Auteur/autrice : IoULeeM0n

  • Les masses comme limite historique de la peinture néerlandaise

    La peinture néerlandaise est concrète : même si on ne connaît pas les Pays-Bas de l’époque, ce qu’on voit est assez explicite.

    Il n’y a pas de monde irréel, il n’y a pas de code graphique idéaliste, il n’y a pas d’atmosphère surréelle cherchant à proposer quelque chose relevant de l’au-delà.

    Comme c’est une peinture qui se fonde sur les moments, sur la vie intérieure, sur la dynamique des rapports internes, on est plongé sans souci dans la situation.

    On n’a par exemple pas de problème de compréhension de cette peinture de 1633 de Gerard Donck, faisant le Portrait de Nicolaes Jansz. Lossy, organiste de l’église Nieuwe Kerk à Amsterdam, et de son épouse Marritgen Pieters.

    Mais où sont les masses ? On a ici une très grande difficulté, qui en même temps correspond à quelque chose de très simple.

    Le capitalisme a cette propriété d’apparaître comme une force magique, où l’argent appelle l’argent.

    Le travail est donc reconnu par la peinture néerlandaise, mais il n’est pas l’ossature de sa vision du monde.

    Il apparaît comme trop présent ou vraiment lointain.

    C’est qu’il est trop éloigné des centres capitalistes, avec ses banques et ses décisions, ses marchands et ses commerçants, ses banquiers et ses oligarques.

    Le tableau de Philips Wouwerman, intitulé Le chariot de foin, datant devers 1650-1658, est très réussi, toutefois on devine immédiatement qu’il y a un trait pittoresque, ou bucolique.

    Il y a quelque chose qui ne va pas ; on n’a pas la même incarnation que dans la représentation des paysans par les Ambulants en Russie.

    Le ton y est, la démarche est réaliste, mais le fond est trop trouble, il n’y a rien de significatif qui s’impose et qui en impose.

    Il y a quelque chose de trop facile.

    C’est qu’accéder au travail, dans sa réalité, est très difficile. Il faudra Karl Marx pour cela.

    Isaac Claesz van Swanenburg témoigne, par exemple, du labeur dans Le filage, le cisaillement de la chaîne et le tissage, en 1594.

    Pourtant, on voit bien qu’il y a une dimension trop théâtrale dans l’œuvre.

    C’est vrai, la dignité du réel est là ; le peintre a par ailleurs fait toute une série sur le thème, avec la même démarche.

    Il manque néanmoins toute la dignité non pas simplement reconnue, mais élevée à l’universel.

    L’atelier du tailleur, de Quirijn van Brekelenkam en 1661, est plus concret. Cela tient cependant à la dimension artisanale.

    La peinture néerlandaise est plus à l’aise avec les milieux clos, et encore plus quand la personnalisation est aisée.

    Pour personnaliser les grands groupes par contre, les masses, là il faut une vision du monde qui ne leur est pas historiquement accessible.

    La dentellière, peinte par Thomas Wijck, le montre bien : l’isolement permet davantage la portraitisation et la composition s’organise autour d’elle.

    Il ne s’agit pas ici, naturellement, de dénoncer la peinture néerlandaise pour son incapacité à représenter les masses.

    Ces dernières sont partout dans la peinture, toutefois elles n’apparaissent pas comme masses, car pour cela il faut le socialisme.

    Les masses portent ainsi une société qui est représentée, mais leur existence comme tout cohérent n’est pas visible, même pas pour elles-mêmes.

    Sans Parti des masses, l’art ne peut pas s’orienter par rapport à elles.

    Pour cette raison, la peinture néerlandaise se tourne inlassablement vers une sorte de style médiéval lorsque les masses sont présentes.

    Tout devient subitement plus dispersé, plus caricatural, plus chargé, comme si les masses en faisaient toujours trop.

    Le joueur de vielle, représenté vers 1657 par Nicolaes Maes, obéit de manière claire à cette logique.

    On a bien un moment, mais il semble devenu grossier.

    Il en va de même pour Le Violoneux, représenté en 1673 par Adriaen van Ostade.

    Le contraste avec la représentation des couches supérieures ou tout simplement urbaines est saisissant.

    C’est comme si, lorsque cela touche les masses, la peinture néerlandaise perdait le fil historique dans son approche, et cherchait dans le passé un mode opératoire.

    Il y a ici le reflet d’une incapacité, d’un empêchement historique, comme si la charge du calvinisme ne permettait pas d’aller aussi loin.

    Même Le contrat de mariage, ici peint vers 1668 par Jan Steen, se voit prétexte à une situation somme toute pittoresque.

    L’origine du problème est tout à fait facile à comprendre : en se tournant vers le particulier, il faut au fur et à mesure remonter jusqu’au particulier.

    Mais comment trouver le particulier chez les masses pour remonter jusqu’à elles ?

    Pour cela, il faut les masses comme classe et le capitalisme ne fait encore que se lancer.

    Pour cette raison, on n’échappe pas dans la peinture néerlandaise à d’innombrables peintures représentant les masses sur la glace en hiver.

    Elles sont loin, leurs activités très diffuses ; c’est intéressant, parfois plaisant, comme ici chez Hendrick Avercamp en 1608.

    C’est cependant un retour en arrière à Brueghel l’Ancien.

    Les masses en tant que masses, dans la peinture néerlandaise, sont encore en arrière dans la vision du monde de celle-ci.

    C’est la limite historique de la peinture néerlandaise.

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  • La peinture néerlandaise : Des perspectives nouvelles ouvertes

    Puisque la peinture néerlandaise est vivante, elle ouvre de nombreuses voies pour l’avenir, et parfois même qui peuvent être surprenantes.

    Cet étrange tableau de Lambert Doomer, Chardon, citrouille et chèvre, datant de 1675, anticipe toute une orientation « atmosphérique » qu’on trouvera plus tard dans l’expressionnisme.

    On est à la limite du réalisme, néanmoins si on part du principe de l’illustration, on a quelque chose de très fort dans la composition.

    On remarquera qu’il y a une atmosphère médiévale, typique de quand la peinture néerlandaise touche à une limite.

    Dès que les choses se figent, se bloquent dans leur développement, alors on repasse dans une scène prolongée et glacée, un certain sens de la monumentalité avec une stylisation hiératique.

    Ce détour par le passé peut ramener au futur, bien qu’il soit difficile de dire comment le réalisme peut appréhender cela sans se dénaturer.

    On a peut-être une réponse avec La vision de Daniel, peint dans les années 1650-1660 par Willem Drost, qui travaillait dans l’atelier de Rembrandt.

    On a ici à la fois de la grâce et du mystère, avec une focalisation qui rappelle inévitablement Rembrandt.

    De fait, ce qui fait l’intérêt direct de cette œuvre, c’est que c’est du Rembrandt, même si ce n’en est a priori pas un réalisé par ce peintre.

    Tout y ramène pourtant, tellement le moment est présenté avec une simplicité qui pourtant est capable de plénitude.

    La scène biblique consiste en Daniel qui, après un long jeûne, reçoit un message divin. En théorie, il est censé être déjà âgé ; dans le tableau, il semble jeune, et il en va de même pour l’ange.

    L’ange semble avoir des traits féminins par ailleurs, mais la qualité du tableau ne tient pas ici aux détails.

    Ce n’est pas non plus la composition ou la technique qui produisent le résultat.

    C’est véritablement la grâce de l’ange et la surprise de Daniel qui témoignent d’un moment, de ce fameux moment que cherche précisément la peinture néerlandaise.

    La peinture néerlandaise est bien un sas : elle vient de l’émergence de la peinture comme forme esthétique, mais fait passer celle-ci sur un autre plan.

    Désormais, la peinture a une nature en soi, son rapport au réel est direct.

    C’est ce qui est un cauchemar pour les commentateurs bourgeois, qui veulent soit un rapport subordonné à des idées « pures », soit aucun rapport au réel.

    La peinture néerlandaise est l’affirmation du réalisme et, pour cette raison, elle est inabordable pour une conception bourgeoise.

    Seuls des artistes tournés vers le réalisme peuvent chercher et trouver dans la peinture néerlandaise, au-delà du réalisme, des prises d’initiatives nouvelles.

    Le marché aux légumes, peint par Hendrik Martenszoon Sorgh en 1662, est exemplaire de comment il y a la recherche d’une avancée dans l’atmosphère, dans le positionnement des éléments.

    S’il fallait le rapprocher d’aujourd’hui, cela serait dans une vidéo illustrant une chanson qu’il faudrait trouver une sorte d’équivalent.

    La peinture néerlandaise n’est jamais statique ; son orientation vers la réalité permet de toujours chercher à cerner un aspect nouveau.

    Il y a une vraie reconnaissance du caractère inépuisable de la matière.

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  • Les bouquets de fleurs et l’état d’esprit

    Les représentations florales sont une partie intégrante de la peinture néerlandaise ; elles apparaissent souvent comme une fin en soi ou au contraire comme une tentative d’expression symbolique.

    Dans ce dernier cas, cela tiendrait au principe des vanités : ce serait une allégorie du temps qui passe.

    Il y a également que les fleurs représentent des choses en particulier, telle la richesse pour la tulipe, l’innocence pour le lys, l’amour pour la rose, etc.

    Il y a également souvent des insectes qui sont présents, comme par exemple ici pour cette Nature morte avec fleurs dans un vase, de Christoffel van den Berghe, peinte en 1617.

