas une nouvelle génération prête à en former un nouveau.

Le Parti Communiste (SFIC) apparaît ainsi, en 1921 au congrès de Marseille, comme construit sur des sables mouvants. Il n’a pas de dynamique, alors qu’on aurait pu considérer que sa fondation en aurait formé une.

Son nombre de membres a d’ailleurs reculé, passant de 178 787 à 131 476. C’est moins qu’au congrès de Strasbourg de début 1920 (133 227) et c’est en fait une baisse exprimant une véritable tendance, s’étalant sur toute la décennie.

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Le matérialisme dialectique et la réponse à 1 + 1

Du point de vue bourgeois, 1 + 1 = 2. Cela repose sur la tradition partant de Pythagore, passant par Platon puis Descartes, débouchant sur l’idéologie mathématique. Le monde serait constitué à partir de nombres ; comprendre quelque chose consisterait à étudier sa composition numérique.

On évalue chaque chose au moyen des nombres, car tout est dénombrable, les nombres étant fixés, stables, éternellement de même nature. Comprendre une chose, ce serait la mesurer.

Descartes résume cette conception en disant que :

« J’ai découvert que toutes les sciences qui ont pour but la recherche de l’ordre et de la mesure se rapportent aux mathématiques ; qu’il importe peu que ce soit dans les nombres, les figures, les astres, les sons, ou tout autre objet, qu’on cherche cette mesure ; qu’ainsi il doit y avoir une science générale qui explique tout ce qu’on peut trouver sur l’ordre et la mesure prise indépendamment de toute application à une matière spéciale. »

L’idéologie mathématique repose de ce fait forcément sur l’existence d’un « 1 » primordial, « Dieu », qui donnerait naissance au multiple tout en lui conférant une certaine unité pour ne pas qu’il s’éparpille.

Le matérialisme dialectique rejette cette conception qui donne une « source » unique à la réalité et qui la voit comme « composée » au moyen de nombres. Concrètement, le matérialisme dialectique rejette le « dénombrement » du monde et de ses éléments, au nom de l’infini.

Comme tout est divisible à l’infini, on ne saurait trouver des éléments stables, fixés pour l’éternité et donnant une « composition » certaine, éternelle, du point de vue mathématique.

Il n’existe pas d’éléments fixes, statiques, éternels, comme le seraient les nombres. Autrement dit, les choses ne sont pas dénombrables, car elles ne sont pas séparables les unes des autres, déjà, mais en plus dans leur aspect relatif par rapport aux autres choses, elles sont également en mouvement, donc insaisissables au moyen d’éléments statiques, fixes comme les nombres.

Pour le matérialisme dialectique, les mathématiques sont un moyen de « photographier » la réalité, c’est-à-dire de quantifier un processus à un moment donné, pour un certain état donné. Mais cela s’arrête là : il n’y a pas de « décodage » du « langage » de l’univers au moyen des mathématiques.

Pour cette raison, il n’existe pas dans les faits de formule mathématique abstraite comme « 1 + 1 = 2 », mais toujours une réalité physique concrète, à un moment donné, ce qui fait qu’on a : 1 crayon + 1 crayon = 2 crayons, ou bien 1 homme + 1 femme = 1 homme + 1 femme + 1 bébé.

Comment le matérialisme dialectique cerne-t-il cependant la question « 1+ 1 = ? » en tant que telle ?

Il existe trois réponses possibles :

a) la question 1 + 1 n’est, au sens strict, pas possible car l’univers forme une seule unité globale ; il n’est donc pas possible de séparer les éléments le composant ;

b) la question 1 + 1 a comme réponse 1, car chaque chose a deux aspects, comme l’exprime la loi de la contradiction ou conception des deux points ; on a ainsi 1 +1 = 1, ce qui est parfaitement juste puisque cela signifie également que 1 +1 = (1 +1) + (1 +1) = 1, et ce à l’infini ;

c) la question 1 + 1 a comme réponse 3, car toute contradiction porte un saut qualitatif et amène à davantage que les quantités initiales.

Il existe alors deux possibilités : choisir une réponse parmi les trois, ou bien considérer qu’il manque une réponse pour avoir deux contradictions se faisant face, composant elle-même une seule contradiction.

Au sens strict, la réponse de type a) et celle de type b) se répondent ; dans l’une, on a un monde réduit au « 1 » et, dans l’autre, on a l’infini. On a ainsi la contradiction entre le fini et l’infini. C’est, de ce fait, en soi la preuve que 1 +1 = 1.

Il faut alors chercher la réponse correspondant de manière dialectique à la réponse de type c), qui dit que 1 + 1 = 3 en raison de l’existence d’un saut qualitatif.

L’opposé du qualitatif, c’est le quantitatif. On devrait alors logiquement penser qu’il suffit de supprimer le saut et de laisser les choses se cumuler quantitativement. On aurait alors 1 + 1 = 2.

1 + 1 = 2 et 1 + 1 = 3 seraient deux opposés, comme expressions de l’opposition entre quantité et qualité.

Un tel choix n’est cependant pas possible. En effet, quand on dit 1 + 1 = 3, on n’a pas que la qualité, on a aussi la quantité. 1 + 1 = 3 c’est en effet 1 + 1 = 2 + le saut qualitatif. On ne peut pas séparer la quantité de la qualité.

Pourtant, on ne peut pas séparer la qualité de la quantité non plus. Quelle est alors la réponse à donner à 1 + 1 dans un telle approche où l’on cherche l’opposé de la qualité ?

C’est simplement 1 + 1 = 0. Le contraire du saut qualitatif – qui passe par la quantité – n’est pas une quantité statique, mais le statique lui-même. 1 + 1 = 0 signifie : rien ne change.

La contradiction entre 1 + 1 = 0 et 1 = 1 = 3 est celle entre l’absolu et le relatif (et inversement).

Les deux aspects d’une chose permettent l’existence d’un processus, son existence relative en tant que processus – et ce processus est absolu car il existe en tant que tel.

Mais les deux aspects portent en soi la rupture et confère donc à l’existence d’une chose, de manière absolue, un caractère seulement relatif à son existence, qui est ainsi dépassable.

On a ainsi :

  • 1 +1, c’est-à-dire seulement le 1, c’est-à-dire le fini
  • 1 + 1 = 1, c’est-à-dire 1 +1 = (1 +1) + (1 +1) = 1, c’est-à-dire l’infini
  • 1 + 1 = 3, c’est-à-dire la qualité passant par la quantité, c’est-à-dire l’absolu relatif
  • 1 + 1 = 0, c’est-à-dire la chose en elle-même, le relatif absolu

Ce qui donne :

d’abord
la
première
contradiction :
l’espace
ensuite
la
seconde
contradiction :
le temps

1 + 1 = 1, c’est-à-dire 1 +1 = (1 +1) + (1 +1) = 1, c’est-à-dire l’infini
1 +1, c’est-à-dire seulement le 1, c’est-à-dire le fini
1 = 1 = 3, c’est-à-dire la qualité passant par la quantité, c’est-à-dire l’absolu relatif
1 + 1 = 0, c’est-à-dire la chose en elle-même, le relatif absolu

La question 1 + 1 ne saurait ainsi se répondre de manière mécanique, statique, au moyen de nombres fixés éternellement et ayant une valeur en soi ; elle pose, au fond, la question du rapport du temps à l’espace, c’est-à-dire du mouvement à la matière elle-même, matière qui porte le mouvement et produit ainsi le temps.