    On retrouve la fascination néerlandaise de l’époque pour la focalisation sur le particulier.

    Les œuvres semblent d’ailleurs toujours plus un assemblage de fleurs qu’un réel bouquet, au sens strict.

    La question du vase n’a jamais trop perturbé les commentateurs, et pourtant elle joue un grand rôle.

    Il est vrai qu’on les remarque plus ou moins, mais ils jouent un grand rôle dans le dispositif général, au sens où ils donnent le ton, en fonction de leur transparence (comme ici), de la complexité de la forme, de leur couleur, etc.

    C’est selon le vase, dans la pratique, qu’on perçoit la nature de l’arrière-plan s’il y en a un, qu’on tend vers une logique d’éparpillement ou au contraire de tentative d’aller dans un certain sens de l’harmonie.

    Il faut ici, non pas chercher un sens caché, mais bien comprendre que le peintre a dû visualiser la composition florale avant de la peindre.

    Cela exige de donner un énorme accent à la cohérence, comme ici avec Balthasar van der Ast, vers 1625-1630.

    Il suffit de penser qu’un seul élément inadéquat peut ruiner l’ensemble de la démarche visant à établir une unité au-delà des différences.

    La construction picturale est donc extrêmement difficile.

    Toute la question est tout de même de savoir dans quelle mesure ces bouquets ne sont pas un marche-pied vers la mélancolie, car on remarquera qu’il y a toujours une dimension assez sombre.

    On en revient au principe de la décoration, et de la décoration avec une visée à la fois esthétisante pour le logement, et visant à éveiller des choses dans la vie intérieure.

    Ces peintures, où on ne sait où commencer le regard et où le terminer, comme ici dans la composition très réussie de Maria van Oosterwijk en 1685, sont en rapport direct avec l’état d’esprit.

    Si on cherche un équivalent direct, on est obligé de les chercher par exemple dans la peinture tibétaine et ses représentations religieuses visant à « éveiller » le disciple spirituellement, en l’encadrant dans une certaine tonalité.

    Un équivalent musical serait le râga en Inde, où l’on vise à exprimer un certain « mode ».

    Le fait est que ces bouquets de fleurs néerlandais disent bien plus qu’ils ne le veulent en apparence, et qu’ils éveillent très fortement des sentiments.

    Assumer une telle peinture chez soi se conjugue forcément avec un certain état d’âme et même une volonté de cultiver cet état d’âme.

    Pour cette raison, ces bouquets de fleurs, de par leur logique compositionnelle surchargée – encore une fois comme dans la peinture tibétaine – représentent de très différent de ce que propose la peinture néerlandaise en général.

    Naturellement, c’était imperceptible à l’époque et on voit ici comment, dans cette œuvre peinte par Cornelis Kick dans la seconde moitié du 17e siècle, il y a un formidable jeu avec le reflet du vase.

    Ce type de peinture n’était pas considéré comme différent dans sa nature et on trouve les mêmes réflexes qu’ailleurs.

    Il y a cependant une sorte de perspective ouverte ici pour l’avenir.

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  • La lettre de René Descartes sur les Pays-Bas de mai 1631

    Voici le contenu intégral de la lettre envoyée en mai 1631 à Jean-Louis Guez de Balzac.

    «Je ne suis point étonné, lui dit-il, qu’une âme grande et forte, telle que la vôtre, ne puisse se plier aux usages serviles de la cour.

    J’ose donc vous conseiller de venir à Amsterdam, et de vous y retirer, plutôt que dans des chartreuses, ou même dans les lieux les plus agréables de France ou d’Italie.

    Je préfère même son séjour à cette solitude charmante où vous étiez l’année dernière.

    Quelque agréable que soit une maison de campagne, on y manque de mille choses qu’on ne trouve que dans les villes; on n’y est pas même aussi seul qu’on le voudroit.

    Peut-être y trouverez-vous un ruisseau dont le murmure vous fera rêver délicieusement, ou un vallon solitaire qui vous jettera dans l’enchantement; mais aussi vous aurez à vous défendre d’une quantité de petits voisins qui vous assiégeront sans cesse.

    Ici, comme tout le monde, excepté moi, est occupé au commerce, il ne tient qu’à moi de vivre inconnu à tout le monde.

    Je me promène tous les jours à travers un peuple immense, presque aussi tranquillement que vous pouvez le faire dans vos allées.

    Les hommes que je rencontre me font la même impression que si je voyois les arbres de vos forêts ou les troupeaux de vos campagnes.

    Le bruit intime de tous ces commerçants ne me distrait pas plus que si j’entendois le bruit d’un ruisseau.

    Si je m’amuse quelquefois à considérer leurs mouvements, j’éprouve le même plaisir que vous à considérer ceux qui cultivent vos terres : car je vois que le but de tous ces travaux est d’embellir le lieu que j’habite, et de prévenir tous mes besoins.

    Si vous avez du plaisir à voir les fruits croître dans vos vergers, et vous promettre l’abondance, pensez-vous que j’en aie moins à voir tous les vaisseaux qui abordent sur mes côtes m’apporter les productions de l’Europe et des Indes ?

    Dans quel lieu de l’univers trouverez-vous plus aisément qu’ici tout ce qui peut intéresser la vanité ou flatter le goût ?

    Y a-t-il un pays dans le monde où l’on soit plus libre, où le sommeil soit plus tranquille, où il y ait moins de dangers à craindre, où les lois veillent mieux sur le crime, où les empoisonnements, les trahisons, les calomnies soient moins connus, où il reste enfin plus de traces de l’heureuse et tranquille innocence de nos pères ?

    Je ne sais pourquoi vous êtes si amoureux de votre ciel d’Italie, la peste se mêle avec l’air qu’on y respire ; la chaleur du jour y est insupportable; les fraîcheurs du soir y sont malsaines ; l’ombre des nuits y couvre des larcins et des meurtres.

    Que si vous craignez les hivers du Nord, comment à Rome, même avec des bosquets, des fontaines et des grottes, vous garantirez-vous aussi bien de la chaleur, que vous pourrez ici, avec un bon poêle ou une cheminée, vous garantir du froid ?

    Je vous attends avec une petite provision d’idées philosophiques qui vous feront peut-être quelque plaisir ; et, soit que vous veniez ou que vous ne veniez pas, je n’en serai pas moins votre tendre et fidèle ami. »

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  • Jacob Cats et les moments évalués

    Jacob Cats (1577-1660) est une figure incontournable des Pays-Bas du 17e siècle ; il fut avocat et homme politique, plusieurs années d’ailleurs au poste de grand pensionnaire du pays (soit premier ministre).

    La résidence officielle du Premier ministre des Pays-Bas à La Haye est d’ailleurs la maison construite par Jacob Cats.

    Il fut également un poète, et surtout un fabuliste-philosophe hors pair, dont la renommée populaire fut immense.

    Il est considéré que le peuple n’avait souvent que deux livres : la Bible et une œuvre de Jacob Cats. Ce dernier est à ce titre connu commeVader Cats, « père chat ».

    Sa production passe par les longues réflexions éparpillées, des guides moraux ainsi que le livre d’emblèmes, qui combine texte et image pour une morale.

    Le principe est d’avoir une image, qui est interprétée de manière allégorique ou symbolique par une phrase, qui est parfois sous la forme d’un aphorisme, d’une sentence.

    On a par exemple des formules, à la fois philosophiques et humoristiques, comme : « Aussi rapide que soit le mensonge, la vérité le rattrapera », « Les enfants sont une nuisance », « Même si le singe porte un anneau d’or, il est et reste une chose laide ».

    L’utilisation d’une image est bien entendu typique du protestantisme : chassées des églises, les images ont une fonction non religieuse et sont présentes partout.

    Le Tchèque Comenius organisait au même moment toute sa pédagogie dans le sens de l’interaction de l’élève, avec des mots et des images, dans le prolongement de la première forme de protestantisme que fut le hussitisme tchèque au début du 15e siècle.

    Voici ce qu’ont lit dans un article d’Albert Réville de 1869, publié dans la Revue des Deux Mondes : « Un Moraliste néerlandais – Jacob Cats et ses œuvres ».

    « Parmi les foyers de civilisation européenne qui ont fait preuve d’une grande puissance de rayonnement, il faut compter la Néerlande, et rien ne serait plus trompeur que de mesurer cette force rayonnante à l’exiguïté du territoire qui forme aujourd’hui le royaume des Pays-Bas(…).

    C’est ainsi qu’on vit aux XVIe et XVIIe siècles cette république de marchands épuiser l’Espagne, tenir tête glorieusement à Louis XIV, disputer et même pendant tout un temps arracher aux Anglais l’empire des mers, offrir un suprême refuge à la pensée libre, traquée partout ailleurs, et servir de quartier-général à cette révolution de 1688 qui, en chassant les Stuarts et leur système, arrêta net la sombre réaction absolutiste qui menaçait de transformer notre vivante Europe en une Chine occidentale, inerte, pétrifiée, abêtie comme l’autre (…).

    Les œuvres de Jacob Cats, dont le nom est à peu près inconnu en dehors de la Hollande et des pays de même langue, trônent à côté de la Bible dans les affections des vieilles familles néerlandaises.

    On a souvent désigné l’in-folio qui contient ses nombreux ouvrages sous le titre de la Seconde Bible du peuple hollandais, et ce titre n’a rien d’exagéré.

    Poète moraliste par excellence, chantre de la vie de famille et de la vie agricole, — cette autre passion de ce peuple singulier qui n’est pas volontiers soldat, mais qui cultive comme il navigue, avec passion, — Jacob Cats représente, je ne dis pas précisément les plus grands côtés, mais la moyenne honnête, sensée, pratique avant tout, du caractère national.

    Ses œuvres abondent en conseils, en remarques, en maximes, en historiettes, dont l’application à la vie quotidienne est immédiate et continue.

    Son in-folio, que des réimpressions nombreuses ont répandu partout, se voit chez les pauvres et les riches, à la campagne comme à la ville.

    Il y en a long, très long à lire, et quand c’est fini, on peut recommencer. On y trouve toujours du nouveau.

    Quand les enfants ont été sages pendant la semaine, le père ou la mère leur montre le dimanche ce gros livre étrange où il y a des seigneurs et des belles dames, des monstres et des fous, des mains mystérieuses et des jardins, et tout cela si drôle, prêtant à tant d’histoires !

    Toutefois, vu le temps encore assez grossier où l’ouvrage a été écrit et le genre de sujets qu’il traite, la revue d’une partie des images terminée, il faut serrer de nouveau le gros livre dans l’armoire jusqu’à la semaine prochaine.

    Le paysan, dans les soirées d’hiver, tandis que, séparées par une simple cloison mobile, ses vaches bien-aimées dorment en poussant leur souffle égal et doux qui réchauffe toute la chaumière, le paysan cherche dans le père Cats les bons conseils qu’il donne à l’agriculteur et au bouvier.

    Le petit marchand, la ménagère, y recueillent d’excellentes directions d’économie domestique.

    Le boer exilé dans les prairies de l’Afrique méridionale, rêvant de l’Europe, sa vraie patrie, qu’il ne verra jamais, se figure en feuilletant son Jacob Cats la société agitée, variée, passionnée, des pays habités par ses pères.

    C’est comme le parfum des jours antiques de sa race que le gros livre lui conserve dans sa région perdue à l’autre bout du monde.

    Et plus d’une fois, en Hollande même, il arrive au vieillard, au penseur, au savant, de parcourir avec un respect attendri ce livre de la sagesse nationale qui lui rappelle les jours de son enfance, et il s’étonne de trouver souvent chez le vieux conteur qui rabâche un peu des aperçus, des remarques, dont sa propre expérience lui révèle maintenant la finesse et l’originalité (…).

    L’Espagne dut enfin céder. La petite Néerlande entra désormais dans la famille européenne.

    Sa lutte de quatre-vingts ans aboutissait à la liberté pleine et entière. Jamais persévérance plus héroïque n’avait été plus glorieusement récompensée.

    En même temps que la situation politique et commerciale accusait une prospérité inouïe, que des marins tels que Ruyter, Tromp, G. De Witt, promenaient triomphalement sur les mers l’étendard national, les sciences, les lettres, les arts, semblaient avoir élu la jeune république pour leur asile de prédilection.

    Grotius, Saumaise, Vossius, Vondel, par leurs écrits, Rembrandt, van der Helst, Hobbema, Berchem, les van de Velde, Cuyp, Ruysdael et tant d’autres, par leurs toiles immortelles, lui conciliaient les sympathies de toute l’Europe. Spinoza allait bientôt se révéler, Descartes ne voulait pas vivre ailleurs, « Dans quel pays, écrivait-il [en mai 1631]] à [Jean-Louis Guez de] Balzac, trouve-t-on plus aisément tout ce qui peut intéresser la vanité ou flatter le goût ?

    Y a-t-il un pays dans le monde où l’on soit plus libre, où le sommeil soit plus tranquille, où il y ait moins de dangers à craindre, où les lois veillent mieux sur le crime, où les empoisonnemens, les trahisons, les calomnies, soient moins connus, où il reste plus de traces de l’heureuse et tranquille innocence de nos pères? » (…)

    Cats n’est point de la famille des grands poètes, aux conceptions audacieuses, qui imposent l’admiration par la tragique beauté de leur génie. Ce n’est point dans le voisinage de Dante et de Shakespeare qu’il convient de lui assigner une place.

    C’est plutôt dans la catégorie des grands humoristes qui ont su donner à leur philosophie de la vie humaine et du cœur humain ce tour original, piquant, qui assaisonne si agréablement des vérités en elles-mêmes très simples et dictées par le bon sens.

    Il y a dans Cats du Montaigne et du La Fontaine. De tous deux il a la naïveté, la joie de vivre, la curiosité toujours éveillée.

    Du premier, il a la faconde un peu prolixe, l’abandon, la fantaisie, la bonne foy vis-à-vis de lui-même et des autres ; du second, il partage le goût de la nature modeste, des jardins, des prairies; sa morale, comme celle du fabuliste, revient ordinairement à ce mot unique : prudence !

    Sous d’autres rapports, il reste lui-même. Il n’est ni sceptique comme Montaigne, ni relâché dans ses mœurs comme La Fontaine (…).

    Un autre trait commun de J. Cats avec Montaigne, c’est que ses œuvres, du moins pour nous modernes, ne sont pas de nature à être lues de suite. Il est trop bavard, trop plein de digressions interminables.

    Ces énormes poèmes entassés l’un sur l’autre effraient d’avance par leur masse, et sa versification, quoique facile, naturelle, empruntant même un charme particulier aux formes archaïques, devient à la longue très monotone; mais quel plaisir de feuilleter son gros livre !

    C’est l’ami de la maison, le compagnon des rêveries du foyer (…).

    Signalons le côté fantastique de ses compositions, qu’il fit illustrer de gravures exécutées sous ses yeux et sur ses indications par un graveur, van Venne, qui jouissait en son temps d’une certaine réputation.

    Ce n’est pas comme dessin, ni même au point de vue de l’art du graveur que ces gravures sont remarquables, bien que les premières éditions en contiennent certaines d’un mérite réel sous le rapport de l’exécution : c’est comme images parlantes, vigoureuses, enfonçant d’un trait dans l’esprit la sentence qu’elles ont pour but de présenter aux yeux.

    De là le goût passionné des enfans pour vader Cats (…).

    Voici, par exemple, une gravure emblématique.

    Dans une cuisine hollandaise bien propre et bien rangée, une jeune dame et sa servante, toutes les deux fort engageantes, philosophent à leur façon devant une vaste cheminée où brûle un grand feu.

    Deux vases de grandeur inégale renferment de l’eau qu’il s’agit de faire bouillir.

    Le grand vase est sur les charbons, dans la flamme, et ne donne encore aucun signe d’ébullition; le plus petit, qui est seulement posé devant le feu, fait déjà un terrible vacarme.

    La scène a pour titre A little pot is soon hot, proverbe anglais que nous pouvons traduire par ces mots : A petit pot grand feu ne faut. Où se trouve, dira-t-on, l’enseignement moral ?

    C’est ce que la jeune dame nous dit avec son fin sourire et la complète approbation de sa servante, et comme si le petit vase, qu’elle montre du doigt, la faisait penser à quelqu’un de sa connaissance :

    « Celui qui est dans la flamme, — et qui pourtant ne laisse rien échapper de ce qu’il contient, — c’est un grand et puissant vase — qui contient une eau profonde et froide, — qui n’est pas vite mise en mouvement, — ni promptement soulevée par la chaleur.

    — Mais ce pot de petite contenance, — qui ne renferme pas grand’ chose, — à l’instant même il est agité — dès que seulement le feu l’a touché. — Maintenant, ami, écoute un peu ce que cela veut dire.

    — Quand un noble cœur est provoqué, — qu’on cherche à l’agacer de ci et de là, — il ne s’émeut pas promptement, — ne s’abandonne pas vite à la colère.

    — Il examine froidement ce qu’on lui fait. — L’homme de petit esprit, — dès seulement qu’on le touche, — bouillonne comme s’il était sur des charbons ardents. — Petite cervelle, prompte querelle! » (…)

    Un dernier aphorisme illustré du vieux poète : il s’agit d’un fou attaché par un simple fil et se lamentant de sa captivité.

    Des enfans rient de sa sottise. Ce n’est pas le fil qui l’enchaîne, c’est sa folie. Fac sapias, et liber cris, lui dit le moraliste ; deviens sage, et tu seras libre. »

    L’une des sentences connues de Jacob Cats était : « Ce que chantent les vieux, les jeunes le fredonnent ».

    Cela veut dire que les jeunes reprennent les mentalités et les attitudes qu’ils ont constatées.

    Jan Steen peignit treize tableaux différents autour de ce thème, comme ici en 1662.

    On peut dire qu’il a réalisé une peinture de genre, mais c’est réducteur, le but étant de représenter une réalité elle-même synthétisée par une sentence de Jacob Cats.

    Il ne s’agit pas d’une caricature de la réalité, ni même d’un résumé. Il s’agit d’un portrait, et si c’est de la peinture de genre, c’est par sa visualisation du typique.

    Voici une autre version, de 1668-1670.

    Il est considéré que Jan Steen a accordé une dimension autobiographique à l’œuvre : c’est lui qui apprend, jeune enfant, à fumer la pipe.

    On notera la présence d’un perroquet.

    On a ici l’un des effets terribles des débuts de la mondialisation, avec une importation massive de cette espèce d’Afrique, d’Amérique et d’Asie.