Le matérialisme dialectique et le caractère inégal des artistes et des scientifiques

A travers les orages le soleil de la liberté a brillé pour nous
Et le génial Lénine a éclairé notre chemin
Staline nous a élevés – pour la loyauté au peuple
Pour le travail et les exploits

Tout développement se caractérise par le développement inégal ; rien n’est linéaire et un processus qui s’affirme se distingue nécessairement des autres processus de par ses nuances, sa différence, finalement sa contradiction avec eux.

Tout développement se pose ainsi comme un déséquilibre, un saut qualitatif, une émergence, une modification, avec un aspect particulier qui prime, qui bouscule l’équilibre ainsi que les autres aspects.

Cela est vrai non seulement pour ce qu’observent l’artiste et le scientifique, en tant que phénomène matériel observé, mais cela est vrai également de l’observation de l’artiste et du scientifique elle-même. Toute pensée est un phénomène matériel, se déroulant par un être humain concret, et elle obéit de ce fait elle-même à la loi de la contradiction.

Il n’y a pas de pensée « pure » ; toute pensée est une activité de la matière grise propre à un être humain dans une situation concrète.

Cette pensée est dans les faits une réflexion, le reflet de la réalité. Et ce processus de réflexion est lui-même contradictoire dans son développement, il est lui-même de nature inégale, rien qu’au sens où cette réflexion n’est pas celle des autres êtres humains, de par ses nuances, sa différence et finalement la contradiction qu’elle pose avec les autres réflexions.

C’est la raison pour laquelle les artistes et les scientifiques troublent de par leurs réflexions, qui se posent comme des affirmations qui sont en décalage avec les réflexions des autres êtres humains, qui n’ont eux pas encore connu le même processus de pensée, en raison du développement inégal.

L’humanité est en retard sur le développement de la matière, mais elle est également en retard sur l’artiste et le scientifique qui sont en première ligne pour saisir un aspect de ce développement.

C’est la raison pour laquelle les artistes et les scientifiques, lorsqu’ils réalisent des œuvres artistiques ou scientifiques, surprennent, étonnent ou choquent, de par le caractère avant-gardiste de leur démarche, les autres êtres humains prenant conscience a posteriori par rapport à eux.

C’est la raison pour laquelle les artistes et les scientifiques se sentent en décalage par rapport aux êtres humains, éprouvant une certaine méfiance ou réticence à la socialisation, ayant peur d’être incompris, rejetés, ostracisés pour leurs efforts de synthèse.

Spinoza, qui raisonnait au 17e siècle sur l’univers comme formant un ensemble organisé et systématique, avait ainsi pris comme devise « Caute », soit « prudence », « méfiance » ; il savait que sa cosmologie était si avancée et l’humanité si en retard que sa vie serait en danger s’il ne prenait garde à ce qu’il disait publiquement. Averroès avait au 12e siècle la même position face au fanatisme musulman, alors que lui-même diffusait la philosophie matérialiste d’Aristote.

Inversement, des artistes et des scientifiques ont fait un fétiche de cette position en décalage, étant épaulés en cela par le capitalisme qui a mis en avant cette forme pour jouer les faussaires quant au contenu.

L’esthétique noire de Baudelaire, la figure des « poètes maudits », le symbolisme de Rimbaud, le surréalisme… sont des exemples bien connus en France d’un charlatanisme se prétendant visionnaire au nom d’un décalage en réalité théâtralisé et nullement produit par une situation d’avant-garde.

L’art moderne puis l’art contemporain fonctionnent précisément par décalage, surprise, étonnement… afin de prétendre représenter quelque chose d’avant-garde. C’est une caricature de la réalité dialectique – au caractère forcément inégal – de l’artiste.

Il y a pareillement une théâtralisation menée par certains scientifiques – de manière fétichisée sur une base initialement scientifique ou bien de manière entièrement manipulatoire – afin d’apparaître comme des génies ouvrant la voie à quelque chose de radicalement nouveau, de formidable (comme Wilhelm Reich avec sa révolution sexuelle et « l’orgone » comme forme d’énergie vitale, en France Didier Raoult et le covid-19 comme gripette dont il aurait la solution, etc.).

En somme, pour apparaître visionnaire, des figures cherchent à apparaître comme tourmentés, en décalage, à part, « maudits », en opposition au « système », etc.

Cela existe bien entendu dans le domaine de l’idéologie où il y a toujours des ultras cherchant à se donner une image hyper-révolutionnaire au moyen de coups d’éclat plus ou moins superficiels, afin de se donner l’image d’une avant-garde, de prétendre représenter un développement inégal.

En réalité, tout se démasque aisément si l’on voit que le caractère inégal des artistes et des scientifiques repose sur une activité de synthèse de la réalité.

La réalité se transforme, les artistes et les scientifiques voient cette transformation et la reflètent, dans un processus en décalage avec les autres êtres humains. Mais ce reflet est un processus de synthèse ; les artistes et les scientifiques ne s’éloignent pas de la réalité, ils cherchent à la représenter de manière synthétique, complète.

Ils visent à poser un monument de clarté ; ils n’ont rien à voir avec une théâtralisation cherchant à imiter la complexité et la découverte.

Ils portent une dimension démocratique, car ils cherchent à montrer quelque chose de manière synthétisée ; ils ont une exigence de complétude, une logique d’encyclopédie, car ils portent la systématisation dans le rapport au réel. Ils savent que tout le monde atteindra un jour cette dimension synthétique, d’où leur souci de l’accessibilité, de la diffusion des conceptions à l’ensemble du peuple.

Les artistes et les scientifiques sont ainsi, lorsqu’ils sont authentiques, forcément du côté de la démocratie et du peuple ; le développement inégal de leur démarche les rend cependant méfiants et en décalage, exigeant un rapport dialectique de la société avec eux, une bienveillance complète marquée par la fermeté sur les principes, comme l’URSS le fit avec l’écrivain Maxime Gorki et le scientifique Vladimir Vernadsky.

Le nouveau chasse l’ancien et cela passe par la synthèse ; les porteurs de synthèse correspondent à un développement inégal, tant de par leur activité que dans le développement inégal observé, synthétisé. Une société saisissant cette dimension de l’activité des scientifiques et des artistes est capable de les reconnaître pleinement, de les soutenir, de les orienter, de développer réellement la science et les arts.

L’industrie de la reproduction humaine illustre une énième facette de la seconde crise générale du capitalisme

Plus le capitalisme avance, plus il doit trouver de nouveaux marchés pour se reproduire, et pour cela il doit de plus en plus se tourner vers du superflu et faire tomber les barrières morales. Cette dynamique va en s’intensifiant en temps de crise, puisqu’il existe alors une masse de capital cherchant à s’investir.

C’est le cas du marché de la reproduction humaine, qui profite de la stérilité causée par d’autres secteurs détruisant la nature et les capacités de reproduction des espèces, mais aussi de l’égocentrisme inhérent à une société individualiste.

Au lieu d’orienter les incroyables forces productives et technologiques vers le développement d’un mode de vie harmonieux, il y a un désordre caractéristique, où l’on ne raisonne qu’en court terme et en parades des développements anarchiques antérieurs.

En somme, on soigne les maux d’une industrie mortifère par une autre, encore plus aliénante avec de nouveaux intérêts en jeux.

Le grand « avantage » du marché de la reproduction est qu’il place son créneau dans le fondement même de la vie : perpétuer l’espèce. Et celle-ci passe par la capacité à se reproduire. C’est donc quelque chose qui peut passer facilement pour incontournable, dans lequel on ne va pas hésiter à investir.

Cette industrie a tout intérêt à transformer la procréation, déplaçant une production naturelle par une artificielle grâce à la technologie. C’est en cela que peuvent se créer de nouveaux secteurs dans lesquels les capitaux disponibles peuvent venir s’injecter.

Prenons par exemple les dispositifs de congélation des gamètes, l’imagerie médicale de pointe, le matériel obstétrique et bien sûr, le développement des outils génétiques, permettant d’isoler des gènes, de raccrocher des morceaux d’ADN tels que les ciseaux génétiques CRISPR-Cas9.

C’est que pour être réellement un marché viable, la reproduction va devoir toucher les couples hétérosexuels non-stériles, le plus gros marché potentiel. Le moyen d’y arriver est la génétique.

Pour ce marché en pleine expansion, la libéralisation de la PMA n’est pas un droit pour les homosexuels, c’est l’outil principal du processus permettant de faire passer un saut qualitatif au marché en allant à la rencontre des couples fertiles et des femmes seules.

Et pour toucher des couples stériles et des femmes seules, il faut proposer quelque chose d’attractif à banaliser, avec le pragmatisme génétique, « pour le bien de sa descendance ».

On a ainsi un développement extrêmement sophistiqué de la génétique pour pouvoir d’abord proposer l’implantation d’embryons « sains », puis pour pouvoir de plus en plus proposer des « options ».

Le bond de la pratique de la PMA depuis 2015 correspond d’ailleurs à l’amélioration des congélations d’ovocytes, mais aussi à la multiplication des possibilités de diagnostiques préimplantatoires (DPI), avec notamment des techniques permettant, outre d’éliminer un large spectre de maladies génétiques, de choisir le sexe depuis l’analyse génétique de l’embryon.

On a donc des parents non-stériles qui optent pour la PMA pour éviter des « problème génétiques », ceux-ci allant de la trisomie 21 à la dyslexie en passant par le strabisme comme cela peut être proposé au Royaume-Uni. Et d’autres encore, parce qu’ils ne veulent pas de fille, du fait d’une société encore fortement patriarcale comme c’est souvent le cas des couples chinois, par exemple.

Depuis ces améliorations, le marché de la procréation et ses multiples entreprises éparpillées commencent à connaître une activité intense de fusions – acquisitions, montrant une tendance au monopole.

Au début des années 2010, les entreprises étaient éparpillées, avec d’un côté des cliniques « indépendantes », de l’autre quelques banques de sperme et une industrie de niche.

En Europe, c’est l’Espagne qui a constitué le premier pôle à faire de la reproduction un secteur avec un ensemble de cliniques privées (IVI) essaimant à l’étranger, profitant des lois libérales. Dans ce pays, le marché de la procréation était estimé à un chiffre d’affaire de 500 millions d’euros environ en 2018.

À titre comparatif, le marché des jus de fruit dans ce même pays (premier vendeur européen) est de 730,63 millions d’euros. La procréation est un secteur du médical dans lequel l’Espagne est spécialisé, au même titre que les jus de fruits dans l’agro-alimentaire.

Mais pour gagner du terrain il faut pouvoir baisser les prix et bénéficier de lois favorables, cela ne peut se faire qu’en « pesant » toujours davantage.

C’est le sens de la fusion en 2017 d’IVI les cliniques espagnoles et RMANJ les américaines, faisant de IVI-RMA Global le leader mondial du marché de la procréation.

Aux USA, le marché de la reproduction est estimé à 3,6 milliards de dollars en 2017. Toujours à titre comparatif, 1,65 milliard c’est le chiffre d’affaire de Burger King en 2018.

En Asie aussi, le marché de la reproduction est en plein essor, avec une industrie des biotechnologies très développée. La discrimination sexuelle à la naissance au bénéfice des garçons, encore très présente, y promet la popularité du CGP (criblage génétique préimplantatoire, sorte de DPI permettant le choix du sexe).

Progressivement, les leaders du marché de la procréation vont inéluctablement arriver au stade de monopoles, avec 2 grands secteurs :

1) Les services, des cliniques liées aux banques de gamètes et aux agences de mères porteuses, qui sont en lien avec les clients.

2) Les bio-technologies et labos pharmaceutiques (avec les tests ADN, l’imagerie médicale, les outils génétiques, les traitements hormonaux, les instruments obstétriques…) représentant tout de suite des masses de capitaux énormes dont la procréation n’est qu’une nouvelle branche.

La tendance est également à racheter quelques acteurs des services pour disposer d’un contrôle complet de la chaîne de production de fœtus. Plus il y a de cliniques, plus leur industrie a des débouchés.

Viennent ensuite des secteurs adjacents comme l’assurance, le transport, le « tourisme de la santé »…

Évidemment tout cela se fait de manière absolument opaque et anti-démocratique, il est par exemple très difficile de trouver des chiffres, des données et de savoir où tout cela peut bien mener la société.

La pression du secteur est déjà énorme sur les pays n’ayant pas encore libéralisé la PMA, mobilisant toute une couche intermédiaire intellectuelle libérale sous couvert d’égalité des droits.

Il en va de même pour la Gestation Pour Autrui (GPA). Le sandale des nouveaux nés coincés dans le pays de leur « gestatrice » pendant les confinements amène les pro-réglementation à arguer en faveur d’une législation pour faciliter les filiations à l’internationale.

Avec la GPA on normalise le fait de louer le corps d’une femme pour accéder au « désir » d’enfant de tierces personnes. On connaît bien le cas des couples gays, deux hommes ne peuvent pas avoir d’enfants. On connaît aussi le cas des couples hétérosexuels dont l’utérus de la femme ne fonctionne pas. À cela s’ajoute une multitude de raisons tordues de recourir à une mère porteuse : Avoir un enfant après la ménopause, ne pas vouloir abîmer son corps de femme « objectifié » ou encore être un homme et vouloir un enfant tout seul.

À aucun moment il n’est question de morale, tout est une question de pseudo-égalité à posséder des enfants, de possibilités et de choix, et le rôle du libéralisme est de promouvoir une société où la pire des choses n’est pas la traite des êtres humains mais l’entrave à la liberté de choix.

Cependant pour la GPA, l’argument de l’égalité des droits à beaucoup plus de mal à faire son chemin puisque cette pratique relève purement et simplement de la traite des êtres humains.

D’autant plus que l’exploitation reproductive nécessite un réservoir de femmes précaires pour baisser ses prix et pouvoir prétendre à vendre une grossesse à des couples de classe moyenne.

C’est le sens des multiples tentatives d’ouverture de la GPA en Amérique Latine, ou de son développement dans les pays de l’Est de l’Europe. À l’inverse on a pu voir de scandaleuses usines à bébés en Inde, mais la pression populaire a mené à procéder à une législation restrictive en 2015.