    Voici une autre peinture de Jan Steen où l’on voit un tel oiseau, Intérieur avec une femme qui nourrit un perroquet, vers 1665.

    On voit par exemple cet oiseau également dans la Vue d’un corridor, de Samuel van Hoogstraten, en 1662.

    La mortalité de ces oiseaux était immense.

    Il y avait déjà le transport, à quoi il faut ajouter l’impossibilité de les nourrir correctement, sans compter la rudesse du climat, alors qu’ils viennent de milieux tropicaux.

    Il n’y a également ni soins vétérinaires, ni même des connaissances élémentaires sur le plan des soins.

    L’enfermement dans des cages minuscules, dans la solitude, était bien entendu la norme pour ces oiseaux vivant normalement en groupes.

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  • L’obsession pour les petits moments de la peinture néerlandaise

    La peinture néerlandaise sait apprécier des petits moments, c’est-à-dire des situations très rapides où joue un effet de surprise, où s’exprime une délicatesse de l’esprit.

    L’esprit raisonné français s’oppose formellement à une telle expression relâchée de l’esprit ; l’exubérance belge, avec son chaos ordonné, reste étrangère à cette quête éperdue d’une sorte de point ultime qu’il faudrait saisir et exprimer.

    Rembrandt, ce titan de la peinture néerlandaise, est très célèbre justement par sa capacité à réaliser cela.

    C’est une constante partout en même temps, évidemment, comme ici avec l’Autoportrait du peintre Karel Du Jardin, en 1662.

    Voici un autre exemple, avec des animaux cette fois, peint par Paulus Potter en 1647 : Le taureau.

    L’ensemble des animaux réagit, leur regard se porte dans un moment qu’on devine rapide. Chaque animal apporte sa propre nuance dans son expression, ce que le peintre saisit bien.

    On notera que le tableau, très célèbre aux Pays-Bas historiquement, fait 2,3 mètres sur 3,6 mètres ; Paulus Potter avait 22 ans lorsqu’il l’a réalisé.

    C’est en ce sens qu’il faut comprendre les natures mortes, comme celle de Floris van Dyck, des années 1615-1620. Le tableau fait tout de même 82,5 centimètres sur 111,2 centimètres, ce qui semble beaucoup pour du fromage.

    Mais il y a un verre façonné à la façon de Venise, de la porcelaine chinoise (ou une copie néerlandaise), des objets en métal, des fruits frais, des olives importées, du fromage dont le coût augmente plus il est âgé…

    C’est une démonstration de richesse.

    C’est, si l’on veut, une sorte de petite vanité présentée dans un moment opportun par le peintre.

    La peinture néerlandaise a une obsession pour ces possibilités de petites situations clefs.

    Le Tambour indiscipliné, peint par Nicolaes Maes vers 1665, exprime bien cette passion pour les petits moments.

    C’est empreint de délicatesse, tout en restant portraitiste dans la démarche. On peut en dire autant pour L’Enfileuse de perles, tableau réalisé vers 1658 par Frans van Mieris l’Ancien.

    C’est également pour La Dentellière, de Caspar Netscher, en 1662.

    La surprise, la concentration, l’étonnement, l’attendrissement… il y a toute une gamme d’émotions que la peinture néerlandaise sait représenter et est intéressée à représenter, car elle connaît l’intérêt, l’importance, la signification de la vie intérieure.

    Naturellement, ces petits moments ne sont pas choisis par hasard ; ils éveillent l’attention, car ils relèvent de moments typiques dans des situations typiques. Ils sont élevés au rang de synthèse de par la capacité du peintre, tourné vers le réalisme, à se hisser au niveau de la dignité du réel.

    Alors, le particulier rejoint l’universel.

    Une œuvre comme La dentellière, peinte par Nicolaes Maes vers 1656, n’a aucun intérêt du point de vue de l’idéalisme ou de la décadence.

    Inversement, pour le réalisme, il est exceptionnel de par son acceptation des faits, de par sa capacité à représenter la valeur en soi de la réalité.

    C’est un petit moment exemplaire, et même si techniquement il pourrait être supérieur, sur le plan de la composition, il est très bon, voire excellent.

    Il existe un tableau très célèbre exprimant un moment de tension, Le Cygne menacé, de Jan Asselijn. peint vers 1650.

    Le cygne est en l’occurrence menacé par un chien ; la peinture fait 144 centimètres sur 171 centimètres.

    La peinture est très célèbre ; elle fut achetée en 1800 par le marchand d’art Cornelis Sebille Roos, pour la Nationale Konst-Gallery du palais Huis ten Bosch, à Wassenaar (aujourd’hui Amsterdam), ancêtre du Rijksmuseum d’Amsterdam dont lui-même fut le premier directeur.

    C’est ainsi peut-être lui qui a ajouté les mots deraadpensionaris (« grand-pensionnaire ») entre les jambes du cygne, ceux devijand van de staat (« l’ennemi d’État ») sur la tête du chien à gauche et le nomHolland sur l’œuf à droite.

    Ou bien les inscriptions datent d’une cinquantaine d’années auparavant, au moment où le grand pensionnaire, c’est-à-dire le secrétaire des Provinces-Unies, Johan de Witt, s’opposait tant à l’Angleterre qu’à la volonté centralisatrice du Néerlandais Guillaume III d’Orange-Nassau,

    Ce dernier finira roi d’Angleterre ; Johan de Witt fut massacré et mutilé avec son frère en 1672 par les « orangistes ».

    Baruch Spinoza écrivit un pamphlet (« Ultimi Barbarorum »), mais fut empêché de le placarder par son logeur qui verrouilla la porte d’entrée.

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  • La peinture néerlandaise et l’obtention de l’intensité

    La peinture de la Renaissance italienne recherche l’harmonie ; on devrait donc dire qu’elle vise la qualité.

    Inversement, si on résume la peinture néerlandaise à une peinture de genre, alors on devrait ainsi parler de quantité.

    Cette manière de voir les choses se justifierait d’autant plus que la seconde a produit bien plus de peintures que la première.

    Il va de soi que cette conception est fondamentalement erronée et ne fait que refléter les intérêts du féodalisme et du catholicisme.

    C’est la peinture de la Renaissance italienne qui vise la quantité, et pas la qualité, et c’est pour cela qu’elle a l’obsession de la proportion.

    Son but, c’est l’équilibre, l’équilibre de nombreux rapports.

    Son cœur, c’est la quantité, et c’est pour cela qu’elle marque, si l’on veut, le renouveau historique de la peinture pour l’humanité : elle exige qu’on s’investisse dans la compréhension des contours des choses et des êtres humains.

    C’est pour cela que Raphaël peut être perçu comme le premier vrai peintre, celui par qui tous les autres peintres doivent passer à leurs débuts.

    La peinture néerlandaise, elle, reconnaît la quantité, mais son objectif est la qualité, sous la forme de l’intensité. La vie intérieure d’un calviniste est en feu, c’est le Saint-Esprit présent partout et actif.

    D’où l’importance de la valorisation du moment, d’où la personnalisation, comme ici dans ce chef d’œuvre de Jan de Bray, datant de vers 1664, qui représente ses propres parents, Salomon de Bray et Anna Westerbaen.

    L’œuvre est somptueuse. Ce qui est frappant, c’est l’apparente raideur des deux parents, qui pourtant s’accompagne d’une étrange intensité.

    Même les couleurs, sombres et peu engageantes, n’affaiblissent pas la charge amenant les deux figures représentées à posséder une dimension réelle et en tout cas personnelle.

    Il faut une capacité d’observation de grande puissance associée à un sens majeur de la retranscription.

    Et si la vie intérieure n’est pas dans la personne représentée, elle est portée par le peintre : c’est ce qui donne son sens à cette Nature morte avec un bol de fraises, de groseilles à maquereau et une botte d’asperges sur une table, peinte par Adriaen Coorte en 1703.

    C’en est fini du peintre qui se cache derrière une harmonie préétablie qu’il ne fait que rejoindre en adoptant des canons esthétiques. L’artiste doit désormais porter l’œuvre elle-même.

    La peinture néerlandaise n’est pas qu’une révolution parce qu’elle assume la réalité.

    Elle l’est aussi, parce qu’elle est le produit de peintres qui, sans avoir un aperçu profond de ce qu’ils faisaient, savaient se précipiter sur les choses et dans les choses.

    Il faut s’imaginer un peintre comme ici Jan Lievens capable de réaliser le Portrait d’un jeune homme, vers 1631.

    Il ne s’agit pas que de le montrer, il faut le connaître, afin d’être en mesure de faire un témoignage de ce qui a été vu, en profondeur.

    La dimension profondément personnelle des portraits est un aspect essentiel ; on n’est pas dans l’individualisation comme le capitalisme développé sait le faire de manière ininterrompue.

    Un portrait, comme ici réalisé par Michiel Sweerts, se définit par un certain calme, et cependant la tension est toujours là, portée principalement par le visage, par le regard.

    La peinture néerlandaise met fin à la représentation formalisée, qui neutralise les aspects concrets des êtres au nom d’un sens de l’harmonie plaqué artificiellement.

    Un portrait réussi, dans la peinture néerlandaise, nous plonge dans un monde ; c’est en quelque sorte un roman de présentation d’une personne.

    La peinture néerlandaise parvient à obtenir l’intensité, c’est indiscutable.

    On y trouve des œuvres qui sont magnifiques, mais qui, comme en général pour le réalisme, ont besoin d’être comprises par des gens tournés vers le réel, assumant le réel, fondant leur propre existence sur la dignité du réel.