La crise du mode de production va entraîner une accélération de ce phénomène avec des injections massives de capitaux et une bourgeoisie moderniste poussant à une élimination complète des barrières morales en contournant le débat démocratique, avec par exemple des résolutions internationales.

La bioéthique va donc être une question cruciale au niveau mondial, c’est un aspect supplémentaire de la friction entre le capitalisme et l’ensemble de la vie, de la biosphère, toujours plus méprisée et bafouée.

Le capital e-commercial dans la seconde crise générale du capitalisme

La crise générale a nécessairement un développent inégal selon les secteurs d’activités. D’ailleurs, c’est une nécessité pour les communistes que de comprendre les modalités de krach de tels et tels secteurs, avec en même temps, dialectiquement, les modalités d’essor accéléré d’autres secteurs. Sinon, on bascule dans une lecture unilatérale et on ne comprend pas la nature profondément contradictoire de la crise.

La plasticité du capitalisme permet à une partie du capital de s’engouffrer dans les possibilités de modernisation-restructuration offerte par la « crise » – en même temps, cela désaxe le capitalisme et accentue la pression sur les capitalistes en général.

À ce niveau, l’essor de la vente en ligne comme expression du capital commercial est un bon exemple pour comprendre le processus dialectique d’essor particulier d’une branche capitaliste qui renforce l’aspect général de la crise.

Dans un communiqué de presse de début décembre 2020, la « fédération e-commerce et vente à distance » (Fevad) note ainsi :

Avec un chiffre d’affaires cumulé de 77,9 milliards sur les 9 premiers mois, les ventes de produits et de services sur internet ont progressé de 5% par rapport à la même période l’an dernier.

A partir de l’analyse des données disponibles à ce jour, la Fevad table sur une progression des ventes de 8,5% au dernier trimestre. Si la croissance des ventes en ligne de produits devrait être plus importante que lors des précédents trimestres, celle-ci ne devrait toutefois pas suffire à compenser la baisse des services.

Dans ce contexte, le chiffre d’affaires annuel du e-commerce en 2020, tous produits et services confondus, devrait progresser de +6% sur un an, contre +11,5% en 2019, pour atteindre 109,6 milliards.

I. L’ « e-commerce » comme une forme spécifique du capital commercial dans la chute tendancielle du taux de profit

a) L’ « e-commerce » accompagne les monopoles industriels

Remarquons d’emblée que : la vente en ligne permet la rotation de telle industrie vestimentaire, telle industrie technologique et culturelle, etc., mais ne joue en rien dans la rotation par exemple de l’accumulation du capital dans l’acier, le pétrole, le ciment, etc. Reprenons donc la question de la baisse tendancielle du taux de profit.

On a des capitalistes qui cherchent à vendre toujours plus de marchandises pour élargir leur capital. Pour cela il faut baisser les coûts de production ainsi qu’élargir les marchés.

Comme on le sait, cela a pour conséquence de faire baisser la part du capital dédiée à l’emploi de la main d’œuvre (baisse coût de production) et d’augmenter la part dédiée à des moyens de production plus sophistiqués afin de produire plus vite, en moins de temps, et que donc que les marchandises soient moins chères et qu’ainsi elles se vendent mieux.

Or si le taux de profit baisse (la part des travailleurs diminue par rapport à la part de la machinerie), la logique même de cette baisse implique une hausse de la masse des profits puisque il y a une machinerie plus productive, donc plus de produits mis sur le marché.

Et comme on l’a compris avec Lénine, cette contradiction entre baisse qualitative (le taux de profit) et hausse quantitative (la masse de profits) aboutit à la formation de monopoles qui sont les seuls à mêmes d’assurer les énormes investissements en capital constant.

Le « e-commerce » qui appartient au capital commercial ne créé ni profit, ni ne produit de plus-value, il est donc entièrement dépendant de la dynamique de valorisation du capital industriel dont il s’approprie une part de survaleur. Il suit donc inévitablement la tendance monopolistique.

Comme le dit Marx à propos du capital commercial :

Le taux du profit de celui-ci est une grandeur donnée, qui dépend d’une part de la masse de profit produite par le capital industriel, et d’autre part du rapport du capital commercial au capital total avancé pour la production et la circulation.

De fait, on considère ainsi que 87 % du chiffre d’affaire du « e-commerce » est réalisé par 5% des acteurs du secteur.

b) Le capital e-commercial, comme un aspect de la contre-tendance à la chute du taux de profit

Dans l’explication de la baisse tendancielle du taux de profit dans le Capital, Karl Marx explique qu’il y a donc des contre-tendances. Au cœur de ce raisonnement, il y a la question du rapport entre le taux de plus-value, le taux de profit, et le capital organique. Et ce rapport se fonde sur un moment précis de l’accumulation du capital qui est le taux de rotation.

La rotation du capital, c’est l’ensemble du temps parcouru pour qu’un capital-argent investi initialement revienne sous la forme-argent, enrichie d’une plus-value produite dans la sphère de la production, « et » réalisée dans la sphère de la circulation. Bien qu’aspect secondaire de l’accumulation, le capital commercial est une clef du processus général d’accumulation.

Marx explique :

Le temps de rotation du commerce mondial a été diminué considérablement et l’activité du capital a été doublée et même triplée.

Il va de soi que cette révolution ne s’est pas accomplie sans contre-coup sur le taux du profit.

Pour apprécier d’une manière exacte l’influence de la rotation sur ce dernier, nous devons admettre que tous les autres éléments (taux de la plus-value, journée de travail, composition centésimale) sont les mêmes pour les deux capitaux que nous mettrons en parallèle. (…) Les taux de profit de deux capitaux de même composition, de même taux de plus-value et de même durée de travail, sont donc en rapport inverse des périodes de rotation.

Pour contrer la baisse continue et inéluctable de la main d’œuvre par rapport à la machinerie en général, le capital produit dans le cours de son accumulation des contre-tendances, des freins à la chute de sa baisse de valorisation.

Et pour bien saisir cela, il faut faire la différence entre le taux de profit et le taux de plus-value. Le taux de plus-value correspond au rapport d’exploitation entre le travail payé et le travail non payé. Le taux de profit correspond au rapport entre le taux de plus-value et le capital organique avancé.

On le voit le taux de plus-value reste central, mais ce taux connaît une tendance à la baisse du fait de l’augmentation de la machinerie « au détriment » de la main d’œuvre, source réelle de la plus-value. Pour un capitaliste, celle-ci peut donc au bien augmenter le taux d’exploitation (augmentation de la journée de travail, donner plus de tâches aux travailleurs, baisse du salaire, etc.).

Mais cela peut aussi donc jouer sur la rotation du capital, ce qui fait référence au taux de profit et non au taux de plus-value. Si le capital connaît 10 cycles de rotation au lieu de 5, cela signifie que lorsqu’il jette la somme initiale de capital-argent pour l’accumulation, il va obtenir 10 « retours sur investissements » (enrichis de la plus-value) sans avoir à rejeter à chaque fois la somme initiale.

Marx explique bien cela dans cet exemple :

Prenons un capital A, ayant la composition 80 c + 20 v = 100 C, et qui, pour un taux de plus-value de 100 %, accomplit deux rotations par an. Son produit annuel sera 160 c + 40 v + 40 pl . Le taux du profit devant être calculé en rapportant 40 pl , non pas au capital employé de 200, mais au capital avancé de 100, nous aurons p’ (profit) = 40 %.

Soit un second capital B = 160 c + 40 v = 200 C qui, pour le même taux de plus-value de 100 %, n’accomplit qu’une rotation par an. Son produit annuel sera également de 160 c + 40 v + 40 pl , mais les 40 pl devront être rapportés au capital avancé de 200, ce qui donnera un taux de profit de 20 %, la moitié de celui de A.

Donc, un capital d’un secteur industriel donné a tout intérêt à maximiser ses rotations, car cela lui permet de freiner la baisse inéluctable de sa valorisation.

On comprend ainsi quel rôle jouent les géants du « e-commerce » pour des branches industrielles, comme le high-tech, le textile, la culture.

Et comme le remarquait bien Lénine à propos du fait que « les monopoles n’éliminent pas la libre concurrence dont ils sont issus ; ils existent au-dessus et à côté d’elle », les monopoles du e-commerce laisse aux petits capitaux la possibilité de se lancer en accédant à la plateforme de vente en ligne qui leur fait économiser des coûts et leur permet d’accéder à un taux de rotation plus élevé.

c) Les géants du e-commerce comme expression de la tendance à la socialisation

En tant qu’agent du capital commercial, le e-commerce est donc l’expression de la chute tendancielle du taux de profit en ce sens qu’il suit la tendance à la concentration monopolistique, tout autant qu’une contre-tendance à cette chute elle-même (taux de rotation).

La chose est que comme il y a de plus en plus de marchandises produites dans le cadre d’une production monopolistique, il faut davantage écouler ces marchandises, au risque de voir la rotation, et donc l’accumulation, se gripper.

Comme le taux de profit ne fait que chuter et que ce qui compte toujours plus c’est sa masse, il faut absolument augmenter les rotations du capital. Pour cela, il faut arriver à faire correspondre au mieux le temps de production et le temps de circulation.

C’est là qu’émerge le « e-commerce », comme expression d’une tendance toujours plus marquée à la socialisation à travers et malgré le capitalisme. À ce niveau, le capital commercial moderne profite des avancées informatiques, et principalement de la combinaison du big data et de l’intelligence artificielle, pour écouler coûte que coûte les marchandises via des comptes individuels à l’abonnement mensuel.

Mieux même, en produisant des besoins-artificiels sur cette base algorithmique, il génère l’illusion comme quoi il n’y aurait plus le chaos entre la production et la consommation. Évidemment cela est illusoire car cela n’ôte en rien la question de la paupérisation dans le cadre de la crise générale.

Le capitalisme est dans l’impossibilité même de faire que la production et la circulation se correspondent : seul le socialisme est à même de réaliser ce saut qualitatif, grâce à la planification. Mais justement, comment bien analyser ce qui relève ici d’une tendance à socialiser sur la base de la révolution socialiste et ce qui relève d’une empreinte capitaliste à démanteler ?

II Le capital e-commercial, une superstructure liée à l’impérialisme

a) La généralisation du fétichisme de la marchandise

A lors que la grande distribution s’est principalement emparée de l’écoulement des biens alimentaires dans les années 1960-1970, les géants de la vente en ligne se sont principalement appropriés la vente de vêtements et d’objets culturels (high-tech compris). Il y a ici une continuité dans la tendance au monopole de la grande distribution, dans les nouvelles conditions de la mutation informatique des années 1990-2000.

On pensera ici à Cdiscount (groupe Casino, 1998), Ebay (1995), Vente Privée (2001), Zalando (2008), PriceMinister (2000, racheté par le japonais Rakuten en 2010), Wish (groupe Alibaba, 1999), Amazon (1994). En 2017, Cdiscount a écoulé 30 millions de colis, Alibaba 821 millions et Amazon plus de 3 milliards. C’est vertigineux.

Avec les modalités de la circulation à flux-tendu du capital, l’épuration rapide des stocks est encore plus nécessaire qu’auparavant – sans rien changer à la nature même du capitalisme. La surproduction de capital oblige à ce que les parties des capitaux investis aient un « retour sur investissement » le plus rapide possible, et donc, dans le même temps, que la surproduction de marchandises soit « évitée » par la garantie de leur écoulement.

De par cette configuration, ce secteur de l’ « e-commerce » pousse jusqu’à l’absurde les tendances à l’éparpillement-gâchis capitaliste. C’est là un des caractères typiques du fétichisme de la marchandise qui occulte les conditions même de sa production réelle.

Ce sont ces camions poids-lourds qui peuvent traverser l’Europe toute entière, avec seulement quelques colis chargés, afin de satisfaire la demande d’une livraison rapide (24 à 48 heures). Ou bien ces palettes entières de marchandises reçues, qui sont sorties de leur carton initial, pour être emballées une seconde fois dans un carton – aux proportions parfois démesurées par rapport à la valeur d’usage contenue – aux couleurs du distributeur.

Notons ici également que l’industrie du carton, et donc l’exploitation du bois, sont des secteurs capitalistes qui ont vu leurs profits exploser avec la crise sanitaire, puisqu’elle fournit les cartons des marchandises.

Cela se heurte là aussi à des contradictions, principalement l’écocide, avec notamment de nombreuses forêts exploitées qui sont rongées par le scolyte, un insecte en prolifération du fait du réchauffement climatique. L’essor de l’industrie du carton est également génératrice d’une forte pollution des eaux, comme cela est visible avec Smurfit Kappa dans le bassin d’Arcachon, provoquant des critiques et oppositions locales. 

L’augmentation de la vitesse de rotation du capital joue ici un rôle dans la contre-tendance à la chute du taux de profit, en accentuant l’aspect extensif-quantitatif de la circulation marchande. Évidemment, cela offre toujours plus de poids aux monopoles car il faut assumer une très lourde logistique.

Avec le boom de l’« e-commerce », on passe un seuil dans le rapport fétichisé à la marchandise. Tout le caractère social de la chaîne de production du bien utile disparaît derrière une valeur d’échange que l’on s’approprie par désir, dans l’isolement et l’atomisation sociale – la figure du livreur étant la seule figure comme fenêtre ouverte dans la saisie des producteurs.

Un maillon de la chaîne qui est d’ailleurs déjà en cours de dissolution avec l’essor des services de livraison en l’absence de clients « grâce » aux boites sécurisées par digicode (« smart box »).

Et avec le big bata « e-commercial », on a un capital commercial qui anticipe des nouveaux besoins, afin d’assurer l’écoulement des marchandises.

Il y a une généralisation à l’ensemble des rapports sociaux de la forme aliénée qu’est la marchandise, où les personnalités ne vivent et ne se réalisent que dans la valorisation marchande elle-même. Le caractère utile, productif, des besoins (et pensons ici aux besoins culturels et intellectuels) disparaît dans des personnalités façonnées, modelées par l’immense automate de l’auto-valorisation.

b) Le caractère parasite du « e-commerce »

L a tendance aux monopoles a ceci de bon qu’elle rapproche inéluctablement du socialisme, de la socialisation complète de la production.