    Une société qui contourne la réalité ne peut pas admirer la peinture néerlandaise, et c’est ce qui donne naissance à son anomalie.

    On sait qu’elle existe, elle est incontournable, et pourtant il n’y a plus personne pour la chanter.

    C’est parce que, à notre époque, la peinture néerlandaise ne peut être comprise qu’à travers le prisme du réalisme socialiste.

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  • Hendrick ter Brugghen

    Hendrick ter Brugghen est un peintre très intéressant, car il pousse dans des directions particulièrement puissantes. On a là un véritable maître.

    Son Sébastien soigné par Irène, peint en 1625 dans une perspective italo-espagnole pour le style, est magnifique.

    On remarquera qu’on sort, au sens strict, de la peinture néerlandaise de par le choix direct d’un thème religieux (ce que n’apprécie pas le calvinisme), avec qui plus est un écho catholique, dans la mesure où c’est seulement à partir du début du 17e siècle que le sujet se répand très largement, avec le catholicisme romain à l’arrière-plan.

    Néanmoins, au-delà du réalisme, il y a une personnalisation qui fait absolument écho au calvinisme. C’est d’ailleurs ce qui permet le succès de la réalisation de l’œuvre.

    Sans cela, en effet, il y aurait eu un effet de dureté, de froideur, de rudesse qui aurait alourdi la démarche.

    Là, par contre, on est dans une sorte de légèreté, incroyablement renforcée par le sens de la composition, avec le réalisme se combinant avec l’expression de la vie intérieure des figures représentées. C’est absolument formidable.

    On a une approche très similaire, mais moins réussie, le contexte étant par contre essentiel pour saisir de quoi il en retourne.

    Il s’agit de L’appel de Matthieu, peint en 1621 ; et la figure à gauche est Jésus.

    L’apôtre Marc raconte ainsi l’épisode (2:14) : « En passant, il vit Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des péages. Il lui dit : Suis-moi. Lévi se leva, et le suivit. » 

    Comme on le voit, à chaque fois, il n’y a ni grandiose, ni pathétique.

    On reste dans la sobriété rationaliste calviniste, avec l’accent mis sur la vie intérieure.

    On comprend tout à fait le sens de cette démarche chez Hendrick ter Brugghen si on regarde deux représentations non bibliques de 1624, avec un Joueur de flûte et un Joueur de cornemuse.

    Deux tableaux de 1628 sont également marquants, avec les deux penseurs matérialistes de l’Antiquité grecque, Héraclite et Démocrite.

    Ici, on voit comment le peintre réussit mieux quand il se dirige vers davantage de contenance des personnages. Il n’en réussit pas moins pour autant à personnaliser.

    La libération de Pierre est une œuvre qui fonctionne sur le même principe et on notera ici qu’il n’y a pas le mot « saint » devant Pierre.

    Ce mot est systématiquement ajouté dans les titres des œuvres dès qu’elles sont traduites : c’est bien sûr là l’influence néfaste du catholicisme, qui ne compte pas perdre de terrain, ne serait-ce que dans la peinture ou la musique, puisque la même mésaventure arrive à Bach notamment.

    Au sujet de ce tableau, on peut noter qu’il y a, encore et toujours, une influence marquante de l’école italo-espagnole, principalement du Caravage, peintre qui a influencé toute une école dans la ville d’Utrecht, dont Hendrick ter Brugghen.

    Mais il est indéniable qu’il y a également, dans la manière d’approcher la composition, une influence de la peinture allemande du Nord, au sens d’une certaine rigueur-froideur et d’un sens de l’imposition de la scène.

    C’est peut-être cela qui fait que Rubens, le peintre belge, catholique et aristocratique par excellence, est connu pour avoir dit qu’il avait traversé tous les Pays-Bas, mais rencontré un seul peintre : Hendrick ter Brugghen.

    Quant à l’épisode représenté ici, il est conté de la manière suivante dans les Actes des Apôtres du Nouveau Testament.

    « 6 Et la nuit d’avant le jour où Hérode devait l’envoyer au supplice, Pierre dormait entre deux soldats, lié de deux chaînes ; et des gardes devant la porte, gardaient la prison.

    7 Et voici, un ange du Seigneur survint, une lumière resplendit dans la prison, et l’ange, poussant Pierre par le côté, l’éveilla, en disant : Lève-toi promptement. Et les chaînes tombèrent de ses mains.

    8 Et l’ange lui dit : Ceins-toi, et chausse tes sandales ; et il le fit. Puis l’ange lui dit : Enveloppe-toi de ton manteau et suis-moi.

    9 Et Pierre, étant sorti, le suivait, sans savoir que ce que l’ange faisait se fît réellement, mais il croyait qu’il avait une vision.

    10 Et quand ils eurent passé la première et la seconde garde, ils vinrent à la porte de fer, qui conduit dans la ville, et elle s’ouvrit à eux d’elle-même. Et étant sortis, ils parcoururent une rue ; et aussitôt l’ange se retira d’avec lui.

    11 Et Pierre, étant revenu à lui, dit : Maintenant je sais certainement que le Seigneur a envoyé son ange, et qu’il m’a délivré de la main d’Hérode, et de tout ce que le peuple juif attendait. »

    Le Reniement de Saint Pierre, peint entre 1626 et 1639, présente l’un des moments où Pierre nie connaître Jésus, alors qu’une des servantes le désigne ici comme Galiléen en raison de son accent.

    La scène est extrêmement concrète, réaliste, mais on dirait aujourd’hui cinématographique de par sa mise en scène esthétique.

    Le jeu sur la lumière est ici bien sûr l’outil essentiel pour cela.

    La Crucifixion avec la Vierge et Jean, de 1625, mêle de son côté le réalisme néerlandais avec de manière évidente l’approche germanique liée à la culture médiévale.

    On touche ici l’extrême complexité de la situation historique. Les peintures des différents pays sont portées par une dynamique historique, mais comme elles rejoignent l’art, elles peuvent être appréciées partout.

    Cela fait que les influences techniques sont innombrables, que l’inspiration qu’on peut qualifier de spirituelle est notable chez les uns comme chez les autres.

    Comme le véritable art, c’est le particulier qui rejoint l’universel, les frontières s’estompent tout en s’appuyant sur un socle historique bien déterminé.

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  • La peinture néerlandaise : La visée portraitiste et la fragilité intérieure assumée

    Il serait erroné, au sens strict, de considérer qu’on puisse établir une définition étroite de la peinture néerlandaise.

    Il peut y avoir une définition pour des formes qui relèvent de l’idéalisme ou du subjectivisme, parce qu’on est alors dans la possibilité de dire qu’il y a des règles absolues, ou que justement il n’y a aucune règle.

    Avec la peinture néerlandaise, on est au contraire dans une activité qui cherche l’infini dans le réel.

    Il n’y a cependant, évidemment, pas de recul réel sur l’activité menée. Si le réalisme socialiste avait conscience de ce qu’il faisait, de ce à quoi il œuvrait, la peinture néerlandaise relève du matérialisme immédiatiste.

    Le principe de synthèse n’est pas maîtrisé, ni même connu, sauf de manière relative dans la pratique.

    C’est ce qui permet la dignité du réel, comme ici dans le tableau de Michiel Sweerts des années 1658-1658, Jeune Homme et entremetteuse.

    C’est une œuvre formidablement réussie, d’un réalisme performant dans sa force de représentation.

    Le portrait d’une jeune femme, du même peintre, en 1661, reflète un réel travail de fond également, une capacité à aller au réel.

    La représentation du peintre, riche entrepreneur et collectionneur d’art Jan van de Capelle par Gerbrand van den Eeckhout, en 1653, va dans le même sens.

    C’est là qu’on comprend que la peinture néerlandaise n’est véritablement elle-même que lorsqu’elle est en mesure de se confronter à la vie intérieure.

    C’est tout à fait logique étant donné que le calvinisme, le moteur des Pays-Bas, se concentre sur la sensibilité de la conscience. C’est là où se concentre toute l’attention du peintre, qui cherche alors à retranscrire ce qu’il voit.

    La peinture néerlandaise n’est pas une peinture de genre, mais une peinture à visée portraitiste.

    CeJeune joueur de flûte, peint par Judith Leyster, au début des années 1630, est emblématique de cette approche de la peinture néerlandaise.

    Si on ne comprend pas la reconnaissance du particulier, on se contente de n’y voir que de l’universel et, pour le commentateur bourgeois, c’est seulement de la peinture de genre.

    Or, pour la bourgeoisie alors révolutionnaire des Pays-Bas, il y a de l’universel dans le particulier et la capacité à plonger dans le particulier, pour aller à l’universel, tout comme chaque conscience peut personnellement se tourner vers Dieu, est la démonstration de la justesse de l’approche.

    On a la preuve de tout cela avec l’infinie fragilité qu’on retrouve ouvertement présentée.

    Cela ne correspond pas du tout au discours outrancier sur l’austérité calviniste.

    Il va de soi qu’on a la même chose en Allemagne, où le romantisme s’est largement développé alors qu’une partie du pays a été tourné vers le luthérianisme.

    Il n’y a pas de sensibilité sans admission de la vie intérieure, sans une étude de son expression.

    C’est cela qu’on retrouve dans le Portrait d’un jeune homme de Willem Drost, vers 1654, ou bien le Portait d’une jeune femme d’Isaack Luttichuys, en 1656.