En tant qu’expression de la chute tendancielle du taux de profit, les monopoles de l’« e-commerce » suivent l’augmentation de la productivité sociale du travail. On le voit avec des tas de technologies de stockages, l’approfondissement de l’automatisation de l’entreposage, etc.

T out cela est donc à socialiser dans le cadre de la Révolution socialiste, formant ensuite une base certaine pour la transition au communisme, tout en tenant compte de leur ré-organisation dans le cadre de la résolution de la contradiction ville-campagne.

Mais, il ne faudrait pas pour autant penser de manière unilatérale les choses. Car le « e-commerce » relève dialectiquement d’une infrastructure et d’une superstructure, la seconde étant l’aspect principal.

La superstructure concerne, non pas le contenu, mais la forme de l’ « e-commerce » passant par le fait de « faire son marché » en quelques clics sur internet pour se faire livrer quelques jours plus tard. Cet aspect est à démanteler par une révolution culturelle.

Nulle doute d’ailleurs que toute cette dynamique a suivi l’accès massif des français à la propriété privée, notamment par le biais d’un pavillon en périphérie urbaine ou en zone rurale. Il y a une généralisation du comportement des dominants à l’ensemble de la population qui veut qu’il y ait des gens dont la fonction est de servir leurs intérêts égo-centrés. Cette généralisation suffit de montrer à quel niveau de corruption se situent les masses en France, quel est le taux d’aliénation général.

Nul hasard donc à ce que la Fevad remarque début décembre que :

« Suite à l’annonce du second confinement, la Fevad a mis en place un panel d’une cinquantaine de sites e-commerce dans le secteur non-alimentaire. Si les résultats issus de ce panel n’ont pas valeur d’indicateur global pour l’ensemble du secteur, ils n’en permettent pas moins de mesurer l’évolution de l’activité dans le contexte du confinement.

Ainsi, le chiffre d’affaires global du panel a progressé de 77% pendant ce second confinement. Les enseignes à dominante Meubles-Décoration-Aménagement Maison réalisent près de trois fois le chiffre d’affaires de l’an dernier à la même période. Les enseignes à dominante Produits Techniques près du double. »

La généralisation du « life style » aristocratique, de l’esprit de châtelain pour lequel on paie pour être servi est le reflet de ce que l’on pourrait résumer par : société de service, société de serviteurs.

La société de services, tant vantée comme une société de « l’immatériel » et de l’emploi de couches moyennes, révèle dans la seconde crise générale son vrai visage : une société de serviteurs d’esprits aliénés aux mœurs bourgeois. Et ce ne sont pas des « employés » qui occupent cette tâche, mais tout simplement des prolétaires.

Et tout cela repose sur l’approfondissement de la destruction de la campagne par la ville. Comme le rappelait le président de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance lui-même en 2017 :

Partout dans le monde, « on assiste à une mutation profonde et durable de la façon dont les gens font leurs courses, ce qui aura des répercussions sur la géographie des villes d’ici à 10 ans », notamment en ce qui concerne les points de livraison, les entrepôts, etc.

En fait, le principe de livraison de colis-marchandises répond ici à la tendance parasitaire du capitalisme monopoliste. On a des marchandises produites à moindre frais, là où le caractère d’exploitation est largement extensif ; marchandises qui inondent ensuite la métropole avec son esprit de consommation généralisée.

La seconde crise générale ouverte par le virus SARS-CoV-2 accélère alors ce processus du fait des confinements de la population.

Le confinement a posé une question antagonique au capitalisme : comment continuer à faire circuler les marchandises, alors que les flux de population sont sévèrement contraints, que les principaux magasins de vente ont été fermés ?

Comme tout mode de production basé sur la propriété privée le fait, le capitalisme a « répondu » en exploitant une couche sociale prolétarienne au bénéfice de toute la société. C’était là l’expression absurde, misérabiliste, d’esprit typiquement bourgeois, de « premiers de corvées ».

L a France se situe au troisième rang européen pour la vente en ligne, avec 37 millions d’acheteurs ayant dépensé en moyenne 2 200 euros, pour 33 clics-achats en moyenne avec un attrait poussé pour les vêtements. Au milieu des années 2000, la moyenne était de 763 euros. Se faire livrer du papier cadeau à Noël, un sèche-cheveux, des piles, du liquide vaisselle, on est bien loin du service de livraison du magasin de gros meubles…

Bref, on a là devant nous toutes les expressions économiques, sociales et culturelles de la métropole impérialiste ayant transformé le prolétariat en un prolétariat métropolitain, soumis au 24h sur 24h du capitalisme.

c) L’espace de la rupture subjective

C’est l’achèvement de ce que Lénine avait senti venir dans son livre « l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme » où il cite John Atkinson Hobson, un économiste britannique social-libéral qui décrivait le parasitisme des monopoles transnationaux sur les rapports sociaux de la Métropole :

« Telles sont les possibilités que nous offre une plus large alliance des États d’Occident, une fédération européenne des grandes puissances : loin de faire avancer la civilisation universelle, elle pourrait signifier un immense danger de parasitisme occidental aboutissant à constituer un groupe à part de nations industrielles avancées, dont les classes supérieures recevraient un énorme tribut de l’Asie et de l’Afrique et entretiendraient, à l’aide de ce tribut, de grandes masses domestiquées d’employés et de serviteurs, non plus occupées à produire en grandes quantités des produits agricoles et industriels, mais rendant des services privés ou accomplissant, sous le contrôle de la nouvelle aristocratie financière, des travaux industriels de second ordre. »

E t Lénine remarquait justement contre ce penseur libéral que toute la question était de savoir quelles luttes de classes auraient lieu pour résister et changer la tendance.

Or, on le sait, le premier cycle de la lutte de classe opposé à ce phénomène a eu lieu das les années 1970-1980 avec les avant-gardes révolutionnaires armées européennes. Des avant-gardes qui ont précisément théorisé à la suite de ce cycle la question du prolétaire métropolitain, de la domination générale du capitalisme sur les subjectivités.

L a seconde crise générale est l’ouverture d’un second cycle de lutte de classe dans lequel la rupture subjective va connaître une densité d’autant plus profonde que le caractère parasite de l’impérialisme pèse sur les mentalités.

Avec l’approfondissement de l’aspect économique de la crise qui voit paupérisme et précarité se renforcer, on voit l’espace qui se forme pour l’émergence de telles subjectivités. Car d’un côté, il y a le renforcement de toute cette dynamique absurde de l’ « e-commerce », avec comme aspect central la question écologique, et de l’autre il y a ratatinement des bases de la consommation, un effritement des bases du remboursement des crédits pour la voiture, le pavillon…

Dans la configuration d’une formation sociale atomisée, où le cannibalisme social va en progressant et l’individualisme s’épanouit, il n’y a aucune barrière morale, culturelle, à cet essor de la livraison à domicile, qui va même aller jusqu’à faire « disparaître » le livreur.

Pour les révolutionnaires, la livraison à domicile est une hérésie. Il faut à tout prix se désengager d’une telle pratique, cela fait partie d’un aspect de la rupture nécessaire avec ce monde. Cela correspond à la même nature que refuser le « fast-food » ou l’idéalisation du restaurant comme moment de détente. C’est là une expression de mentalités individualistes-atomisées qui se « font servir » passivement : un communiste refuse ce principe de la passivité.

L’ouverture d’un second cycle de lutte de classe sur la base de ruptures subjectives est nécessaire, et possible, et cela d’autant plus que l’avancée de la Guerre impérialiste forme tout un arrière-plan à la prise de conscience de tout le caractère parasite-impérialiste de la formation sociale capitaliste.

Les contours militaires des prochains conflits impérialistes et la substance de la guerre populaire au 21e siècle

Si elle n’est pas empêchée, la guerre impérialiste mondiale vers laquelle on tend ne se déclenchera pas de manière directe ; elle va passer par de violents accrochages, dont les contours militaires sont absolument nouveaux. Une importante réflexion est nécessaire à ce sujet.

Il ne s’agit pas seulement que la technologie a modifié la donne, c’est aussi que le matériau humain lui-même a changé. Les êtres humains sont en effet davantage formés dans l’utilisation de la technologie, des réseaux ; leur attention porte beaucoup plus facilement sur le court terme, aux dépens d’ailleurs d’efforts intellectuels et conceptuels prolongés.

Les êtres humains ont d’habitude l’avantage de devoir réagir et interagir, d’être placé dans un réseau d’activité. C’est le reflet d’exigences bien plus grandes du capitalisme quant aux réactions humaines dans les activités manuelles et intellectuelles.

C’est que la grande croissance des forces productives a modifié la donne, dans une situation de stabilité relative qui puise sa source dans la victoire de la superpuissance impérialiste américaine sur la superpuissance social-impérialiste soviétique, d’une part, et l’intégration du social-fascisme chinois dans le marché mondial, d’autre part.

Les êtres humains du début du 21e siècle seraient de ce fait absolument incapables de supporter les tranchées de la première guerre mondiale avec ses combats rudimentaires ; non seulement les conditions de vie leur sembleraient intenables, mais l’ennui et l’incompréhension de la simplicité des tâches leur seraient insupportables.

Même la seconde guerre mondiale, avec ses opérations conjuguées à grande échelle, ne correspond plus à des mentalités habituées à combiner, à apporter une certaine initiative, à ajouter quelque chose dans les activités, et cela à court terme.

Le travail d’aujourd’hui, même élémentaire, exige beaucoup plus d’intensité physique et psychique, de par une division du travail extrêmement approfondi. Les êtres humains sont bien plus insérés dans la production capitaliste qu’avant, même si un certain confort matériel apparaît comme pendant du développement de la consommation.

Cela modifie nécessairement les contours de la guerre.

Les états-majors et l’insertion du matériau humain dans la technologie

Les états-majors ont constaté cette importante modification des êtres humains et le matériau humain pour leurs troupes est désormais sélectionné. L’armée s’est professionnalisée ; elle n’est plus une troupe expérimentée organisant des appelés. C’est là une transformation radicale, parallèle à la spécialisation toujours plus poussée dans la société.

Les états-majors ont ainsi eu le souci d’intégrer cette spécialisation dans leur propre démarche. Ils ont cependant un souci de taille. Si les mentalités humaines sont désormais portés vers une plus grande rapidité de décision, il faut en même temps que cela corresponde aux vues de l’état-major.

Pour procéder à une image pittoresque, il suffit de penser à la contradiction dans le football. Les meilleurs entraîneurs sont devenus des experts en tactique de jeu, mais les joueurs sont le plus souvent peu éduqués et qui plus est aux mœurs simplistes ou décadentes. Les joueurs ne sont donc pas en mesure de suivre les entraîneurs, d’appliquer leurs consignes, voire même de les comprendre.

Les armées ont en un sens le même problème et cherchent à compenser cette contradiction en renforçant à tout prix la dimension « réseau ». Un joueur sur un terrain de football pourra toujours éviter les consignes en se positionnant de manière erronée. Mais les armées peuvent empêcher les soldats d’agir de manière « spontanée » en multipliant les couches de réseaux, c’est-à-dire en récoltant un maximum d’informations et en donnant des ordres en temps réel.

C’est le sens de la professionnalisation de l’armée, moyen essentiel pour systématiser les réseaux. L’expression consacrée en France pour cela est le « combat en réseau infocentré ».

Un soldat livré à lui-même agira relativement comme bon lui semble, en fonction de sa formation et de ses impulsions, alors qu’un soldat connecté en permanence, donnant des informations sur sa position en temps réel, recevant des ordres, dépendant des autres et du type de matériel fourni, n’aura pas d’autres choix possibles que celui de suivre à la lettre les décisions venant par en haut.

Le « combat en réseau infocentré »

Le « combat en réseau infocentré » suit une logique implacable et c’est même sa nature de se constituer comme un raisonnement logique systématique.

Chaque élément donne des informations à une centrale, qui fournit en réponse des ordres aux différents éléments afin d’être le plus efficace possible. C’est la reprise de la théorie de la cybernétique : tout mouvement consiste en des données quantitatives, qu’il faut agencer.

Un tel agencement serait possible de la manière la plus efficace au moyen de scénarios d’évaluation établis au préalable et de calculs rationnels des gains et des pertes. On est dans la logique formelle, avec des données fixées une fois pour toutes, qu’on prévoit avec des scénarios.

Afin de s’assurer que le scénario prévu triomphe, l’accent est mis sur la dimension technologique, car fournissant les paramètres les plus stables.

Le « combat en réseau infocentré » et la technologie comme clef

Le « combat en réseau infocentré » est obligé d’avoir comme aspect principal la technologie et non le matériau humain. Cela tient à sa lecture formelle, qui ne reconnaît pas la dignité du réel, le caractère vivant des processus. Il considère tout comme « mort » et étant donné que le matériau humain est instable, insuffisamment « mort », il cherche à le neutraliser de la manière la plus poussée possible.

Son objectif concret est de réduire autant que possible ce qui n’est pas automatique. C’est le même raisonnement que le capitalisme mettant des gens au chômage en se procurant des machines pour les remplacer, alors que la richesse vient pourtant de ces gens.

Le « combat en réseau infocentré » privilégie donc les couches technologiques, qui en se superposant se neutralisent les unes les autres et permet à l’état-major de tout paramétrer. En pratique, cela donne la chose suivante :

– brouillage électroniques des forces ennemies pour affaiblit leur capacité de réaction ;

– système satellitaire ultra-précis pour dégager les points à viser ;

– missiles guidées de haute précision pour atteindre ces points ;

– envoi de troupes spéciales afin de procurer des informations ou d’attaquer des centres névralgiques ;

– soutien aérien et pilonnage afin de maintenir une domination en surface ;

– emploi de blindés de haut niveau pour asseoir l’emprise territoriale ;

– actions de drones armés téléguidés afin de procéder au harcèlement.

En clair, c’est une progression par petits blocs. L’infiltration désorganise la ligne de front, avec immédiatement une double offensive par l’artillerie et les drones, puis un assaut des blindés.

La supériorité n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait penser, qualitative. La supériorité est purement quantitative : la maîtrise technologique est censée déplacer la nature de la bataille pour asseoir une nouvelle supériorité purement numérique. L’idée est simplement d’anéantir le centre de décision et de désorganiser les troupes ennemies, afin d’être en mesure de prendre le dessus quantitativement. La technologie ouvre la voie.