    Il y a, si l’on veut, la reconnaissance de différentes tonalités.

    Là où la Renaissance italienne cherche l’harmonie, et décide de basculer dans l’idéalisme pour la trouver de manière abstraite (le nombre d’or, les proportions idéales, etc.), la peinture néerlandaise reconnaît qu’il y a toute une rythmique propre à la vie.

    Pour faire un parallèle avec la musique, la Renaissance italienne a apporté l’harmonie, mais la peinture néerlandaise a réussi à saisir le principe du contrepoint, du rapport interne entre les notes, et à ancrer l’harmonie dans un mouvement réel.

    La peinture n’est plus un refuge : elle participe désormais à la vie.

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  • Christian Huygens et Baruch Spinoza

    Il est impossible de parler de la peinture néerlandaise du siècle d’or sans mentionner les deux penseurs qui lui sont parallèles : Christian Huygens (1629-1695) et Baruch Spinoza (1632-1677).

    Si tout le monde connaît Léonard de Vinci, sans que celui-ci ait concrètement fait d’apport scientifique au sens strict, absolument personne ne connaît Christian Huygens, pourtant une figure absolument immense de la science, ici représenté par Caspar Netscher en 1671.

    Léonard de Vinci écrivait en toscan populaire et ne parlait ni le latin, ni le grec ; Christian Huygens maîtrisait le grec, le latin, l’italien et le français.

    Avant même l’université, Christian Huygens joue du luth, de la viole de gambe et du clavecin ; il sait monter à cheval et faire de l’escrime.

    Il fait progresser l’optique des télescopes ; il découvre Titan, satellite de Saturne, et comprend que cette dernière dispose d’un anneau.

    Il fait une description alors inégalée concernant les dimensions relatives des planètes du système solaire et la position de la Terre ; il a formulé la théorie ondulatoire de la lumière et il a expliqué la réflexion et la réfraction.

    Il a analysé la force centrifuge dans le mouvement circulaire et il a mis au point une horloge à pendule, faisant passer la précision de 15 minutes à 15 secondes par jour ; il a identifié les lois du choc élastique.

    Il est également le précurseur du moteur à combustion et il a amélioré la navigation maritime par l’intermédiaire du calcul de la longitude ; il a écrit un des premiers traités modernes sur les probabilités.

    Il fut notamment premier directeur scientifique de l’Académie royale des sciences mise en place en France par Colbert en 1666.

    L’année suivante, le début de la construction de l’Observatoire de Paris est inauguré par des mathématiciens de l’Académie qui, sous la direction de Christian Huygens, tracent le méridien de Paris, le jour du solstice d’été, le 21 juin.

    Ce parcours est immense et il s’avère que Christian Huygens connaissait Baruch Spinoza, qu’on voit ici sans doute représenté dans une peinture anonyme datant de vers 1665.

    Celui-ci gagnait sa vie en taillant des lentilles optiques pour lunettes et microscopes, et forcément cela intéressait Christian Huygens.

    On sait simplement qu’ils se sont vus et qu’ils avaient une correspondance ; il ne semble pas qu’il y ait eu une effervescence intellectuelle. L’idée semble absurde. Tous deux avaient, en effet, un intérêt fondamental pour la géométrie et la logique, qu’ils privilégiaient au calcul pur.

    C’est d’autant plus vrai que Christian Huygens avait formé en mathématiques l’Allemand Gottfried Wilhelm Leibniz, qui a joué un rôle majeur dans la mise en place du calcul infinitésimal.

    Un calcul infinitésimal qui a passionné Karl Marx (et Friedrich Engels), en raison de son rapport à la notion (de zéro) et d’infini. Un infini qui était justement le principe même de la vision du monde de Baruch Spinoza, qu’il formule dans l’Éthique.

    On a ici une vraie question de fond dans l’Histoire des idées, mais si on s’intéresse à la peinture néerlandaise plus directement, tout cela rappelle qu’il existait dans les Pays-Bas de l’époque une obsession pour la chose elle-même.

    C’est ce qui motive Christian Huygens dont toutes les activités sont fondées sur l’expérience, c’est ce qui motive Baruch Spinoza qui détermine les choses en disant ce qu’elles ne sont pas ; c’est ce que fait plus globalement le capitalisme néerlandais qui se développe grâce à l’idéologie calviniste.

    C’est ce que fait la peinture néerlandaise dont l’objectif est de se confondre avec ce qui est représenté, pour le porter jusque dans la représentation.

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  • La peinture néerlandaise et la lecture de l’architecture

    L’architecture néerlandaise est très célèbre, notamment grâce à Amsterdam et ses canaux.

    Les grandes maisons, sans rideau pour indiquer qu’on n’a rien à cacher conformément à l’esprit calviniste, frappent toujours les esprits.

    L’un des endroits les plus prestigieux d’Amsterdam est à ce titre la portion incurvée du canal Herengracht, dénommée la « courbure d’or ».

    Les façades sont larges – un indicateur de richesse, car l’impôt se payait en fonction de la largeur – et les maisons ont parfois un jardin à l’arrière.

    Le tableau est de Gerrit Berckheyde et date de 1672.

    Du même peintre, on a la même année la courbure près de la Nieuwe Spiegelstraat, une rue qui par la suite devint la rue des antiquaires en raison du passé prestigieux.

    On remarquera que le choix de la construction concentrique des canaux date du début du 17e siècle : les maisons de la courbure d’or, la « gouden Bocht », sont ici présentées alors qu’elles viennent d’être construites.

    À quelques minutes de la Nieuwe Spiegelstraat, on a la plus vieille église d’Amsterdam, commencée au 13e siècle et située au cœur du centre historique.

    Elle est présentée ici par une vue depuis le sud de la ville, par Adriaen van de Velde et Jan van der Heyden, vers 1670.

    Elle est bien entendu devenue une église calviniste par la suite, qui à ce titre abrite dans sa nef les tombeaux de nombreuses figures de l’oligarchie.

    Citons simplement ici le bourgmestre et régent d’Amsterdam Cornelis de Graeff, le vice-amiral Isaac Sweers, l’organiste du lieu pendant cinquante ans Jan Pieterszoon Sweelinck, la femme de Rembrandt Saskia van Uylenburgh.

    Incontournable à Amsterdam, la bourse jouait un rôle essentiel pour toute l’économie du pays ; voici sa cour présentée en 1653 par Emanuel de Witte.

    La bourse avait été construite en 1611, mais depuis plusieurs années déjà ses activités existaient, en différents endroits de la ville, dont parfois la vieille église.

    Naturellement, les moteurs étaient la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, dès 1602, et la Compagnie des Indes occidentales, à partir de 1621.

    Il va de soi que la peinture des nouveaux monuments et bâtiments s’inscrivait dans l’élan général voulant que l’oligarchie faisait connaître un saut au pays – bien qu’en réalité il s’agisse du calvinisme qui était le moteur.

    On a ici, par Bartholomeus van Bassen, La nouvelle église de La Hague, vue de l’est. On remarquera les activités symboliquement présentées autour. La religion est directement connectée à l’activité, à l’initiative.

    Voici également une vue du Bakenessergracht, un canal de Haarlem, à fonction résidentielle, par Job Berckheyde.

    Là encore, il n’y a rien de strictement mémorable ou d’esthétique, mais c’est une représentation qui laisse très bien imaginer le lieu.

    Ici, la peinture néerlandaise fait office de photographie avant l’heure ; l’esprit de documentation est patent, et relève de tout un état d’esprit organisé propre à l’époque.

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  • Bartholomeus van der Helst

    Bartholomeus van der Helst, ici sur un autoportrait de 1655, a été une figure majeure à Amsterdam dans le domaine des portraits.

    On ne sera pas étonné qu’on retrouve des personnes appartenant à la haute bourgeoisie, au milieu des régents, à celui des banquiers et marchands importants, etc.

    Cela veut dire que sa peinture est fonctionnelle ; néanmoins, elle peut parvenir à de résultats excellents aussi.

    Sa représentation, en 1668, de Geertruida den Dubbelde, femme du lieutenant-amiral Aert van Nes, est ainsi un vrai chef-d’œuvre.

    Le fondement de la démarche repose sur une vraie arrogance, mais le résultat est une composition avec un vrai style, qui exprime une grâce réelle et une personnalisation remarquable.

    Le caractère réel, pour ne pas dire vivant, de la femme représentée prend le dessus de manière admirable.

    Sont également très réussis, peints la même année, le portrait de son mari, et celui du vice-amiral Johan de Liefde, réalisés en collaboration avec Ludolf Bakhuizen.

    À ce moment-là, les Pays-Bas emploient autour de 160 000 marins, pour dix mille navires. Le pays est en mesure de construire mille nouveaux bateaux par an, avec principalement les chantiers navals d’Amsterdam, Rotterdam et Middelbourg.

    En 1602 avait été créée la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ; on notera ici l’importance du roman Max Havelaar, publié en 1860 par Multatuli (en fait Eduard Douwes Dekker), qui dénonce le colonialisme néerlandais à Java et plus généralement dans les Indes néerlandaises.

    Bartholomeus van der Helst connut un succès retentissant pourLe banquet à l’occasion de la célébration de la paix de Münster, le 18 juin 1648, par la Garde civique des arbalétriers (garde de Saint-Georges) d’Amsterdam dans son quartier-général.