La guerre populaire et le peuple comme clef

Le « combat en réseau infocentré » se présente sous la forme d’une logique. La guerre populaire est, inversement, un système.

La logique passe par la technologie, par l’assemblage de données sous une forme mathématique, avec un agencement logique, prévu par le calcul. Les « wargames » sont des entraînements aux multiples scénarios. L’armée française a d’ailleurs embauché en 2020 une série d’auteurs de science-fiction pour former une « red team » alimentant l’état-major en scénarios surprenants.

Le système, à l’inverse, passe par le peuple, par la combinaison systématique de la dignité du réel, avec un agencement dialectique, imprévu et construit dans l’interaction. Il ne peut y avoir d’entraînement scénarisé au sens strict, car chaque situation est par définition nouvelle et elle-même en mouvement, en transformation, nécessitant par conséquent un choix adéquat de nature politique.

Cela sous-tend que les forces militaires de la révolution n’existent pas au préalable : elles se construisent au fur et à mesure, dans un processus prolongé. Les états-majors passent par en haut : ils ont leurs troupes et leurs scénarios prévoyant tel ou tel mode opératoire ; les forces révolutionnaires passent par en bas.

La génération des forces militaires de la révolution

La révolution génère les forces pour la faire vaincre et inversement ; c’est un processus dialectique entre les masses populaires et le processus historique, à travers le Parti Communiste dont la substance est de permettre la réalisation de ce processus.

Le Parti ne peut pas, de lui-même, générer abstraitement des organismes de masse, a fortiori des organismes révolutionnaires de masse. Il faut pour cela que la crise générale du capitalisme soit enclenché et déchire tellement la situation historique que même les revendications concernant les besoins immédiats relèvent de l’antagonisme.

La base de cela, c’est la contradiction entre la restructuration capitaliste et la réalité prolétarienne. Lorsque la base prolétarienne ne tolère plus la restructuration, se produit la confrontation et l’émergence du terrain révolutionnaire comme aire de l’autonomie prolétarienne par rapport à l’État et à la bourgeoisie.

C’est dans cette aire que se constituent les forces militaires de la révolution ; c’est un processus à la fois similaire et convergent avec la reconstitution du tissu prolétarien en tant que tel.

Le besoin de communisme et la recomposition du prolétariat

Le Parti Communiste a un aperçu complexe du processus révolutionnaire parce qu’il sait que c’est le besoin de communisme qui s’exprime historiquement et que le prolétariat se recompose secteur par secteur dans la bataille face à l’État et la bourgeoisie, contre la crise et ses restructurations capitalistes, contre la guerre.

L’unification des masses populaires s’accompagne pour cette raison de l’établissement du programme démocratique populaire, dans l’accumulation/synthèse des éléments de ce programme par l’expérience révolutionnaire concrète.

Si l’état-major militaire d’une armée réactionnaire a déjà ses scénarios, ses plans, sa logique, la guerre populaire consiste en un processus concret, non linéaire, porté par la subjectivité révolutionnaire se confrontant au réel et le transformant, accumulant les éléments d’un programme qui, une fois synthétisée, reflète le triomphe de la révolution.

Le Système du pouvoir prolétarien

De par le lent processus de formation des forces militaires révolutionnaires, il ne peut pas y avoir un « centre » de décision qui serait, immanquablement, la cible de la contre-révolution et qui, surtout, n’aurait pas un regard « intérieur ».

L’état-major d’une armée bourgeoise se veut « neutre », « objectif », avec des règles et des principes valables de manière systématique ; les forces révolutionnaires s’appuient de leur côté sur une compréhension dialectique concrète de la dignité du réel, le centre n’étant pas tant un lieu de décision qu’une base idéologique et politique, ayant formé une démarche servant de guide au processus.

C’est sur la base d’une telle pensée-guide que les différentes forces s’étant condensées dans le processus révolutionnaire se reconnaisse et s’agglomère, préservant leur compartimentation pour éviter l’écrasement, mais se reliant de manière dialectique dans les actions se combinant pour former un Système de pouvoir.

Le pouvoir prolétarien se constituant au fur et à mesure consiste en un système articulant de manière naturelle les forces s’accumulant dans le processus révolutionnaire. Il ne répond pas à un plan préétabli ou bien un modèle idéologique abstrait, bref à une logique formelle comme chez les états-majors bourgeois.

Il est le produit naturel d’une généralisation des forces révolutionnaires se combinant, secteur par secteur.

Et cette question de la capacité des forces militaires révolutionnaires à s’agglomérer dépend du niveau des communistes y participant et ayant atteint le niveau pour les diriger, puisqu’en dernier ressort la question décisive est celle de l’interaction dialectique que seuls les communistes peuvent saisir. La capacité des communistes à calibrer les activités des forces révolutionnaires conformément aux termes de l’affrontement en perpétuelle transformation est la clef de la victoire.

La question des termes de l’affrontement

Le « combat en réseau infocentré » exige de connaître au préalable les termes de l’affrontement, alors que la guerre populaire considère que ces termes sont en perpétuelle transformation et ne peuvent être connues au préalable.

Le « combat en réseau infocentré » raisonne en terme de « super-cerveau » plaçant des pions ; la guerre populaire se place comme Système de pouvoir se construisant dans les faits par des contre-pouvoirs démantelant l’ancien État.

Le « combat en réseau infocentré » est une conception de la guerre en général, alors que la guerre populaire est la conception spécifique du prolétariat pour prendre le pouvoir.

C’est que la bourgeoisie ne « pense » pas et ne peut pas voir un aperçu clair de la lutte des classes, alors que le prolétariat acquière une maturité toujours plus grande dans le processus révolutionnaire exposé et orienté par le Parti Communiste.

On peut dresser le tableau suivant des questions principales de la guerre :


BourgeoisieProlétariat
CommandementMécanique-hiérarchiséIdéologique-politique
ContrôleTechnique-satellitaireHumain
CommunicationsTechnique-satellitaireHumain
OrdinateursGrande puissance de calculCapacité de nuisance
InformationsDonnées mathématiquesCombinaison humaine
SurveillanceTechnique-satellitaireHumain
ReconnaissanceTechnique-satellitaireHumain
DoctrineÉcrasementAffirmation
StratégieVisant la résolutionCherchant le prolongé
TactiqueScénariséAdaptation au réel
TechnologiesHaut niveauFaible niveau

Tout cela n’a bien entendu qu’une valeur introductive, le problème se posant concrètement, dans le cadre de la crise générale du capitalisme.

Ce qui compte principalement, c’est de voir que pour le matérialisme dialectique, la guerre populaire a comme cœur le peuple ; pour les états-majors, la guerre impérialiste a comme cœur la technologie. Pour la guerre populaire, le chef est un soldat qui indique une voie et chaque soldat est un chef à petite échelle ; pour la guerre impérialiste, les soldats ne sont que des pions placés selon les calculs de l’état-major.

Pour la guerre populaire, les forces militaires se construisent secteur par secteur ; pour les états-majors, ce sont des forces préexistantes. Pour la guerre populaire, le processus est prolongé ; pour les états-majors, il s’agit de trouver le moyen de mener une frappe décisive.