    C’est la fin de la guerre de Quatre-Vingts Ans contre l’empire espagnol, avec la formalisation de la séparation des Pays-Bas et de la future Belgique (restée dans le camp espagnol et catholique).

    L’œuvre fait pratiquement 5,5 mètres de large.

    Dans la même perspective, voici l’œuvre qui fut sa première grande commande, qui lui ouvrira des portes par la suite : la Milice du district VII dirigée par le capitaine Roelof Bicker et le lieutenant Jan Michielsz Blaeuw, dans une œuvre de 7,5 mètres de long peinte entre 1639 et 1643.

    Bartholomeus van der Helst était de fait habitué à peindre en taille réelle, conformément à une attente des membres de l’oligarchie néerlandaise.

    C’est ce qui lui permet de fournir une réelle incarnation aux personnages en combinant de manière intelligente les différentes postures grâce à une palette vraiment très bien maîtrisée.

    De son vivant, il fut extrêmement reconnu et on peut le considérer comme le peintre le plus représentatif de ceux tournés vers l’oligarchie et un certain d’esprit complaisant dans la réalisation des œuvres.

    Voici sa représentation des administrateurs du quartier général des arquebusiers d’Amsterdam, en 1655.

    Tout à droite, on a Gerrit Reynst, un important marchand, ainsi qu’un grand amateur d’art avec son frère Jan, les deux possédant ce qui était sans doute la collection la plus importante du pays à l’époque.

    Autre figure très importante de l’époque, Daniël Bernard était un très riche marchand, dont la famille était à la croisée des plus riches familles (Six, Tulp, d’Orville, Coymans, De Geer, Trip), grandement impliqué dans le commerce depuis l’Espagne jusqu’à l’Orient, et commerçant avec la Moscovie.

    Bartholomeus van der Helst le représente ici, en 1669, et on devine bien comment il essaie de « rattraper » une figure peu agréable.

    C’est qu’il était possible de faire face à des situations difficiles, comme par exemple pour les tableaux représentant Andries Bicker et Gerard Andriesz Bicker.

    Le premier est alors maire d’Amsterdam, ce qu’il sera plusieurs fois ; il fut également directeur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales.

    Présenté dans un style calviniste classique, son fils est par contre représenté comme une sorte de figure décadente, sans doute malgré tous les efforts faits.

    Il va de soi qu’on n’a pas ici le meilleur de la peinture néerlandaise.

    Coupée du peuple et orientée vers l’oligarchie, celle-ci perd sa substance et se ramène à une logique néo-féodale.

    Un dernier exemple parlant est le Double portrait de Jan Jacobszoon Hinlopen et Lucia Wijbrants. Le premier était un riche marchand de tissus, bien entendu officier dans la garde civique, grand propriétaire à Amsterdam et un amateur d’art reconnu.

    Sa femme était la fille d’un maire richissime, amateur d’art, par ailleurs directeur de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, possesseur de parts dans la Magelhaense Compagnie (Compagnie Magellan) qui commerçait avec l’Amérique du sud et .

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  • La peinture néerlandaise, la bourgeoisie calviniste et son moteur oligarchique

    Il faut bien comprendre que si les images ont été retirées des églises, elles perdent en même temps leur nature apologétique, ou si l’on préfère propagandiste.

    Le calvinisme n’est pas favorable aux images religieuses en général, au nom de la raison.

    Si Le couronnement d’épines de Dirck van Baburen, datant de 1622-1623, présente bien le Christ dans une situation terrible, on peut voir qu’il est en souffrance marquée, ce qui ramène l’image au luthéranisme.

    L’esthétique est cependant bien plus italo-espagnole : on n’est pas réellement dans ce que la peinture néerlandaise a de spécifique.

    Autrement dit, la peinture néerlandaise n’a pas d’orientation religieuse.

    Elle n’a pas non plus une dimension « éducative » comme on le retrouve chez les luthériens.

    Et il n’y a pas d’indications cachées, de messages indirects et autre hermétisme qui sont typiques du Moyen Âge, et qu’on trouve encore chez Brueghel l’Ancien.

    La peinture néerlandaise est produite par le calvinisme, pour une société façonnée par le calvinisme.

    La raison prime et la vie intérieure est reconnue : il ne saurait y avoir place pour l’idéalisme ou une dimension autre que directe, pratique.

    La Nature morte avec un gobelet en argent, de Simon Luttichuys, peinte au milieu du 17e siècle, doit être prise pour ce qu’elle est.

    On est dans le matérialisme, il est vrai empiriste, car il n’y a guère de synthèse, même si on a tout de même toute une attention mélancolique qui est caractéristique des Pays-Bas.

    L’objet est réel ; en cela, c’est une révolution.

    Et elle préfigure les bouleversements sociaux en Angleterre et en France.

    Une humanité capable de s’arrêter sur la réalité n’a plus rien à voir avec celle prisonnière de l’idéalisme et de la religion.

    Le calvinisme apparaît ainsi comme austère et systématique dans le rapport qu’on a avec lui, mais il est en réalité un support au mode de vie bourgeois.

    Reste que la bourgeoisie néerlandaise est purement pragmatique. En théorie, on a une république fédérale ; dans la pratique, les bourgeois les plus riches contrôlent la vie locale.

    On parle ici des grands marchands, des banquiers, des grands propriétaires urbains.

    De manière habile, ces « régents » au nombre d’environ une centaine font que leur fonction procède par cooptation.

    On fonctionne en cercle fermé et, du moment que l’économie progresse parallèlement à la puissance maritime, le pays suit sans souci.

    L’organisation sociale suit ce modèle à la fois oligarchique et patriarcal.

    Voici un tableau de 1669 de Karel du Jardin présentant Les Régents du Spinhuis [=maison du filage] et du Nieuwe Werkhuis [=nouvel atelier] à Amsterdam, deux centres de rééducation par le travail.

    Lorsque les événements se précipiteront, avec l’attaque simultanée de la France et de l’Angleterre, soutenus par les principautés de Cologne et de Münster, ainsi que d’autres États allemands, les Pays-Bas seront obligés de se centraliser.

    Mais, en attendant, les « troupes » bourgeoises et calvinistes encadrent le pays.

    On connaît les milices (schutterijen), souvent représentées dans des tableaux.

    Dans la pratique, ces milices étaient plus symboliques qu’autre chose.

    Elles se tenaient prêtes pour d’éventuels troubles et servaient plus concrètement à symboliser qui était aux commandes du pays, regroupant d’ailleurs la haute bourgeoisie.

    Voici une peinture de Govert Flinck présentant en 1645 La compagnie du capitaine Albert Bas et du lieutenant Lucas Conijn.

    On a l’habitude typique des hommes regroupés entre eux, avec une vanité patriarcale, le goût de l’apparat ; inversement, on notera que, comme toujours, chaque figure représentée a ses particularités.

    Ce n’est pas un bloc indifférencié.

    Il était par ailleurs tout à fait courant ou systématique que les regroupements d’hommes procèdent à leur représentation en peinture.

    Voici Les syndics [=administrateurs] de la guilde des orfèvres d’Amsterdam, représentés par Thomas de Keyser en 1627.

    Ces peintures visent à souligner l’unité de l’état d’esprit, mais également l’esprit de corps, la continuité, l’établissement d’une réelle tradition (alors en fait nouvelle).

    Il faut également prendre en considération que la puissance maritime accompagne l’essor néerlandais. La représentation des bateaux est somme toute secondaire sur le plan esthétique, même si les œuvres ont été très nombreuses.

    De manière plus significative, justement dans la démarche de valorisation oligarchique, elles sont associées à des personnages importants, à l’instar de Jan Van Nes, peint ici en 1666 par Ludolf de Jongh.

    L’année suivante, avec son frère Aert, il participa au raid sur la Medway en Angleterre, où la flotte anglaise fut violemment attaquée et même le Royal Charles, le navire amiral, emporté par les Néerlandais.

    Le navire devint une attraction touristique plusieurs années, son tirant d’eau étant de toute façon trop grand pour les côtes néerlandaises.

    Il fut détruit devant les protestations du roi d’Angleterre, une partie du tableau arrière étant tout de même conservée pour le prestige et mise au musée.

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  • La peinture néerlandaise et les églises calvinistes

    Aux Pays-Bas, les protestants n’ont pas utilisé le terme de « temple » pour désigner leurs lieux de culte ; on parle tout simplement d’églises.

    Au 17e siècle, les calvinistes ont l’hégémonie et leur protestantisme – de fait, le protestantisme « pur » – est ouvertement soutenu par l’État.

    Ce n’est pas la religion officielle, au sens où elle serait imposée.

    Néanmoins, tous les postes à responsabilité revenaient aux calvinistes, qui représentaient autour de 40-45 % de la population.

    Voici l’intérieur d’une église calviniste, par Emanuel de Witte, en 1668.

    On peut y voir que c’est la chaire qui compte, car le protestantisme se veut une religion de raison et c’est la parole qui compte.

    Il n’y a pas de statues, pas d’ornements, pas d’images, pas de vitraux figuratifs, au nom encore une fois de la raison.

    On est dans l’édification, pas dans l’apparat, et la dimension collective-communautaire est soulignée par la sobriété.

    Le pasteur d’ailleurs, après avoir été formé académiquement, est choisi par la congrégation.

    On notera ici que de nombreuses églises catholiques ont été récupérées pour le culte calviniste, comme ici l’église de Saint-Bavo à Haarlem, présentée ici par Job Berckheyde en 1668.

    Il n’y a pas de culte des saints dans le calvinisme, le nom est simplement historique.

    La disposition a été modifiée : les bancs sont tournés vers la prédication, avec une chaire surélevée.

    Bien entendu, les éléments décoratifs ont été enlevés et il a été fait en sorte qu’un maximum de lumière puisse passer afin d’éclairer l’intérieur.

    Il en va de même pour l’église Saint-Odulphe à Assendelft, présentée ici par Jan Saenredam en 1649.

    On remarque ici la recherche d’une sorte de pureté architecturale dans la présentation.

    Au premier plan sur la dalle, en fait une pierre tombale, est inscrit le nom du père du peintre

    Hormis les synagogues, les églises calvinistes – ici un intérieur présenté par Emanuel de Witte en 1669 – sont les seules à être visibles.

    Les autres lieux de culte doivent être cachés des yeux du public, tout en étant tolérés.

    Il n’y a pas de volonté de convertir de force et les membres des autres communautés peuvent librement participer à la société, du moment qu’ils restent à l’écart des décisions d’État.

    Les calvinistes ne représentaient pourtant même pas la majorité de la population, seulement autour de 40-45 %, pour 30-35 % de catholiques, 10-15 % de membres des différentes variantes du protestantisme (luthériens, remonstrants, mennonites), 1-3 % de Juifs.

    Néanmoins, la dynamique était de leur côté ; ils avaient porté l’indépendance face aux Espagnols, ils diffusaient un capitalisme efficace et captivant.

    Leurs églises, comme ici une représentée par Job Berckheyde, n’étaient d’ailleurs pas des lieux de culte : il s’agissait de véritables centres de pouvoir, de cohésion communautaire, de lieux d’échanges.

    Au fur et à mesure du développement du libéralisme, la mise à l’écart des non-calvinistes cessera toutefois. L’égalité juridique est effective à partir de 1815.

    On a donc bien tort de considérer les églises calvinistes comme des endroits simplement austères.

    Ils sont sobres et relèvent d’un dispositif concret, où les membres de la communauté se doivent d’être actifs dans un État qui leur appartient.

    Chaque église – ici la Laurenskerk de Rotterdam représentée en 1664-1666 par Cornelis de Man – est un pôle d’attraction et un vecteur d’une intense activité rationnelle.

    Il faut ici se rappeler que le calvinisme est né de manière militante et communautaire.

    Les églises sont des lieux de rassemblement qui prolongent cette approche historique.

    L’historien français Henri Hauser rappelle de la manière suivante la dynamique initiale :

    « La bourgeoisie commerçante et industrielle, surtout à Anvers et dans les villes, alors moins actives, de Hollande et de Zélande, lisait volontiers l’Institution chrétienne [publié par Jean Calvin en 1536].

    Le prolétariat des cités manufacturières et des ports passait au calvinisme, dont les progrès coïncident fréquemment avec ceux de la grande industrie et avec ceux d’une classe ouvrière déjà préparée par l’anabaptisme à recevoir l’enseignement d’une Réforme plus radicale que celle de Luther.

    De la sorte, le calvinisme se renforçait d’éléments violents, révolutionnaires, au moment même où bourgeois et nobles allaient entrer en conflit avec un gouvernement mal disposé à respecter leurs franchises. »

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  • Pieter de Hooch et le décor

    Pieter de Hooch est très intéressant pour sa présentation de la mise en place du décor par rapport à la vie quotidienne. L’Armoire à linge, un tableau réalisé en 1663, est exemplaire de cela.

    On fait face à un minimalisme fonctionnel – on est seulement au 17e siècle et les forces productives sont ce qu’elles sont.

    Il est pourtant possible de cerner comment il y a un décor qui est mis en place, un réel accompagnement de la vie quotidienne.

    La réalité du logement fait écho au besoin spirituel de la vie intérieure ; le protestantisme est tourné vers l’intérieur de la conscience, mais cherche un écho.

    Une femme buvant avec deux hommes, peinte en 1658, est tout à fait dans le même esprit. Là encore, une servante est présente par ailleurs, la distinction sociale est soulignée.

    L’environnement est peu marqué par des objets, et pourtant on voit bien que tout est calculé, orchestré, qu’on a une propreté et un minimalisme qui s’associent à un goût du confort, de l’amplitude.

    Le bourgeois néerlandais fait acte de présence, et c’est la raison pour laquelle les portraits sont toujours personnalisés. Avec le protestantisme, on existe personnellement et la peinture est là pour souligner ce fait.

    On remarquera la grâce de la femme qui tient le verre.

    C’est ce qu’on retrouve dans La Peseuse d’or, une œuvre peinte entre 1659 et 1662.

    L’œuvre n’est pas sans rappeler Vermeer, bien évidemment, mais au-delà de cela, on a bien toute la tonalité typique du décor néerlandais.

    On remarquera, à ce titre, bien sûr l’importance accordée aux étoffes, une des premières matières à participer à la mondialisation du capitalisme.

    Toutefois, c’est surtout le choix des couleurs qui doit interpeller, et qui révèle qu’alors, celles-ci avaient leur importance.

    C’est une mentalité nouvelle qui s’expose ici, qui veut que l’environnement soit en écho avec l’esprit.

    C’est la nature de la peinture néerlandaise que d’à la fois refléter une réalité quotidienne et de nous y plonger ; dialectiquement, ce va-et-vient est la preuve du caractère vivant de cette peinture, qui sert de support historique à une prise de conscience.

    On en revient au thème de l’image qui est chassée des églises, et qui se retrouve systématisée dans le pays, comme vecteur d’une manière de voir, de sentir les choses.

    La peinture datant de vers 1660 connue sous le nom de Femme laçant son corsage près d’un berceau n’est pas forcément la plus aboutie, mais elle est de belle facture cependant.

    La luminosité fournit une touche d’irréel, néanmoins on lit bien comment a été conçue l’architecture intérieure.

    On remarquera la présence du chien ; chiens et chats sont omniprésents dans les représentations néerlandaises

    Le caractère linéaire s’associe au drapé, les éléments sont placés de telle manière qu’on se repère facilement et qu’on se déplace aisément.

    On retrouve précisément les mêmes principes dans Le Devoir d’une mère, une peinture datant des années 1660-1661.

    Si on avait la mère à la suite d’une action dans le précédent tableau, cette fois elle est à l’œuvre en cherchant des poux dans les cheveux de son enfant.

    Le logement est cette fois-ci moins bourgeois, ce qui ne change pas grand-chose fondamentalement.

    On retrouve les mêmes éléments, surtout la même logique générale.

    Il faut par contre vraiment remarquer que jamais on ne trouve dans le dispositif de choses pouvant rappeler un artisanat propre au Moyen Âge.

    Tout est très bien fait, taillé sur mesure, bien placé, parfaitement structuré, etc.

    Il faut bien avoir à l’esprit qu’on a là une révolution civilisationnelle.

    C’est la première fois dans l’Histoire que l’humanité est capable de s’approprier un mode de vie développé et coordonné en profitant d’un mode de production en vaste expansion.

    Les Pays-Bas se détachent alors des autres pays par sa capacité à proposer un développement qui touche de larges pans de la société et qui charrie toujours plus de marchandises.

    Même si on n’en est qu’au début réel du capitalisme, la poussée ne pouvait être que bouleversante.

    De manière très intéressante, voici deux mêmes scènes, mais avec de profondes nuances.

    On a des Joueurs de cartes dans une pièce ensoleillée, de 1658, et des Joueurs de cartes dans un riche intérieur, de 1663.

    La simplicité confortable fait face à une opulence maîtrisée, la différence est parlante.

    Mais s’agit-il de nuances ou d’une différence ?

    Si dans un cas les attitudes sont plus relâchées, dans l’autre cas les mœurs plus policées, l’état d’esprit n’est guère facile à distinguer.

    D’ailleurs, l’opulence est relativisée par une certaine obscurité, tandis que la simplicité profite d’un éclairage prononcé pour lui accorder de la clarté, de la vigueur.

    Il faut cependant profiter des nombreuses œuvres qu’il a consacrées aux logements eux-mêmes.

    Voici La Cour d’une maison à Delft, de 1658, et Une femme et sa servante dans une cour, datant de vers 1660-1661.

    On a ici des Personnages dans une arrière-cour, de 1663, ainsi que Deux hommes, femme et enfant dans une cour, datant des années 1658-1660.

    La Maîtresse et la Servante au seau, datant de vers 1660, n’est guère réussie avec ses personnages par trop médiévaux.

    Il a le mérite de poser un cadre, tout comme La Famille delftoise, de 1658-1660.

    Voici, pour conclure, Une femme préparant du pain et du beurre pour un garçon, datant des années 1660.

    On le voit, avec Pieter de Hooch, on a une peinture dont les limites sont flagrantes, sans pour autant que cela dévalue entièrement son travail.

    Au sens strict, d’ailleurs, il faut considérer que son orientation ouvre la voie au cinéma et à la bande dessinée.

    Il est quelqu’un qui contribue puissamment à reconnaître une réalité jusque-là refusée par la peinture.

    Son travail est une immense avancée dans un domaine nouveau ; il ouvre la perspective de placer les gens dans le réel lorsqu’on les montre, avec la possibilité – par la suite, historiquement – de les faire se mouvoir !

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